Il chiostro principale o chiostro grande

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Le cloître principal, ou grand cloître

La construction du cloître a été menée à bien entre 1426 et 1443, sur un plan rectangulaire. La partie la plus ancienne est celle qui se trouve sur la droite en entrant dans le cloitre. Elle compte deux étages de loggias superposées. Élément indissociable du lieu, le puits, daté de 1439, est situé à l’angle sud-ouest du cloître.

Les lunettes des quatre bras du cloître sont ornées d’un cycle de fresques peint sur le thème de la Vie de saint Benoît, d’abord par Luca Signorelli, entre 1497 et 1499, puis complété par le Sodoma entre 1505 et 1508 [1].

La première source littéraire de la vie de saint Benoît de Nurcie se trouve dans le second livre des Dialoghi (Dialogues) de Grégoire le Grand écrits entre 593 et 594, c’est-à-dire à peine un demi-siècle après la mort de Benoît. La Legenda Aurea de Jacques de Voragine est, bien entendu, elle-aussi mise à profit par les peintres en charge de raconter les épisode de la vie du saint.

Le plus ancien cycle narratif consacré à Benoît de Nurcie remonte à la fin du XIIIe s. On peut le voir à Subiaco, dans l’église inférieure du Sacro Speco [2]. De nombreux autres ont suivi avant que l’abbé de Monte Oliveto ne décide à son tour de faire décorer sur ce thème les quatre bras du grand cloître de son Abbaye. Il s’agit du cycle présentant le plus grand nombre de fresques peintes sur ce thème. Pourtant, plusieurs des épisodes racontés par Grégoire le Grand ne figurent pas ici. C’est ainsi que manquent deux épisodes [3] relatifs à Scholastique, sœur de Benoît, et sainte elle-aussi, ainsi que les derniers événements de la vie du saint, notamment sa vision du monde dans une sphère céleste. L’absence de ces derniers est d’autant plus surprenante qu’ils constituent, en quelque sorte, la conclusion du cycle.

Deux artistes ont principalement été impliqués dans la réalisation de ce décor souvent considéré comme l’un des plus importants de la Renaissance :

  • Luca Signorelli réalise à partir de l’été 1497 les neuf scènes que l’on peut encore voir sur le mur ouest, puis abandonne le chantier au début de l’année 1499 [4], probablement plus intéressé par la prestigieuse commande consistant à achever le décor de la Chapelle de San Brizio laissé inachevé par Fra Angelico dans le Duomo d’Orvieto.
  • Giovanni Antonio Bazzi, dit ‘Il Sodoma’ lui succède six ans plus tard, appelé par Francesco Ringhieri II da Bologna, abbé depuis mai 1501. Connu et apprécié pour ses travaux effectués dans le monastère de Sant’Anna in Camprena, autre propriété des moines olivétains, il achève entre 1505 et 1508 le cycle en peignant vingt-sept scènes dans les lunettes laissées vides par Luca Signorelli.

Un troisième artiste, ‘Il Riccio, intervient à son tour en 1535 pour ajouter une scène (lunette 20) sur la surface murale créée nouvellement par la fermeture du passage qui conduisait jusque-là du cloître principal au grand réfectoire de l’Abbaye.

Les trente-six lunettes (ainsi que les pilastres peints entre chacune d’elles)

Pour observer l’ensemble du décor en suivant la chronologie des épisodes représentés, il importe de commencer, non pas par le bras sud qui se trouve dans l’axe de l’ouverture qui donne accès au cloître, mais en se rendant à l’extrémité opposée, à l’angle formé avec le bras oriental du cloître (fig. 5). La première lunette du cloître est celle du Départ de la maison paternelle (n° 1 ci-dessous).

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1
  • Bras oriental (fig. 1)
    • Lunettes 1 à 11
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2
  • Bras nord (fig. 2)
    • Lunettes 12 à 19
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3
  • Bras occidental (fig. 3)
    • Lunettes 20 à 29
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4
  • Bras septentrional (fig. 4)
    • Lunettes 30 à 36
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5
  1. ‘Il Sodoma’, Partenza dalla casa paterna
  2. ‘Il Sodoma’, Benedetto abbandona la scuola di Roma
  3. ‘Il Sodoma’, Risaldamento del capistero roto
  4. ‘Il Sodoma’, Il monaco Romano da l’abito eremitico a Benedetto
  5. ‘Il Sodoma’, La campanella spezzata
  6. ‘Il Sodoma’, Un prete ispirato da Dio porta da mangiare a Benedetto il giorno di Pasqua
  7. ‘Il Sodoma’, Ammaestramento dei contadini di Subiaco
  8. ‘Il Sodoma’, Benedetto tentato di impurita
  9. ‘Il Sodoma’, Accoglimento dei preghi degli Eremiti 
  10. ‘Il Sodoma’, Benedetto spezza col segno della croce un bicchiere di vino avvelenato
  11. ‘Il Sodoma’, Benedetto compie l’edificazione di dodici monasteri
  12. ‘Il Sodoma’, Ricevimento di Mauro e Placido
  13. ‘Il Sodoma’, Liberazione di un indemoniato
  14. ‘Il Sodoma’, Benedetto pregato dai monaci produce l’acqua dalla cima del monte
  15. ‘Il Sodoma’, Miracolo del manico del roncone
  16. ‘Il Sodoma’, Mauro mandato a salvare Placido cammina sulle acque
  17. ‘Il Sodoma’, Benedetto converte in serpe un fiasco di vino
    • ‘Il Sodoma’, Pilastro a grottesche (17)
  18. ‘Il Sodoma’, Tentativo di avvelenare il Santo
    • ‘Il Sodoma’, Pilastro a grottesche (18)
  19. ‘Il Sodoma’, Invio delle malefemmine al monastero
  20. ‘Il Riccio’, Invio di Mauro in Francia e di Placido in Sicilia
  21. Luca Signorelli, Punizione del prete Florenzo 
  22. Luca Signorelli, Evangelizzazione degli abitanti di Montecassino
  23. Luca Signorelli, Benedetto caccia lo nimico di sopra la pietra
  24. Luca Signorelli, Risurrezione del monacello
  25. Luca Signorelli, I monaci che mangiano fuori dal monastero
  26. Luca Signorelli, Benedetto rimprova di violato digiuno lo fratello di Valeriano monaco
  27. Luca Signorelli, Benedetto scopre la finzione di Totila
  28. Luca Signorelli, Incontro con Totila
  29. Luca Signorelli, Un miracolo di San Benedetto (?)
  30. ‘Il Sodoma’, Profezia della distruzione di Montecassino
  31. ‘Il Sodoma’, Miracolo della farina
  32. ‘Il Sodoma’, Apparizione in sogno a due monaci che dovevano costruire un monastero
  33. ‘Il Sodoma’, Benedetto scomunica due religiose e le assolve poi che furono morte
  34. ‘Il Sodoma’, Benedetto fa portare il corpo di Cristo sopra il corpo del monaco
  35. ‘Il Sodoma’, Benedetto perdona al monaco che volendo fuggire dal monastero
  36. ‘Il Sodoma’, Scioglimento dei lacci che legavano il contadino

« Que celui qui parcours les lumineux couloirs du grand cloître olivétain ne manque pas d’examiner aussi les pilastres qui séparent les épisodes. Leurs motifs n’ont aucun rapport avec la narration de la vie de saint Benoît et sont de très libres inventions dans lesquelles, comme le vit bien au XVIIe s. le Père Guglielmo della Valle, le Sodoma ‘rejoint non seulement ses maîtres, mais les surpasse en leur ajoutant une merveilleuse variété et l’invention la plus débridée et la plus bizarre ». Ceux-ci, bien que respectant l’organisation de de la figuration par rapport à l’axe vertical, se distinguent des ‘candélabres’ d’origine classique puis quattrocentesque (néologisme de l’italien : quattrocentesca [« datant du Quattrocento »], intraduisible à l’aide d’un unique vocable français) pour être des créations exclusivement picturales, c’est-à-dire sans aucune intention d’imiter le bas-relief et dans leurs arabesques linéaires de type végétal extrêmement libres, fines et fantaisistes, qui se terminent en bras, queues, jambes, pattes, crêtes, plumages et panaches tracés au moyen de rapides coups de pinceau polychromes ravivés de d’éclats lumineux de type impressionniste sur un fond uni d’ocre, et quelquefois s’ornent de médaillons circulaires monochromes avec des épisodes bibliques, néo-testamentaires et mythologiques. Même si leur exécution revient en grande partie aux aides, parmi lesquels figurait sans aucun doute Tamagni, ceux-ci furent certainement conçus par le Sodoma, lequel donna libre cours à son extraordinaire fantaisie, peut-être avec l’intention d’offrir des échappées aux volontaires reclus dans la solitude de l’ermitage. Par leur parfaite nouveauté, ils constituent un chapitre fondamental de l’histoire de la décoration a grottesca. » [5]

Le passage qui permet de rejoindre la Cathédrale de la Natività di Maria traverse la salle appelée « De Profundis ».

[1] A l’exception de l’une d’elles (Invio di Mauro in Francia e di Placido in Sicilia), peinte plus tardivement par le Riccio. Cette fresque a été ajoutée afin de dissimuler l’ancienne ouverture conduisant au réfectoire, murée au XVIe s. Par ailleurs, à l’inverse,  les parois de deux des lunettes du bras sud sont ouvertes sur le « De Profundis » afin de lui procurer un peu de lumière.

[2] Le Sacro speco (ou Sainte Grotte) est le nom donné au refuge dans lequel Benoit de Nursie est demeuré environ trois ans après avoir entamé sa vie érémitique.

[3] Ces deux épisodes concernent la scène de la visite faite par Benoît à sa sœur qui le conjure de demeurer au monastère et le violent orage qui l’empêcha de la quitter, et celle où Benoît voit en songe l’âme de sa sœur monter au ciel sous la forme d’une colombe.

[4] Enzo Carli nous apprend que le contrat pour la Cathédrale d’Orvieto date du 5 avril 1499, et ajoute, à juste titre, que Signorelli s’apprête alors à réaliser son « plus haut chef-d’œuvre ». CARLI 1982, p. 11.

[5] CARLI 1982, p. 20.