Giovanni di Paolo, « Assunzione della Vergine »

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Giovanni di Paolo (Sienne, vers 1400 – 1482)

Assomption de la Vierge, vers 1460.

Tempera et or sur panneaux

Provenance : Église de Sant’Agata, Asciano.

Asciano, Museo Civico Archeologico e d’Arte Sacra – Palazzo Corboli.

Pouvant induire que l’œuvre a été réalisée à quatre mains, le cartel qui l’accompagne est un peu ambigu. En réalité, le triptyque que l’on peut voir actuellement résulte d’un assemblage hétéroclite, effectué vers 1883, à partir de différents panneaux de deux polyptyques d’Asciano : une Assomption peinte par Giovanni di Paolo pour l’église de Sant’Agata, et deux panneaux latéraux (Saint Augustin et Saint Michel) peints, ceux-ci, par Matteo di Giovanni pour l’église de Sant’Agostino.

Le Polyptyque d’Asciano, de Matteo di Giovanni, a été démembré au XIXe s. ; son panneau central (également une Assomption) est alors parti pour la Angleterre où il se trouve toujours (Londres, National Gallery) et les autres, excepté les deux panneaux latéraux, sont dorénavant éparpillés dans diverses collections à travers le monde (voir : ”Le retable d’Asciano : hypothèse de reconstitution » dans l’article consacré au Polyptyque d’Asciano  de Matteo di Giovanni).

Le panneau de l’Assunzione della Vergine peint par Giovanni di Paolo provient quant à lui d’un troisième retable, le Polyptyque de San Galgano, lui aussi démembré, dont il constituait la partie centrale (les panneaux latéraux ainsi que la prédelle de ce polyptyque sont aujourd’hui visibles à la Pinacoteca Nazionale de Sienne).

Les deux images de l’Assomption, celle de Matteo di Giovanni, à Londres, ainsi que celle de Giovanni di Paolo, ici même, s’inspirent de celle peinte à l’Antiporto di Camollia, à Sienne, fresque aujourd’hui perdue, que l’on attribue à Simone Martini, bien que celui-ci n’aie pas eu la possibilité de terminer l’œuvre dont il était le concepteur, ainsi que l’auteur du dessin inachevé. [1]

Panneau central (Giovanni di Paolo)

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La fidélité des peintres siennois aux grands modèles qui ont constitué l’identité civique de la cité est telle que la structure de cette Assomption de Giovanni di Paolo, dérivée de celle de Simone Martini, est grosso modo la même que celle de l’œuvre de Matteo di Giovanni dont elle a dorénavant pris la place dans la présentation du Musée d’Asciano. 

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2

Au centre du panneau, sur l’axe de symétrie, peinte plus grande que tous les autres personnages pour affirmer sa prééminence sur eux, Marie est vêtue du manteau blanc qu’elle porte toujours lorsqu’elle est représentée en tant que Vierge de l’Assomption [3]. Celui-ci est richement orné, signe que la Vierge se dirige vers le ciel dont elle est appelée à être la souveraine. Il est légèrement ouvert sur le ventre maternel qu’il indique discrètement afin de rappeler son rôle miraculeux de mère du Christ. Elle est environnée de séraphins formant une sorte de trône évanescent qui l’emporte vers le ciel tandis qu’un cercle d’anges musiciens directement hérités de Simone Martini accompagne cette ascension d’un mouvement ondulatoire.

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3

Demeuré sur terre, dans la partie basse de cet axe de symétrie, Thomas, qui a pourtant déjà touché la plaie du Christ pour vaincre une première fois son incrédulité, reçoit, conformément à la légende, la ceinture que la Vierge a laissé échapper à son intention, alors qu’elle vient de quitter le tombeau que l’on voit maintenant vide. 

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Au fur et à mesure que le regard monte vers le haut de l’image, et qu’au même rythme se rapproche le firmament, les anges musiciens laissent la place aux saints et aux prophètes de l’Ancien Testament, signe de l’imminence de la fin du voyage. Tout en haut, comme il se doit, apparaît la figure du Christ, les bras grands ouverts, s’apprêtant à accueillir Marie dans son royaume.

Les images de l’Assomption de la Vierge revêtaient une importance particulière à Sienne, et il allait de soi, pour les villes placées sous la domination de cette dernière (c’était le cas d’Asciano au XVe siècle), que la commande d’un grand retable comportant une image aussi frappante exprimait aussi leur allégeance au gouvernement de la cité.

[1] Voir annexe : « L’assomption de Simone à l’Antiporto di Camollia« .