Francesco Petracco, devenu Francesco Petrarca [1]« Suivant l’usage des familles moyennes, qui ne possédaient pas de nom patronymique […], on forma le sien du prénom de son père (*), duquel on fit depuis Petrarca par ampliation. (*) Le père de Pétrarque, notaire florentin, s’appelait Pietro di Parenzo di Garzo ou Petracco de’ Parenzo (1267—1326), dit Ser Petracco en raison même de sa profession. Quatre ans avant la … Poursuivre, et appelé Pétrarque en France (Arezzo [2]« Lorsque Pétrarque naît à Arezzo, le 20 juillet 1304, au cœur du faubourg dell’Orto, Dante Alighieri est également présent dans la ville où il trouva refuge au même titre que son ami, Ser Petrarco, père de Francesco, tous deux exilés de Florence. La maison natale de Pétrarque, comme lui-même l’atteste, ne fut « ni grande ni riche mais telle qu’elle … Poursuivre, 1304 – Arquà, 1374) : érudit, poète et humaniste florentin. Avec Dante Alighieri et Boccace, il compte parmi les premiers grands auteurs de la littérature italienne.
« Pétrarque grandit en Toscane, puis en Provence, auprès de la cour pontificale alors installée à Avignon [3]Le notaire et sa famille rejoignirent successivement Arezzo, Pise, avant Marseille et le Comtat Venaissin, où le poète rencontre Laure (*) pour la première fois. Sur son manuscrit de Virgile, il notera : « Laure, célèbre par sa vertu et longuement chantée par mes poèmes, apparut à mes regards pour la première fois au temps de ma jeunesse en fleurs, … Poursuivre. Il suivit des études de droit à Montpellier et à Bologne. Mais ses goûts le portaient vers les lettres et l’écriture. Pour pouvoir s’y consacrer, il entra au service de la famille romaine des Colonna, comme aumônier, accomplissant pour elle diverses ambassades. Il soutint pourtant plus tard Cola di Rienzo, qui fonda une brève république à Rome, contre ses propres protecteurs.
« Il passa ainsi une grande partie de sa vie en voyages entre la Provence et l’Italie, revenant entre ses séjours italiens dans sa résidence de Vaucluse (Aujourd’hui Fontaine-de-Vaucluse). [4]Dans l’exil de son enfance en Avignon puis à Carpentras, Pétrarque à peine âgé de neuf ans découvrit Vaucluse en compagnie de son père. Le site, par sa résurgence mystérieuse, exerçait déjà une puissante fascination sur les esprits. Il s’y installa plus tard, en 1337, à l’âge de trente-trois ans et y fit quatre séjours, en une vingtaine d’années, dans … Poursuivre Il la quitta définitivement en 1353, pour s’installer en Italie. Il fut un temps l’hôte des Visconti à Milan, et finalement des Carrare à Padoue. Il passa les dernières années de sa vie dans sa résidence d’Arquà, en Vénétie.
« On sait que Simone Martini arriva à Avignon, en 1336, pour travailler au décor du palais des papes. C’est cette année-là que Pétrarque rencontra le grand siennois qui, à sa demande, réalisa pour lui deux médaillons, l’un à son effigie, l’autre à celle de Laure. C’est également durant cette période que Simone peignit la célèbre image (le Frontespizio del Virgilio Ambrosiano di Francesco Petrarca) venue illustrer l’exemplaire du Codex de Virgile que possédait Pétrarque (aujourd’hui à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan ; voir : Visibile parlare).
« Il rassembla au cours de ses voyages de nombreux manuscrits, et se passionna en particulier pour des auteurs antiques. Il adopta, pour les étudier, une démarche philologique fondatrice, introduisant la critique des textes pour établir des faits historiques et puisant dans les textes antiques plutôt que médiévaux.
« Il produisit ainsi plusieurs œuvres latines à thème historique. Le poème Africa, consacré à Scipion l’Africain, fit sa renommée de son vivant. Il réunit dans De viris illustribus des biographies d’hommes illustres, figures de la Rome antique (Scipion, César), de la Bible (Adam, Abraham) ou mythologiques (Hercule), présentées comme des modèles de vertu et de moralité pour un présent de décadence.
« Il travailla presque toute sa vie à son œuvre la plus influente, le Rerum vulgarium fragmenta, plus connu sous le titre de Canzoniere. Ces poèmes d’amour en langue vulgaire sont consacrés à Laure, jeune femme rencontrée à Avignon en 1327, mais jamais formellement identifiée, et dont le prénom revêt une forte dimension symbolique. Ils témoignent d’un cheminement spirituel, des oscillations et de la tension entre amour sensuel et amour sacré, tout comme d’autres de ses œuvres, tels les Triumphi, six visions oniriques tissées chacune autour d’un principe moral (l’amour, la mort, la gloire, etc.). Pétrarque trouva son inspiration à la fois dans la poésie provençale et le dolce stil novo florentin (Dante, Cavalcanti), et dans la poésie antique. Les dialogues du Secretum, qu’il ne destinait pas à la publication, sont eux aussi fortement imprégnés de spiritualité.
« Il rédigea par ailleurs dans la solitude et la tranquillité de Fontaine-de-Vaucluse des textes prônant un recueillement tout humaniste, fait d’étude et de prière au contact de la nature (De vita solitaria, De otio religioso). Il recueillit les lettres qu’il écrivit tout au long de sa vie en plusieurs volumes, qui constituent l’un des piliers – autobiographique – de son œuvre (Familiarum rerum libri et Senilium rerum libri). Enfin, il s’illustra dans le genre polémique, avec diverses “invectives”.
« Cette œuvre riche et variée lui valut d’être couronné à Rome en 1341 “magnus poeta et historicus”.
« Pétrarque contribua de façon décisive à former les principaux caractères de l’humanisme : le retour aux textes classiques, l’établissement d’une méthode philologique, l’attention à l’homme et à son intériorité et enfin le recueillement dans l’étude et la nature. Il eut une grande influence partout en Europe, surtout sur l’écriture poétique, donnant naissance à un courant qui porte son nom, le pétrarchisme. » [5]« Francesco Petrarca (1304-1374) – Bibliographie », BNF, Bibliographie sélective, juin 2024. Mise en ligne : https://www.bnf.fr/fr/francesco-petrarca-1304-1374-bibliographie
Notes
| 1↑ | « Suivant l’usage des familles moyennes, qui ne possédaient pas de nom patronymique […], on forma le sien du prénom de son père (*), duquel on fit depuis Petrarca par ampliation.
(*) Le père de Pétrarque, notaire florentin, s’appelait Pietro di Parenzo di Garzo ou Petracco de’ Parenzo (1267—1326), dit Ser Petracco en raison même de sa profession. Quatre ans avant la naissance de Francesco, « la famille du poète avait été bannie de Florence où le père exerçait la charge de notaire, et dépouillée de ses biens (**) par la même révolution qui causa l’exil de Dante Alighieri, et qui priva ainsi Florence de la présence des deux plus grands génies qui aient illustré le nom et la langue toscane. » Poésies de Pétrarque (traduction complète par le comte F. L. de Gramont). Paris, Paul Mascagna, 1842, p. 3. « En 1302, Ser Petracco, qui avait soutenu, en tant que guelfe blanc, l’intervention en Italie de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel et prétendant à la couronne impériale, vit tous ses biens confisqués par la partie adverse, alors au pouvoir, et fit l’objet d’un bannissement politique. C’est la raison pour laquelle Pétrarque est né à Arezzo et non à Florence. |
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| 2↑ | « Lorsque Pétrarque naît à Arezzo, le 20 juillet 1304, au cœur du faubourg dell’Orto, Dante Alighieri est également présent dans la ville où il trouva refuge au même titre que son ami, Ser Petrarco, père de Francesco, tous deux exilés de Florence. La maison natale de Pétrarque, comme lui-même l’atteste, ne fut « ni grande ni riche mais telle qu’elle convenait à la condition d’un exilé » (*). Nous n’en saurons pas plus sur cette propriété car très vite la famille s’installa à Incisa où Pétrarque passa les six premières années de sa vie. On lui rapporta plus tard que le propriétaire de la maison d’Arezzo avait projeté de la rénover et de l’agrandir, mais que ce dernier s’était heurté à l’opposition des citoyens de la ville qui désiraient qu’elle restât précisément dans l’état où elle se trouvait quand il y était né. Sur le chemin du retour de Rome où il fut couronné le 8 avril 1341 roi des poètes, Pétrarque s’arrêta à Arezzo. Pour l’honorer, ses concitoyens voulurent l’accompagner hors des remparts de la ville et, sans l’en avertir, le conduisirent dans le faubourg, devant sa maison. Il ne l’avait pas revue depuis sa naissance. Ce fait l’émut profondément. (**) »
(*) PÉTRARQUE, Lettres de vieillesse (Rerum senilium), XIII, 3. |
| 3↑ | Le notaire et sa famille rejoignirent successivement Arezzo, Pise, avant Marseille et le Comtat Venaissin, où le poète rencontre Laure (*) pour la première fois. Sur son manuscrit de Virgile, il notera : « Laure, célèbre par sa vertu et longuement chantée par mes poèmes, apparut à mes regards pour la première fois au temps de ma jeunesse en fleurs, l’an du Seigneur 1327, le 6 avril, à l’église de Sainte-Claire d’Avignon, dans la matinée. »
(*) Laure est la muse chantée par Pétrarque, qui ne donne d’elle que le prénom et deux dates, tout en assurant le lecteur de sa chasteté. Rien ne perce sur sa vie et encore moins sur sa famille, ce qui a conduit les chercheurs à proposer différents noms parmi lesquels ceux de Laure de Sade, Laure de Noves, Laure des Baux d’Adhémar de Vaucluse ou encore Laure (Lauretta) de Sabran. Voir : Emmanuel Davin, « Les différentes Laure de Pétrarque », Bulletin de l’Association Guillaume Budé (1956), pp. 83-104. Mise en ligne à l’adresse : https://www.persee.fr/doc/bude_1247-6862_1956_num_15_4_4159. |
| 4↑ | Dans l’exil de son enfance en Avignon puis à Carpentras, Pétrarque à peine âgé de neuf ans découvrit Vaucluse en compagnie de son père. Le site, par sa résurgence mystérieuse, exerçait déjà une puissante fascination sur les esprits. Il s’y installa plus tard, en 1337, à l’âge de trente-trois ans et y fit quatre séjours, en une vingtaine d’années, dans l’intervalle de ses voyages à travers l’Europe. Son ancrage à Vaucluse a joué un rôle majeur dans l’élaboration littéraire et spirituelle de son propre mythe :
« Qu’eut donc ce lieu, je ne dis pas de plus beau mais de plus célèbre si ce n’est mon séjour ? Je peux même ajouter que pour beaucoup ce lieu est devenu, grâce à moi, non moins célèbre que grâce à sa source magnifique » (*). Ce fut à Vaucluse que Pétrarque entreprit la plus grande partie de sa gigantesque œuvre poétique et littéraire, inspirée par l’« Apollon sonore » des « ondes thessaliques » (**). Comme le constatait Sénèque, le lyrisme d’un poète ne pouvait totalement s’exprimer que dans le cadre d’une nature exceptionnelle, à proximité d’une source consacrée aux muses, jaillissant d’une cavité mystérieuse (***). Ainsi, pour obéir aux conseils des Anciens, Pétrarque se retira au pied de la source vauclusienne dont le paysage allégorique lui fournissait l’adjuvant mythologique, esthétiquement latin, digne des grands sites sibyllins du bassin méditerranéen. Il scénographia à Vaucluse le credo humaniste de la solitude créatrice, dans un lieu qui resterait éternellement attaché à son nom. Pétrarque acheta à Vaucluse une petite maison située sur la rive gauche de la Sorgue, adossée à la falaise, sous le château de son ami l’évêque de Cavaillon, Philippe de Cabassole. Il mentionne, dans ses Lettres familières, ses deux jardins de “Bacchus” et d’“Apollon” qui représentaient pour lui des enclos d’Antiquité, encore que sa préférence, dans sa figuration symbolique, soit celle du paysage pastoral du berger-poète peint par Simone Martini en frontispice de son Virgile. Cette enluminure, sur le plus intime manuscrit de Pétrarque, renferme l’idéalisation de Vaucluse à travers la vision virgilienne d’une habitation qui fut avant tout celle des dieux. » (****) (*) PÉTRARQUE, Lettres familières (Rerum familiarum), VIII, 3, 9. |
| 5↑ | « Francesco Petrarca (1304-1374) – Bibliographie », BNF, Bibliographie sélective, juin 2024. Mise en ligne : https://www.bnf.fr/fr/francesco-petrarca-1304-1374-bibliographie |
