Purgatoire

« Très tôt, les chrétiens ont cru qu’il était possible par certains actes de dévotion – et en particulier les prières – d’abréger les épreuves des âmes après la mort. Ils pensaient en effet qu’une purgation des péchés était possible dans l’au-delà. […]. Cette croyance s’appuyait sur des textes bibliques » [1].

La datation de la « naissance » du purgatoire est discutée par les historiens, qui hésitent entre une « datation haute », qui est celle, par exemple, de Pierre Chaunu, pour lequel le purgatoire serait apparu dès Augustin d’Hippone (354-430), avec la notion de peines expiatrices dans l’au-delà, et d’autre part une « datation basse », celle de Jacques Le Goff, pour lequel le purgatoire « proprement dit » ne serait né que dans la seconde moitié du XIIe siècle, vers l’an 1170, avec le mot servant à le nommer. Les premières représentations artistiques du purgatoire apparaissent au milieu du XIIIe siècle.

Le dogme du Purgatoire est définitivement fixé par le concile de Florence (1439).

Sources écrites

Les principales sources se trouvent dans :

  • Second livre des Macchabées (2 Macc 12, 41-46) : « Tous bénirent donc la conduite du Seigneur, le juge impartial qui rend manifestes les choses cachées. Puis, ils se répandirent en supplications pour demander que le péché commis soit entièrement effacé. Le noble Judas exhorta la troupe à se garder de tout péché, ayant sous les yeux le malheur de ceux qui avaient succombé pour avoir commis cette faute. Il organisa une collecte auprès de chacun et envoya deux mille pièces d’argent à Jérusalem afin d’offrir un sacrifice pour le péché. C’était un fort beau geste, plein de délicatesse, inspiré par la pensée de la résurrection. Car, s’il n’avait pas espéré que ceux qui avaient succombé ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde. Mais il jugeait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent avec piété : c’était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d’expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés. »
  • Evangile selon Matthieu (Mt 12, 31-32) : « C’est pourquoi je vous avertis : tout péché, tout blasphème sera pardonné aux hommes mais pas le blasphème contre le Saint-Esprit. Si quelqu’un dit une parole contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais si quelqu’un parle contre le Saint-Esprit, il ne recevra pas le pardon, ni dans la vie présente ni dans le monde à venir. »
  • Saint Paul, Lettre au Corinthiens (1 Cor 3, 11-15) : « Pour ce qui est du fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est déjà en place, c’est-à-dire Jésus-Christ. Or on peut bâtir sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses ou du bois, du chaume ou du torchis de paille. Mais le jour du jugement montrera clairement la qualité de l’œuvre de chacun et la rendra évidente. En effet, ce jour sera comme un feu qui éprouvera l’œuvre de chacun pour en révéler la nature. Si la construction édifiée sur le fondement résiste à l’épreuve, son auteur recevra son salaire ; 1mais si elle est consumée, il en subira les conséquences. Lui, personnellement, sera sauvé, mais tout juste, comme un homme qui réussit à échapper au feu. »

Saint Augustin, en plusieurs endroits de son œuvre, précise cette croyance en déterminant la durée de l’épreuve dans une période comprise entre le jugement individuel après la mort et le jugement collectif, ou Jugement Dernier, à la fin des temps. D’autre part, en soulignant que cette épreuve « est réservée à un petit nombre de pêcheurs mineurs » et qu’elle « est très redoutable » [2]

« Nul n’a d’une façon plus théologiquement orthodoxe et plus littérairement belle décrit ces cinq lieux de l’Au-Delà (l’enfer, le paradis et les trois lieux de l’attente : le purgatoire et les deux limbes) plus le lieu de l’attente terrestre, le paradis terrestre, que Dante Alighieri, grand poète de l’attente.

Et le Purgatoire est la pièce maîtresse d’une conception de l’attente qui a promu l’individu, resserré et approfondi les liens entre les vivants et les morts. Un texte du XIIIe siècle dit : « le purgatoire, c’est l’espoir » [2].

Iconographie du Purgatoire

Voir : Limbes.

[1] Jacques Le Goff, « La naissance du Purgatoire (XII-XIIIe siècle) », La mort au Moyen Âge, Actes du congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, Année 1975, 6, pp. 7-10.

[2]

[2] Jacques Le Goff, op. cit., p. 1.