
La butte de Cuna, située légèrement en retrait de la Via Francigena, est connue dès 1152 en raison de la présence d’un hospice dit xenodochium, destiné à l’accueil des pèlerins se rendant à Rome (ou en provenant). Le lieu fut donné par Ranieri di Prezzulla à l’hôpital siennois de Santa Maria della Scala en 1224. C’est à son sommet, aux abords du castelletto (petit castello) préexistant, que l’on construisit, en 1314, la Grancia, principale ferme fortifiée chargée de pourvoir aux besoins de l’Ospedale. En 1366, après avoir été gravement endommagé par les Compagnie di Ventura, l’hôpital entreprit des travaux de fortification par l’ajout de deux murs d’enceinte. En 1554, le bourg est saccagée une nouvelle fois par les troupes austro-hispaniques. Au cours de la seconde moitié du XVIe siècle, un toit est ajouté à la ferme ainsi qu’aux tours, recouvrant les remparts préexistants. La maison de maître, située entre les deux murs, date du XVIIe siècle.
La Grancia delle More di Cuna est un rare exemple de ferme fortifiée du XIVe siècle dans la province de Sienne. Le complexe a gardé ses caractéristiques d’origine inchangées au fil du temps. Pour la petite histoire, Cuna donna asile aux papes Urbain VI (1318-1389), en 1386, Martin V (1369-1431), en 1420 et Paul III (1468-1549), en 1541, ainsi qu’au roi de France Charles VIII (1470-1498), tandis qu’en 1640, y mourut Charles Ier de Guise, duc de Lorraine (1571-1640). Pendant la guerre de Sienne, sous le commandement du capitaine Mazzangone, la forteresse de Cuna fut l’une des principales places fortes défensives de Sienne contre l’armée austro-hispanique ; cependant, malgré la résistance, elle fut prise et pillée en juillet 1554.
En 2014, d’importants travaux de restauration ont été entrepris pour enrayer le lent processus de dégradation parvenu à un niveau alarmant. Ces travaux sont actuellement interrompus, les bâtiments sont cernés par les échafaudages condamnés à rouiller sur place et aucun projet ne semble se dessiner, qui permettrait de sauver ces lieux qui, pourtant, appartiennent à l’histoire de Sienne et resplendissent de beauté en dépit de leur délabrement et de l’état scandaleux d’abandon où il est laissé.

