‘Maître de l’Observance’, « Saint Anthony Beaten by Devils »

Maître de l’Observance’ (peintre ou groupe de peintres actif durant le second quart du XVe siècle, auquel est attribué un corpus d’œuvres réunies en 1942 par Alberto Graziani [1]Alberto Graziani, « Il Maestro dell’Osservanza (1942) », dans Propozioni, II, 1948, pp. 75-87 (réédité dans Proporzioni. Scritti e Lettere di Alberto Graziani, a cura di T. Graziani Longhi, 2 vol., Bologne, 1993. à partir de caractéristiques stylistiques communes ou approchantes)

Saint Anthony Beaten by Devils (Saint Antoine battu par des diables), v. 1430-1436.

Tempéra et or sur panneau, 46,5 x 33,2 cm.

Provenance : James Jackson Jarves Collection, Florence, peut-être acquis par Jarves (1818-1888) à Macerata dans les années 1850, lorsque la collection de Giambattista Caccialupi a été vendue et dispersée [2]Miklos Boskovits, David Alan Brown, Italian Paintings of the Fifteenth Century, Washington, The National Gallery-Oxford University Press, 2003, p. 493, note 33. ; acquis en 1871 par la Yale University lors de la vente aux enchères de la collection James Jackson Jarves.

New Haven, Yale University Art Gallery.

Les tourments infligés à Antoine par Satan, craignant la réputation et, par conséquent, l’influence grandissante du saint ermite, prennent des formes variées dont les précédents épisodes peints dans le retable du ’Maître de l’Observance’ ont déjà permis de se faire une idée. Cette fois, il a envoyé dans la Thébaïde [3]On appelle Thébaïde, en référence au désert de Thèbes, une image peinte où se déploient, dans un paysage escarpé de montagnes, de grottes, de forêts surplombant la sphère mondaine, des épisodes fameux ou des scènes quotidiennes de la vie des premiers ermites. une « troupe de démons » qui l’« accablent de coups » et le laissent pour mort [4]« Satan, ne pouvant supporter la détermination d’Antoine et craignant de plus qu’il ne propageât en peu de temps dans le désert la vie monastique, vint une nuit avec une troupe de démons et l’accabla de tant de coups que, succombant aux souffrances, le solitaire resta sans voix, étendu par terre. Il assurait qu’il avait souffert des douleurs telles que les coups donnés par les … Poursuivre.

Le style du Saint Antoine battu par les démons diverge considérablement de celui des autres scènes de la série. « Il ne s’agit pas simplement d’une technique plus sommaire ou un peu plus grossière. Tout au long de la série, l’action est minimisée, et une tentative est faite pour recréer la vie intérieure de saint Antoine dans le silence de l’imagination. Dans le panneau de Yale, en revanche, le sujet est envisagé principalement en termes d’action physique, et l’on ne remarque que peu d’efforts pour dépeindre le dilemme spirituel que les coups signifient [5]Les diables « ne tentent et ne martyrisent les hommes qu’avec la permission du Tout-Puissant ; le livre de Job sert à cet égard de preuve et de référence constante. » Jean Delumeau, « La peur de Satan », L’Histoire, 6, 1978.. La pose dynamique et horizontale du saint est parallèle à son bâton jeté ainsi qu’au bord inférieur de l’image, et l’action de chaque assaillant est analysée avec une vision directe de son caractère plausible. Le paysage escarpé, avec sa simple progression de collines de couleurs différentes séparées par des groupes denses d’arbres, n’est qu’un repoussoir neutre, et les bâtiments ont le caractère d’une référence superficielle au lieu. On sent à l’œuvre un esprit ambitieux mais essentiellement prosaïque. Cela apparaît assez clairement si la scène est comparée au panneau de Sassetta du retable de l’Arte della Lana, dont elle doit, dans une certaine mesure, dépendre. Il y a une affinité suggestive avec le Saint Jérôme rêve qu’il est flagellé sur ordre du Christ (Louvre) de la prédelle du retable de Sano di Pietro daté de 1444, et cette affinité fournit une preuve des plus solides contre l’identification de Sano di Pietro avec le maître principal de la série, le ‘Maître de l’Observance’ [6]Cesare Brandi, Quattrocentisti senesi, Milan, Hoepli, 1949, pp. 69-87.. » [7]Keith Christiansen, « Saint Anthony Beaten by Devils », Keith Christiansen, Laurence B. Kanter, Carl Brandon Strelke, Painting in Renaissance. Siena (catalogue d’exposition). New-York, The Metropolitan Museum of Art, 1988, p. 117.

Notes

Notes
1 Alberto Graziani, « Il Maestro dell’Osservanza (1942) », dans Propozioni, II, 1948, pp. 75-87 (réédité dans Proporzioni. Scritti e Lettere di Alberto Graziani, a cura di T. Graziani Longhi, 2 vol., Bologne, 1993.
2 Miklos Boskovits, David Alan Brown, Italian Paintings of the Fifteenth Century, Washington, The National Gallery-Oxford University Press, 2003, p. 493, note 33.
3 On appelle Thébaïde, en référence au désert de Thèbes, une image peinte où se déploient, dans un paysage escarpé de montagnes, de grottes, de forêts surplombant la sphère mondaine, des épisodes fameux ou des scènes quotidiennes de la vie des premiers ermites.
4 « Satan, ne pouvant supporter la détermination d’Antoine et craignant de plus qu’il ne propageât en peu de temps dans le désert la vie monastique, vint une nuit avec une troupe de démons et l’accabla de tant de coups que, succombant aux souffrances, le solitaire resta sans voix, étendu par terre. Il assurait qu’il avait souffert des douleurs telles que les coups donnés par les hommes ne peuvent occasionner de si grands supplices. Mais, par la Providence de Dieu (car Dieu n’abandonne jamais ceux qui espèrent en lui), son ami vint le lendemain lui apporter du pain. Ayant ouvert la porte, il vit Antoine étendu par terre et comme mort ; il le prend sur ses épaules, le porte à l’église du village et le dépose sur le sol. Un grand nombre de ses parents et les gens du village vinrent s’asseoir autour d’Antoine ; mais, vers le milieu de la nuit, il revint à lui et se réveilla ; voyant que tous ceux qui étaient là dormaient et que son ami seul veillait, il lui fit signe d’approcher et le pria de le charger de nouveau sur ses épaules et de le reporter au tombeau. Cet homme donc, sans réveiller personne, l’y reporta, ferma la porte comme à l’ordinaire, et Antoine se trouva seul de nouveau dans le monument ; il n’avait pas la force de se tenir debout à cause des coups qu’il avait reçus, mais, tout en demeurant couché, il priait. Quand sa prière fut achevée, il s’écria : ‘Voici Antoine en ce lieu, je ne fuis pas vos coups, et lors même que vous m’en donneriez davantage, rien ne me séparera de l’amour du Christ. (R., 3, 35.)’ » Saint Athanase, Vie de saint Antoine (traduction littérale du texte grec par Charles de Rémondange), Mâcon, Imprimerie d’Émile Protat, 1874. Pour une édition récente : Athanase d’Alexandrie, Vie d’Antoine (G. J. M. Bartelink éd.), Paris, Les éditions du Cerf, 1994, pp. 369-371.
5 Les diables « ne tentent et ne martyrisent les hommes qu’avec la permission du Tout-Puissant ; le livre de Job sert à cet égard de preuve et de référence constante. » Jean Delumeau, « La peur de Satan », L’Histoire, 6, 1978.
6 Cesare Brandi, Quattrocentisti senesi, Milan, Hoepli, 1949, pp. 69-87.
7 Keith Christiansen, « Saint Anthony Beaten by Devils », Keith Christiansen, Laurence B. Kanter, Carl Brandon Strelke, Painting in Renaissance. Siena (catalogue d’exposition). New-York, The Metropolitan Museum of Art, 1988, p. 117.
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