‘Maître de l’Observance’ (Sano di Pietro ?), « Saint Anthony the Abbot in the Wilderness » ou « Saint Anthony Tempted by a Heap of gold »

Maître de l’Observance’ (peintre ou groupe de peintres actif durant le second quart du XVe siècle, auquel est attribué un corpus d’œuvres réunies en 1942 par Alberto Graziani [1]Alberto Graziani, « Il Maestro dell’Osservanza (1942) », dans Propozioni, II, 1948, pp. 75-87 (réédité dans Proporzioni. Scritti e Lettere di Alberto Graziani, a cura di T. Graziani Longhi, 2 vol., Bologne, 1993. à partir de caractéristiques stylistiques communes ou approchantes)

Saint Anthony the Abbot in the Wilderness ou Saint Anthony Tempted by a Heap of gold (Saint Antoine Abbé dans le désert ou Saint Antoine tenté par un tas d’or), v. 1430-1436.

Tempéra et or sur panneau, 47,6 x 34,6 cm.

Provenance : Robert Lehman Collection, 1975.

New-York, Metropolitan Museum.

Ainsi que l’induit la diversité des titres donnée à l’œuvre, le sujet exact est devenu illisible depuis qu’un tas d’or qui se trouvait, à l’origine, sur la route d’Antoine a été éliminé par grattage peu après la création du tableau avant que ne soit effectué un repeint. On en devine cependant encore la trace entre le saint et le lapin placé à gauche. La surprise manifeste d’Antoine est ainsi devenue incompréhensible pour qui ignore cette étrange manipulation.

Athanase d’Alexandrie n’évoque pas précisément cet épisode mais évoque, de manière générale, « toutes les ruses » inventées par le démon pour ébranler la résolution d’Antoine. Parmi ces ruses, figure le « souvenir de ses richesses » visant à lui inspirer un éventuel « amour de l’argent » [2]« Le démon, ennemi de tout bien et plein de jalousie, ne pouvant voir sans dépit une telle résolution dans un jeune homme, employa contre lui toutes les ruses qu’il a coutume d’inventer. D’abord il essaya de le détourner des pratiques de la piété en lui rappelant le souvenir de ses richesses, le soin qu’il devait prendre de sa sœur et ses liens de famille ; il lui … Poursuivre.

« L’image a longtemps été considérée comme l’une des plus belles de la série, en particulier pour son paysage évocateur, qui a été comparé à la zone aride connue sous le nom des Crete, au sud-est de Sienne, ou dans la région située autour de Lecceto et San Leonardo al Lago [3]John Pope-Hennessy, « Rethinking Sassetta », The Burlington Magazine, XCVIII, no 643 (1956), p. 369 ; Enzo Carli, Sassetta e il Maestro dell’Osservanza, Milan, Aldo Martello, 1957, p. 120.. Étant donné la ressemblance du monastère de la scène de Saint Antoine béni par un vieil ermite avec les bâtiments de San Leonardo, cette association du désert égyptien avec la campagne siennoise pourrait être intentionnelle. Cependant, contrairement au paysage génériquement similaire mais plus tridimensionnel de Saint Antoine tenté par le diable sous l’apparence d’une femme et le paysage sans inspiration de Saint Antoine battu par les diables, ici les collines arides et les troncs d’arbres tordus sont transformés en éléments symboliques d’un paysage visionnaire n’ayant qu’une relation biaise avec la réalité. Au lieu de décrire un continuum spatial, le chemin parsemé de galets relie une série de zones autrement déconnectées et distinctes par leur chromatisme, sur lesquelles ont été appliquées les images figées d’animaux et les formes aplaties d’arbres menaçants. Le manque d’interaction entre les animaux est à mettre en parallèle avec le Saint Antoine distribuant sa richesse, et il est typique du ‘Maître de l’Observance’ de suspendre l’action du saint plutôt que de montrer saint Antoine « comme fuyant un incendie » – ainsi que le fait le disciple de Fra Angelico qui a peint le panneau de prédelle [Saint Anthony Abbot Shunning the Mass of Gold] aujourd’hui au Museum of Fine Arts de Houston. Le ciel aussi, avec son horizon merveilleusement coloré et ses bandes de nuages ​​qui se bousculent, est intrinsèquement irréel : la lumière dorée du coucher de soleil brillant derrière les nuages ​​à droite doit, à l’origine, avoir fonctionné comme une contrepartie symbolique du tas d’or auquel saint Antoine jette un regard mêlé de fascination émerveillée. » [4]Keith Christiansen, « Saint Anthony the Abbot in the Wilderness », dans Keith Christiansen, Laurence B. Kanter, Carl Brandon Strehlke, Painting in Renaissance Siena – 1420 – 1500 (cat. exp.), New York, The Metropolitan Museum of Art, 1988, p. 117. Ce ciel, l’une des caractéristiques particulièrement remarquables de l’ensemble des paysages de la série, semble ici s’arrondir en suivant le contour de la terre, comme, dorénavant à l’échelle du cosmos, il introduisait au sein du panneau de format réduit, l’illusion de l’immensité ou le sentiment étrange de la présence infinie de l’univers.

Notes

Notes
1 Alberto Graziani, « Il Maestro dell’Osservanza (1942) », dans Propozioni, II, 1948, pp. 75-87 (réédité dans Proporzioni. Scritti e Lettere di Alberto Graziani, a cura di T. Graziani Longhi, 2 vol., Bologne, 1993.
2 « Le démon, ennemi de tout bien et plein de jalousie, ne pouvant voir sans dépit une telle résolution dans un jeune homme, employa contre lui toutes les ruses qu’il a coutume d’inventer. D’abord il essaya de le détourner des pratiques de la piété en lui rappelant le souvenir de ses richesses, le soin qu’il devait prendre de sa sœur et ses liens de famille ; il lui inspirait l’amour de l’argent et la passion de la gloire ; il lui montrait les plaisirs de la bonne chère et les autres délices de la vie ; il lui exposait les difficultés de la vertu et les rudes travaux qu’elle exige, la faiblesse de sa santé et la longueur du temps qu’il aurait à souffrir ; enfin, il soulevait dans son esprit un tourbillon de pensées ténébreuses pour le détourner de son généreux dessein. » Saint Athanase, Vie de saint Antoine (traduction littérale du texte grec par M. Charles de Rémondange), Mâcon, Émile Protat, 1874. Pour une édition récente : Athanase d’Alexandrie, Vie d’Antoine (G. J. M. Bartelink éd.), Paris, Les éditions du Cerf, 1994, pp. 369-371.
3 John Pope-Hennessy, « Rethinking Sassetta », The Burlington Magazine, XCVIII, no 643 (1956), p. 369 ; Enzo Carli, Sassetta e il Maestro dell’Osservanza, Milan, Aldo Martello, 1957, p. 120.
4 Keith Christiansen, « Saint Anthony the Abbot in the Wilderness », dans Keith Christiansen, Laurence B. Kanter, Carl Brandon Strehlke, Painting in Renaissance Siena – 1420 – 1500 (cat. exp.), New York, The Metropolitan Museum of Art, 1988, p. 117.
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