Stefano di Giovanni, ou Stefano di Giovanni di Consolo da Cortona, dit ‘Il Sassetta’ (Sienne ou Cortone, 1392 [?], documenté à Sienne à partir de 1426 – 1450 ou 1451) : peintre, l’une des figures – la plus grande ! – de l’art siennois au Quattrocento, il est connu depuis le XVIe siècle sous le diminutif ‘Sassetta’, sans que l’on en connaisse la raison.
Les nombreux fragments du retable peint pour la Guide de la laine (Arte della Lana [1]Arte della Lana : Corporation des arts et métiers qui regroupait tous les métiers qui produisaient ou travaillaient la laine. Ce fut pendant un temps l’une des plus puissantes et les plus riches de son époque.) de Sienne (1423 – 1426) montrent l’influence sur Sassetta de l’art de Gentile da Fabriano, dont on sait qu’il effectua un séjour dans la ville en 1425. Sassetta a également été très sensible aux recherches de tri-dimensionnalité qu’il a pu observer dans l’œuvre des frères Lorenzetti, avant de se passionner, pour l’art de Masaccio à la Chapelle Brancacci et par ce biais, d’accéder aux expériences sur la perspective de Brunelleschi.
La carrière de Sassetta est jalonnée d’immenses chefs-d’œuvre parmi lesquels, outre le Polyptyque de l’Arte della Lana, mentionné ci-dessus, il faut citer le Retable de la Madonna della Neve (entre 1430 et 1432), peint pour la Cathédrale de Sienne et aujourd’hui conservé à Florence, Galleria degli Uffizi (donation Contini-Bonacossi) ; le majestueux Polittico di Borgo San Sepolcro, réalisé entre 1437 et 1444 pour le maître-autel de l’église San Francesco de Sansepolcro (Arezzo) [2]Le polyptyque est aujourd’hui démembré et ses fragments dispersés dans plusieurs musées, en Europe et aux États-Unis. ; la Madonna dell’Umiltà con santi, rare polyptyque de Sassetta encore conservé dans son intégrité (Musée diocésain de Cortone) ; sans compter les différentes variations sur le thème de la Madone de l’Humilité exécutées pour la dévotion de riches particuliers, et conservées dans divers musées à travers le monde, telle la Madonna dell’Umiltà con Bambino (1430-1440) du Museo dell’Opera del Duomo de Sienne.
« La question de savoir si Sassetta est arrivé seul à ses étonnants résultats dans la représentation du monde comme réalité tangible ou s’il était en contact avec les représentants florentins de la transition entre le style gothique et le début de la Renaissance, tels que Masolino ou Gentile da Fabriano, avec lesquels ses intérêts et ses résultats sont souvent parallèles, a fait l’objet d’un débat scientifique de longue date. Par la suite, il a certainement été exposé aux œuvres de ces artistes et à celles de Masaccio. Avec une grande imagination et une grande puissance créative, Sassetta dévoile au spectateur un monde microscopique, rendu avec une grande précision et avec un intérêt sans bornes pour le monde naturel. Il observe le vol des oiseaux, le ciel strié de nuages et d’autres effets atmosphériques sur des paysages baignés de soleil, les détails minutieux des décors intérieurs et l’état psychologique de ses personnages, dont beaucoup – en particulier ses figures ascétiques et monumentales – ont un intensité exceptionnelle dans l’expression de leur visage. Dans ses scènes narratives, Sassetta a déployé son talent pour traduire des événements sinistres, des cérémonies sacrées et des scènes quotidiennes familières qui, malgré leur ressemblance, contiennent souvent une composante irrationnelle et individuelle propre à enchanter le spectateur. À juste titre, Sassetta a été le premier peintre siennois du Quattrocento à être redécouvert par l’historiographie de l’art du XXe siècle […]. » [3]Dóra SALLAY, « La predella di Sano di Pietro per il polittico di San Giovanni Battista all’Abbadia Nuova : ricostruzione e iconografia », Prospettiva, 126-127, 2007, pp. 92-104.
Il semble que Sassetta soit mort après avoir pris froid sur l’échafaudage où il avait commencé à peindre le Couronnement de la Vierge de la Porta Romana, à Sienne [4]Voir également : « La Vierge de la Porta Romana »,.
Œuvres de Sassetta visibles à Sienne et dans le pays siennois [5]Les fragments des grands retables conservés a Sienne sont inclus parmi tous les panneau qui constituaient l’ensemble.
- Madonna in umiltà col Bambino. Madonna di Molli. Sienne, Museo diocesano d’Arte sacra.
- Adorazione dei Magi. Sienne, Palazzo Chigi Saracini, Collezione Chigi-Saracini (propriété du Monte dei Paschi di Siena).
- Sant’Antonio Abate. Sienne, Palazzo Sansedoni, Collezione Monte dei Pachi.
- Cristo a mezzo busto benedicente et Crocifissione tra i dolenti, 1425-1430. Enluminures du Missale Romanum, Sienne, Biblioteca Comunale degli Intronati di Siena.
- Croce dipinta di San Martino (fragments) :
- San Martino e il povero. Sienne, Palazzo Chigi Saracini, Collezione Chigi Saracini.
- Madonna addolorata. Sienne, Palazzo Chigi Saracini, Collezione Chigi Saracini.
- San Giovanni Evangelista dolente. Sienne, Palazzo Chigi Saracini, Collezione Chigi Saracini.
- Trittico dell’Arte della lana, 1423. Œuvre dispersée, dédiée à l’Esaltazione del Santissimo Sacramento [6]Le volet central représentait des Anges en vol tenant l’ostensoir (Angeli in volo coll’ostensorio)., dont il reste :
- 2 fragments provenant, selon Machtelt Israëls, du panneau central (détruit) du triptyque :
- Castello in riva al mare, Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- Città in riva al mare, Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- 8 panneaux provenant des pilastres :
- I Santi Vittore, Ansano, Savino e Crescenzio, Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- I Santi Girolamo, Gregorio, Ambrogio e Agostino, Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- 2 pinacles :
- Il Profeta Elia. Il Profeta Eliseo. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- 6 compartiments de la prédelle :
- Sant’Antonio battuto dai diavoli, Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- The burning of a heretic (Bûcher d’un hérétique avec l’élévation de l’hostie), Melbourne, National Gallery Victoria.
- Ultima Cena, Sienne, Pinacoteca Nazionale.
- A Miracle of the Eucharistic (Un miracle du saint Sacrement). Fragment de prédelle. Barnard Castle, Bowes Museum.
- San Tommaso d’Aquino in preghiera (Saint Thomas d’Aquin en prière), Budapest, Musée National.
- San Tommaso d’Aquino innanzi al Crocifisso (Saint Thomas d’Aquin devant le Crucifix), Rome, Musei Vaticani.
- 2 fragments provenant, selon Machtelt Israëls, du panneau central (détruit) du triptyque :
- Pala della Madonna della neve (1430-1432) représentant la Madonna in trono e quattro santi et, dans la prédelle, Storie della fondazione di Santa Maria Maggiore), Galleria degli Uffizi (donazione Contini-Bonacossi), Florence, à l’origine dans la Cathédrale de Sienne.
- Maria dolente ; San Giovanni dolente et San Martino e il povero (1433), 3 fragments du Crocifisso de l’église de San Martino (Sienne). Sienne, Collezione Chigi-Saracini (propriété du Monte dei Paschi di Siena).
- Viaggio e Adorazione dei Magi (v. 1435), panneau sectionné en deux parties :
- Viaggio dei Magi, Metropolitan Museum of Art, New York.
- Adorazione dei Magi, Collezione Chigi-Saracini (propriété du Monte dei Paschi di Siena).
- Polittico di Borgo San Sepolcro (entre 1437 et 1444), réalisé pour l’église de San Francesco (Sansepolcro). Il s’agissait du polyptyque le plus grand de tout le quattrocento italien. Il était composé de plus de 50 panneaux disposés sur les deux faces. Le polyptyque a été dispersé au XIXe siècle. La moitié de ses panneaux ont été retrouvés :
- Face anterieure :
- Madonna in trono col Bambino, San Giovanni evangelista e Sant’Antonio da Padova, Louvre, Paris.
- San Giovanni Battista, Beato francescano Ranieri Rasini, Villa I Tatti, Collezione Berenson (propriété de l’Université de Harvard), Settignano, Florence.
- 3 Storie del Beato Ranieri Rasini de la prédelle (6 à l’origine) répartis entre le Louvre, Paris (2 panneaux) et la Gemäldegalerie, Berlin (1 panneau))
- Face posterieure:
- San Francesco in gloria, Villa I Tatti, Collezione Berenson (Université d’Harvard), Settignano, Florence.
- 7 Storie di san Francesco a Londra, National Gallery ; la 8ème (Sposalizio mistico di san Francesco), est conservée au Musée Condé, Chantilly.
- 3 Storie della Passione di Cristo de la prédelle (6 à l’origine), Institute of Arts, Detroit;
- 4 panneaux des pilastres conservés représentant San Lorenzo e Santo Stefano, Museo Pushkin, Moscou, San Cristoforo Museo del Tesoro di San Francesco, Assise, et un autre saint (collection privée)
- Face anterieure :
- Madonna dell’Umiltà, différentes versions dans les collections suivantes :
- Madonna dell’Umiltà. Fondazione Giorgio Cini de Venise (1430 circa),
- Museo Diocesano di Siena (V. 1430).
- Pinacoteca Vaticana di Roma(V. 1433).
- Museo Diocesano de Cortone (V. 1434).
- National Gallery of Art, Washington (1435-1440).
- Pinacoteca nazionale di Siena (1438),
- Museo dell’Opera della Metropolitana di Siena (1430-1440),
- The Frick Art Museum, Pittsburgh (v. 1440).
- Strossmayerova Galerija, Zagreb (v. 1440).
- Metropolitan Museum of Art, New York (1445-1450).
- Berlin, Gemäldegalerie.
- Madonna delle ciliegie. Museo d’arte sacra, Grosseto (v. 1445).
- Madonna col Bambino e le sante Caterina d’Alessandria e Margherita. Museo Amedeo Lia, La Spezia (date?).
- Incoronazione della Vergine (1447-50), fresque détachée de la Porta Romana. aujourd’hui sur la contre-façade de la Basilica di San Francesco, Sienne.
Sienne, Pinacoteca Nazionale (n. 166), Flagellation de saint Antoine Abbé, (n. 167) La demière Cène (m. 0,23 x 0,38) ; (n. 168) Saint Ansano, Saint Crescenzio, Saint Vittore, Saint Savino (ensemble m. 0,49 X 0,77) ; (n. 169) Saint Ambroise, Saint Augustin, Saint Jérôme, Saint Grégoire (ensemble m. 0,335 X 0,567) ; (n.° 87) Le Prophète Elie (m. 0,54 × 0,19) ; (n.° 95) Le Prophète Elisée (m. 0,54 X 0,rg). m. 0,335 X 0,567). Tous ces panneaux faisaient partie, les deux premiers de la prédelle, les autres des pilastres et du couronnement du polyptyque de l’Arte della Lana de Sienne, peint par Sassetta entre 1423 et 1426, et dont l’historique a été reconstitué par De Nicola en 1913.
Sienne, Pinacothèque Nationale (n. 325) : Vierge à l’Enfant. Peinture sur bois (m. 0,168 x 0,97). Provenant du Palais communal de Sienne. Elle est très abîmée. Elle porte sur les bords inférieurs la signature maintenant presque illisible « OPUS STEPHANI JOHANNIS». Pope-Hennessy pense que l’on peut l’identifier avec celle qui existait autrefois dans l’église Saint Nicolas à Sienne et qui est mentionnée dans un manuscrit perdu de Gallacini.
SIENNE, Collection Comte Guido Chigi-Saracini : Jean pleurant (m. 0,68 × 0,58) ; Saint Martin et le pauvre (m. 0,35 X 0,35); peintures sur bois; ce sue les restes d’une Croix peinte décrite par les anciens historiens de Sienne (Tizio, Della Valle, Benvoglienti, Romagnoli) dans l’église de Saint Martin comme une œuvre exécutée par Sassetta en 1433. La croix fut sciée en 1810 pour faire une porte.
SIENNE, Collection Comte Guido Chigi-Saracini: Adoration des Mages. Peinture sur bois (0,32 X 0,35). Après avoir été attribuée à Fra Angelico, Langton Douglas l’attribua à Sassetta en 10g, C’est à Pope-Hennessy que l’on doit la démonstration qu’elle constituait la partie inférieure de tableau comprenant aussi Le voyage des Mages de la collection Griggs de New York. L’attribution à Sassetta est unanimement admise bien qu’avec de forts écarts en ce qui concerne la date. Nous proposons ici de la dater vers 1428-1429.
SIENNE, Porte Romaine : Gloire d’Anges musiciens. Fresque. Elle fut commandée en 1437 à Sassetta qui la laissa inachevée, car il mourut en 1450. Au moment de sa mort le peintre avait exécuté toute la partie de l’arcade qui devait protéger la scène inférieure du Couronnement de la Vierge, achevée ensuite par Sano di Pietro.
(BCISi), ms. C.II.23: G. Piccolomini, Siena illustre per antichità (post 1638), c. 91v;
BCISi, ms. B.VII.10: A.M. Carapelli, Notizie delle chiese e cose riguardevoli di Siena (1718), c. 32v;
BCISi, ms. C.VII.20: G.G. Carli, Notizie di belle arti estratte da vari libri (1768), cc. 81r-82r. T.
Fecini, Cronaca Senese (1431-1479), in Cronache senesi, a cura di A. Lisini – F. Iacometti, in RIS2, XV, 6, Bologna 1931, pp. 848
S. Tizio, Historiae Senenses (1506 circa – 1528), a cura di P. Pertici, III/IV, Roma 1998, p. 204
G. Mancini, Considerazioni sulla pittura(1617-1621), a cura di A. Marucchi, I, Roma 1956, pp. 181 s., II, 1957, pp. 71 s. note 613, 620;
F. Chigi, Elenco delle pitture, sculture e architetture di Siena (1625-1626), a cura di P. Bacci, in Bullettino senese di storia patria, n.s., X (1939), pp. 297-337 (in partic. pp. 316, 319, 328);
A. Landi, “Racconto” del duomo di Siena (1655 circa), a cura di E. Carli, Firenze 1992, p. 57; G.A. Pecci, Relazione delle cose più notabili della città di Siena, Siena 1752, p. 93;
G. Della Valle, Lettere sanesi, III, Roma 1786, p. 44;
E. Romagnoli, Biografia cronologica de’ bellartisti senesi (ante 1835), IV, Firenze 1976, pp. 419-432;
G. Milanesi, Documenti per la storia dell’arte senese, I, Siena 1854, p. 48, II, 1856, p. 198, 242-245, 307 s.;
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G. Agosti, Per Alberto Graziani, in Regards sur les Primitifs. Mélanges en l’honneur de Dominique Thiébaut, a cura di M. Laclotte, Paris 2018, pp. 26-29.
Notes
| 1↑ | Arte della Lana : Corporation des arts et métiers qui regroupait tous les métiers qui produisaient ou travaillaient la laine. Ce fut pendant un temps l’une des plus puissantes et les plus riches de son époque. |
|---|---|
| 2↑ | Le polyptyque est aujourd’hui démembré et ses fragments dispersés dans plusieurs musées, en Europe et aux États-Unis. |
| 3↑ | Dóra SALLAY, « La predella di Sano di Pietro per il polittico di San Giovanni Battista all’Abbadia Nuova : ricostruzione e iconografia », Prospettiva, 126-127, 2007, pp. 92-104. |
| 4↑ | Voir également : « La Vierge de la Porta Romana », |
| 5↑ | Les fragments des grands retables conservés a Sienne sont inclus parmi tous les panneau qui constituaient l’ensemble. |
| 6↑ | Le volet central représentait des Anges en vol tenant l’ostensoir (Angeli in volo coll’ostensorio). |
