Scultore senese degli inizi del Trecento, « San Cerbone »

Scultore senese degli inizi del Trecento (sculpteur siennois du début du XIVe s.)

San Cerbone (fragment), seconde ou troisième décennie du XIVe s.

Bois sculpté et peint, 65 x 42 cm.

Provenance : Cathédrale de San Cerbone, Massa Marittima.

Massa Marittima, Museo d’Arte Sacra di San Pietro all’Orto.

L’œuvre a été proprement redécouverte en 1999, à la suite d’une importante intervention de conservation qui a permis de la libérer de sa gangue composée de trois couches de repeints accumulées au cours des siècles, permettant ainsi de faire réapparaître « aussi bien la finesse des couleurs et des métaux précieux que l’élégance des motifs décoratifs et la justesse d’exécution de cette indispensable finition chromatique [qui témoignent] de la haute qualité de l’ouvrage. La chasuble prend l’apparence d’un précieux tissu de soie cramoisie de production Moyen-Orientale, obtenu avec une base de minium de plomb voilée de laque rouge sur laquelle se détache une broderie composée d’une série de cercles, dans laquelle alternent un couple de perroquets opposés et un lion rampant. Dans le fond, on distingue de petits ornements de forme trilobée, variés et reproduits sans continuité rigide, au point que les figures d’un aigle à deux têtes sur l’épaule droite et d’un aigle à une tête vers le côté gauche peuvent également être observées. Perroquets et décors phytomorphes ravivent également le précieux stolon [1]En botanique, le stolon est la longue tige secondaire et rampante de certaines plantes [tel le fraisier], « qui court à la surface du sol et s’enracine de place en place pour produire de nouveaux pieds par marcottage naturel. » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, en ligne : https://www.cnrtl.fr/definition/stolon., qui était pourvu d’une plaque d’argent, aujourd’hui oxydée, et rehaussée de couleurs translucides (bleu et rouge). […] En ne considérant que le contexte pictural siennois, on remarquera combien les cercles comportant des aigles peuvent être comparés avec ceux des draps d’honneur qui se trouvent derrière la Madone dans la Maestà de Guido (Sienne, San Domenico) et dans les Maestà similaires du probable Dietisalvi di Speme (Sienne, Pinacothèque Nationale, inv. 16 et 587 ; Arezzo, Musée national d’art médiéval et moderne). » [2]Alessandro Bagnoli, Marco Romano e il contesto artistico senese tra Due e Trecento (cat. d’exp., Casole d’Elsa, 27 mars -3 octobre 2010), Cinisello Balsamo (Milan), Silvana Editoriale, 2010, p. 234.

Vêtu de cette précieuse chasuble au rouge éclatant, ganté et coiffé de la mitre, l’évêque Cerbone, dont seul subsiste le buste, esquisse de la main droite un geste de bénédiction, tandis que son poing gauche est encore serré sur la crosse épiscopale, aujourd’hui absente. C’est bien dans son rôle de pasteur que le sculpteur a fixé l’image du saint. Et l’on ne peut qu’être saisi par le réalisme exceptionnel de ce portrait qui donne à voir sans la moindre complaisance un visage aux traits alourdis par les années, aux yeux cernés, enfoncés dans loin dans l’ombre de leurs orbites, et dont les larges joues plates, soulignées par le sillon profond des deux rides bordant le nez, s’achèvent en bajoues autour du menton. Une forme évidente de lassitude s’est emparée du personnage : son regard paraît aveugle, ses épaules frêles et voûtées, comme rétrécies par les ans, s’affaissent sous leur propre poids, et sa gestuelle, mille fois répétée, devenue mécanique, semble dorénavant peiner à s’accomplir avec l’ampleur nécessaire.

Cette figure au corps épuisé, stupéfiante de vérité et d’humanité, dont les traits du visage sont si caractérisés qu’ils rendent fidèlement compte d’un modèle observé jusqu’aux plus petits détails [3]On remarquera que Cerbone est mal rasé. et rendu dans sa ressemblance est certainement l’œuvre d’un génial sculpteur. Sa proximité avec Marco Romano a été soulignée à l’occasion de l’exposition consacrée à cet artiste à Casole d’Elsa en 2010 : « Un tel sens de la tridimensionnalité et une recherche si aiguë de la physionomie ne peuvent être liés qu’aux expériences de Marco Romano, qui, dans l’effigie de Porrina et dans les traits fortement caractéristiques de Sant’Imerio et de Sant’Omobono, avait laissé des exemples avant-coureurs et inégalés. » [4]Alessandro Bagnoli, op. cit., p. 234.

Notes

Notes
1 En botanique, le stolon est la longue tige secondaire et rampante de certaines plantes [tel le fraisier], « qui court à la surface du sol et s’enracine de place en place pour produire de nouveaux pieds par marcottage naturel. » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, en ligne : https://www.cnrtl.fr/definition/stolon.
2 Alessandro Bagnoli, Marco Romano e il contesto artistico senese tra Due e Trecento (cat. d’exp., Casole d’Elsa, 27 mars -3 octobre 2010), Cinisello Balsamo (Milan), Silvana Editoriale, 2010, p. 234.
3 On remarquera que Cerbone est mal rasé.
4 Alessandro Bagnoli, op. cit., p. 234.
%d blogueurs aiment cette page :