‘Maestro di Santa Chiara’ (fin du XIIIe s.)
Pala di Santa Chiara (Retable de Santa Chiara), 1283 [1]Une inscription peinte aux pieds de la sainte précise l’année, 1283, sous le règne du pape Martin IV..
Tempéra et or sur panneau, 276 x 163 cm.
Inscriptions :
- (sur l’encadrement, aux pieds de la sainte) : « SANCTA CLARA »
- (sur l’encadrement de la première scène en bas à gauche) : «
- (
Provenance : In situ (?) [2]L’œuvre a très probablement été réalisée pour la basilique Santa Chiara d’Assise..
Assise, Basilica di Santa Chiara.
Composée selon de modèle de la vita icon, l’œuvre représente Claire d’Assise debout entre deux colonnes portant un arc ogival, à l’intérieur d’une structure architecturale qui forme une sorte de niche délimitant un espace étroit que la figure de la sainte, vue frontalement, emplit intégralement. Sa tête se détache au sein d’une énorme auréole qui semble en dicter l’arrondi du crâne. Autour d’elle virevoltent deux anges aux ailes largement déployées. La figure en pied de Claire est environnée de huit scènes de sa vie rangées les unes sur les autres comme elles pourraient l’être sur les étagères d’une armoire, dans deux espaces qui constituent cependant un prolongement architectural de chaque côté des colonnes de l’arche centrale. La logique narrative se développe en effectuant une rotation du regard dans le sens des aiguilles d’une montre, à partir du compartiment situé en bas à gauche :
- Dans l’église, à l’occasion du dimanche des Rameaux, toutes les jeunes filles se sont précipitées vers l’autel pour y prendre la palme ; Claire, dans un acte d’humilité, est demeurée à sa place ; c’est alors que l’évêque, descendu de l’autel, s’avance vers elle pour lui remettre la palme en main propre (fig. 1).
- La nuit suivante, Claire quitte secrètement la maison de son père et parvient de nuit à Santa Maria della Porziuncola accompagnée de quelques amis ; elle y est accueillie par François et ses frères à la lumière des flambeaux (fig.2).
- À genoux devant l’autel, Claire s’est séparée de ses riches vêtements mondains pour endosser un habit de toile grossière, tandis que François lui coupe les cheveux, conformément au vœu qu’elle est en train d’accomplir (fig. 3).
- Accompagné d’autres membres de la famille en habits civils, Monaldo, oncle de Chiara, tente d’éloigner la jeune fille du monastère bénédictin de S. Paolo, où elle a été conduite par François ; les bras tendus en avant, la sainte agrippe la nappe de l’autel après avoir ôté son voile pour montrer sa tête rasée (fig. 4).
- Alors que la Sainte se trouve au monastère de Sant’Angelo di Panzo, elle est rejointe par sa sœur Agnès ; ses parents furieux essayent de la ramener chez eux mais grâce à la prières de Claire, son corps devint plus lourd que le plomb ; l’oncle Monaldo lève le poing pour la frapper mais demeure paralysé ; à l’arrière-plan figure l’épilogue de la scène : François coupe maintenant les cheveux d’Agnès, en présence de Claire (fig. 5).
- Tandis qu’il ne reste qu’un seul pain au monastère de San Damiano, Claire ordonne à l’intendant d’en envoyer une moitié aux frères voisins, et de couper l’autre en cinquante tranches, qui seront nsuute distribuées aux religieuses au réfectoire (fig. 6).
- Chiara étant allongée sur son lit de douleur, l’une des religieuses a une vision : la Reine du Ciel entrecdans la chambre accompagnée d’une foule de vierges couronnées, et recouvre son corps d’un drap d’une beauté merveilleuse (fig. 7).
- La nouvelle de la mort de Claire s’étant répandue, la foule sort de la ville en direction de San Damiano, où les funérailles sont célébrées par le pape Innocent IV et les cardinaux de la Curie réunis (fig. 8).
Ce grand panneau historié [3]Ce genre de figuration dans lequel plusieurs scènes sont juxtaposées est destiné à transmettre un contenu religieux et de foi, un contenu biblique, y compris aux fidèles illettrés ou analphabètes. Il s’agit-là d’une manière typiquement franciscaine de produire des œuvres d’art intelligibles au plus grand nombre., le premier, sur un plan historique, qui ait été consacré à la sainte assisiate, s’impose par ses dimensions. Celles-ci ont pour fonction d’être vues du plus grand nombre, et magnifient l’image de la sainte pour mieux souligner l’exemplarité d’une vie dont le peintre et, plus probablement, ses commanditaires ont choisis les épisodes narratifs les plus significatifs dans les écrit de Tommaso da Celano. Les épisodes se concentrent avant tout sur la force et l’intensité de la vocation, évidemment exemplaires, de Claire et de sa sœur Agnès. Ils commencent avec les tentatives, d’arracher les deux jeunes filles à la vie monastique, exécutées par un oncle incapable d’admettre qu’elles puissent renoncer à la vie aisée que leur promettait leur statut social pour se consacrer à la vie monastique, et embrassent de surcroît la pauvreté prêchée par saint François [4]On notera au passage le parallélisme saisissant des vies de Claire et de François, tous deux issus de familles riches, et tous deux poussés par une volonté plus forte,. La dernière scène, dans laquelle le pape Innocent IV, présent à Assise au moment où la sainte était sur le point de mourir, se révèle parfaitement édifiante : le pontife et sa cour se précipitant pour rendre hommage à la dépouille mortelle fournissent au fidèle l’exemple même de la dévotion à suivre.
Parmi les diverses hypothèses d’attribution formulées, celle, proposée par Longhi (1966a ; 1966b), de reconnaître le travail du peintre Oderisi da Gubbio à travers la figure anonyme du ‘Maître de la Bible de Conradin’ [5]Voir : Bible de Conradin. ne semble pas être retenue à l’heure actuelle. Elle est cependant particulièrement importante car elle a établi un lien entre les miniatures de la Bible en question et le Retable de Santa Chiara. Du moins cette hypothèse a-t-elle eut le mérite de créer un lien entre deux œuvres d’une qualité remarquable.
Notes
| 1↑ | Une inscription peinte aux pieds de la sainte précise l’année, 1283, sous le règne du pape Martin IV. |
|---|---|
| 2↑ | L’œuvre a très probablement été réalisée pour la basilique Santa Chiara d’Assise. |
| 3↑ | Ce genre de figuration dans lequel plusieurs scènes sont juxtaposées est destiné à transmettre un contenu religieux et de foi, un contenu biblique, y compris aux fidèles illettrés ou analphabètes. Il s’agit-là d’une manière typiquement franciscaine de produire des œuvres d’art intelligibles au plus grand nombre. |
| 4↑ | On notera au passage le parallélisme saisissant des vies de Claire et de François, tous deux issus de familles riches, et tous deux poussés par une volonté plus forte, |
| 5↑ | Voir : Bible de Conradin. |










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