
Gentile da Fabriano (Fabriano, v. 1370 – Rome, 1427)
Coronation of the Virgin (Couronnement de la Vierge), v. 1420.
Tempéra et or sur panneau, 93 x 64,1 cm.
Inscriptions :
- (dans l’auréole du Christ) : « IHS / XPS » [1]Voir : IHS XPS.
- (dans l’auréole de la Vierge) : «
- (sur la bordure inférieure du manteau de la Vierge) : « AV[E] / MARIA / … »
- (sur la partition du chœur des anges placé à gauche) : « Timete dominum et date illi hono[rem] » [2][Dicens magna voce] timete Deum et date illi honorem [quia venit hora iudicii eius et adorate eum qui fecit caelum et terram et mare et fontes aquarum] (« Il disait d’une voix forte : Craignez Dieu, et donnez-lui gloire, car l’heure de son jugement est venue; et adorez celui qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et les sources d’eaux. » (Ap 14, 7).
- (sur la partition du chœur des anges placé à droite) : « Dignus est agnus qui o[ccisus est] » [3][…] dignus est agnus qui occisus est [accipere virtutem et divinitatem et sapientiam et fortitudinem et honorem et gloriam et benedictionem] (« […] L’agneau qui a été immolé est digne [de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, et la louange. » (Ap 5, 12).
Provenance : Église de San Francesco, Fabriano [4]Les historiens de l’art s’accordent généralement sur le fait que Gentile a peint le Couronnement de la Vierge Getty pour une confrérie associée à l’église de San Francesco dans sa ville natale de Fabriano vers 1420, après avoir quitté Brescia en 1419 et avant d’arriver à Florence vers 1420/1422. Keith Christiansen, « The Coronation of the Virgin by Gentile … Poursuivre (Marches).
Los Angeles, Getty Center, Museum North Pavilion.
Somptueusement peinte, la cérémonie se déroule dans un univers indéfini, envahi d’or scintillant dans la lumière, auquel répond la préciosité éclatante des broderies d’argent, de satin et de soie aux énormes motifs de brocart qui ornent les habits revêtus par les personnages sacrés. Tombant noblement jusqu’au sol en formant des plis épais, les pesantes étoffes parachèvent la magnificence des silhouettes monumentales des deux figures qui paraissent sculptées dans une matière minérale. De la main gauche, le Christ pose sur la tête inclinée de la Vierge Marie la couronne qui fait d’elle la reine des cieux. Deux groupes d’anges musiciens observent de chaque côté alors que cette Reine est couronnée par son Fils qui la bénit de la main droite dans le même instant. Au sommet plane la colombe de l’Esprit-Saint, signe tangible d’une présence divine déjà largement induite.
Gentile da Fabriano utilise en abondance les reliefs moulés et dorés réalisés a pastiglia, ainsi que les effets de surfaces ciselées et travaillées selon la technique du sgraffito et au poinçon, qui animent la surface et rendent les reflets plus chatoyants encore, de même que les riches pigments colorés appliqués en émaux sur la feuille d’or. La beauté des matériaux savamment travaillés, la complexité des motifs dessinés, les détails poussés à un point exceptionnel de précision ainsi que la splendeur de la recherche chromatique créent un univers visuel au raffinement incomparable, caractéristique de l’art de Gentile. Le résultat n’est pas sans évoquer à la fois la densité particulière qui est celle d’une tapisserie et la splendeur de d’une orfèvrerie aux dimensions inhabituelles.
L’œuvre n’est pas la première dans laquelle Gentile ait représenté des anges chantant des louanges à la Vierge, ni placé entre leurs mains des rouleaux de musique [5]Deux autres Vierges peintes par Gentile (Madonna in trono col Bambino e angeli. Perugia, Galleria Nazionale dell’Umbria ; Madonna and Child with Angels. New York, Metropolitan Art Museum), représentent aux pieds de la Vierge, dans une configuration comparable, une farandole d’anges chantant.. Dans le cas présent, les fragments de texte lisibles sur les deux partition de musique vocale [6]Les notations mélodiques qui apparaissent au-dessus des paroles Timete dominum (à gauche) et Dignus est agnus (à droite) « correspondent à deux hymnes In caelesti collegio novus […] et une antienne rare et tardive Proles de caelo prodiit novis. Les deux hymnes (In caelesti et Proles) sont chantés pour la fête de saint François d’Assise et ont des mélodies presque identiques … Poursuivre proviennent d’un texte connu sous le nom d’Exhortatio ad Laudem Dei (« Exhortation à la louange de Dieu » [7]L’Exhortation à la louange de Dieu est un écrit méconnu de François d’Assise. Son texte était gravé sur une tablette placée sur le devant de l’autel dans la petite chapelle de saint François, au « lieu de l’ermite » (Cesi di Terni, en Ombrie), composé par François d’Assise à partir d’extraits de textes bibliques ou liturgiques (*) : Timete Dominum et … Poursuivre.
À l’origine, le panneau était historié sur ses deux faces et servait d’étendard de procession lors des défilés honorant la Vierge Marie. Peu avant 1827, le panneau a été scié dans l’épaisseur du bois afin de créer deux tableaux plus aisément commercialisables ; celui qui constituait à l’origine le revers de l’étendard est aujourd’hui conservé dans la collection de la Fondazione Magnani-Rocca (Parme). Faisant écho à l’Exhortatio ad Laudem Dei du Poverello évoquée au recto, il représente la Stigmatisation de saint François.
Revers du Couronnement de la Vierge

Gentile da Fabriano (Fabriano, v. 1370 – Rome, 1427)
San Francesco d’Assisi riceve le stimmate (Saint François recevant les stigmates, v. 1420.
Tempéra et or sur panneau, 87 x 64 cm.
Provenance : Église de San Francesco, Fabriano (Marches).
Parme, Fondazione Magnani-Rocca.
L’image de saint François recevant les stigmates constituait le verso de l’étendard de procession réalisé pour l’église de San Francesco, à Fabriano.
L. Laureati et L. Mochi Onori (éd.), Gentile da Fabriano e l’altro Rinascimento (cat. d’exp.), Milan, 2006.
Notes
| 1↑ | Voir : IHS XPS. |
|---|---|
| 2↑ | [Dicens magna voce] timete Deum et date illi honorem [quia venit hora iudicii eius et adorate eum qui fecit caelum et terram et mare et fontes aquarum] (« Il disait d’une voix forte : Craignez Dieu, et donnez-lui gloire, car l’heure de son jugement est venue; et adorez celui qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et les sources d’eaux. » (Ap 14, 7). |
| 3↑ | […] dignus est agnus qui occisus est [accipere virtutem et divinitatem et sapientiam et fortitudinem et honorem et gloriam et benedictionem] (« […] L’agneau qui a été immolé est digne [de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, et la louange. » (Ap 5, 12). |
| 4↑ | Les historiens de l’art s’accordent généralement sur le fait que Gentile a peint le Couronnement de la Vierge Getty pour une confrérie associée à l’église de San Francesco dans sa ville natale de Fabriano vers 1420, après avoir quitté Brescia en 1419 et avant d’arriver à Florence vers 1420/1422. Keith Christiansen, « The Coronation of the Virgin by Gentile Da Fabriano », The J. Paul Getty Museum Journal, Vol. 6/7 (1978/1979), pp. 1-12. |
| 5↑ | Deux autres Vierges peintes par Gentile (Madonna in trono col Bambino e angeli. Perugia, Galleria Nazionale dell’Umbria ; Madonna and Child with Angels. New York, Metropolitan Art Museum), représentent aux pieds de la Vierge, dans une configuration comparable, une farandole d’anges chantant. |
| 6↑ | Les notations mélodiques qui apparaissent au-dessus des paroles Timete dominum (à gauche) et Dignus est agnus (à droite) « correspondent à deux hymnes In caelesti collegio novus […] et une antienne rare et tardive Proles de caelo prodiit novis. Les deux hymnes (In caelesti et Proles) sont chantés pour la fête de saint François d’Assise et ont des mélodies presque identiques dans leurs index respectifs (voir la Global Database of Chant pour plus de détails sur ces index). L’antienne était chantée pour l’Office de Saint Benoît […]. » Jason STOESSEL, « Gentile da Fabriano and the Getty Coronation of the Virgin ». Mise en ligne : https://jjstoessel.blog/2013/05/22/gentile-da-fabriano-and-the-getty-coronation-of-the-virgin/ |
| 7↑ | L’Exhortation à la louange de Dieu est un écrit méconnu de François d’Assise. Son texte était gravé sur une tablette placée sur le devant de l’autel dans la petite chapelle de saint François, au « lieu de l’ermite » (Cesi di Terni, en Ombrie), composé par François d’Assise à partir d’extraits de textes bibliques ou liturgiques (*) :
(**) Dans chacun des versets, les mots écrits en italiques sont ceux que François d’Assise n’a ni modifiés ni ajoutés aux citations tirées des Écritures ou des textes liturgiques. Ainsi, le verset 1 est donc une citation littérale de l’Apocalypse. |




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