
Antonio Bazzi dit ‘Il Sodoma’ (Vercelli, 1477 – Sienne, 1549)
Diana e Atteone (Diane et Actéon), v. 1507.
Huile sur toile, 64,1 x 56,8 cm.
Provenance : Palazzo Chigi nel Casato [1]D’origine médiévale, le Palais Chigi nel Casato, propriété de la famille Chigi, fut rénové à la fin du XVe siècle, à l’occasion du mariage de Sigismondo Chigi avec Sulpicia Peruzzi, fille de Pandolfo, qui eut lieu le 31 mars 1507. Pour célébrer cet événement, Sodoma intervint en peignant quelques toiles de petit format destinées à un plafond à caisson, et Barili exécuta … Poursuivre, Sienne.
Milan, collection privée.
Les fables tirées des Métamorphoses d’Ovide [2]En réalité, la source directe du sujet n’est pas Ovide, mais plutôt la traduction vernaculaire qui en a été réalisée par Giovanni Bonsignori dans les années 1375-1377, l’Ovidio Methamorphoseos vulgare imprimé à Venise en 1497 et basé à son tour sur une paraphrase explicative des Métamorphoses et sur les allégories composées à des fins didactiques en 1322-1323 par … Poursuivre, étaient très appréciées dans les décors figurés du XVIe siècle mais le cycle du Palazzo Chigi nel Casato, à Sienne, semble être le plus ancien.
La présente toile provient d’un décor plafonnant appartenant à ce palais. Elle figure l’épisode des Métamorphoses d’Ovide mettant en scène la déesse Diane et le prince chasseur Actéon [3]Le mythe d’Actéon, qui a fait l’objet de plusieurs tragédies grecques, aujourd’hui perdues, est repris par Ovide dans le livre III, 138-252 des Métamorphoses : « Tu l’éprouvas [le fait qu’aucun homme « avant avant sa mort ne peut se dire heureux »], Cadmus, au sein de tes prospérités, lorsque ton fils vint causer tes premières douleurs. Il fut … Poursuivre. Le ‘Sodoma’ choisit de représenter le moment où Actéon, après avoir surpris Diane et les nymphes se baignant nues à une source, est puni par la déesse que l’on voit encore penchée en avant pour l’asperger d’eau et le métamorphoser en cerf. Actéon, vêtu d’un manteau rouge flottant du fait de la rapidité de sa fuite, a déjà amorcé le processus de cette métamorphose et exhibe sa nouvelle tête de cervidé. Sur la droite, à l’arrière-plan, est déjà représenté le cadre du second moment de l’histoire, la mort tragique du chasseur, mis en pièces par ses propres chiens. D’un point de vue iconographique, on observe quelques divergences mineures par rapport au texte d’Ovide. Essentiellement pour satisfaire à l’obligation de lisibilité liée à la double contrainte du petit format de l’œuvre et de la distance en hauteur qui l’éloigne du spectateur, Sodoma opte pour une concision effectivement garante de clarté : ainsi, dans la saynète placée à l’arrière-plan, la mort d’Actéon ne met en scène que deux chiens, et non la multitude de la meute évoquée avec insistance par Ovide ; Diane et les nymphes des Métamorphoses sont décrites comme se baignant à une source d’eau abritée par une grotte ombragée dans un bois : ici, cependant, le groupe de figures féminines dominées par la haute stature de Diane est représenté dans un plan d’eau entouré d’un paysage aride, sans arbres ni grottes. On notera, en revanche, l’exactitude du geste de la déesse sur le point d’asperger Actéon.
Le choix même de représenter deux moments de l’histoire dans un même espace, de manière synchronique, non seulement dans le présent cas de l’épisode de Diane et Actéon mais également dans celui de Mars et Vénus, appartenant au même cycle, fait osciller l’œuvre entre une tradition de l’illustration encore typiquement médiévale et la recherche d’un réalisme nouveau qui se fait de plus en plus prégnant en ce début de XVIe siècle qui voit l’éclosion de la Renaissance proprement dite.
Notes
| 1↑ | D’origine médiévale, le Palais Chigi nel Casato, propriété de la famille Chigi, fut rénové à la fin du XVe siècle, à l’occasion du mariage de Sigismondo Chigi avec Sulpicia Peruzzi, fille de Pandolfo, qui eut lieu le 31 mars 1507. Pour célébrer cet événement, Sodoma intervint en peignant quelques toiles de petit format destinées à un plafond à caisson, et Barili exécuta quelques sculptures en bois. C’est dans cette demeure que naquit Fabio Chigi (1599-1667), qui monta plus tard sur le trône papal sous le nom d’Alexandre VII. |
|---|---|
| 2↑ | En réalité, la source directe du sujet n’est pas Ovide, mais plutôt la traduction vernaculaire qui en a été réalisée par Giovanni Bonsignori dans les années 1375-1377, l’Ovidio Methamorphoseos vulgare imprimé à Venise en 1497 et basé à son tour sur une paraphrase explicative des Métamorphoses et sur les allégories composées à des fins didactiques en 1322-1323 par Giovanni del Virgilio. Voir : Roberto Bartalini, « Sodoma, il soffitto di Palazzo Chigi e i volgarizzamenti di Ovidio », dans Scritti di storia dell’arte in onore di Sylvie Béguin, Naples, Paparo edizioni, 2001, pp. 157-162. |
| 3↑ | Le mythe d’Actéon, qui a fait l’objet de plusieurs tragédies grecques, aujourd’hui perdues, est repris par Ovide dans le livre III, 138-252 des Métamorphoses : « Tu l’éprouvas [le fait qu’aucun homme « avant avant sa mort ne peut se dire heureux »], Cadmus, au sein de tes prospérités, lorsque ton fils vint causer tes premières douleurs. Il fut changé en cerf, et ses chiens de son sang s’abreuvèrent; mais il n’était point coupable : le hasard seul le perdit. Une erreur pouvait-elle donc le rendre criminel ?
Le Cithéron (*) était couvert du sang et du carnage des hôtes des forêts. Déjà le soleil, également éloigné de l’orient et de l’occident, rétrécissait les ombres, lorsque le jeune Actéon rassemble les Thébains que l’ardeur de la chasse avait emportés loin de lui : “Compagnons, leur dit-il, nos toiles et nos javelots sont teints du sang des animaux. C’en est assez pour aujourd’hui. Demain, dès que l’Aurore sur son char de pourpre ramènera le jour, nous reprendrons nos travaux. Maintenant que le soleil brûle la terre de ses rayons, pliez vos filets noueux, détendez vos toiles, et livrez-vous au repos.” Soudain les Thébains obéissent, et leurs travaux sont suspendus. Non loin était un vallon couronné de pins et de cyprès. On le nomme Gargaphie, et il est consacré à Diane, déesse des forêts. Dans le fond de ce vallon est une grotte silencieuse et sombre, qui n’est point l’ouvrage de l’art. Mais la nature, en y formant une voûte de pierres ponces et de roches légères, semble avoir imité ce que l’art a de plus parfait. À droite coule une source vive, et son onde serpente et murmure sur un lit de gazon. C’est dans ces limpides eaux que la déesse, fatiguée de la chasse, aimait à baigner ses modestes attraits. Elle arrive dans cette retraite solitaire. Elle remet son javelot, son carquois, et son arc détendu à celle de ses nymphes qui est chargée du soin de les garder. Une seconde nymphe détache sa robe retroussée ; en même temps deux autres délacent sa chaussure ; et Crocalé, fille du fleuve Isménus, plus adroite que ses compagnes, tresse et noue les cheveux épars de la déesse pendant que les siens flottent encore sur son sein. Néphélé, Hyalé, Rhanis, Psécas, et Phialé épanchent sur le corps de Diane les flots limpides jaillissant de leurs urnes légères. Tandis que Diane se baigne dans la fontaine de Gargaphie, Actéon errant d’un pas incertain dans ce bocage qui lui est inconnu, arrive dans l’enceinte sacrée, entraîné par le destin qui le conduit. À peine est-il entré dans la grotte où coule une onde fugitive, que les nymphes l’apercevant, frémissent de paraître nues, frappent leur sein, font retentir la forêt de leurs cris, et s’empressent autour de la déesse pour la dérober à des yeux indiscrets. Mais, plus grande que ses compagnes, la déesse s’élevait de toute la tête au-dessus d’elles. Tel que sur le soir un nuage se colore des feux du soleil qui descend sur l’horizon ; ou tel que brille au matin l’incarnat de l’aurore naissante, tel a rougi le teint de Diane exposée sans voiles aux regards d’un mortel. Quoique ses compagnes se soient en cercle autour d’elles rangées, elle détourne son auguste visage. Que n’a-t-elle à la main et son arc et ses traits rapides ! À leur défaut elle s’arme de l’onde qui coule sous ses yeux ; et jetant au front d’Actéon cette onde vengeresse, elle prononce ces mots, présages d’un malheur prochain : “Va maintenant, et oublie que tu as vu Diane dans le bain. Si tu le peux, j’y consens.” Elle dit, et soudain sur la tête du prince s’élève un bois rameux ; son cou s’allonge ; ses oreilles se dressent en pointe ; ses mains sont des pieds ; ses bras, des jambes effilées ; et tout son corps se couvre d’une peau tachetée. À ces changements rapides la déesse ajoute la crainte. Il fuit ; et dans sa course il s’étonne de sa légèreté. À peine dans une eau limpide a-t-il vu sa nouvelle figure : Malheureux que je suis ! voulait-il s’écrier ; mais il n’a plus de voix. Il gémit, et ce fut son langage. De longs pleurs coulaient sur ses joues, qui n’ont plus leur forme première. Hélas ! il n’avait de l’homme conservé que la raison. Que fera cet infortuné ? retournera-t-il au palais de ses pères ? la honte l’en empêche. Ira-t-il se cacher dans les forêts ? la crainte le retient. Tandis qu’il délibère, ses chiens l’ont aperçu. Mélampus, né dans la Crète, et l’adroit Ichnobates, venu de Sparte, donnent par leurs abois le premier signal. Soudain, plus rapides que le vent, tous les autres accourent. Pamphagos, et Dorcée, et Oribasos, tous trois d’Arcadie ; le fier Nébrophonos, le cruel Théron, suivi de Lélaps ; le léger Ptérélas, Agré habile à éventer les traces du gibier ; Hylée, récemment blessé par un sanglier farouche ; Napé engendrée d’un loup ; Péménis, qui jadis marchait à la tête des troupeaux ; Harpyia, que suivent ses deux enfants ; Ladon, de Sicyone, aux flancs resserrés ; et Dromas, Canaché, Sticté, Tigris, Alcé, et Leucon, dont la blancheur égale celle de la neige ; et le noir Asbolus, et le vigoureux ; le rapide Aello et Thoüs ; Lyciscé, et son frère le Cypriote ; Harpalos, au front noir tacheté de blanc ; Mélanée, Lachné, au poil hérissé ; Labros, Agriodos, et Hylactor, à la voix perçante, tous trois nés d’un père de Crète et d’une mère de Laconie ; et tous les autres enfin qu’il serait trop long de nommer. Cette meute, emportée par l’ardeur de la proie, poursuit Actéon, et s’élance à travers les montagnes, à travers les rochers escarpés ou sans voie. Actéon fuit, poursuivi dans ces mêmes lieux où tant de fois il poursuivit les hôtes des forêts. Hélas ! lui-même il fuit ses fidèles compagnons ; il voudrait leur crier : “Je suis Actéon, reconnaissez votre maître.” Mais il ne peut plus faire entendre sa voix. Cependant d’innombrables abois font résonner les airs. Mélanchétès lui fait au dos la première blessure ; Thérodamas le mord ensuite ; Orésitrophos l’atteint à l’épaule. Ils s’étaient élancés les derniers à sa poursuite, mais en suivant les sentiers coupés de la montagne, ils étaient arrivés les premiers. Tandis qu’ils arrêtent le malheureux Actéon, la meute arrive, fond sur lui, le déchire, et bientôt sur tout son corps il ne reste aucune place à de nouvelles blessures. Il gémit, et les sons plaintifs qu’il fait entendre, s’ils différent de la voix de l’homme, ne ressemblent pas non plus à celle du cerf. Il remplit de ses cris ces lieux qu’il a tant de fois parcourus ; et, tel qu’un suppliant, fléchissant le genou, mais ne pouvant tendre ses bras, il tourne en silence autour de lui sa tête languissante. Cependant ses compagnons, ignorant son triste destin, excitent la meute par leurs cris accoutumés ; ils cherchent Actéon, et le croyant éloigné de ces lieux, ils l’appellent à l’envi, et les bois retentissent de son nom. L’infortuné retourne la tête. On se plaignait de son absence ; on regrettait qu’il ne pût jouir du spectacle du cerf à ses derniers abois. Il n’est que trop présent ; il voudrait ne pas l’être ; il voudrait être témoin, et non victime. Mais ses chiens l’environnent ; ils enfoncent leurs dents cruelles dans tout son corps, et déchirent leur maître caché sous la forme d’un cerf. Diane enfin ne se crut vengée que lorsque, par tant de blessures, l’affreux trépas eut terminé ses jours. » Ovide, Métamorphoses, III, 138-252, « Actéon ». (*) Le mont Cithéron est situé au bord du golfe de Corinthe, en Grèce. |

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