A partir du XVème siècle, on voit apparaître, puis se multiplier avec un grand succès, un type d’image nouveau : le Christ est montré attaché à une colonne, selon un modèle qui dérive à la fois du thème iconographique traditionnel de la Flagellation (le Christ est attaché à une colonne pour être fouetté [1]Les évangélistes, en particulier Matthieu, Marc et Jean, se cantonnent tous trois dans une très brève mention de l’événement : après avoir interrogé Jésus, Pilate fait relâcher Barabbas et livre Jésus aux soldats afin qu’ils le « battent de verges » avant de le conduire brutalement au Golgotha, le lieu de son supplice.) et de celui de l’Ecce Homo (le Christ est présenté à la foule portant la couronne d’épine [2]L’intitulé Ecce Homo est la reprise littérale des paroles formulées à cette occasion par Pilate : « Voici l’homme ! »), dont il effectue une synthèse visant à souligner la souffrance endurée par Jésus, et ses larmes, thème explicitement absent des écrits canoniques mais hérité de la ferveur populaire.
Iconographie
Conçues pour des intérieurs domestiques, ces images peintes sont généralement de petite taille. La plupart d’entre elles présentent la seule effigie sacrée, le plus souvent tronquée aux épaules, ce cadrage favorisant davantage l’idée de proximité avec le spectateur. En éliminant tout contexte inutile et en concentrant l’attention sur le seul corps souffrant du Christ présenté dans ce cadrage serré, l’image a pour but de produire chez l’observateur un fort impact émotionnel que la narration biblique, par son caractère elliptique, ne permet pas de susciter.
Le Christ vu en pied [3]Cristoforo Solari, Cristo alla colonna. Milan, Veneranda Fabbrica del Duomo., à mi-corps [4]Bramante, Cristo alla colonna, v. 1490. Milan, Pinacoteca di Brera., ou dans une composition centrée sur le visage [5]Antonello de Messine, Le Christ à la colonne. Paris, Musée du Louvre., nu, portant parfois le manteau pourpre sur les épaules ou la corde autour du cou, est attaché à une colonne [6]Cette colonne n’est a aucun moment mentionnée explicitement dans les évangiles.. Après le concile de Trente, les artistes adoptent, semble-t-il, une forme inspirée de la colonne conservée depuis le XIIème siècle dans la basilique Sainte-Praxède [7]Selon une tradition légendaire, la basilique de Sainte-Praxède abrite un fragment de la colonne de la Flagellation du Christ (inventée (*) par sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin) en marbre noir veiné de blanc, contre laquelle il fut torturé avant la Crucifixion. Cette relique a été apportée à Rome par le cardinal Giovanni Colonna (**) en 1223. (*) Le mot … Poursuivre, à Rome.
Notes
| 1↑ | Les évangélistes, en particulier Matthieu, Marc et Jean, se cantonnent tous trois dans une très brève mention de l’événement : après avoir interrogé Jésus, Pilate fait relâcher Barabbas et livre Jésus aux soldats afin qu’ils le « battent de verges » avant de le conduire brutalement au Golgotha, le lieu de son supplice. |
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| 2↑ | L’intitulé Ecce Homo est la reprise littérale des paroles formulées à cette occasion par Pilate : « Voici l’homme ! » |
| 3↑ | Cristoforo Solari, Cristo alla colonna. Milan, Veneranda Fabbrica del Duomo. |
| 4↑ | Bramante, Cristo alla colonna, v. 1490. Milan, Pinacoteca di Brera. |
| 5↑ | Antonello de Messine, Le Christ à la colonne. Paris, Musée du Louvre. |
| 6↑ | Cette colonne n’est a aucun moment mentionnée explicitement dans les évangiles. |
| 7↑ | Selon une tradition légendaire, la basilique de Sainte-Praxède abrite un fragment de la colonne de la Flagellation du Christ (inventée (*) par sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin) en marbre noir veiné de blanc, contre laquelle il fut torturé avant la Crucifixion. Cette relique a été apportée à Rome par le cardinal Giovanni Colonna (**) en 1223.
(*) Le mot invention, qui peut prêter à confusion, qualifie ici la « découverte » survenue au moment de la campagne de fouilles conduites en Terre Sainte par l’impératrice Hélène à la recherche des lieux saints et des reliques de la Passion du Christ. |
