Assomption

Selon le dogme tardivement énoncé dans la constitution apostolique « Munificentissimus Deus » (1er novembre 1950) publiée par le pape Pie XII, Marie, après avoir rendu l’âme à Éphèse, aurait été immédiatement emportée au ciel : « L’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, une fois achevé le cours de sa vie terrestre, a été assumée (ou élevée) corps et âme à la gloire céleste »https://www.herodote.net/almanach-ID-2517.php

L’Assomption se distingue de l’Ascension sur le plan du sens comme sur celui de l’événement miraculeux auquel il renvoie. C’est ce que traduit l’étymologie de chacun des deux termes : « assomption » vient du latin ad sumere (« être transporté vers »), tandis qu’« ascension », du latin assumptionem (de assumere : « assumer, enlever »). Ainsi, Marie ne s’élève pas toute seule vers le ciel ; selon la tradition chrétienne, c’est Dieu qui fait le choix de l’« assumer » en la réunissant à son Fils sans attendre la résurrection finale, tant elle sut s’unir corps et âme à lui au cours de sa vie terrestre. [1]Se fondant sur un écrit apocryphe, la Dormition de Marie du Pseudo-Jean (voir : Sources écrites), attribué à Jean l’Évangéliste, Jacques de Voragine raconte la façon dont aurait eu lieu l’Assomption de la Vierge : « Quand la Vierge vit tous les apôtres réunis, elle bénit le Seigneur et s’assit au milieu d’eux, parmi des lampes allumées. Or, vers la troisième heure … Poursuivre Pour d’autres exégètes, l’Assomption « corps et âme » de la Vierge résulte nécessairement de l’impossibilité que le corps de celle-ci puisse, après sa mort, être soumis à la moindre corruption.

Après sa mort (ou Dormition [2]Pour désigner la mort de la vierge les byzantins employaient le terme de Koimésis, que l’église latine a traduit par Dormition et qui signifie à proprement parler le sommeil de la mort. En Occident ce terme ne s’applique qu’à la mort de la vierge.
Si l’on en croit la Légende dorée, la vierge serait morte à 60 ans, soit 12 ans après la mort du Christ.
), alors qu’elle a été ensevelie dans son tombeau, Marie est emportée « corps et âme », c’est à dire « tout entière » [3]« Et aussitôt apparut l’archange Michel, présentant au Seigneur l’âme de Marie. Et Jésus dit : “Lève-toi, ma mère, ma colombe, tabernacle de gloire, vase de vie, temple céleste, afin que, de même que tu n’as point senti la souillure du contact charnel, tu n’aies pas non plus à souffrir la décomposition de ton corps !” Et l’âme de Marie rentra dans son … Poursuivre. L’évêque Jacques de Voragine, expert en catéchisme, mentionne également l’anecdote instructive de la propre ceinture de Marie que celle-ci envoie des cieux à l’apôtre Thomas, de manière à vaincre son incrédulité [4]« Thomas n’était pas là [au moment de l’Assomption de la Vierge] et, en revenant, il refusa de croire ; mais soudain l’étoffe qui ceignait le corps de Marie tomba du ciel intacte, afin qu’il comprenne enfin par là qu’elle avait été admise au ciel tout entière. » Jacques de Voragine, op. cit.,. p. 635-636. dans les cieux par une cohorte d’anges venue la chercher. Son tombeau, une fois privé de la dépouille mortelle de la Vierge, demeure empli de fleurs, des roses et des lys, disent les textes.

I. Sources textuelles de l’épisode

Voir le lien ci-dessus.

II. Iconographie

Depuis le début du XIVe et jusqu’au XVe s., les caractéristiques iconographiques principales d’une Assomption siennoise sont demeurées les suivantes [5]« On sait aujourd’hui que la reconfiguration du canon représentatif de l’assumptio corporis à Sienne, ou la construction d’un nouveau paradigme pour l’iconographie de la scène, est partie d’une œuvre de plus grande autorité et de dimensions […] monumentales, qui apparaissait aux yeux de tous ceux qui, venant du nord, s’apprêtaient à traverser le … Poursuivre

  • La Vierge est vue frontalement, dans une attitude d’orante, les mains jointes
  • Assise dans une mandorle qui s’élève vers le ciel portée par des anges ; cette mandorle peut être constituée de séraphins, plus rarement de chérubins
  • Elle n’est plus vêtue de son habituel manteau bleu mais a revêtu un manteau de couleur blanche
  • Au-dessous, le tombeau ouvert est maintenant rempli de fleurs, des roses et des lis qui, « d’après Jean Damascène, exhalent un parfum délicieux. » [6]Louis RÉAU, Iconographie de l’art chrétien. Paris, Presses Universitaires de France, 1958 (Kraus Reprint, 1988), II, 1, p. 617.
  • Les apôtres rassemblés autour du tombeau vide assistent à l’Assomption
  • Thomas, seul ou accompagné d’autres disciples, recueille la ceinture que Marie lui envoie du ciel pour lui prouver la véracité de l’événement auquel lui-même n’a pas assisté en personne

C’est dans les représentations de l’Assomption que les peintres toscans font surgir la figure de saint Thomas, l’apôtre incrédule à qui Marie envoie du haut des cieux sa propre ceinture, preuve que l’événement a bien eu lieu. L’anecdote fait l’objet d’une dévotion particulière en Toscane, probablement du fait que la Sacra Cintola (la sainte Ceinture) est conservée dans la Cathédrale de Prato où la relique fait encore, chaque année, au mois de septembre, l’objet d’une ostension effectuée par l’évêque de la ville. [7]Dans la miniature de l’Assunta peinte par Niccolò di Ser Sozzo en frontispice du « Caleffo bianco » (Sienne, Archivio di Stato, ainsi que dans d’autres peintures siennoises ayant le même sujet (par exemple l’Assomption sur bois de Bartolomeo Bulgarini (Sienne, Pinacoteca Nazionale, inv. 61), Marie ne se tourne jamais vers Thomas et ne lui donne pas directement la ceinture, qui … Poursuivre

À partir du XVIe s., par suite de la perte progressive de l’origine et du sens des symboles iconographiques, l’Assomption, qui est nécessairement passive, tend à être confondue avec l’Ascension qui est nécessairement le contraire. C’est ainsi que l’Assomption de la Vierge du Titien, peinte en 1518 pour l’église des Frari à Venise, dans laquelle la Vierge s’élève seule, les bras tendus vers le ciel, entourée d’anges qui, excepté trois d’entre eux [8]Ainsi, ces trois angelots porteraient à eux seuls la masse énorme formée par la foule céleste., se bornent à lui faire cortège sous le regard étonné des apôtres, « ne justifie plus le nom d’Assomption ». [9]Louis RÉAU, op. cit., II, 1, p. 618.

Notes

Notes
1 Se fondant sur un écrit apocryphe, la Dormition de Marie du Pseudo-Jean (voir : Sources écrites), attribué à Jean l’Évangéliste, Jacques de Voragine raconte la façon dont aurait eu lieu l’Assomption de la Vierge : « Quand la Vierge vit tous les apôtres réunis, elle bénit le Seigneur et s’assit au milieu d’eux, parmi des lampes allumées. Or, vers la troisième heure de la nuit, Jésus arriva avec la légion des anges, la troupe des patriarches, l’armée des martyrs, les cohortes des confesseurs et les chœurs des vierges ; et toute cette troupe sainte, rangée devant le trône de Marie, se mit à chanter des cantiques de louanges. Puis Jésus dit : « Viens, mon élue, afin que je te place sur mon trône, car je désire t’avoir près de moi ! » Et Marie : « Seigneur, je suis prête ! » Et toute la troupe sainte chanta doucement les louanges de Marie. Après quoi Marie elle-même chanta : « Toutes les générations me proclameront bienheureuse, en raison du grand honneur que me fait Celui qui peut tout ! » Et le chef du chœur céleste entonna : « Viens du Liban, fiancée, pour être couronnée ! » Et Marie : « Me voici, je viens, car il a été écrit de moi que je devais faire ta volonté, ô mon Dieu, parce que mon esprit exultait en toi ! » Et ainsi l’âme de Marie sortit de son corps, et s’envola dans le sein de son fils, affranchie de la douleur comme elle l’avait été de la souillure. Et Jésus dit aux apôtres : « Transportez le corps de la Vierge dans la vallée de Josaphat, déposez-le dans un monument que vous y trouverez, et attendez-moi là pendant trois jours ! » Et aussitôt le corps de Marie fut entouré de roses et de lys, symbole des martyrs, des anges, des confesseurs et des vierges. Et ainsi l’âme de Marie fut emportée joyeusement au ciel, où elle s’assit sur le trône de gloire à la droite de son fils. » Jacques de VORAGINE, La Légende dorée (1261-1266), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2004, chap. 115 « L’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie ». p. 636.
2 Pour désigner la mort de la vierge les byzantins employaient le terme de Koimésis, que l’église latine a traduit par Dormition et qui signifie à proprement parler le sommeil de la mort. En Occident ce terme ne s’applique qu’à la mort de la vierge.
Si l’on en croit la Légende dorée, la vierge serait morte à 60 ans, soit 12 ans après la mort du Christ.
3 « Et aussitôt apparut l’archange Michel, présentant au Seigneur l’âme de Marie. Et Jésus dit : “Lève-toi, ma mère, ma colombe, tabernacle de gloire, vase de vie, temple céleste, afin que, de même que tu n’as point senti la souillure du contact charnel, tu n’aies pas non plus à souffrir la décomposition de ton corps !” Et l’âme de Marie rentra dans son corps, et la troupe des anges l’emporta au ciel. » Jacques de Voragine, La Légende dorée (1261-1266), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2004, chap. 115 « L’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie ». p. 635-636.
4 « Thomas n’était pas là [au moment de l’Assomption de la Vierge] et, en revenant, il refusa de croire ; mais soudain l’étoffe qui ceignait le corps de Marie tomba du ciel intacte, afin qu’il comprenne enfin par là qu’elle avait été admise au ciel tout entière. » Jacques de Voragine, op. cit.,. p. 635-636.
5 « On sait aujourd’hui que la reconfiguration du canon représentatif de l’assumptio corporis à Sienne, ou la construction d’un nouveau paradigme pour l’iconographie de la scène, est partie d’une œuvre de plus grande autorité et de dimensions […] monumentales, qui apparaissait aux yeux de tous ceux qui, venant du nord, s’apprêtaient à traverser le circuit des murailles de la ville : je veux dire l’Assomption perdue que Simone Martini […] avait esquissé à la sinopia sur la façade intérieure de la tour de l’Antiporto di Camollia. Comme on le voit désormais, c’est dans cette figuration détériorée jusqu’à la ruine par l’exposition aux agents atmosphériques (mais toujours « visualisable » grâce à quelques sources figuratives [ultérieures]) que l’illustre prototype « public » en amont de la chaîne doit être reconnu […]. » Raffaele MARRONE, « “Circulata melodia”: il Paradiso dantesco e l’iconografa dell’‘Assunzione della Vergine’ a Siena », dans Prospettiva, 178 (avril 2020), p. 22.
6 Louis RÉAU, Iconographie de l’art chrétien. Paris, Presses Universitaires de France, 1958 (Kraus Reprint, 1988), II, 1, p. 617.
7 Dans la miniature de l’Assunta peinte par Niccolò di Ser Sozzo en frontispice du « Caleffo bianco » (Sienne, Archivio di Stato, ainsi que dans d’autres peintures siennoises ayant le même sujet (par exemple l’Assomption sur bois de Bartolomeo Bulgarini (Sienne, Pinacoteca Nazionale, inv. 61), Marie ne se tourne jamais vers Thomas et ne lui donne pas directement la ceinture, qui semble plutôt tomber du ciel. La diffusion de ce motif iconographique, indépendamment de la présence à Sienne de la relique de la Ceinture, arrivée à l’hôpital de Santa Maria della Scala seulement en 1359, trouve son origine dans la plus ancienne tradition textuelle de l’épisode (la narration du Pseudo Joseph d’Arimathie et celle de Jacques de Voragine), tandis que l’épisode de la remise proprement dite à l’apôtre n’est effective que dans les œuvres répandues dans les régions de Prato et de Florence.
8 Ainsi, ces trois angelots porteraient à eux seuls la masse énorme formée par la foule céleste.
9 Louis RÉAU, op. cit., II, 1, p. 618.

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