Sala dei Nove

La Salle des Neuf ou Salle de la Paix

La salle est également nommée Salle de la Paix, en référence à « PAX », figure allégorique située au centre de la fresque peinte sur le mur nord, et l’une des plus belles du cycle.

« Le Bon Gouvernement. » Salle des Neuf, mur nord. À gauche, la porte du XIVe s. aujourd’hui murée.

Attenante à celle de la Mappemonde, la salle des Neuf concernait un public plus restreint. Elle était en effet réservée aux réunions du conseil des Neuf. Institué en 1287, ce conseil était composé de citoyens élus qui résidaient à l’intérieur même du palais, dans l’aile est, pendant toute la durée de leur mandat.

Le gouvernement des Neuf a été l’un des plus solides de l’histoire de la République puisqu’il a survécu près de 70 ans, de 1287 à 1355 et a correspondu à une période de prospérité de Sienne, malgré de nombreux troubles qui l’ont périodiquement déstabilisé. Ce gouvernement était constitué de commerçants et de bourgeois, issus du parti guelfe. Ce régime autoritaire a favorisé le développement économique de Sienne et a été à l’initiative de nombreuses réalisations prestigieuses :

  • le lancement du chantier pharaonique du « Duomo nuovo » qui devait agrandir considérablement la cathédrale existante en transformant la nef en transept, pour en faire l’un des plus grands édifices de la Chrétienté – projet stoppé presque net par la peste noire de 1348
  • la construction entre 1297 et 1311 d’un nouveau Palazzo Pubblico, tel que nous le voyons aujourd’hui, dans lequel les Neuf ont vécu en permanence à partir de 1310
  • la commande de la décoration du Palais Public aux peintres les plus prestigieux de la première moitié du Trecento, parmi lesquels Simone Martini et Ambrogio Lorenzetti pour la salle de la Mappemonde, Lorenzetti seul pour la Salle des Neuf, et Taddeo di Bartolo pour la chapelle
Porte percée dans le mur ouest au XVIe s. La porte médiévale se trouvait sur la droite, à l’angle formé avec le mur sud de la salle. On aperçoit, au fond de la salle de la Mappemonde, la Maestà de Simone Martini.

La circulation au sein du Palais Public différait au XIVe s. de celle d’aujourd’hui. Même si, comme le rappelle Patrick Boucheron [1], d’autres citoyens avaient accès à la salle, le cycle peint par Ambrogio Lorenzetti a, semble-t-il, été spécialement pensé pour les Neuf, peut-être même pour des moments particuliers de leur déplacement. Au Trecento, les Neuf entraient par une porte ‒ aujourd’hui murée – située à l’extrémité sud du mur est. La première fresque qui s’offrait à eux était donc celle du Mauvais gouvernement, notamment la personnification de la Peur planant au-dessus du contado qui devait les préparer à fuir les formes de gouvernement tyrannique. Pendant le conseil, ils siégeaient vraisemblablement sous la fresque du mur nord, c’est-à-dire sous le Bon gouvernement. Ils bénéficiaient ainsi du regard tutélaire des vertus et pouvaient être visuellement associés au gouvernement idéal qui se déployait au-dessus d’eux. Pour sortir, ils empruntaient la porte du mur septentrional, qui les conduisait à leurs appartements, de sorte que la dernière image qu’ils voyaient avant de reprendre leurs activités ordinaires était celle des vertus. Le cycle était donc conçu pour que les dirigeants ne se défassent jamais de l’image des valeurs morales, comme l’atteste la légende inscrite sous le Bon gouvernement qui les invite à ne pas « […] détourner leur regard des visages rayonnant des vertus […] [2]. »

Seconde porte médiévale murée, à l’angle des parois est et sud. Sienne, Palazzo Pubblico, Sala della Pace (dei Nove).

Le centre d’intérêt de cette salle, évidemment, est l’immense chef d’œuvre qui en recouvre les murs nord, est et ouest :

Sala dei Nove. Paroi sud.

La paroi sud est percée d’une fenêtre qui ouvre sur un paysage dont la vue s’étend jusqu’au mont Amiata. Elle est ornée de fresques qui traduisent le goût de leur auteur, Pietro di Francesco Orioli, pour le trompe-l’œil :

[1] BOUCHERON, Patrick, Conjurer la peur. Sienne 1338. Essai sur la force politique des images. Paris, Seuil, 2013.

[2] « Questa santa virtu la dove regge / induce ad unita li animi molti / [e] questi a ccio riccolti / un ben comun per lor signor si fanno / lo qual p[er] governar suo stato elegge / di no[n] tener giamma gli ochi rivolti / da lo splendor de volti / de le virtu che torno allui si stanno / p[er] questo con triunfo allui si danno / censi tributi [e] signorie di terre / per questo sença guerre/ seguita poi ogni civile effetto/ utile necessario e di diletto. »