Guido da Siena et Dietisalvi di Speme, « Dossale di Badia Ardenga », hypothèses de reconstitution

Hypothèse de reconstitution du « Dossale di Badia Ardenga », 1270-1280, sans la « Madonna del Voto » peinte par Dietisalvi di Speme, d’après Nicolas Sainte Fare Garnot [1]Nicolas Sainte Fare Garnot (dir.), De Sienne à Florence. Les Primitifs Italiens. La collection du Musée d’Altenburg (catalogue d’exposition, 11 mars au 21 juin 2009, Paris, Musée Jacquemard André), Bruxelles, Fond Mercator, 2009..

Guido da Siena (Sienne, seconde moitié du XIIIe siècle) et Dietisalvi di Speme (Sienne, documenté de 1250 à 1291)

Dossale di Badia Ardenga (Retable de Badia Ardenga), v. 1270-1280.

Tempéra et or sur panneau [2]Les dimensions des différents compartiments figurent dans chacun des articles qui leur sont consacrés..

Provenance : abbaye de Badia Ardenga, Montalcino (à l’origine : Cathédrale de Santa Maria Assunta, à Sienne).

Princeton, Princeton University Art Museum ; Paris, Musée du Louvre ; Altenburg, Lindenau Museum ; Sienne, Pinacoteca Nazionale ; Utrecht, Museum Catharijneconvent ; Londres, Courtauld Gallery.

On sait depuis Curt Weigelt [3]Curt H. Weigelt, « Guido da Siena’s Great Ancona : A Reconstruction », dans Burlington Magazine, LIX, 1931., Cesare Brandi [4]Cesare Brandi, « Una Madonna del 1262 ed ancora il problema di G. da Siena », dans L’Arte, XXXVI (1933). et James H. Subblebine [5]James H. Stubblebine, « An Altarpiece by Guido da Siena », dans The Art Bulletin, Vol. 41, No. 3 (Sep., 1959), pp. 260-272. que les cinq scènes de la Pinacothèque de Sienne ainsi que trois autres [6]Voir : Dietisalvi di Speme, La Madonna del Voto, achetées par Johann Anton Ramboux, provenaient d’une petite abbaye proche de Montalcino, appelée Badia Ardenga. Les panneaux aujourd’hui à Altenbourg étaient décrits au moment de leur achat comme faisant partie d’un retable que Ramboux, encore lui, avait acheté à la Badia Ardenga. Or un inventaire fait à la Badia en 1834 recense certains tableaux que l’on peut raisonnablement identifier comme étant ceux du groupe qui nous intéresse (« […] vari quadri assai usi nella canonica [7]« […] divers tableaux très abîmés dans le presbytère »). ». Il est possible d’en conclure que les panneaux ont été mis en vente entre 1834 et 1842. Longtemps auparavant, en 1575, un prélat, l’évêque Francesco Bossio, en visite à Sienne, décrit dans les termes suivants un retable qu’il a vu dans la Badia Ardenga : « altare unicum in dicta ecclesia existens […] iconam depictam in tabula cum Passione D. N. Iesu Xri decenter factam [8]« […] l’unique autel existant dans ladite église […] l’icône sur le panneau avec la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ décemment exécutée. » Francesco Bossio, « Visite pastorale di Mons. Francesco Bossio », Curia Arcivescovile, Sienne, manuscrit cité par Cesare Brandi, « A proposito di una felice ricostruzione della celebre Madonna di Guido da … Poursuivre ». On a donc supposé que Bossio regardait le groupe de scènes qui ont été vendues par le presbytère au XIXe siècle. Si l’on fait l’hypothèse que les scènes mentionnées par Bossio en 1575 étaient parvenues de San Domenico, le transfert devrait avoir eu lieu au cours du demi-siècle précédent. Tizio, écrivant dans les années 1520 et décrivant la Madone de Guido dans la chapelle des Capacci, note également que les volets qui, autrefois, s’étaient sans doute refermés sur la Madone, étaient suspendus dans une autre partie de la même église [9]« […] ea enim tabula ad laevam mox cum ingrederis Sancti Dominici aedem in Capacciorum cappella conspicitur : aliae vero due que Virginem utroque latere olim claudebant, cum in ecclesiam sursum progrederis ad parietes tibi sese offerunt » (« […] car ce panneau est visible à gauche dès qu’on entre dans la maison de saint Dominique dans la chapelle des Capacci : mais les … Poursuivre ». Il est probable que ces panneaux aient déjà été séparés du panneau central. L’étape suivante semble avoir été de les bannir définitivement des lieux. Cet à ce moment-là que certains d’entre eux, peut-être tous, ont pu être envoyés à Badia Ardenga pour être remontés afin de recomposer une sorte de nouveau retable fabriqué à partir de l’ancien.
Il s’agit des scènes que Weigelt associe à la Madone. Du point de vue du style, il y a beaucoup en faveur de l’argument et l’analyse stylistique de Weigelt est l’un des aspects les plus réussis de sa reconstruction.
Les analogies entre les parties non repeintes de la Madonna (les anges de l’allège du panneau principal et le Christ et l’ange à droite du fronton) ainsi les personnages des scènes narratives de la Badia Ardenga persuadent l’auteur du fait que les récits ont été peints par Guido lui-même.

Hypothèse(s) de reconstitution

Le retable (ou dossale), aujourd’hui démantelé, est documenté au XVIIIe s. dans l’abbaye de Badia Ardenga, près de Montalcino. Il est dorénavant admis que ce retable ait pu initialement faire partie des ornements liturgiques présents dans l’abside de la Cathédrale de Sienne à la fin du XIIIe s.
Vers 1842, le collectionneur et peintre allemand Johann Anton Ramboux se rend à la Badia Ardenga où il achète les trois panneaux conservés aujourd’hui au Louvre [10]Nativité et Présentation au Temple et à Utrecht [11]Salita sulla Croce. Les dessins qu’il a réalisés à cette occasion [12]Ces dessins sont conservés au Städel Museum de Francfort. montrent que neuf autres panneaux ainsi qu’un Couronnement de la Vierge (Londres, Courtauld Institute of Art) se trouvaient encore sur place à cette époque. Selon la critique la plus récente, la structure de l’œuvre comportait bien un total de douze compartiments de format identique, encadrant vraisemblablement un panneau central de dimensions plus importantes, et sommé du Couronnement de la Vierge de Londres.

Reconstruction du retable de la « Madonna del Voto ». Reprod. dans « Claritas », p. 45.

L’approche et la proposition de reconstruction formulée par Oertel [13]Robert Oertel, Frühe Italienische Malerei in Altenburg. Beschreibender Katalog der Gemälde des 13. bis 16. Jahrhunderts im Staatlichen Lindenau-Museum, Berlin, Henschelverlag, 1961. ont fourni la base de la contribution de John, Penndorf et Manzke qui, à la fin des années 1990, collaborèrent à un projet visant à identifier tous les panneaux du retable en vue de monter une exposition au Staatlichen Lindenau-Musée, musée qui détenait déjà à cette époque le plus grand nombre de panneaux provenant de Badia Ardenga en dehors de Sienne.

Constatant à la lumière des radiographies que les différents compartiments composant le panneau central encore non identifié avait la même orientation que les panneaux de Badia Ardenga, il n’a pas fallu longtemps pour identifier le panneau central et le pinacle, Manzke parvint à la conclusion que seule la Madonna del Voto (également connue sous le nom de Madonna delle Grazie) dans la Cathédrale de Sienne pouvait convenir pour occuper la place centrale du dossale, et le Couronnement de la Vierge de la Galerie Courtauld (Londres) celle du pinacle.

PRÉSENCE D’UN PANNEAU CENTRAL (?)

Depuis le début du XXe s., l’histoire de l’art a formulé différentes hypothèses de reconstitution du dossale selon que le panneau central est considéré comme ayant été la Madonna del Voto (Dietisalvi di Speme, Cathédrale de Sienne) ou la Madonna col Bambino (Guido da Siena, Sienne, Pinacoteca Nazionale), ou encore, selon que ce panneau central est considéré comme perdu ou n’ayant jamais existé (?) :

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3. Hypothèse de reconstitution du  « Dossale di Badia Ardenga », 1270-1280, incluant la « Madonna del Voto », formulée par Holger Manzke. [14][Barbara JOHN, Holger MANZKE, Jutta PENNDORT], Claritas: Das Hauptal-tarbild im Dom zu Siena nach 1260. Die Rekonstruktion (cat. d’exp., Lindenau-Museum, Altenburg, 2001), Altenburg, Lindenau-Museum, 2001.
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  • Fig. 1 : Hypothèse de reconstitution du Dossale di Badia Ardenga autour de la Madonna in trono col Bambino de Guido da Siena (Sienne, Pinacoteca Nazionale), d’après Curt Weigelt [15]Curt H. Weigelt, « Guido da Siena’s Great Ancona : A Reconstruction », op. cit, p. 21..
  • Fig. 2 : Hypothèse de reconstitution du Dossale di Badia Ardenga autour de la Madonna in trono col Bambino de Guido da Siena (Sienne, Pinacoteca Nazionale), d’après James H. Stubblebine [16]James H. Stubblebine, « An Altarpiece by Guido da Siena », op. cit., p. 265..
  • Fig. 3 : Hypothèse de reconstitution du Dossale di Badia Ardenga, 1270-1280, avec la Madonna del Voto peinte par Dietisalvi di Speme [17]Parue dans [Barbara JOHN, Holger MANZKE, Jutta PENNDORT], Claritas: Das Hauptal-tarbild im Dom zu Siena nach 1260. Die Rekonstruktion (cat. d’exp., Lindenau-Museum, Altenburg, 2001), Altenburg, Lindenau-Museum, 2001..
  • Fig. 4 : Hypothèse de reconstitution du Dossale di Badia Ardenga, 1270-1280, sans la Madonna del Voto peinte par Dietisalvi di Speme, d’après Nicolas Sainte Fare Garnot [18]Nicolas Sainte Fare Garnot (dir.), De Sienne à Florence. Les Primitifs Italiens. La collection du Musée d’Altenburg (catalogue d’exposition [du 11 mars au 21 juin 2009], Paris, Musée Jacquemard André). Bruxelles, Fond Mercator, 2009..

[19]Judith B. Steinhoff, Sienese Painting after the Black Death: Artistic Pluralism, Politics, and the New Art Market, Cambridge, Cambridge University Press, 2006.

DEUX HYPOTHÈSES POUR LE PANNEAU CENTRAL

COMPARTIMENTS LATÉRAUX

Si la structure et la provenance initiales du dossale demeurent problématiques, il est généralement admis que les douze scènes de la vie du Christ (six Épisodes de l’enfance du Christ et six Épisodes de la Passion) partagées aujourd’hui entre les musées de Sienne, Paris, Altenburg, Utrecht et Princeton faisaient partie quant à eux d’un même ensemble. Tous datent des années 1270-1280 :

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8
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  1. Guido da Siena, Annunciation (Princeton, Princeton University Art Museum)
  2. Guido da Siena, Nativité (Paris, Musée du Louvre)
  3. Guido da Siena, Adoration des Mages (Altenburg, Lindenau Museum)
  4. Guido da Siena, Présentation au Temple (Paris, Musée du Louvre)
  5. Dietisalvi di Speme, Strage degli Innocenti (Sienne, Pinacoteca Nazionale)
  6. Guido da Siena, Fuga in Egitto (Altenburg, Lindenau Museum)
  7. Dietisalvi di Speme, Bacio di Giuda (Sienne, Pinacoteca Nazionale)
  8. Guido da Siena, Flagellazione (Altenburg, Lindenau Museum)
  9. Guido da Siena, Salita sulla Croce (Utrecht, Museum Catharijneconvent)
  10. Dietisalvi di Speme, Crocifissione (Sienne, Pinacoteca Nazionale)
  11. Dietisalvi di Speme, Deposizione dalla Croce (Sienne, Pinacoteca Nazionale)
  12. Dietisalvi di Speme, Compianto (Sienne, Pinacoteca Nazionale)

GÂBLE

La question du format du dossale a été elle-aussi longuement débattue. Il semble cependant qu’un consensus se fasse dorénavant autour de l’hypothèse, formulée par Holger Manzke, selon laquelle le Couronnement de la Vierge de la Galerie Courtauld, constitue le pinacle originaire du retable. [20]Norman E. Muller, « Guido da Siena’s “Annunciation” in Context », Record of the Art Museum, Princeton, Princeton University Art Museum, Vol. 63 (2004), pp. 28-39, mise en ligne : http://www.jstor.org/stable/3774842

Notes

Notes
1 Nicolas Sainte Fare Garnot (dir.), De Sienne à Florence. Les Primitifs Italiens. La collection du Musée d’Altenburg (catalogue d’exposition, 11 mars au 21 juin 2009, Paris, Musée Jacquemard André), Bruxelles, Fond Mercator, 2009.
2 Les dimensions des différents compartiments figurent dans chacun des articles qui leur sont consacrés.
3 Curt H. Weigelt, « Guido da Siena’s Great Ancona : A Reconstruction », dans Burlington Magazine, LIX, 1931.
4 Cesare Brandi, « Una Madonna del 1262 ed ancora il problema di G. da Siena », dans L’Arte, XXXVI (1933).
5 James H. Stubblebine, « An Altarpiece by Guido da Siena », dans The Art Bulletin, Vol. 41, No. 3 (Sep., 1959), pp. 260-272.
6 Voir : Dietisalvi di Speme, La Madonna del Voto
7 « […] divers tableaux très abîmés dans le presbytère »).
8 « […] l’unique autel existant dans ladite église […] l’icône sur le panneau avec la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ décemment exécutée. » Francesco Bossio, « Visite pastorale di Mons. Francesco Bossio », Curia Arcivescovile, Sienne, manuscrit cité par Cesare Brandi, « A proposito di una felice ricostruzione della celebre Madonna di Guido da Siena », Bullettino senese di storia patria, n.s, Il, 1931, p. 80.
9 « […] ea enim tabula ad laevam mox cum ingrederis Sancti Dominici aedem in Capacciorum cappella conspicitur : aliae vero due que Virginem utroque latere olim claudebant, cum in ecclesiam sursum progrederis ad parietes tibi sese offerunt » (« […] car ce panneau est visible à gauche dès qu’on entre dans la maison de saint Dominique dans la chapelle des Capacci : mais les deux autres qui entouraient autrefois la Vierge de chaque côté, quand on monte dans l’église, se présentent à toi sur les murs. »
10 Nativité et Présentation au Temple
11 Salita sulla Croce
12 Ces dessins sont conservés au Städel Museum de Francfort.
13 Robert Oertel, Frühe Italienische Malerei in Altenburg. Beschreibender Katalog der Gemälde des 13. bis 16. Jahrhunderts im Staatlichen Lindenau-Museum, Berlin, Henschelverlag, 1961.
14 [Barbara JOHN, Holger MANZKE, Jutta PENNDORT], Claritas: Das Hauptal-tarbild im Dom zu Siena nach 1260. Die Rekonstruktion (cat. d’exp., Lindenau-Museum, Altenburg, 2001), Altenburg, Lindenau-Museum, 2001.
15 Curt H. Weigelt, « Guido da Siena’s Great Ancona : A Reconstruction », op. cit, p. 21.
16 James H. Stubblebine, « An Altarpiece by Guido da Siena », op. cit., p. 265.
17 Parue dans [Barbara JOHN, Holger MANZKE, Jutta PENNDORT], Claritas: Das Hauptal-tarbild im Dom zu Siena nach 1260. Die Rekonstruktion (cat. d’exp., Lindenau-Museum, Altenburg, 2001), Altenburg, Lindenau-Museum, 2001.
18 Nicolas Sainte Fare Garnot (dir.), De Sienne à Florence. Les Primitifs Italiens. La collection du Musée d’Altenburg (catalogue d’exposition [du 11 mars au 21 juin 2009], Paris, Musée Jacquemard André). Bruxelles, Fond Mercator, 2009.
19 Judith B. Steinhoff, Sienese Painting after the Black Death: Artistic Pluralism, Politics, and the New Art Market, Cambridge, Cambridge University Press, 2006.
20 Norman E. Muller, « Guido da Siena’s “Annunciation” in Context », Record of the Art Museum, Princeton, Princeton University Art Museum, Vol. 63 (2004), pp. 28-39, mise en ligne : http://www.jstor.org/stable/3774842

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