Cristoforo di Bindoccio e Meo di Pero, « Ruota di Aristotele. Virtù cardinali ed esempi »

Cristoforo di Bindoccio (Sienne, documenté de 1361 à 1407) e Meo di Pero (Sienne, documenté de 1370 à 1407), attr.

Ruota di Aristotele. Virtù cardinali ed i loro esempi (Roue d’Aristote. Vertus cardinales et leurs exemples), vers 1350-1375.

Fresque

Inscriptions :

  • (sur la corniche qui court au-dessous du médaillon) : « ORGOLIO. NON. DURA* MISURA. NON. CHALA* SENNO NON S ASSICURA* »
  • (juste au-dessus) : « ELIESOFERIDOR » Lisible mais indéchiffrable.
  • (en dehors du cadre, à gauche de la Force) : « AMOR NE ODIO NE TE/SOR NON VOLGIE COLUI CH’È FORTE NE DA/L VERNO L TOLLE »
  • (en dehors du cadre, à droite de la Tempérance) : « . CIASCHEDUN UOM DISCRETO E TENPERAT/O MA[N]TIEN SE E SU E/SARE EN BUON STAT/O » [1]
  • (dans la portion de cercle inférieure, sous les figures) : « .BENIGNO RE CHE I QUOR FEROCI E CRUDI. SUBITO VOLGER FAI E FAR PIETO[S]I. MOVE QUEI DI COSTOR C OPERA MALE. SIN/GNOR TU VEDI NULLO E CHE MI SCUDI. DA L IRA LORO MA F[ERI] E FURIOSI. MI SONO E CHI PIU PUO PIU DURO M ASALE. / NON … TEMPERANÇA LOR C[O] TALE. MA CO[ME] FIGLI CA[RI LI T]RATAI. E SEMPRE LI DRIÇAI. CO RAGIONE/ SENSIBILI DILETTI. ORA A VILANI AFETTI. CIASCUN S…[L] ANIMO BESTIALE. NON DANDO EL QUOR/ PERVERSO AD ALTRO MAI. CHE A DISORATI E DILETEVOL GUAI. »
  • (au-dessous de l’inscription précédente) : « NOBILI DONNE SENÇA CUI E REGNI. SONO SPILUNCHE E RE ALTRI LADRONI. E SCANDAL DE/ LE GRECIE A SE. COMESSSE. E TUTTI E REGIMENTI TENEBRORI. »
  • « au bas de la portion de bordure arrondie du cadre) : « CHI E A COME NON DIE. COME NON CREDE » (Chi fa come non dice, come non crede : faire correspondre la parole et l’action)
  • (au-dessus de la figure visible dans le quadrilobe de droite) : « EL GIUSTO I[M]PER/ADORE DI ROMA »

Provenance : In situ.

Asciano, Museo Civico Archeologico e d’Arte Sacra, Palazzo Corboli, Sala di Aristotele.

Ce médaillon, partiellement endommagé, est occupé en son centre par un grand carré lui-même divisé en neuf compartiments de même format. Au centre, apparaît le portrait d’Aristote en personne. C’est bien entendu la figure du philosophe qui, au centre de la roue, ordonne visuellement l’ensemble et en détermine le sens général, selon un principe déjà observé dans l’anticapella du Palazzo Pubblico, même si la forme, en revanche, est très différente.

À chaque angle du grand carré, dans des formats eux-aussi carrés [2], trônaient les quatre vertus cardinales. Des quatre vertus représentées seules les deux du bas sont encore identifiables : il s’agit, à gauche, de la Force, et, à droite, de la Tempérance ; les deux autres, devenues invisibles, devaient nécessairement être d’une part la Prudence, d’autre part la Justice.

L’identification des portraits qui figurent ici dans les quadrilobes alternant avec les carrés consacrés au vertus est assez problématique. Celui du haut est entièrement perdu. L’unique figure demeurée intègre, située en bas, à l’opposé de la précédente, montre un personnage barbu, tourné de profil vers la droite. Le personnage situé dans le quadrilobe de gauche est privé de sa tête. À droite, un monarque barbu et couronné apparaît, le profil orienté vers le centre où se trouve Aristote.

L’inscription endommagée qui figure sur la bordure feinte, au bas du grand médaillon, rapporte que la Tempérance pleure les « agressions brutales de ses ‘fils‘, aux ‘âmes bestiales et aux cœurs pervers’, qui l’ont abandonnée. » Nous trouverons un prolongement de l’idée formulée ici dans les huit tondi qui représentent la fin tragique de huit souverains que le vice a rendus injustes et qui servent d’exemples à ne pas suivre.

Les différentes figures et leur position relative dans le carré central se présentent ainsi :

Il est possible, avec Maria Monica di Donato [3], de tirer, en guise de conclusion, quelques grandes lignes de l’examen des différentes figures présentes dans la Ruota di Aristotele :

  • toutes les figures des quadrilobes sont comprises, avec la plus grande probabilité, comme la représentation de héros antiques exemplaires
  • les vertus cardinales semblent interprétées à la lumière de préoccupations avant tout judiciaires, et réunies sous le signe dominant de la Justice, qualité essentielle de celui qui entend gouverner ; d’où il résulte que :
    • la probabilité que ce lieu soit destiné à l’administration de la justice se fait plus insistante
    • la conformité du cycle d’Asciano avec d’autres monuments de l’iconographie ‘politique’ du trecento se trouve renforcée
    • enfin, la présence des quatre vertus cardinales et la prééminence de la Justice, au côté d’un rappel explicite à la figure d’Aristote, offrent d’importants indices pour une enquête sur la teneur idéologique du programme.

[1] La forme de hendécasyllabe (vers composé de onze syllabes) est typique des inscriptions épiques (c’est la forme même du vers dantesque) qui accompagnent les images peintes ou sculptées.

[2] Cet emplacement n’a rien d’anodin. La disposition des vertus aux quatre angles du carré, et autour d’une figure centrale, suggère des associations extrêmement significatives. Dans un passage des Morales sur Job, Grégoire le Grand compare l’esprit humain à une maison qui risque de s’écrouler si le vent de la tentation en investit les quatre angles (Moral., 49, 18, PL. LXXV, 592).

[3] Voir Maria Monica DONATO, « Un ciclo pittorico ad Asciano (Siena), Palazzo Pubblico e l’iconografia ‘politica’ alla fine del medioevo », Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa. Classe di Lettere e Filosofia. Serie III, Vol. 18, No. 3 (1988), pp. 1105-1272.