Gioco delle Pugna

Le jeu de la Pugna, ou « bataille [1]« Les battagliole (littéralement « petites batailles ») (*) peuvent être définies comme un grand ensemble de jeux militaires au caractère hautement agonal (**), plus ou moins simulés, qui englobent à leur tour une grande quantité de variantes locales (comme les pugna siennoises). Le but est toujours le même ; les joueurs étant regroupés en équipes, [il s’agit de pousser … Poursuivre de poings » est né à Sienne au Moyen Âge, après l’interdiction, en novembre 1261, d’un jeu, plus violent encore, appelé Gioco dell’Elmora [2]Le Gioco dell’Elmora (en italien médiéval, l’elmora était le pluriel d’elmo (le heaume). Également connu sous le nom de Gioco dei Cestarelli, ce divertissement populaire était pratiqué au XIIIe siècle à Sienne. Il consistait en une bataille, plus ou moins simulée, opposant les hommes du Terzo di Città à ceux des terzi de San Martino et Camollia réunis (*). Les … Poursuivre, eux même hérités des Giochi di San Giorgio [3]Les Giochi di San Giorgio (Jeux de Saint-Georges), également connus sous le nom de Giorgiani ou Juvenali, étaient d’anciens jeux médiévaux pratiqués à Sienne en l’honneur du saint protecteur de la milice de la ville. Ils furent institués en 1260, peu après la bataille de Montaperti, et se déroulèrent généralement le 4 septembre, près de l’église de San Giorgio, … Poursuivre et s’est poursuivi de manière sporadique jusqu’au XVIIIe siècle. Il se déroulait principalement pendant la période du carnaval. Le concours consistait en la confrontation physique de jeunes hommes appartenant aux trois terzi (subdivisions administratives et militaires de la ville) de Sienne et se déroulait dans la cuvette du terrain où se forme la Piazza del Campo.

Les participants combattaient à mains nues mais couvertes d’une sorte de gant d’osier tressé. Le but était de chaque équipe était de forcer les adversaires à sortir de l’espace délimité afin d’assurer la conquête de la totalité du territoire, ici symbolisé par la Piazza del Campo. Les vainqueurs étaient couronnés de laurier. Il semble qu’il ait subi une crise en 1324, année au cours de laquelle les participants auraient commencé à lancer des pierres, avant d’en venir à une véritable bataille rangée, avec fourches et objets coupants à la clé. L’évêque de la ville dut intervenir pour rétablir l’ordre. Ce jour-là, Agnolo di Tura rapporta qu’il y eut tellement de bruit dans le Campo, que « le monde semblait bouleversé sens dessus-dessous ».

Après son interdiction [4]Ce jeu fut interdit par un décret de la République dès 1337, car il dégénérait systématiquement en émeutes dont le résultat se chiffrait en morts, blessés et estropiés., ce « jeu de poings » fut encore parfois organisé à l’occasion d’événements de caractère exceptionnel : ainsi, deux jours après son entrée à Sienne, et à sa demande, l’empereur Charles-Quint, fut mené au Palais Communal où, depuis l’une des fenêtres de la salle du Consistoire, il assista à un combat de Pugna organisé en son honneur [5]Sur le jeu de la Pugna, voir Girolamo GIGLI, Diario senese, vol. II, Lucques, 1723, p. 407-408 ; Giovanni CECCHINI, Dario NERI, Il Palio di Siena, Milan, Electa Editrice-Monte dei Paschi di Siena, 1958, p. 28 ; Duccio BALESTRACCI, La festa in armi : giostre, tornei e giochi del Medioevo, Rome – Bari, Laterza (I Robinson. Letture), 2001.. ce n’est donc qu’exceptionnellement qu’il se déroula sous les yeux de l’empereur.

Notes

Notes
1 « Les battagliole (littéralement « petites batailles ») (*) peuvent être définies comme un grand ensemble de jeux militaires au caractère hautement agonal (**), plus ou moins simulés, qui englobent à leur tour une grande quantité de variantes locales (comme les pugna siennoises). Le but est toujours le même ; les joueurs étant regroupés en équipes, [il s’agit de pousser l’équipe adverse à perdre du terrain afin de le conquérir au nom de la sienne]. En revanche, les moyens changent : chaque ville se distingue par le choix de ses armes. Les battagliole se caractérisent par leur universalité : sur leurs terrains, toutes les professions, tous les âges et toutes les catégories sociales sont représentés. L’un des critères que l’on peut convoquer pour approcher le groupe des joueurs reste l’appartenance à la communauté urbaine, encore que cette définition n’affine pas beaucoup le profil type : hors-la-loi, marginaux, sans-abri sont les bienvenus… Du moment qu’ils sont ceux de la ville qui accueille la battagliola. En définitive, c’est surtout le critère sexuel qui est discriminant : rares sont les mentions de femmes dans la mêlée, mais leur absence sur les terrains est loin d’être synonyme de passivité. Comme spectatrices ou victimes collatérales, les femmes tiennent un rôle particulier dans le jeu. Ces manifestations connaissent donc un franc succès dans l’Italie des communes et ont depuis longtemps attiré l’attention des historiens italiens. » Camille CILONA, « Des coups de poing fraternels ? La violence ludique comme marqueur d’identité urbaine : l’exemple des battagliole toscanes du Duecento au Quattrocento (XIIIe-XVe siècles) », dans Violence et jeu de l’Antiquité à nos jours, édité par Véronique Dasen et Typhaine Haziza, Presses universitaires de Caen, 2023, https://doi.org/10.4000/books.puc.27306.

(*) Aldo A. SETTIA, Comuni in guerra : armi ed eserciti nell’Italia delle città, Bologne, CLUEB (Biblioteca di storia urbana medievale ; 7), 1993.
(**) Agonal (du lat. agonalis) : Relatif aux jeux publics.

2 Le Gioco dell’Elmora (en italien médiéval, l’elmora était le pluriel d’elmo (le heaume). Également connu sous le nom de Gioco dei Cestarelli, ce divertissement populaire était pratiqué au XIIIe siècle à Sienne. Il consistait en une bataille, plus ou moins simulée, opposant les hommes du Terzo di Città à ceux des terzi de San Martino et Camollia réunis (*). Les combats se déroulaient à l’aide d’épées et de lances en bois, les joueurs portant des casques et des boucliers en osier tressé (d’où le nom « cestarelli »). Les jeux de l’Elmora furent pratiqués tout au long du XIIIe siècle, mais donnèrent fréquemment lieu à des manifestations d’une violence excessive, entraînant souvent des blessures graves, voire mortelles. En 1291, après une Elmora particulièrement violente, ils furent définitivement abolis par le gouvernement de la République.

(*) Le Terzo di Città (le plus peuplé de l’époque) se battait généralement contre les deux autres (le Terzo di San Martino et le Terzo di Camollia, plus récents et donc moins peuplés.

3 Les Giochi di San Giorgio (Jeux de Saint-Georges), également connus sous le nom de Giorgiani ou Juvenali, étaient d’anciens jeux médiévaux pratiqués à Sienne en l’honneur du saint protecteur de la milice de la ville. Ils furent institués en 1260, peu après la bataille de Montaperti, et se déroulèrent généralement le 4 septembre, près de l’église de San Giorgio, pour célébrer la mémorable victoire des troupes siennoises sur celles de Florence. Pratiquement identiques aux jeux de l’Elmora, les Giorgiani se pratiquaient également avec des armes en bois, à la différence notable que les participants étaient les enfants de la ville. Les miliciens (équipés de casques, de cuirasses et d’épées de bois) devaient défendre une forteresse contre l’attaque de miliciens ennemis. Avec le temps, les Giorgiani tombèrent en désuétude et la tradition disparut.
4 Ce jeu fut interdit par un décret de la République dès 1337, car il dégénérait systématiquement en émeutes dont le résultat se chiffrait en morts, blessés et estropiés.
5 Sur le jeu de la Pugna, voir Girolamo GIGLI, Diario senese, vol. II, Lucques, 1723, p. 407-408 ; Giovanni CECCHINI, Dario NERI, Il Palio di Siena, Milan, Electa Editrice-Monte dei Paschi di Siena, 1958, p. 28 ; Duccio BALESTRACCI, La festa in armi : giostre, tornei e giochi del Medioevo, Rome – Bari, Laterza (I Robinson. Letture), 2001.

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