Lippo di Vanni, « Tebaide »

Lippo di Vanni (Sienne, documenté entre 1344 et 1376)

Tebaide (Thébaïde), av. 1348.

Fresque.

Provenance : In situ.

Sienne, Complesso museale di Santa Maria della Scala, Société des Exécuteurs des Pieuses Disposition, cage de l’escalier d’accès à l’oratoire de la Société.

En 1999, lors de travaux de rénovation exécutés dans le sous-sol de l’Hôpital Santa Maria della Scala, le présent cycle de fresques presque monochromes a été retrouvé [1]Les travaux de restauration ont été parachevés en novembre 2025, date à laquelle les locaux redécouverts ont été ouverts au public. sur la voûte et les murs d’un espace exigu, transformé par la suite en cage d’escalier. [2]L’actuel escalier, particulièrement raide, date du XVIIIe-XIXe siècle. Ce cycle comporte des scènes de la vie érémitique des premiers pères de l’Église, selon une iconographie habituellement qualifiée de Thébaïde [3]Il n’existe pas moins de trois exemplaires de ce type de représentation à Sienne. La première des Thébaïde siennoise, objet du présent article, a été exécutée dans le sous-sol de l’Hôpital Santa Maria della Scala au début des années 1340  ; la seconde, peinte au tournant du XVe siècle, s’étend sur l’un des murs du cloître du couvent de Santa … Poursuivre Des études menées par Alessandro Bagnoli [4]Alessandro BAGNOLI, « Ragguagli sull’affresco misterioso », Il Giornale di Santa Maria della Scala, 1 (2000), p. 4 ; Id., « La Tebaide dello Spedale di Santa Maria della Scala a Siena. Alcune considerazioni preliminari », dans Klaus BERGDOLT, Giorgio BONSANTI (dir), Opere e giorni. Studi su mille anni di arte europea dedicati a Max Seidel, Venise, Marsilio, … Poursuivre et Maria Corsi [5]Maria CORSI, « Storie di eremiti e monaci nei locali del Santa Maria della Scala a Siena », dans Alessandra MALQUORI, avec Manuela DE GIORGI et Laura FENELLI (dir.), Atlante delle Tebaidi e dei temi figurativi, Florence, Centro Di, 2013, n. 4 et n. 9, p. 96‑100 ; id., Gli Affreschi medievali in Santa Marta a Siena. Studio iconografico, Sienne, Cantagalli, … Poursuivre datent le cycle d’avant la grande peste de 1348 et l’ont d’abord référé à un peintre influencé par Ambrogio et Pietro Lorenzetti, se rapprochant de l’activité de Niccolò di ser Sozzo et du jeune Lippo Vanni. [6]D’abord attribué à un vague « pittore della cerchia di Pietro e Ambrogio Lorenzetti » (« peintre du cercle de Pietro et Ambrogio Lorenzetti. »), cette œuvre exceptionnelle a rapidement été rendue à Lippo di Vanni, peintre effectivement formé dans le cercle d’Ambrogio Lorenzetti. Compte tenu de l’importance remarquable de ces fresques, la Società di Esecutori di Pie Disposizioni [7]Société des Exécuteurs des Dispositions pieuses. a financé des investigations visant à identifier l’éventuelle continuation de la Thébaïde sur les murs et à mieux définir la conformation architecturale de l’ancienne salle qui l’abrite.

L’extraordinaire cycle pictural, exécuté vers 1340 par le jeune Lippo di Vanni – élève d’Ambrogio Lorenzetti –, occupe entièrement les parois de la pièce de forme irrégulière qui servait à l’origine de vestibule à l’oratoire de la confrérie, montrant à ceux qui y entraient de nombreuses scènes de la vie des anciens moines et anachorètes.

Réalisées volontairement avec une technique apparemment exempte de toute sophistication, en utilisant principalement un ocre monochrome, les fresques visaient à offrir aux « Disciplinati » des modèles de comportement et des enseignements nécessaires à leur éducation religieuse.

Paroi est.
Paroi nord.
Paroi ouest.

Sur le côté ouest de la voûte étaient représentées les vies des premiers Pères du désert – Paul de Thèbes et Antoine l’Abbé – et d’autres figures importantes de l’ermitage, comme sainte Marie l’Égyptienne, probablement tirées du recueil des « Vies des saints Pères » en possession de la compagnie depuis 1325.

Paroi sud.
Angle nord-est.
Angle nord-ouest.

Sur la paroi est, en revanche, étaient représentées des scènes exemplaires de la vie de moines anonymes, souvent en groupe pour souligner l’importance de la vie communautaire au monastère.

Certaines scènes se prêtent à une interprétation figurative : les représentations de la vie agricole dans la lunette ouest visaient à évoquer la similitude – fréquente dans les hagiographies des anachorètes – entre la culture des champs et la culture de l’âme. Il en va de même pour les représentations d’animaux sauvages domestiqués (l’ours portant un fagot de bois ; la louve nourrie par l’ermite ; le lion de saint Jérôme), métaphores de la maîtrise des vices par la pratique de la vertu.

Outre l’originalité de son sujet, le cycle se distingue par ses profondes inventions naturalistes, notamment dans la représentation des espaces extérieurs et jusqu’à certains éléments atmosphériques. Il convient de s’attarder sur certains détails d’un naturel vraiment surprenant en ce milieu du XIVe siècle, tels que les éclaboussures du vase en terre cuite tombant dans la rivière, ou les cheveux du batelier agités par la brise. Il importe de souligner la puissance expressive des personnages et la précision adoptée dans la description des outils et des objets liés à l’activité humaine, ainsi que des différentes espèces végétales (de la garance des marais aux chardons et à la vigne). Tous ces éléments s’inspirent directement du cycle peint par Ambrogio Lorenzetti dans la Salle des Neuf du Palazzo Pubblico (1338), et notamment de sa représentation des Effets du Bon Gouvernement dans la Campagne.

PAROI SUD

PAROI EST

PAROI OUEST

PAROI NORD

[8]Marie PICCOLI-WENTZO, « L’expérience picturale à Sienne  : autour de trois Thébaïdes (années 1340-1440) », Memini, 28 (2022). Mise en ligne : http://journals.openedition.org/memini/2297

[9]Cyril GERBRON, « Voir ou ne pas voir  ? Expériences de vision au couvent San Marco de Florence », dans Andreas BEYERT, Philippe MOREL, Alessandro NOVA, Voir l’au-delà. L’expérience visionnaire et sa représentation dans l’art italien de la Renaissance, Turnhout, Brepols, 2017, p. 341‑367.

[10]Thomas DITTELBACH, « “Nelle distese e negli ampi ricettacoli della memoria”. La monocromia come veicolo di propaganda dell’ordine mendicante degli agostiniani », Arte e spiritualità nell’Ordine agostiniano e il Convento San Nicola a Tolentino, Rome, Àrgos, 1994, pp. 101‑108.

Notes

Notes
1 Les travaux de restauration ont été parachevés en novembre 2025, date à laquelle les locaux redécouverts ont été ouverts au public.
2 L’actuel escalier, particulièrement raide, date du XVIIIe-XIXe siècle.
3 Il n’existe pas moins de trois exemplaires de ce type de représentation à Sienne. La première des Thébaïde siennoise, objet du présent article, a été exécutée dans le sous-sol de l’Hôpital Santa Maria della Scala au début des années 1340  ; la seconde, peinte au tournant du XVe siècle, s’étend sur l’un des murs du cloître du couvent de Santa Marta, à l’extrémité ouest de la ville  ; la troisième (la plus tardive) a été réalisée vers 1442, dans le cloître de l’ermitage de Lecceto, à l’extérieur de Sienne.
4 Alessandro BAGNOLI, « Ragguagli sull’affresco misterioso », Il Giornale di Santa Maria della Scala, 1 (2000), p. 4 ; Id., « La Tebaide dello Spedale di Santa Maria della Scala a Siena. Alcune considerazioni preliminari », dans Klaus BERGDOLT, Giorgio BONSANTI (dir), Opere e giorni. Studi su mille anni di arte europea dedicati a Max Seidel, Venise, Marsilio, 2001, p. 158‑159.
5 Maria CORSI, « Storie di eremiti e monaci nei locali del Santa Maria della Scala a Siena », dans Alessandra MALQUORI, avec Manuela DE GIORGI et Laura FENELLI (dir.), Atlante delle Tebaidi e dei temi figurativi, Florence, Centro Di, 2013, n. 4 et n. 9, p. 96‑100 ; id., Gli Affreschi medievali in Santa Marta a Siena. Studio iconografico, Sienne, Cantagalli, 2005, p. 118‑119.
6 D’abord attribué à un vague « pittore della cerchia di Pietro e Ambrogio Lorenzetti » (« peintre du cercle de Pietro et Ambrogio Lorenzetti. »), cette œuvre exceptionnelle a rapidement été rendue à Lippo di Vanni, peintre effectivement formé dans le cercle d’Ambrogio Lorenzetti.
7 Société des Exécuteurs des Dispositions pieuses.
8 Marie PICCOLI-WENTZO, « L’expérience picturale à Sienne  : autour de trois Thébaïdes (années 1340-1440) », Memini, 28 (2022). Mise en ligne : http://journals.openedition.org/memini/2297
9 Cyril GERBRON, « Voir ou ne pas voir  ? Expériences de vision au couvent San Marco de Florence », dans Andreas BEYERT, Philippe MOREL, Alessandro NOVA, Voir l’au-delà. L’expérience visionnaire et sa représentation dans l’art italien de la Renaissance, Turnhout, Brepols, 2017, p. 341‑367.
10 Thomas DITTELBACH, « “Nelle distese e negli ampi ricettacoli della memoria”. La monocromia come veicolo di propaganda dell’ordine mendicante degli agostiniani », Arte e spiritualità nell’Ordine agostiniano e il Convento San Nicola a Tolentino, Rome, Àrgos, 1994, pp. 101‑108.

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