Alessandro ou Sandro di Mariano di Filipepi, dit Sandro Botticelli (Florence, v. 1445 – 1510)
Un jeune homme présenté par Vénus (?) aux sept Arts Libéraux, 4e quart du XVe siècle (1475 – 1500).
Fresque détachée, 237 x 269 cm.
Provenance : Villa Lemmi (Chiasso dei Macerelli près de Florence) [1]Entre 1469 et 1541, la Villa Lemmi fut propriété de la famille Tornabuoni..
Paris, Musée du Louvre.
La scène, imprégnée de thèmes liés à l’académie platonicienne de Florence [2]Cette Académie, fondée par Côme de Médicis en 1463, à Careggi, rassemble de nombreux érudits de tous domaines et inclut Laurent le Magnifique, petit-fils de Côme, Marsile Ficin, son premier directeur, Jean Pic de la Mirandole (mai 1486), Ange Politien, Jacopo Bracciolini et Cristoforo Landino. L’Académie platonicienne est « un lieu conquis sur la banalité de … Poursuivre, se déroule de nuit, peut-être parce que selon la littérature médiévale, et notamment Dante Alighieri, les rencontres entre les hommes et les personnages allégoriques ou mythologiques ne peuvent avoir lieu que dans les songes.
Au sein d’une nature domestiquée [3]Il s’agit visiblement d’un jardin aperçu depuis une loggia dont n’apparaît qu’un unique pilastre sur la droite., ainsi que le suggèrent les arbres en arrière plan, un jeune homme s’avance, guidé par la main d’une jeune fille venue le présenter à un groupe de sept jeunes femmes dont certaines sont accompagnées des attributs qui permettent de les identifier. Ce sont les sept allégories des arts libéraux : Rhétorique, dominant les autres et portant un arc sur les genoux [4]L’arc est l’une des armes foudroyantes que manipule Rhétorique., Dialectique, un scorpion noir dans les mains (et non l’habituel serpent), Grammaire, semblant accompagner son enseignement d’un geste de la main, Géométrie, portant une équerre sur l’épaule, Astronomie tenant une sphère armillaire [5]Sphère armillaire : instrument anciennement employé en astronomie pour modéliser la sphère céleste. Elle était utilisée pour montrer le mouvement apparent des étoiles, du Soleil et de l’écliptique (*) autour de la Terre. Le système de référence est alors le système géocentrique dit aussi « système de … Poursuivre dans sa main gauche, Musique, un orgue portatif. Arithmétique, enfin, pourrait être le personnage, en arrière-plan, tenant à la main une feuille blanche.
L’interprétation de cette scène est très discutée, de même que l’identification des deux jeunes gens qui seraient, pour la plupart des spécialistes, Lorenzo Tornabuoni [6]Lorenzo Tornabuoni (Florence, 1465 – 1497) : fils de Giovanni Tornabuoni, riche banquier, et de Francesca di Luca Pitti. Arrêté en août 1497 pour avoir favorisé une conspiration visant à restaurer l’hégémonie sur Florence de Piero il Fatuo (*), exilé depuis 1494, il fut condamné à mort le 21 août avec l’avis favorable du gonfalonier Francesco Valori, qui fut à … Poursuivre et Giovanna degli Albizzi [7]Giovanna degli Albizzi (Florence, 1468 – 1488) : femme de la haute bourgeoisie florentine du Quattrocento, elle est représentée dans de nombreuses œuvres de Domenico Ghirlandaio et Sandro Botticelli., mariés en 1486 [8]Pour d’autres, les deux personnages seraient Lorenzo Tornabuoni et sa seconde épouse Ginevra Gianfiliazzi ou Matteo di Andrea Albizzi et Nanna di Niccolò Tornabuoni, mariés en 1484 (Ettlinger, Mitteilungen des Kunsthistorischen Institutes in Florenz, 1976/3).. Une chose est sûre : la typologie du profil individualisé du jeune homme évoque fortement celle d’un portrait, probablement celui du jeune époux, exécuté d’après nature à l’occasion de son mariage. L’hypothèse se trouve renforcée par la présence, au Louvre, d’une seconde fresque [9]Sandro Botticelli, Vénus et les trois Grâces offrant des présents à une jeune fille. Paris, Musée du Louvre. qui, faisant pendant avec la présente image, met en scène une jeune femme qui pourrait être l’épouse.
En bas à gauche, le putto devait maintenir un blason, aujourd’hui manquant, où se trouvaient peut-être les armes de la famille des Tornabuoni ou des Albizi, possiblement détruites par les propriétaires ultérieurs de la villa.
Notes
| 1↑ | Entre 1469 et 1541, la Villa Lemmi fut propriété de la famille Tornabuoni. |
|---|---|
| 2↑ | Cette Académie, fondée par Côme de Médicis en 1463, à Careggi, rassemble de nombreux érudits de tous domaines et inclut Laurent le Magnifique, petit-fils de Côme, Marsile Ficin, son premier directeur, Jean Pic de la Mirandole (mai 1486), Ange Politien, Jacopo Bracciolini et Cristoforo Landino. L’Académie platonicienne est « un lieu conquis sur la banalité de l’espace profane pour y assurer la sacralité de la vie de l’esprit (*) ». L’objectif de Marcile Ficin est de fondre le dogme chrétien dans la pensée platonicienne. De là est né le néoplatonisme. L’Académie disparaît en 1521. Mais son aura culturelle se poursuit bien au-delà de cette période.
(*) Pierre MAGNARD, Questions à l’humanisme, Paris, Editions du Cerf, 2011. |
| 3↑ | Il s’agit visiblement d’un jardin aperçu depuis une loggia dont n’apparaît qu’un unique pilastre sur la droite. |
| 4↑ | L’arc est l’une des armes foudroyantes que manipule Rhétorique. |
| 5↑ | Sphère armillaire : instrument anciennement employé en astronomie pour modéliser la sphère céleste. Elle était utilisée pour montrer le mouvement apparent des étoiles, du Soleil et de l’écliptique (*) autour de la Terre. Le système de référence est alors le système géocentrique dit aussi « système de Ptolémée ». Autrement dit il s’agit d’un modèle dans lequel on considère la Terre comme le centre de l’Univers.
(*) L’écliptique, dans l’Antiquité, définissait le cercle mitoyen du zodiaque ; aujourd’hui, elle constitue le plan de l’orbite du barycentre Terre-Lune autour du Soleil. |
| 6↑ | Lorenzo Tornabuoni (Florence, 1465 – 1497) : fils de Giovanni Tornabuoni, riche banquier, et de Francesca di Luca Pitti. Arrêté en août 1497 pour avoir favorisé une conspiration visant à restaurer l’hégémonie sur Florence de Piero il Fatuo (*), exilé depuis 1494, il fut condamné à mort le 21 août avec l’avis favorable du gonfalonier Francesco Valori, qui fut à son tour lynché l’année suivante par les Tornabuoni. La sentence fut exécutée au palais du Bargello et Lorenzo décapité en même temps que Niccolò Ridolfi, Giannozzo Pucci, Giovanni Cambi et Bernardi del Nero.
(*) Piero di Lorenzo de’ Medici ou Pierre II de Médicis (Florence 1472 – Gaète, 1503), dit « Pierre le Fat » ou « Pierre l’Infortuné », fils de Laurent le Magnifique à qui il succède en tant que seigneur de Florence de 1492 jusqu’à son exil exil en 1494. |
| 7↑ | Giovanna degli Albizzi (Florence, 1468 – 1488) : femme de la haute bourgeoisie florentine du Quattrocento, elle est représentée dans de nombreuses œuvres de Domenico Ghirlandaio et Sandro Botticelli. |
| 8↑ | Pour d’autres, les deux personnages seraient Lorenzo Tornabuoni et sa seconde épouse Ginevra Gianfiliazzi ou Matteo di Andrea Albizzi et Nanna di Niccolò Tornabuoni, mariés en 1484 (Ettlinger, Mitteilungen des Kunsthistorischen Institutes in Florenz, 1976/3). |
| 9↑ | Sandro Botticelli, Vénus et les trois Grâces offrant des présents à une jeune fille. Paris, Musée du Louvre. |




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