
Luca di Tommè (Sienne, actif de 1356 à 1390)
The Assumption of the Virgin (Assomption de la Vierge), 1362.
Tempéra et or sur panneau, 81,5 x 60 cm (surface peinte).
Provenance : Oratoire du Podere Gazzaja, Arezzo, jusqu’en 1818 (ôté d’un autel sur permission de l’évêque d’Arezzo et installé dans la chapelle privée d’une famille de la noblesse siennoise propriétaire de l’œuvre) ; Collection James Jackson Jarves, New York, en 1860 ; acquisition par la Yale University Art Gallery.
New Haven (Connecticut), Yale University Art Gallery.
Selon Pia Palladino, ce pinacle pourrait provenir du retable de San Tommaso degli Umiliati (Sienne, Pinacoteca Nazionale), lequel inclurait également une série de cinq têtes de prophètes du Rijksmuseum, Utrecht. [1]Pia PALLADINO, Art and Devotion in Siena after 1350: Luca di Tommè and Niccolò di Buonaccorso, San Diego, Timken Museum of Art, 1997, pp. 34–35. Le panneau, attribué à Luca di Tommè, représente l’Assomption de la Vierge Marie, réputée avoir eu lieu « corps et âme » trois jours après sa mort terrestre, ou Dormition. [2]Ce sujet, qui trouve son origine dans la littérature apocryphe des IIIe et IVe siècles, est devenu particulièrement populaire à la fin du Moyen Âge. Il a exercé un grand attrait auprès des Siennois pour lesquels Marie était non seulement la sainte patronne mais la véritable « gouvernante » après que la ville se soit donnée à elle en 1260, année de la bataille de Monteaperti. La Vierge est vêtue d’un somptueux manteau de brocart, digne du rôle de Reine du Ciel qu’elle est appelée à assumer. Assise en gloire dans une mandorle bleue, la Vierge est portée par un groupe d’anges chantants et en adoration, vêtus de délicates robes pastel incisées d’or. [3]Le peintre était sans doute familier avec une scène similaire de l’Assomption créée à Sienne par Simone Martini une quarantaine d’années plus tôt. (*) On peut en déduire que, dans l’original, la Vierge devait être portée par des anges chantant et jouant de divers instruments. Les anges étaient probablement regroupés autour d’elle selon un ovale ou un cercle complet … Poursuivre Dans le pinacle central, son Fils tient une couronne qu’il s’apprête à lui remettre au terme de sa montée vers le ciel. Les séraphins et les chérubins, qui habitent auprès de Dieu dans les plus hautes sphères du ciel, sont figurés jusque dans les plus petites surfaces selon une iconographie fréquente : par la seule image de leurs têtes entourées d’ailes.

Comme nombre de peintures sur panneau de cette époque, en particulier à Sienne, un goût affirmé pour l’or, matériau précieux apte à jouer des reflets de la lumière, se manifeste dans l’arrière-plan, pour suggérer l’infinité de l’espace céleste et sa dissemblance avec l’espace réel, mais aussi dans les motifs incisés imitant les motifs de luxueux tissus. Cette prédilection pour la peinture décorative est caractéristique de l’art siennois de la seconde moitié du XIVe siècle. Les courbes des corps et des ailes des anges magnifient l’élégance du chœur céleste. Le talent particulier du peintre pour le traitement des motifs et des lignes gracieuses se conjugue à un désir de créer des volumes d’allure tridimensionnelle par la modulation des ombres et des lumières et par des drapés doux et enveloppants.
La conjonction des contrastes est particulièrement évidente dans la juxtaposition du royaume céleste où se presse une foule compacte de figures sacrées et de l’espace terrestre dont le vide est occupé par le tombeau qui s’y inscrit par le biais de son traitement en perspective. C’est par cette subtile manipulation des contraires que Luca di Tommè crée une tension qui, tout animant la symétrie délibérée de sa composition, traduit également le mystère de cet événement.
Notes
| 1↑ | Pia PALLADINO, Art and Devotion in Siena after 1350: Luca di Tommè and Niccolò di Buonaccorso, San Diego, Timken Museum of Art, 1997, pp. 34–35. |
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| 2↑ | Ce sujet, qui trouve son origine dans la littérature apocryphe des IIIe et IVe siècles, est devenu particulièrement populaire à la fin du Moyen Âge. Il a exercé un grand attrait auprès des Siennois pour lesquels Marie était non seulement la sainte patronne mais la véritable « gouvernante » après que la ville se soit donnée à elle en 1260, année de la bataille de Monteaperti. |
| 3↑ | Le peintre était sans doute familier avec une scène similaire de l’Assomption créée à Sienne par Simone Martini une quarantaine d’années plus tôt. (*) On peut en déduire que, dans l’original, la Vierge devait être portée par des anges chantant et jouant de divers instruments. Les anges étaient probablement regroupés autour d’elle selon un ovale ou un cercle complet et étaient visibles en perspective d’en haut. La composition de Luca reprend tous les éléments essentiels de ce prototype, comme la Vierge portée et les anges disposés en cercle, mais avec une différence fondamentale. La caractéristique principale de ce changement est la réduction et la compression de l’espace, contrairement au prototype et à ses copies réalisées avant les années 1340. Il existe deux variantes générales de cette nouvelle approche représentant les anges sur un plan plutôt qu’en cercle autour de la Vierge. La première est parfaitement illustrée par la miniature de l’Assomption de Nicolò di Ser Sozzo, pour le Caleffo dell’Assumta, à Sienne, ou par le panneau central de son polyptyque de San Gimignano. La Vierge y est représentée de face et symétriquement, flanquée de nombreux rangs d’anges disposés en rangées latérales inclinées, parallèles au plan du tableau. La seconde variante est représentée par l’Assomption de Luc et par le panneau central d’un polyptyque du Musée des Beaux-Arts de Boston. (**) Dans ces deux panneaux, la Vierge est entourée d’anges flottants, regroupés dans un espace peu profond entre elle et le cadre, plutôt que disposés verticalement. Ils reculent très peu dans l’espace et, dans aucun des deux tableaux, ils ne forment les chœurs circulaires profonds et fuyants que le prototype populaire semble avoir inspirés plus tôt dans le siècle. (*) L’existence d’un tel modèle fut suggérée pour la première fois par Millard Meiss, qui fonda son hypothèse sur le nombre et la qualité des copies probables. |

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