Niccolò di Ser Sozzo e Luca di Tommè, « La Madonna in trono col Bambino e sette Angeli »

56A2DCF8-CDAB-4D76-BB42-91BB7435C600

Niccolò di Ser Sozzo (Tegliacci) (documenté de 1334 à 1363) et Luca di Tommé (actif à Sienne de 1336 à 1389)

La Madonna in trono col Bambino e sette Angeli (Vierge à l’Enfant et sept anges), signé et daté 1362.

Tempéra sur bois (polyptyque), 191 x 297 cm.

Inscriptions :

  • sur le cadre du compartiment central, on peut lire la double signature et la date : «  NICCHOLAUS DI SER SOCII ET LUCAS TOMAS DE SENIS HOC OPUS PINSERUNT ANNI MCCCLXII » [1]
  • sur le cartouche tenu par Jean Baptiste (fig. 1) : « Ecce Agnus D[ei] qui tollis pe … » [2]
  • sur la base du cadre du polyptyque, subsiste le nom de Thomas (fig. 2) ; les autres ont disparu
  • sur le cartouche tenu par le Christ (fig. 3) : « Ego sum Via V … » [3]
  • sur le livre tenu par Benoit (fig. 4) : « Clamat a nobis scriptura fratres dicens : Omnis qui se exaltat humiliabitur et qui se humiliat exaltabitur. Unde fratres si summae volumus humilitatis culmen attingere et ad exaltationem iliam celestem ad aquam per presentis vitae humilitatem adscenditur volumus velociter pervenire » [4]

La figure d’Etienne, placée à l’extrémité droite, n’est plus identifiable que par les attributs symboliques qui sont ceux du jeune diacre martyr : jeunesse, dalmatique, palme, livre des Écritures Saintes (les pierres de sa lapidation sont ici omises)

La Vierge en majesté est assise sur un trône. Portant sur ses genoux son Fils debout, elle assène un regard interrogateur, pour ne pas dire réprobateur, vers un destinataire qui demeure invisible de nous. Son corps accablé de lassitude semble affaissé (avec quelle élégance pourtant !) sur le siège que dissimule en grande partie un épais manteau, son bras droit repose sur la jambe et sa main est inerte dans le creux de ce même manteau. Le Christ, quant à lui, se tient droit debout (sans l’aide de sa Mère !), et cependant dans une attitude de lassitude ; il semble comme résigné et soulève à peine la main droite pour esquisser le geste de bénédiction attendu, comme si le poids de la destinée qu’il lui appartient dorénavant d’assumer sur la terre lui semblait, à cet instant précis, trop lourd.

fullsizeoutput_3ba4

1

Le compartiment central (fig. 12) est un chef-d’œuvre de style et de poésie qui s’exprime, comme souligné précédemment, à travers les expressions et les attitudes respectives des personnages, en particulier des deux acteurs principaux (il faudrait aussi évoquer la gravité des anges et la compassion qu’imprime sur leurs visages et leurs gestes la scène dont ils sont les témoins). C’est aussi, et l’un ne va pas sans l’autre, un chef-d’œuvre de style. La plus grande part du fond d’or est travaillée selon une technique qui donne à la surface dorée l’apparence d’une somptueuse et délicate broderie. C’est ce qui lui confère une luminosité si particulière et une préciosité sans pareille. Le plus beau demeure cependant la merveilleuse délicatesse du dessin qui culmine dans le tracé sinueux, fluide, musical des bordures du manteau bleu de la Vierge, qui descendent en ondoyant le long de la silhouette avant de venir se perdre dans la masse mouvante des plis, lesquels rejaillissent délicatement une dernière fois en touchant le sol. Les extrémités des bras du trône eux-mêmes semblent se faire l’écho de ce mouvement.

La présence de saint Thomas [5] immédiatement à gauche de la scène principale (fig. 2), à laquelle s’ajoutaient les quatre compartiments de la prédelle de ce polyptyque démembré représentant l’Histoire de Thomas [6], invite à penser que le retable était destiné à une chapelle dédiée à l’Apôtre.

fullsizeoutput_3baafullsizeoutput_3ba8

1                                              2

fullsizeoutput_3ba5fullsizeoutput_3ba7

3                                              4

[1] « Niccolò di Ser Sozzo et Luca di Tommé de Sienne peignirent cette œuvre en l’an 1353. »

[2] « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève [le péché du monde.] » (Jn 1,29). Par la formule « Agneau de Dieu », c’est le Christ qui est désigné.

[3] « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jn 14, 6).

[4] «  La divine Ecriture, mes frères, nous crie : ‘Quiconque s’élève sera humilié, et qui s’humilie sera élevé’ (Luc 14, 11; Luc 18, 14; Matthieu 23, 12). En parlant ainsi, elle nous montre que tout élèvement est une espèce d’orgueil ; 3 et c’est ce dont le Prophète déclare se garder, lorsqu’il dit : ‘Seigneur, mon coeur ne s’est point élevé et mes yeux ne se sont point levés : je n’ai point marché dans les grandeurs ni dans des merveilles au-dessus de moi’ (Psaumes 130, 1‑2). Mais que m’arriverait-il ‘si je n’avais pas eu d’humbles sentiments, si j’avais élevé mon âme ? Tu me traiterais comme l’enfant qu’on enlève du sein de sa mère’(Psaumes 130, 1‑2). » Extrait de la Règle de l’Ordre Bénédictin, VII De Humilitate.

[5] Thomas, l’Apôtre incrédule. L’iconographie traditionnelle représente le saint portant une épée ou une lance (Georges de La Tour, figure ci-dessous) symbole de son martyre. Voir « Iconographie des principaux saints ».

Apotre Thomas, La Tour

Georges de La Tour, Saint Thomas. Musée du Louvre, Paris.

[6] Les cinq panneaux de cette prédelle sont actuellement répartis entre la collection de la National Gallery of Scotland, Edimbourg, qui conserve les quatre compartiments figurant l’Histoire de Thomas, et celle du Musée du Vatican qui possède le compartiment central représentant la Crucifixion.

1 2 3 4 5

  1. Cristo ordina a san Tommaso di partire per l’India (Le Christ ordonne à saint Thomas de partir pour l’Inde)
  2. San Tommaso al banchetto di nozze della figlia del re ad Andrapolis (Saint Thomas au banquet de noces de la fille du roi à Andrapolis)
  3. Crocifissione di Cristo (Crucifixion du Christ)
  4. San Tommaso resuscita il fratello re Gundaforo – Battesimo di Gundaforo (Saint Thomas ressuscite le frère du roi Gundaforo – Baptème de frère du roi Gundaforo)
  5. San Tommaso è ucciso ai sacerdoti indiani (Saint Thomas est tué par les prêtres indiens)