Les calendriers toscans historiques

En 46 av. J.-C., Jules César décide de remplacer le calendrier lunaire [1]Les premiers calendriers ont été lunaires : le cycle de la Lune, plus facilement observable que celui du soleil, permettait de se baser sur les changements de forme de l’astre., jusque-là en vigueur dans le monde romain, par un calendrier solaire, dit « julien », du nom de l’empereur. Tout comme notre calendrier actuel, ce calendrier est divisé en douze mois et 365 jours, une journée supplémentaire étant ajoutée tous les quatre ans au titre de l’année bissextile [2]Malgré les calculs de l’astronome grec Sosigène d’Alexandrie, à qui Jules César confia l’élaboration du calendrier julien, ce dernier présente un décalage de 11 minutes et 14 secondes de plus que l’année solaire.. La seule différence avec le calendrier grégorien encore en vigueur de nos jours est que le premier jour de l’année est fixé au 1er mars, mois particulièrement important à Rome car associé au dieu de la guerre

Le christianisme investit le calendrier julien, dont l’usage se diffuse partout durant le Moyen Âge. Ce calendrier est cependant loin d’être unifié. On distingue plusieurs « débuts d’année » : le 1er janvier (jour de la Circoncision), le 25 décembre (jour de la Nativité) ou encore le 25 mars (jour supposé être celui de la création du monde, mais par dessus tout, celui de l’Annonciation). Le fête de Pâques marque le plus souvent début d’année mais pose des problèmes étant donné qu’il s’agit d’une fête mobile. L’année commence donc chaque fois à une date différente et son début peut également aussi d’une ville à l’autre : le 1er mars à Venise, le 25 mars à Reims, le 25 décembre ailleurs. 

Le calendrier julien présentant un écart de 10 jours par rapport aux saisons, une nouvelle réforme fut apportée en 1582 par l’astronome Luigi Lilio [3]Luigi Giglio, ou Luigi Lilio, de son nom latin, Aloysius Lilius (Psycròn [aujourd’hui Cirò en Calabre], v. 1510 – Rome [?], av. 1576) : physicien et astronome. Il est principalement connu comme l’inventeur du calendrier grégorien : il rédigea la proposition sur laquelle (après modifications) la réforme du calendrier fut fondée. Le frère de … Poursuivre, qui se chargea de faire coïncider l’équinoxe de printemps avec le 21 mars. Le pape Grégoire XIII [4]Ugo Boncompagni (Bologne, 1502 – Rome, 1585) : élu pape sous le nom de Grégoire XIII le 13 mai 1572. promulgua ce nouveau calendrier réformé visant à se réaligner sur l’année tropique [5]L’année tropique moyenne correspond à l’intervalle de temps séparant deux passages du Soleil à l’équinoxe moyen. Elle vaut, actuellement, environ 365,2422 jours. et les saisons en supprimant dix jours en octobre. [6]Le changement consistait dans la suppression de trois années bissextiles sur une période de 400 ans, afin d’empêcher une dérive (assez faible) du calendrier par rapport aux événements astronomiques connus de longue date (équinoxes et solstices) ; mais cela avait un aspect immédiat plus difficilement admissible : la suppression de dix jours, afin de rattraper le retard … Poursuivre Le passage au calendrier grégorien n’est pas simultané dans tous les pays européens. La plupart des pays catholiques l’adoptent dès son introduction en 1582 et les années suivantes : France [7]En France, le roi Henri III (Fontainebleau, 1551 – Saint-Cloud, 1589) décide d’adopter ce nouveau calendrier en passant directement du 9 au 20 décembre 1582., Espagne et Pays-Bas espagnols, Italie, Portugal puis Suisse catholique, principautés catholiques du Saint-Empire, Autriche, Pologne et Hongrie.

Sienne a longtemps fait commencer l’année le 25 mars, date symbolique de l’Annonciation qui marque aussi le début du salut chrétien. [8]Les célébrations solennelles du Nouvel An siennois historique, aujourd’hui encore réglées par le Magistrato delle Contrade, la municipalité de Sienne et l’archidiocèse, s’appuient sur une tradition ancestrale. Sienne, de longue date, proclame la Vierge Marie comme sa protectrice, réaffirmant ainsi le lien unique entre vie civique et vie religieuse qui l’a historiquement … Poursuivre En Toscane, plusieurs autre villes, telles Florence, Lucques et Prato, utilisaient elles aussi le calendrier du style de l’Incarnation ou « ab incarnatione domini » [9]« Depuis l’incarnation du Seigneur. » c’est-à-dire commençant le 25 mars. ; à Pise, en revanche, le décompte commençait à partir de l’année précédente. « Lorsque, au VIe siècle, Denys le Petit [10]« L’ère chrétienne ne s’est que très progressivement imposée comme l’un des référents majeurs de structuration et de maîtrise du temps. Dire qu’elle fut mise au point, vers 530, par un obscur moine scythe réfugié à Rome, Denis le Petit (*), serait exagérer la modestie de « l’invention » : loin d’imaginer un système nouveau, Denis accepte, en … Poursuivre eut introduit en Italie l’usage de compter les années par celles de J.-C. […], le jour appelé à ouvrir l’année ne put être fixé de façon uniforme ; tandis que les uns prirent le 25 décembre, jour de la naissance du Christ, comme initial de l’année, les autres préférèrent adopter le jour même de la conception ou de l’incarnation, c’est-à-dire le 25 mars, communément appelé jour de l’Annonciation. » [11]Damien GUARRIGUES, « Les styles du commencement de l’année dans le Midi. L’emploi de l’année pisane en pays toulousain et Languedoc », Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 53, n. 211 (1941), p. 243.. Arezzo et Massa Carrara faisaient commencer l’année « a nativitate », le jour de Noël. On comprend pourquoi, pendant des siècles, il fut très difficile, sinon impossible, d’attribuer une date uniforme aux documents officiels. Le calendrier actuel, débutant le 1er janvier, « a circumcisionis » [12]« [Jour] de la Circoncision. », n’entra en vigueur qu’en 1749 à la demande du Grand-Duc François III de Lorraine et conformément au calendrier grégorien déjà adopté par la plupart des pays européens. À cette date, les reliques sacrées de l’hôpital Santa Maria della Scala, rapportées de Constantinople et habituellement conservées dans la chapelle du même nom, étaient également exposées. Pour l’occasion, elles étaient présentées à travers une ouverture spéciale pratiquée dans la façade du monument, notamment pour bénir la foule de fidèles rassemblée sur la place.

Notes

Notes
1 Les premiers calendriers ont été lunaires : le cycle de la Lune, plus facilement observable que celui du soleil, permettait de se baser sur les changements de forme de l’astre.
2 Malgré les calculs de l’astronome grec Sosigène d’Alexandrie, à qui Jules César confia l’élaboration du calendrier julien, ce dernier présente un décalage de 11 minutes et 14 secondes de plus que l’année solaire.
3 Luigi Giglio, ou Luigi Lilio, de son nom latin, Aloysius Lilius (Psycròn [aujourd’hui Cirò en Calabre], v. 1510 – Rome [?], av. 1576) : physicien et astronome. Il est principalement connu comme l’inventeur du calendrier grégorien : il rédigea la proposition sur laquelle (après modifications) la réforme du calendrier fut fondée. Le frère de Lilio, Antonio, présenta le manuscrit au pape Grégoire XIII ; ce manuscrit fut transmis à la commission de réforme du calendrier en 1575. La commission publia un résumé imprimé intitulé Compendium novae rationis restituendi kalendarium (Compendium d’un nouveau plan pour la restitution du calendrier), imprimé en 1577 et diffusé dans le monde catholique romain au début de 1578 comme document de consultation (*). Le manuscrit original de Lilio n’a pas été retrouvé ; le Compendium imprimé est la source connue la plus proche des détails qu’il contenait.
Les processus de consultation et de délibération firent que la réforme du calendrier n’intervint qu’en 1582, six ans après la mort de Luigi Lilio en 1576.

(*) Aloysius LILIUS, Compendium novae rationis restituendi kalendarium, Rome, Antonij Bladij, 1577. Mise en ligne : : https://archive.org/details/bub_gb_XDKWoAYr4m0C/mode/2up.

4 Ugo Boncompagni (Bologne, 1502 – Rome, 1585) : élu pape sous le nom de Grégoire XIII le 13 mai 1572.
5 L’année tropique moyenne correspond à l’intervalle de temps séparant deux passages du Soleil à l’équinoxe moyen. Elle vaut, actuellement, environ 365,2422 jours.
6 Le changement consistait dans la suppression de trois années bissextiles sur une période de 400 ans, afin d’empêcher une dérive (assez faible) du calendrier par rapport aux événements astronomiques connus de longue date (équinoxes et solstices) ; mais cela avait un aspect immédiat plus difficilement admissible : la suppression de dix jours, afin de rattraper le retard accumulé depuis l’Antiquité.
7 En France, le roi Henri III (Fontainebleau, 1551 – Saint-Cloud, 1589) décide d’adopter ce nouveau calendrier en passant directement du 9 au 20 décembre 1582.
8 Les célébrations solennelles du Nouvel An siennois historique, aujourd’hui encore réglées par le Magistrato delle Contrade, la municipalité de Sienne et l’archidiocèse, s’appuient sur une tradition ancestrale. Sienne, de longue date, proclame la Vierge Marie comme sa protectrice, réaffirmant ainsi le lien unique entre vie civique et vie religieuse qui l’a historiquement caractérisée. Tandis que le lendemain du 15 août, la ville célèbre le Palio en l’honneur de sa Souveraine, le 25 mars, elle contemple l’humilité de la Vierge proclamée dans le Magnificat.
9 « Depuis l’incarnation du Seigneur. » c’est-à-dire commençant le 25 mars.
10 « L’ère chrétienne ne s’est que très progressivement imposée comme l’un des référents majeurs de structuration et de maîtrise du temps. Dire qu’elle fut mise au point, vers 530, par un obscur moine scythe réfugié à Rome, Denis le Petit (*), serait exagérer la modestie de « l’invention » : loin d’imaginer un système nouveau, Denis accepte, en fixant la naissance du Christ au 25 décembre de l’an 753 de la Fondation de Rome (ab Urbe condita), un calcul qui a été mis au point par des prédécesseurs, soucieux déjà de situer historiquement le point de départ d’un âge nouveau de l’histoire de l’humanité. » Olivier GUYOTJEANNIN, « Les tribulations de notre calendrier », France Archives, Portail national des Archives, mise en ligne : https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/39386.

(*) Dionysius Exiguus, Denys ou Denis le Petit (Province romaine de Scythie mineure [actuelle Dobrogée, en Roumanie], v. 470 – Rome, entre 537 et 555) : religieux chrétien érudit, installé à Rome de l’an 497 environ à sa mort.

11 Damien GUARRIGUES, « Les styles du commencement de l’année dans le Midi. L’emploi de l’année pisane en pays toulousain et Languedoc », Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 53, n. 211 (1941), p. 243.
12 « [Jour] de la Circoncision. »

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