Lippo Memmi 

Filippo di Memmo, dit Lippo Memmi (Sienne, 1291 – 1356) : l’un des représentants les plus remarquables de l’école de Sienne du XIVe siècle qualifiés parfois de « primitifs siennois. »Fils du peintre siennois  Memmo di Filippuccio, Lippo Memmi, probablement né vers la fin du XIIIe siècle et formé dans la boutique de son père, fut aussi le disciple le plus représentatif de Simone Martini, avec qui il a souvent collaboré et dont il était également le beau-frère. Son style est si beau et si raffiné qu’il se confond parfois avec celui de Simone.

Sa première œuvre signée et datée (1317), la Maestà, est encore visible au Palazzo Pubblico de San Gimignano, ville où son père a lui-même été longtemps actif. Semblable dans la composition et le style à la version plus célèbre du même thème peinte deux ans plus tôt par Simone Martini dans le Palazzo Pubblico de Sienne, la fresque implique l’existence de relations artistiques entre les deux peintres à cette époque. Ces relations deviendront encore plus étroites dans les années suivantes, aboutissant à une étroite collaboration, parfois dans l’exécution d’un même ouvrage, et à des liens de sang : Simone épouse la sœur de Lippo en 1324.

L’élaboration du corpus des œuvres de Lippo Memmi s’est longtemps heurtée aussi bien à l’inclusion dans celui-ci d’œuvres de Simone Martini parvenues jusqu’à nous en mauvais état qu’à différentes velléités d’attribution de certaines de ses propres œuvres à d’autres artistes. Ainsi, Donato Martini et Federico (ou Tederico) Memmi, respectivement frères de Simone et de Lippo, tous deux peintres dont aucune œuvre certaine ne nous est connue, se sont vu attribuer diverses peintures revenant à Lippo lui-même. Certains chercheurs de premier plan ont parfois minimisé l’activité du peintre en tant que maître indépendant, préférant mettre en avant un atelier dans lequel les membres de la famille Memmi auraient travaillé sans pouvoir être distingués les uns des autres. Bien que la parenté stylistique entre les deux beaux-frères est parfois si étroite qu’il est difficile de distinguer la main de l’un ou de l’autre, comme on l’observe dans la célèbrissime Annonciation avec deux Saints aujourd’hui conservée aux Offices de Florence, il serait erroné de ne considérer Lippo que comme un habile imitateur du style de Simone. Sa stature artistique considérable se dégage nettement de diverses œuvres signées, lesquelles permettent également une reconstitution cohérente de sa carrière.

Après avoir peint les robustes figures disposées de chaque côté de la Vierge dans la Maestà de San Gimignano et dans la Madonna dei raccomandati (Cathédrale d’Orvieto), œuvre signée bien que probablement exécutée avec l’aide d’un assistant, Lippo a développé un style plus délicat, combinant habilement l’élégance linéaire et la subtilité du modelé avec le volume compact des corps tridimensionnels. Parmi les œuvres illustrant ce style plus suave et aristocratique figurent des peintures telles que la Madonna col Bambino tra i Santi Giovanni Evangelista, Mattia che presenta un donatore, Stefano e Tommaso, polyptyque peint pour la cathédrale de Pise (aujourd’hui au Museo di San Matteo) ; le Trionfo di san Tommaso d’Aquino, dans l’église pisane de Santa Caterina, probablement peint peu de temps après la canonisation du saint (1323) ; et la Madone signée du Lindenau-Museum d’Altenburg (Allemagne). En 1325 ou dans les années qui ont immédiatement suivi, Lippo a peint un polyptyque pour l’église de San Paolo a Ripa d’Arno à Pise, dont les panneaux ont maintenant été dispersés entre les musées d’Altenburg, Avignon, Douai, Palerme et Pise. [1]Miklós Boskovits et Johannes Tripps, eds., Maestri senesi e toscani nel Lindenau-Museum di Altenburg, Sienne, 2008, pp. 28 – 37. La finesse du modelé et les délicates modulations rythmiques du dessin de ce dernier polyptyque  – une œuvre qui, pour Giorgio Vasari, portait la signature de Lippo  – ont conduit certains chercheurs à la retirer du corpus du peintre et à l’attribuer à « Barna », un artiste qui n’a pas été cité dans les documents connus aujourd’hui. Cependant, dans ses Commentarii, Lorenzo Ghiberti a affirmé que Barna était le maître du cycle du Nouveau Testament dans la Collegiata de San Gimignano. Puisque les mots « Lipus de senis pinsit » se retrouvent gravés dans le plâtre à divers passages du cycle, on peut supposer que Lippo était le véritable auteur des œuvres attribuées à Barna.

En 1333, Lippo peignit la figure de la sainte (Massima ?) dans le triptyque de l’Annonciation de la cathédrale de Sienne, signé avec Simone, et, la même année, appose sa propre signature sur le diptyque maintenant divisé entre la Gemäldegalerie de Berlin et une collection privée. À la quatrième décennie, nous pouvons attribuer, outre quelques précieux petits panneaux de dévotion privée, d’importantes commandes publiques : la Madonna del Popolo de l’église des Servi à Sienne (aujourd’hui au Museo Diocesano) et la Madonna no. 595 à la Pinacoteca Nazionale de Sienne, dont les deux panneaux latéraux sont aujourd’hui dans une collection privée. [2]Alessandro Bagnoli, Luciano Bellosi (dir.), Simone Martini e “chompagni”, Florence, 1985, pp. 90 – 93. Après avoir travaillé avec son beau-frère en 1344 pour l’Ospedale della Scala à Sienne, Lippo signe en 1347 un panneau dans l’église franciscaine de la cité papale d’Avignon. [3]Ce panneau est aujourd’hui perdu. Cette même année, il est de nouveau enregistré à Sienne, où quelque temps plus tard, il peint sa dernière œuvre connue : une fresque representant la Madonna in trono col Bambino fra angeli e i santi Paolo, Pietro e Domenico pour l’église de San Domenico (aujourd’hui à la Pinacoteca Nazionale), qui porte sa signature et la date fragmentaire « MCCCL . . .  » Fidèle partenaire et « fratello in arte » de Simone Martini, Lippo a créé des œuvres qui constituent, a l’instar de celles de son beau-frère, un point de référence solide pour les principaux peintres siennois de la seconde moitié du XIVe siècle.

ŒUVRES VISIBLES DANS LA PROVINCE DE SIENNE
  • Maestà. Madonna in trono col Bambino fra angeli e i santi Paolo, Pietro e Domenico. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
  • Madonna con Bambino (Madonna del Popolo), v. 1325-1330, 78×51 cm, Sienne, Église de S. Maria dei Servi, cappella del Popolo.
  • Madonna con Bambino e Cristo Redentore, 149 x 57 cm, Sienne, Pinacoteca Nazionale, inv. 595 (da Montepulciano, Conservatorio Femminile di San Bernardo)
  • Madonna con Bambino in trono e donatore, 78×51 cm, (1325-1330 circa), Asciano, Museo di palazzo Corboli (prov. : église de San Francesco)
  • Storie del Nuovo Testamento. San Gimignano, Collégiale de Santa Maria Assunta.
  • Maestà. San Gimignano, Palais communal.
  • Madonna in trono col BambinoSante, affreschi, San Gimignano, chiesa di Sant’Agostino

Notes

Notes
1 Miklós Boskovits et Johannes Tripps, eds., Maestri senesi e toscani nel Lindenau-Museum di Altenburg, Sienne, 2008, pp. 28 – 37.
2 Alessandro Bagnoli, Luciano Bellosi (dir.), Simone Martini e “chompagni”, Florence, 1985, pp. 90 – 93.
3 Ce panneau est aujourd’hui perdu.