La légende de la messe de Saint Grégoire, apparue à l’époque médiévale [1]Aucune des Vies anciennes de saint Grégoire n’en fait mention (*) ; ả la fin du XIIe siècle, la Légende dorée l’ignore encore.
(*) Jean Diacre rapporte , évoque le miracle survenu lors d’un office liturgique célébré par le pape Grégoire le Grand (540-604) dans la crypte de l’église Sainte-Croix de Jérusalem à Rome [2]Selon les sources, cette apparition miraculeuse aurait eu lieu dans l’église de San Gregorio in Monte Celio ou dans une autre église romaine, à Santa Croce in Gerusalemme, à Saint Pierre, à Santa Prisca ou encore au Panthéon, où était honorée une image byzantine figurant le Christ surgissant du tombeau. [3]Cette icône inspira très tôt les artistes d’Italie et, à la fin du Moyen Âge, ceux de l’Occident. Très largement répandue à partir du XVe s. [4]Selon Louis Réaut, « les indulgences attachées par la Papauté aux images de cette scène miraculeuse expliquent sa vogue prodigieuse au XVe et au XVIe siècles. Le thème fut popularisé par les pèlerins qui faisaient le tour des sept Basiliques de Rome, par la sculture funéraire et par l’imagerie pieuse ». Louis RÉAU, Iconographie de l’Art chrétien, Paris, Presses … Poursuivre, la légende rapporte qu’au cours cette messe miraculeuse, l’un des assistants fut assailli par le doute concernant la question de la présence réelle ; le Christ de Douleurs serait alors apparu sur l’autel pour dissiper ce doute et confirmer par le miracle de son apparition la réalité de la Transsubstantiation.
Les références les plus anciennes à ce miracle datent des VIIIe-IXe siècles. Chez Jean Diacre, auteur carolingien d’une Vita Gregorii Magni, alors que le pape célèbre la messe, une femme se prend à rire pendant l’Eucharistie, et déclare qu’elle ne croit pas en la présence réelle. Aussitôt après la prière de Grégoire, l’hostie se transforme en doigt sanglant. La légende rapportée par Jean Diacre a été reprise à l’identique par Jacques de Voragine dans la Légende Dorée. [5]« Une femme qui, parfois, offrait du pain à l’église, suivant l’usage des fidèles, se mit un jour à sourire en entendant saint Grégoire s’écrier à l’autel, pendant la consécration de l’hostie : ‘Que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ te profite dans la vie éternelle !’ Aussitôt le saint détourna la main qui allait mettre l’hostie dans la bouche de … Poursuivre D’autres textes ont repris cette histoire, avec diverses variantes, au cours des siècles suivants, transformant notamment la vision du doigt sanglant en apparition sur l’autel du Christ de douleur.
Iconographie
Les éléments les plus significatifs du récit sont clairement identifiables dans la plupart des œuvres qui le mettent en scène :
- saint Grégoire, reconnaissable à la tiare pontificale, est agenouillé devant un autel, sur la table duquel apparaît le Christ [6]Pierre Spicre, La messe de saint Grégoire, Paris, Musée du Louvre..
- l’apparition sur l’autel du Christ représenté les mains liées devant lui, tel qu’il était dans l’attente du supplice, est rapidement supplantée par l’image, plus explicite encore, du Christ debout dans son tombeau, couronné d’épines, ses stigmates bien visibles
- derrière le Christ, sur un fond uniforme ou neutre évoquant un « niveau de réalité » différent, peut être représentée une série de symboles qui complètent l’apparition physique du Rédempteur. Parmi eux, sauf exception [7]Voir par exemple la scène telle qu’elle est représentée dans le retable du Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton (Villeneuve-lès-Avignon, Musée Pierre-de-Luxembourg., on reconnaît non seulement les symboles communément dénommés Arma Christi mais encore le voile de Véronique et même les images en buste de Caïphe, Anne, Pierre, Judas
- deux diacres munis de hauts cierges se tiennent au côté du pape pour l’assister
- d’autres personnages sont présents à l’office. Évoquant par leurs atours les membres de la Curie romaine, ils assument la fonction de témoins du miracle, tout en offrant du fait de leur situation de leur relative extériorité par rapport à la scène représentée, la possibilité d’une identification de la part du spectateur qui se trouve dans la même position de regardeur
Notes
| 1↑ | Aucune des Vies anciennes de saint Grégoire n’en fait mention (*) ; ả la fin du XIIe siècle, la Légende dorée l’ignore encore.
(*) Jean Diacre rapporte |
|---|---|
| 2↑ | Selon les sources, cette apparition miraculeuse aurait eu lieu dans l’église de San Gregorio in Monte Celio ou dans une autre église romaine, à Santa Croce in Gerusalemme, à Saint Pierre, à Santa Prisca ou encore au Panthéon |
| 3↑ | Cette icône inspira très tôt les artistes d’Italie et, à la fin du Moyen Âge, ceux de l’Occident. |
| 4↑ | Selon Louis Réaut, « les indulgences attachées par la Papauté aux images de cette scène miraculeuse expliquent sa vogue prodigieuse au XVe et au XVIe siècles. Le thème fut popularisé par les pèlerins qui faisaient le tour des sept Basiliques de Rome, par la sculture funéraire et par l’imagerie pieuse ». Louis RÉAU, Iconographie de l’Art chrétien, Paris, Presses Universitaires de France, 1958, III/2, p. 614. |
| 5↑ | « Une femme qui, parfois, offrait du pain à l’église, suivant l’usage des fidèles, se mit un jour à sourire en entendant saint Grégoire s’écrier à l’autel, pendant la consécration de l’hostie : ‘Que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ te profite dans la vie éternelle !’ Aussitôt le saint détourna la main qui allait mettre l’hostie dans la bouche de cette femme, et déposa la sainte hostie sur l’autel. Puis, en présence de tout le peuple, il demanda à la femme de quoi elle avait osé rire. Et la femme répondit : ‘J’ai ri parce que tu appelais « corps de Dieu » un pain que j’avais pétri de mes propres mains.’ Alors Grégoire se prosterna et pria Dieu pour l’incrédulité de cette femme ; et, quand il se releva, il vit que l’hostie déposée sur l’autel s’était changée en un morceau de chair ayant la forme d’un doigt. Il montra alors cette chair à la femme incrédule, qui revint à la foi. Et le saint pria de nouveau, et la chair redevint du pain, et Grégoire la donna en communion à la femme. » Jacques de Voragine, Légende dorée, « Saint Grégoire », § 46. |
| 6↑ | Pierre Spicre, La messe de saint Grégoire, Paris, Musée du Louvre. |
| 7↑ | Voir par exemple la scène telle qu’elle est représentée dans le retable du Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton (Villeneuve-lès-Avignon, Musée Pierre-de-Luxembourg. |
