Moïse : Patriarche de l’Ancien Testament.
Il est difficile de savoir si la réalité historique de la « figure colossale » [1]Louis REAU, Iconographie de l’art chrétien, II, 1. Paris, Presses Universitaires de France, 1953-1958, p. 76. de Moïse est fondée, ce qui importe peu du point de vue iconographique : dans la mesure où ce point ne faisait pas question pour les Chrétiens de Moyen Âge, Moïse était historiquement réel au même titre que les saints dont l’existence n’était pas susceptibles du moindre doute, telle Catherine Benincasa, future Catherine de Sienne, ou encore Bernardino degli Albizzeschi. Par voie de conséquence, ses représentations, qu’elles soient peintes ou sculptées, ne manquent pas.

D’autre part, de nombreux parallèles réalisés entre la vie de Moïse et celle du Christ ayant concouru à faire de l’un la préfigure de l’autre, l’Église n’a pas vu d’un mauvais œil la multiplication des images considérées comme un encouragement à effectuer les indispensables relations de causalité entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
« Moïse est le plus souvent accompagné du texte du Deutéronome 18, 15 : Prophetam de gente tua et de fratribus tuis sicut me suscitabit tibi Dominus Deus tuus. » [2]Françoise Gay, « Il a parlé par les prophètes. Les inscriptions présentées par les prophètes dans l’art de l’Occident médiéval », dans In-scription : revue en ligne d’études épigraphiques, Université de Poitiers, 11 septembre 2017, https://in-scription.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=170, consulté le 21 août 2021.
Iconographie
Jusqu’à la fin de la période carolingienne, Moïse est représenté sous les traits d’un jeune homme imberbe, tenant à la main un bâton (magique). Le Moyen Âge le représente plus volontiers sous les trait d’un vieillard aux allures de sage. La caractéristique physique propre à la figure de Moïse est la barbe bifide qu’il porte l’âge étant venu.
On peut également le reconnaître grâce aux deux cornes qui ornent son front, attributs étrange « qui lui donnent l’air d’un faune ou d’un dieu Pan » [3]Louis RÉAU, op. cit., p. 77., dont l’origine est probablement liée à un contresens dans la traduction latine de la Bible [4]Le texte de l’Exode évoque « Moïse descendant de la montagne [sans se douter] que la peau de son front était devenue rayonnante pendant qu’il parlait avec Dieu. Les enfants d’Israël regardaient Moïse et voyaient rayonner la peau de son visage. » Assimilant le rayonnement lumineux à des cornes d’or, la Vulgate, traduit ainsi la dernière phrase : … Poursuivre, imputable à la version de saint Jérôme, aveuglément recopiée en dépit de la restitution du texte formulée par Thomas d’Aquin.
Cependant, c’est le plus souvent grâce aux Tables de la Loi rapportées du Sinaï, qu’il arbore où qui l’accompagnent, qu’il est immanquablement identifié.
Scènes de la vie du Patriarche :
- Moïse enfant est exposé sur le Nil (Ex. 2, 3-5).
- Moïse sauvé des eaux et adopté par la fille du Pharaon (Ex. 2, 5-10).
- La sortie d’Égypte.
- Le buisson ardent ou la vocation de Moïse (Ex. 3, 1-14).
- Moïse retourne en Égypte pour arracher les Israélites à l’esclavage (Ex. 4, 20) : « Moïse prit sa femme et ses fils, les installa sur l’âne et retourna au pays d’Égypte. Il avait pris en main le bâton de Dieu. »
- Le Pharaon est mis en demeure de laisser partir les Israélites : le miracle du bâton changé en serpent (Ex. 7, 9-12).
- Les dix plaies d’Égypte (Ex. 7-10). Pour briser l’obstination du Pharaon, Yavhé déchaîne sur l’Égypte dix fléaux :
- L’eau du Nil est changée en sang
- Des grenouilles innombrables viennent manger jusque dans l’assiette du Pharaon
- La poussière est changée en poux qui s’abattent sur les hommes et les animaux
- Invasion de taons
- Peste bovine
- Ulcères déclenchés par des éruptions de pustules
- Grêle
- Sauterelles
- Ténèbres
- Extermination des premiers-nés
- L’exode d’Égypte (Ex 13, 17-22)
- La fuite guidée par les colonnes de nuées et de feu (Ex. 13, 19-20)
- Le passage de la Mer Rouge
- La submersion de l’armée du Pharaon (Ex. 14, 23-27)
- Le Cantique d’action de grâces (Ex. 15)
- La pluie de cailles (Ex. 16, 13) : « Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. »
- La pluie de manne [5]« Nourriture que Dieu fit tomber du ciel pour les enfants d’Israël dans le désert.
Les enfants d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu’à ce qu’ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter
. [Exode, XVI, 35] » (Littré). La manne est le symbole de l’Eucharistie.(Ex. 16, 14-15) : « Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. » - Le frappement du rocher (Ex. 17, 1-7 ; Nombres 20, 1-13)
- Moïse obtient la victoire sur les Amalécites (Ex. 17, 8-16). Les Pères de l’église (Augustin, Grégoire de Nazianze) considère comme une préfigure du Christ crucifié l’attitude de Moïse exigée par Dieu.
- Sur le Sinaï, Moïse reçoit la Loi (Ex. 20, 1-17 ; Deut. 4, 5-14) : c’est le point culminant de la vie de Moïse à qui Dieu apparaît pour la seconde fois pour lui remettre les Tables de la Loi.
- L’adoration du veau d’or (Ex. 32, 1-6).
- Moïse fracasse le veau d’or (Ex. 32, 20). Il le réduit en poudre et le fait boire au peuple.
- Il brise les Tables de la Loi. (Ex. 32, 19).
- Il redescend du Sinaï avec les nouvelles Tables de la Loi. (Ex. 34, 29).
- L’Arche d’Alliance (Ex. 37). Comprenant que le peuple a besoin d’un objet de culte, Moïse fait construire l’Arche d’Alliance, sorte de reliquaire où il dépose le second exemplaire des Tables de la Loi.
- Le serpent d’airain (Nombres 21, 6-9). Le serpent n’est qu’un ex voto et non un objet de culte comme le veau d’or.
- Mort de Moïse, son ensevelissement (Deut. 34, 1-9). Michel dispute son corps à Satan.
Notes
| 1↑ | Louis REAU, Iconographie de l’art chrétien, II, 1. Paris, Presses Universitaires de France, 1953-1958, p. 76. |
|---|---|
| 2↑ | Françoise Gay, « Il a parlé par les prophètes. Les inscriptions présentées par les prophètes dans l’art de l’Occident médiéval », dans In-scription : revue en ligne d’études épigraphiques, Université de Poitiers, 11 septembre 2017, https://in-scription.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=170, consulté le 21 août 2021. |
| 3↑ | Louis RÉAU, op. cit., p. 77. |
| 4↑ | Le texte de l’Exode évoque « Moïse descendant de la montagne [sans se douter] que la peau de son front était devenue rayonnante pendant qu’il parlait avec Dieu. Les enfants d’Israël regardaient Moïse et voyaient rayonner la peau de son visage. » Assimilant le rayonnement lumineux à des cornes d’or, la Vulgate, traduit ainsi la dernière phrase : « Videbant faciem Moysi esse cornutam. » C’est depuis cette traduction fautive que Moïse s’est vu affubler de deux embarrassantes cornes. Thomas d’Aquin, expliquant qu’il fallait prendre le mot cornu dans le sens de rayonnant, s’éleva contre une interprétation trop littérale : « Non intelligendum est habuisse cornua ad litteram, sicut quidam eum pingunt, sed dicitur cornutus propter radios qui videbantur esse quasi cornua (*) », rectification qui n’eut aucune audience immédiate. D’où il résulte que, dans l’iconographie chrétienne, Moïse est longtemps demeuré rigoureusement cornu. Dans le commentaire qu’il a rédigé au sujet du célèbre Moïse de Michel-Ange (Rome, Église de San Pietro in Vincoli), Vasari, bien que ce type de représentation ait déjà été formellement condamné, ne parle pas des fameuses cornes, tant leur présence était un élément propre à la figure du personnage. Mais le plus étonnant est sans doute de constater que plusieurs siècles plus tard, Freud dans son propre commentaire sur l’œuvre (**), « occulte complètement les dites cornes. Il faut croire qu’elles constituent, en effet, la seule représentation possible du crâne glorieux, et à tout le moins de solides défenses ! (***) ».
(*) « Il ne faut pas comprendre qu’il avait littéralement des cornes, comme certains le décrivent, mais il est dit « cornu » à cause des rayons qui ressemblaient à des cornes. » (**) Sigmund FREUD, « Le Moïse de Michel-Ange », Imago, vol. III, 1914, repris dans les Essais de psychanalyse appliquée, trad. de l’allemand (Autriche) par Marie Bonaparte et E. Marty, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1971, p. 9-44 (***) Françoise SIGURET, « Lisez l’histoire avec le tableau », Études françaises, 14 (1-2), 1978, p. 35. |
| 5↑ | « Nourriture que Dieu fit tomber du ciel pour les enfants d’Israël dans le désert. Les enfants d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu’à ce qu’ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter. [Exode, XVI, 35] » (Littré). La manne est le symbole de l’Eucharistie. |
