L’image de la « Vierge à l’Enfant » (XIIIe-XVe s.) : évolution d’un thème, différents types iconographiques.

EN COURS.

Dans la Byzance des VIe-VIIe siècles [1]« Le christianisme est alors la religion dominante depuis de longs siècles, pratiquement la seule religion reconnue depuis l’interdiction définitive du paganisme par Justinien en 529. Pourtant, ce n’est qu’à partir de la fin du VIe siècle que le discours impérial utilisera systématiquement une thématique chrétienne. […] Il faut même remonter jusqu’au moment … Poursuivre », au cours de la période qui précèda l’iconoclasme, tandis que « les manières de penser le monde et l’Empire, Dieu et la religion se [modifiaient] [2]Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, Byzance médiévale. 700 – 1204, Paris. Gallimard (coll. « L’Univers des formes »), 1996, p. 32. », se développa le culte de la Vierge, « Mère de Dieu (ou Théotokos pour reprendre le terme employé par les Byzantins). Le moment capital de cette évolution fut le siège de Constantinople par les Avars [3]Avars : alliance de divers groupes de nomades eurasiens qui ont dominé une partie de l’Europe orientale entre les années 560 et 800. en 626, lorsqu’on attribua le salut de la ville à son image promenée en procession par le patriarche sur les remparts. Le culte des saints connut un développement parallèle. Ces protecteurs privés permettaient dans une certaine mesure de résoudre la contradiction entre l’optimisme de l’idéologie officielle et les difficultés que la situation générale désastreuse entraînait pour les habitants de l’Empire. Les images, et c’est ce qui nous importe ici, étaient un support essentiel de cette évolution. Les discussions à leur sujet se sont tissées sur ce fond de pratiques et de manipulations qui les accompagnaient depuis le siècle précédent, sinon dès le VIe siècle. [4]Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, op. cit., p. 36. »

L’iconographie byzantine de la Vierge à l’Enfant, dont découlent de près ou de loin les Madonna col Bambino peintes en Italie à partir du XIIIe siècle, a été fixée selon une typologie décrite par Alain Romey [5]Alain Romey, « L’icône de la « Vierge de la Tendresse » ou du « Doux Baiser » (glykophiloussa) provenant du Grand Monastère (Megalo Meteoro) des Météores en Grèce », Cahiers de la Méditerranée 80, 2010, pp. 263-269. (Voir : Typologie des Vierges à l’Enfant byzantines)..

Un thème en évolution

Le type iconographique de la Vierge à l’Enfant évolue tout au long de la période comprise entre le milieu du XIIIe siècle et la fin du XVe.

Les icônes représentant le même sujet mais appelées Éléousas (la compassion, la tendresse) sont assez proches des Hodigitrias mais la relation entre la mère et l’enfant devient le sujet principal de l’icône.

Peintre byzantin du début du XIVe s., « Madonna del Carmine », v. 1300. Tempéra sur panneau, 28 x 22 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
Gilio di Pietro, « Madonna dei Mantellini », v. 1260-1270. Tempéra sur panneau, 78 x 49 cm. Sienne, Pinacoteca Nazionale.
Peintre anonyme actif à Sienne à la fin du 13e siècle, « La Vierge Marie et l’Enfant Jésus », vers 1285-1290
Fragment de la partie centrale d’un triptyque, tempéra et or sur panneau. Paris, musée du Louvre.
Ugolino di Nervi, dit Ugolino da Siena (connu à Sienne de 1317 à 1327), « La Vierge Marie et l’Enfant Jésus », vers 1315-1320. Panneau central d’un polyptyque. Paris, musée du Louvre..

Le type iconographique de la Vierge à l’Enfant est le fruit d’une évolution au cours de laquelle celui-ci finit par prendre la place qui était jusque là celle de la Vierge en majesté.

Le thème est particulièrement fréquent à Sienne, ville qui a fait de la Vierge plus que sa Protectrice, sa Souveraine. [6]Quelques exemples siennois : Neroccio di Bartolomeo de’ Landi, La Vierge Marie et l’Enfant Jésus entre saint Jean Baptiste et saint Antoine Ambrogio Lorenzetti, Madonna col Bambino Peintre byzantin du début du XIVe s., Madonna del Carmine Peintre anonyme actif à Sienne à la fin du 13e siècle, La Vierge Marie et l’Enfant-Jésus Ugolino di Nervi, dit Ugolino da Siena, … Poursuivre

Maître de l’Observance (Sano di Pietro), « Madonna and Child Enthroned with Two Cherubim », 1435–40. Tempéra et or sur panneau, 143,5 x 69,5 cm. New-York, The Metropolitan Museum, Robert Lehman Collection.

[7]FRUGONI, Chiara, La voce delle immagini. Pillole iconografiche dal Medioevo, Turin, Einaudi, 2010.

Différents types iconographiques de la Vierge à l’Enfant

Masaccio, Trittico di San Giovenale

Panneaux reliquaires de la Vierge à l’Enfant

Notes

Notes
1 « Le christianisme est alors la religion dominante depuis de longs siècles, pratiquement la seule religion reconnue depuis l’interdiction définitive du paganisme par Justinien en 529. Pourtant, ce n’est qu’à partir de la fin du VIe siècle que le discours impérial utilisera systématiquement une thématique chrétienne. […] Il faut même remonter jusqu’au moment où Justin II (565-578) fit construire dans le palais impérial à Constantinople une nouvelle salle, le Chrysotriklinos, où le Christ était représenté sur la voûte de l’abside devant laquelle était placé le trône. » Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, Byzance médiévale. 700 – 1204, Paris. Gallimard (coll. « L’Univers des formes »), 1996, p. 32.
2 Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, Byzance médiévale. 700 – 1204, Paris. Gallimard (coll. « L’Univers des formes »), 1996, p. 32.
3 Avars : alliance de divers groupes de nomades eurasiens qui ont dominé une partie de l’Europe orientale entre les années 560 et 800.
4 Anthony CUTLER, Jean-Michel SPIESER, op. cit., p. 36.
5 Alain Romey, « L’icône de la « Vierge de la Tendresse » ou du « Doux Baiser » (glykophiloussa) provenant du Grand Monastère (Megalo Meteoro) des Météores en Grèce », Cahiers de la Méditerranée 80, 2010, pp. 263-269. (Voir : Typologie des Vierges à l’Enfant byzantines).
6 Quelques exemples siennois :

7 FRUGONI, Chiara, La voce delle immagini. Pillole iconografiche dal Medioevo, Turin, Einaudi, 2010.

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