
Sano di Pietro (Sienne, 1405 – 1481)
San Pietro Alessandrino tra i beati Ambrogio Sansedoni e Andrea Gallerani (Saint Pierre d’Alexandrie entre les bienheureux Ambrogio Sansedoni et Andrea Gallerani), 1446.
Fresque.
Inscriptions :
- (sous la fresque) : « AL TEMPO DELLI SPECTABILI HVOMINI IACOMO DI SVIDINO KAMARLENGO IACOMO DANTONIO PANILINI AGNOLO DI FILIPO BVONENSEGNA SINO DI PIETRO BELANTI GVIDO DI CARLO PICOLVOMINI QUATTRO DI BICCHERNA PER SEI MESI CHOMINCIATI A DI PRIMO DI [IULIUS ?] MCCCCXLVI” [1]« À l’époque des respectables Giacomo di Suidino, camerlingue, Giacomo d’Antonio Panillini, Agnolo di Filippo Buoninsegna, Sino di Pietro Belanti, Guido di Carlo Piccolomini, quatre de Biccherna pour six mois commencés le premier (juillet) 1446. » L’inscription mentionne les noms du camerlingue ainsi que ceux des “quattro di Biccherna”, autrement dit, les quatre … Poursuivre
Provenance : In situ.
Sienne, Palazzo Pubblico, Sala delle Lupe.
Par la bordure dont elle est ornée, comme par l’effet de monumentalité qui en émane, la structure de la fresque rappelle celle d’une tapisserie. Le personnage de saint Pietro Alessandrino, représenté ici au centre, entouré des deux figures des bienheureux siennois Ambrogio Sansedoni et Andrea Gallerani, est peu fréquent en peinture. Pourtant, à l’instar des saints Patrons et Protecteurs de la ville et de ses habitants, Pietro Alessandrino bénéficie à Sienne d’un statut particulier : il figure parmi les santi eletti depuis que, en 1403, le 26 novembre (jour de la fête du saint), la Signoria dei Visconti au pouvoir eut vaincu la conjuration menée par les Salimbeni, les Malavolti et des membres du « Monte dei Dodici ». On sait d’ailleurs que c’est à cette occasion que la Balìa décréta que l’on « devrait, à l’avenir, regarder ce jour comme s’il s’agissait du jour de Pâque. » [2]« […] si dovesse’ per l’avvenire guardar quel giorno, come se fusse il giorno della Pasqua. » Orlando Malavolti, Della Historia di Siena. Venezia, Marchetti, 1599, Libro X, parte II, p. 195 (cité dans BOUCHERON, Patrick, FOLIN, Marco et GENET, Jean-Philippe (sous la direction de), Entre idéel et matériel. Espace, territoire et légitimation du pouvoir (vers 1200 – vers 1840). … Poursuivre

C’est donc revêtu de cette dignité particulière, encore renforcée par son statut de pape, que Pietro Alessandrino est figuré ici dans la toute la pompe pontificale : assis sur un trône dont on ne voit qu’une petite partie de l’assise, coiffé de la tiare, il porte sur ses genoux recouverts d’un ample manteau jaune une énorme maquette. Il s’agit de l’image de la cité Toscane dont le profil caractéristique est reconnaissable entre tous, de même que ne peuvent être confondus avec d’autres les deux édifices qui en émergent pour symboliser le pouvoir civique, pour l’un, le pouvoir religieux pour l’autre [3]Il s’agit, bien entendu, du Palais Communal et de la Cathédrale.. Cette maquette de la ville que Pietro Alessandrino présente au spectateur doit bien entendu être comprise comme le signe éclatant que le saint assure la protection de Sienne, ainsi que le rappelle également le geste de sa main droite levée.
De part et d’autre du Patriarche alexandrin, les bienheureux Ambrogio Sansedoni et Andrea Gallerani, tous deux originaires de la cité, viennent conforter un message dont la connotation politique est loin d’être absente. On ne saurait en être surpris si l’on veut bien prêter attention au fait que les murs qui, au sein du Palais Communal [4]Le Palazzo Pubblico., dans un lieu où siègent les organes du pouvoir, supportent des fresques qui ont toutes vocation à délivrer un même message. C’est ainsi que, inlassablement, les saints peints sur les parois de brique du Palais viennent confirmer le statut particulier de Sienne, sans cesse rappelé tant à ses visiteurs qu’aux dirigeants qui y exerçaient le pouvoir : tous ces saints, qu’ils aient été choisis comme Protecteurs de la ville ou qu’ils soient plus simplement issus de sa population [5]N’est-ce pas d’ailleurs une preuve du privilège que les cieux répandent sur la ville que cette cohorte de saints qui en furent aussi les citoyens ?, évoquent par leur présence la grandeur de la cité ; tous veillent à en assurer la sauvegarde puisque, aussi bien, la Vierge elle-même manifeste à l’égard de Sienne une éclatante « prédilection » [6]C’est le terme même qu’utilise la Vierge de la Maestà de Simone Martini visible dans la salle du Grand Conseil, au premier étage du palais..
L’inscription lisible sous la fresque, selon une mécanique visuelle qui évoque à l’évidence celle des tablettes de la Biccherna [7]Cette similarité n’a rien de fortuit : les bureaux de la magistrature de la Biccherna occupaient au XVe siècle des salles toutes proches de celle dans laquelle nous nous trouvons. Il existe d’ailleurs un autre exemple de « fresques du Palais de la Commune peintes en substitution des tablettes » ; il s’agit de l’image datant de 1352 (Domenico di Bartolo e Sano di Pietro, … Poursuivre, vise à célébrer trois figures sacrées de la cité (en particulier celle de Pietro Alessandrino devenu Protecteur de celle-ci quarante-trois ans auparavant), sans omettre, bien entendu, de commémorer les noms du camerlingue et de ses quatre administrateurs (provveditori) [8]Au sommet de la hiérarchie de la magistrature de la Biccherna, le camerlingue occupe l’équivalent, pour ainsi dire, des fonctions d’un ministre des finances et les quatre provveditori, celles, en quelque sorte, d’intendants chargés de pourvoir (provvedere) aux diverses opérations effectuées sous l’autorité et la responsabilité de leur supérieur. en fonction pendant les six premiers mois de l’année 1446. Dans cet esprit, selon une logique plusieurs fois observée ailleurs [9]Notamment à propos de la tablette peinte par Giovanni di Paolo en 1440, dans laquelle le même saint Pietro Alessandrino est célébré., il n’est pas à exclure que le choix du sujet de la fresque puisse être lié au fait que le camarlingo et/ou l’un des “quattro di Biccherna” en fonction à l’Office de la Biccherna au cours du semestre concerné ait été membre de l’Arte degli Speziali (l’Art des pharmaciens) dont Pietro Alessandrino était le saint Protecteur.
Notes
| 1↑ | « À l’époque des respectables Giacomo di Suidino, camerlingue, Giacomo d’Antonio Panillini, Agnolo di Filippo Buoninsegna, Sino di Pietro Belanti, Guido di Carlo Piccolomini, quatre de Biccherna pour six mois commencés le premier (juillet) 1446. » L’inscription mentionne les noms du camerlingue ainsi que ceux des “quattro di Biccherna”, autrement dit, les quatre provveditori, tous en fonction pour six mois, à partir du premier juillet 1446. |
|---|---|
| 2↑ | « […] si dovesse’ per l’avvenire guardar quel giorno, come se fusse il giorno della Pasqua. » Orlando Malavolti, Della Historia di Siena. Venezia, Marchetti, 1599, Libro X, parte II, p. 195 (cité dans BOUCHERON, Patrick, FOLIN, Marco et GENET, Jean-Philippe (sous la direction de), Entre idéel et matériel. Espace, territoire et légitimation du pouvoir (vers 1200 – vers 1840). École française de Rome-Éditions de La Sorbonne, 2020). Selon une autre source citée dans le même ouvrage, on sait également qu’en 1414, un Palio fut institué en souvenir de cet événement. |
| 3↑ | Il s’agit, bien entendu, du Palais Communal et de la Cathédrale. |
| 4↑ | Le Palazzo Pubblico. |
| 5↑ | N’est-ce pas d’ailleurs une preuve du privilège que les cieux répandent sur la ville que cette cohorte de saints qui en furent aussi les citoyens ? |
| 6↑ | C’est le terme même qu’utilise la Vierge de la Maestà de Simone Martini visible dans la salle du Grand Conseil, au premier étage du palais. |
| 7↑ | Cette similarité n’a rien de fortuit : les bureaux de la magistrature de la Biccherna occupaient au XVe siècle des salles toutes proches de celle dans laquelle nous nous trouvons. Il existe d’ailleurs un autre exemple de « fresques du Palais de la Commune peintes en substitution des tablettes » ; il s’agit de l’image datant de 1352 (Domenico di Bartolo e Sano di Pietro, Incoronazione della Vergine, reprise en 1445 par Sano di Pietro après que la couleur soit en grande partie tombée). Voir : Archivio della Biccherna del Comune di Siena. Inventario. Roma, Archivio di Stato di Sien, 1953, p. 209. Plusieurs fresques du XVIIe s., peintes respectivement par Rutilio Manetti, Ventura Salimbeni, Astolfo Petrazzi et Bernardino Mei sont également considérées comme ayant été peintes en tant qu’équivalentes à l’illustration d’un registre de Biccherna. |
| 8↑ | Au sommet de la hiérarchie de la magistrature de la Biccherna, le camerlingue occupe l’équivalent, pour ainsi dire, des fonctions d’un ministre des finances et les quatre provveditori, celles, en quelque sorte, d’intendants chargés de pourvoir (provvedere) aux diverses opérations effectuées sous l’autorité et la responsabilité de leur supérieur. |
| 9↑ | Notamment à propos de la tablette peinte par Giovanni di Paolo en 1440, dans laquelle le même saint Pietro Alessandrino est célébré. |


