Lorenzo di Pietro, detto ‘Il Vecchietta’, « Tabernacolo eucaristico del altare maggiore »

Lorenzo di Pietro, dit ‘Il Vecchietta’ (Sienne, 1410 – 1480)

Tabernacolo eucaristico del altare maggiore (Tabernacle eucharistique du maître-autel), 1472.

Bronze, h. :

Inscriptions :

  • (sur la base, date et signature) : « OPUS LAURENTII PETRI PICTORIS / ALIAS VECHIETA DE SENIS. MCCCC.LXXII » [1]« Œuvre de Lorenzo di Pietro, alias Vecchietta, 1472.

Provenance : Autel de l’église de l’Ospedale di Santa Maria della Scala, Sienne.

Sienne, maître-autel de la Cathédrale.

Lorenzo Vecchietta, « Tabernacle eucharistique du maître-autel », 1472. Sienne, maître-autel de la Cathédrale.

Au cours des périodes de la Renaissance et de la Réforme catholique, c’est-à-dire avant et après le Concile de Trente (1545-1563), on identifie deux évolutions principales qui ont abouti à transformer l’intérieur de l’église caractéristique aux XVe et XVIe siècles. En premier lieu, les éléments qui divisaient l’intérieur de l’édifice en différentes sections ont été supprimés afin de créer un espace unifié [2]Auparavant, les églises médiévales étaient structurées par un système complexe de cloisons, notamment le jubé séparant la nef du chœur.. D’autre part, le tabernacle à été placé en position centrale sur le maître-autel, devenant ainsi le point central de l’architecture de l’église à l’ère baroque.

L’installation d’un tabernacle eucharistique fixe sur le maître-autel est généralement associée aux réformes liturgiques qui ont été mises en œuvre après le Concile de Trente, en particulier par Charles Borromée, dont les efforts pour renouveler la vie religieuse dans son archidiocèse de Milan sont devenus exemplaires pour l’Église catholique tout entière. Pourtant, cette pratique avait déjà été promue par les évêques réformateurs avant le concile de Trente et correspond à des évolutions déjà en cours dans la Toscane du XVe s. Des tabernacles ont été introduits sur les maître-autels dans plusieurs églises de cette région, parmi lesquelles les cathédrales de Volterra (1471) et de Prato (1487) ; cependant, l’exemple le plus fameux est sans doute le transfert de l’ancien tabernacle du Vecchietta (provenant de l’église de l’Annunziata) sur le maître-autel de la cathédrale de Sienne en 1506 où il a remplacé la Maestà de Duccio [3]Voir : Uwe Michael Lang, « Tamquam Cor in Pectore: The Eucharistic Tabernacle Before and After the Council of Trent », dans The Institute of Sacred Architecture, vol. 15 – spring 2009..

Le « monumental ciboire de bronze » [4]Pietro Torriti, La Pinacoteca di Siena. I dipinti dal XV al XVIII secolo. Genova, Monte dei Paschi di Siena, 1978, p. 359. qui se dresse aujourd’hui sur le maître-autel de la Cathédrale dessiné spécialement [5]L’inscription lisible sur le maître-autel (« HIC EST PANIS VIVUS / DE CŒLO / DESCENDENS » (« Ici est le pain descendu du ciel[, afin que celui qui en mange ne meure point]. », Évangile de Jean, Jn 6, 50) fait explicitement allusion au contenu du ciboire installé à son sommet. par Baldassare Peruzzi, a été commandé à Lorenzo Vecchietta par le Recteur de l’Hôpital siennois Niccolò Ricoveri [6]Niccolò di Gregorio Ricoveri demeura à la tête de l’institution siennoise du 18 juin 1456 au 19 janvier 1477. Voir : Maura Martellucci, « Dio li perdoni ch’egli è stato buono rettore”. I Testamenti, i funerali e le eredità dei rettori dell’ospedale di Santa Maria della Scala nel Quattrocento », dans Bullettino Senese di Storia Patria, a. CX, 2003, p. 452., en 1467, pour l’église de ce même Hôpital.

À cette occasion, l’artiste présenta d’abord, pour approbation, un modèle en grandeur réelle du tabernacle, exécuté sur toile, qui est très vraisemblablement l’œuvre que l’on peut voir aujourd’hui à la Pinacothèque Nationale.

« Le modello comme l’œuvre de bronze s’inspirent de la partie supérieure des fonts baptismaux du Baptistère de San Giovanni (1416/1434), situé sous le chœur de la Cathédrale, mais « la robustesse et la sobriété de l’architecture de l’œuvre de marbre s’allège, dans le bronze du Vecchietta, grâce à un élan vertical accru et à l’intense animation liée aux nombreux petits angelots (puttini) qui soutiennent les différentes parties de l’ensemble. C’est ainsi que l’œuvre plastique des fonts aux décisifs contrastes de clair-obscur, entièrement renaissante, se transforme, dans le bronze du Vecchietta, en un minutieux travail d’orfèvrerie [7]Pietro Torriti, op. cit., p. 359. ».

Située au centre du plus haut gradin de l’autel, il s’agit de l’œuvre la plus précieuse et la plus complexe de celles qui composent l’ensemble conçu spécialement pour l’accueillir. On y dénombre vingt-quatre petites figures, toutes fondues indépendamment les unes des autres, puis assemblées sur le monument. Au sommet, le Christ ressuscité repose sur un calice venu recueillir les gouttes de son Sang versé pour la Rédemption. Le calice est à son tour soutenu par deux anges ainsi que par une flamme sortant d’une vasque située plus bas. Au-dessous, sur le fronton du temple, quatre anges montraient initialement les symboles de la Résurrection, aujourd’hui perdus. Le petit temple en rotonde, élément central de tout le ciboire, contient les hosties symboliques du Corps du Christ. Il est traduit dans un pur style Renaissance avec son plan central, ses trois niches dans lesquelles se trouvent les trois vertus théologales, ses pilastres cannelés aux chapiteaux corinthiens, ses remplages imitant des cordelettes entrelacées entre les colonnes, et son dôme couvert d’un système d’écailles de poisson imbriquées. Le temple est soutenu par quatre lutins et par une structure à volutes, supportée à son tour par un faisceau de colonnes sur lesquelles s’appuient quatre musiciens avec harpe, cymbales, luth et vielle. Le décor est complété par trois lutins destinés à jouer les équilibristes et trois têtes d’angelots situées aux trois pointes du piédestal triangulaire.

L’ensemble du tabernacle eucharistique se révèle être une célébration de la Rédemption manifestée dans le Corps et le Sang du Christ, le premier contenu dans le temple, le second émanant du corps du Christ ressuscité, recueilli dans le calice qui se trouve à ses pieds. Plusieurs échos de l’œuvre de Brunelleschi et de Rossellini sont perceptibles dans l’architecture et dans la décoration du temple (cordes entrelacées, décoration du dôme), ainsi que de Donatello dans le rendu des figures, autoritairement disposées dans l’espace et dégageant des effets remarquables. La variété entièrement Renaissance des poses adoptées par les différentes figures est également remarquable.

C’est Pandolfo Petrucci, le « tyran de Sienne », qui, après avoir pris la décision de déplacer la Maestà, alors perçue comme une œuvre démodée, fit transférer à sa place, sur le maître-autel de la Cathédrale, le tabernacle du Vecchietta, initialement prévu pour l’autel de l’église de l’Ospedale [8]Henk W. van Os, “Painting in a House of Glass: The Altarpieces of Pienza.” Simiolus: Netherlands Quarterly for the History of Art, vol. 17, no. 1, 1987, p. 36..

Notes

Notes
1 « Œuvre de Lorenzo di Pietro, alias Vecchietta, 1472.
2 Auparavant, les églises médiévales étaient structurées par un système complexe de cloisons, notamment le jubé séparant la nef du chœur.
3 Voir : Uwe Michael Lang, « Tamquam Cor in Pectore: The Eucharistic Tabernacle Before and After the Council of Trent », dans The Institute of Sacred Architecture, vol. 15 – spring 2009.
4 Pietro Torriti, La Pinacoteca di Siena. I dipinti dal XV al XVIII secolo. Genova, Monte dei Paschi di Siena, 1978, p. 359.
5 L’inscription lisible sur le maître-autel (« HIC EST PANIS VIVUS / DE CŒLO / DESCENDENS » (« Ici est le pain descendu du ciel[, afin que celui qui en mange ne meure point]. », Évangile de Jean, Jn 6, 50) fait explicitement allusion au contenu du ciboire installé à son sommet.
6 Niccolò di Gregorio Ricoveri demeura à la tête de l’institution siennoise du 18 juin 1456 au 19 janvier 1477. Voir : Maura Martellucci, « Dio li perdoni ch’egli è stato buono rettore”. I Testamenti, i funerali e le eredità dei rettori dell’ospedale di Santa Maria della Scala nel Quattrocento », dans Bullettino Senese di Storia Patria, a. CX, 2003, p. 452.
7 Pietro Torriti, op. cit., p. 359.
8 Henk W. van Os, “Painting in a House of Glass: The Altarpieces of Pienza.” Simiolus: Netherlands Quarterly for the History of Art, vol. 17, no. 1, 1987, p. 36.
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