Abbazia di San Galgano, Chiusdino

Abbaye de San Galgano

Les ruines de l’abbaye cistercienne s’élèvent dans la plaine dominée par Chiusdino, au sein de la région des collines métallifères, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Sienne. C’est par le biais de ce monument exceptionnel qu’ont été introduits en Toscane les méthodes de construction, la conception des espaces et les éléments stylistiques d’une tradition née en Bourgogne, et expérimentée et diffusée en France, et ailleurs en Europe, par l’Ordre religieux des Cisterciens à partir du XIIe siècle.

Repères historiques

À la fin du XIIe s., dans la tentative de revitaliser leur pouvoir, les Pannocchieschi, puissante famille dont les membres ont été titulaires du siège épiscopal de Volterra de manière répétée, facilitent l’entrée des Cisterciens dans la vallée de la Merse. Bénéficiant de la popularité de la figure de Galgano Guidotti, noble chevalier natif de Chiusdino converti à la vie érémitique, ceux-ci fondent la première communauté monastique en 1185, à l’endroit où quelques disciples de l’ermite s’étaient installés peu après la mort de celui-ci (1181), sur le Monte Siepi [1].

Lors de la fondation, l’évêque Ugo fait l’acquisition des terrains du Monte Siepi auprès de la commune de Monticiano, « avec toute la plaine et les petites collines entourées par les rivières Merse, Gallesse et Rhihineto » puis en dote le monastère ; il avalise l’installation de moines venus de la lointaine Citeaux, abbaye bourguignonne, chef de l’Ordre cistercien, qui bénéficiait alors d’une réputation qui s’étendait sur toute l’Europe. L’objectif est de légitimer sur le plan religieux un projet bien plus ample qu’une simple fondation monastique.

Malgré les nombreux élargissements et bénéfices dispensés en faveur de l’établissement, dans la tentative de le conserver dans l’orbite de Volterra, l’évêché perd le contrôle institutionnel sur l’abbaye. Celle-ci, forte de l’esprit d’entreprise typique de l’Ordre lance, dans les premières décennies du XIIIe s. un processus d’autonomisation par rapport à, ses fondateurs et se retourne vers la cité de Sienne, plus dynamique. Au cours de ces années, en même temps que les possessions de l’abbaye s’étendent aussi bien dans les territoires de Sienne que dans la ville elle-même, s’affirme un rapport d’étroite collaboration avec les organisme dominants de Sienne.

Le développement de la communauté rend bientôt la première structure abbatiale inadaptée. Autour des années 1218, commence la construction de la nouvelle église autour de laquelle doit s’organiser l’imposant complexe monastique.

Cette nouvelle construction n’implique pas l’abandon des constructions implantées sur le Mont à l’origine. Ces derniers, outre qu’ils font office de logement, essentiellement pour les moines convers, constituent le lieu sacré de la conversion et de la mort de Galgano et, par conséquent, un lien avec les racines historiques et spirituelles de la communauté. Ce lien indissoluble imposait la conservation du lieu. Ce principe n’est évidemment pas étranger au choix du vieil ermitage lorsque celui-ci, autour des années quarante du Trecento, fut considéré comme le lieu le plus propre à accueillir le prestigieux cycle de fresques d’Ambrogio Lorenzetti.

Quelques dates

Il n’existe aucun document indiquant précisément les phases de la construction de l’abbaye, hormis les informations contenues dans quelques Instrumenta [2], également appelés Caleffi, seule source de référence de laquelle il soit possible de déduire des données matérielles (ils ne comprennent que des documents administratifs) pour se faire une idée de la progression des travaux et de leur chronologie approximative, comprise entre 1218/1220 et 1288 :

  • 1224. Le document le plus ancien qui soit parvenu jusqu’à nous mentionne un acte stipulé apud Abbatiam novam Sancti Galgani, laquelle « nouvelle abbaye de San Galgano » est donc distincte, dorénavant, de l’ancien ensemble monastique préexistant.
  • 1227. L’Ecclesiam superiorem Sancti Galgani, c’est-à-dire la chapelle primitive au plan en « rotonde », fait l’objet d’une mention précisant sa position relative (superiorem) au regard de celle qui se trouve dorénavant plus bas : l’église abbatiale et son ensemble monastique.
  • 1227 – 1229. Les textes des Caleffi font allusion à un chantier de construction en pleine activité dans lequel, en 1230, les édifices de la zone résidentielle semblent parvenus à un état proche de l’achèvement.
  • Milieu des années 20 du XIIIe s. L’abbaye est partiellement en état de fonctionner et la communauté monastique y réside dorénavant.
  • 1229. « Donno (Don [3]) Joannes » cède la conduite des travaux à d’autres moines qui s’occuperont également de la construction des moulins annexés à l’abbaye.
  • 1262. Un Instrumentum [4] compilé dans l’ancien cloître de « l’église en rotonde de San Galgano sur le Mont [Siepi], [située] au-dessus du monastère achevé » (ecclesie rotunde Sancti galgani de onte, supra prefatum monasterium« ) indique l’existence certaine d’un couvent désormais parfaitement organisé et en pleine activité.
  • 1288. Consécration de l’église et début de la célébration des offices dans l’édifice inachevé.
  • 1341. Le complexe est probablement entièrement achevé bien que l’année précédente, la donation d’un citoyen siennois soit encore enregistrée (celui-ci destine les rentes de l’une de ses propriétés de Chiusdino à l’édification de la chapelle “juxta ecclesia Sancto Galgani”).
  • XVe s. L’abandon survenu au cours du siècle et la décadence progressive qui gagne les bâtiments provoquent la disparition de quelques unes des structures matérielles.
  • 1724. Un croquis de l’architecte Alessandro Galilei témoigne de l’état de conservation de l’ensemble, propablement déjà à l’état de ruine au début du siècle. On y voit encore la distribution planimétrique du monastère, avec le cloître, les trois cours, l’édifice situé à l’arrière du réfectoire.
  • 1742. La grandeur imposante de l’ensemble construit être notable puisque, à cette date, face aux édifices déjà dans un état avancé de dégradation, Targioni Tozzetti affirme que « les ruines de l’Abbaye font connaître que cette dernière était davantage une petite ville qu’une abbaye. [5] »
  • Fin du XVIIIe s. et début du XIXe. Le phénomène s’accentue encore.
  • Fin du XIXe s. La structure est très compromise. L’architecte Antonio Canestrelli [6] informe de la perte des parties sud et ouest du cloître, de l’aile qui, à partir du réfectoire (« où se trouvait la cellule de l’abbé et sa loge »), s’étendait vers l’est et des infirmeries. La sacristie et la salle capitulaire, « réduites à l’état de cave à vin », ainsi que le réfectoire, divisé, quant à lui, en plusieurs parties pour y établir des étables. Les dortoirs des moines, à l’étage au-dessus, avaient été transformés en maisons de location « pour colons et travailleurs saisonniers (pigionari). »
  • Début du XXe s. Des travaux urgents de consolidation sont conduits sur les parties les plus fragiles afin de sauver l’édifice. Une importante restauration est également mise en œuvre au cours du premier tiers du siècle.

État de l’abbaye à la fin du XIXe s.

Le nef et l’abside vues.
Carte postale ancienne.
Bas-côté sud vu depuis l’entrée. Carte postale ancienne.
Façade de l’église abbatiale. Carte postale ancienne.
Bras sud du transept.
Carte postale ancienne.
Flanc sud-ouest de l’église abbatiale.
Carte postale ancienne.
Le bas-côté sud vu depuis le transept.
Carte postale ancienne.
Le complexe monastique

Du point de vue de l’architecture et de l’organisation spatiale, « même si il ne reste aujourd’hui que quelques éléments architecturaux pour en juger, l’implantation monastique reproduit un schéma commun aux plus importantes fondations cisterciennes, en relation étroite avec les abbayes de Casamare“ (dont San Galgano dérive directement) et de Fossanova, ou des abbayes du nord-est de la France, comme Clairvaux et Fontenay. Comme ses alter ego françaises, l’abbaye de San Galgano était dépourvue d’enceinte fortifiée [7]. Seul un mur, simple temenos [8], protégeait symboliquement la sacralité de l’espace monastique. Décentré, le rôle de fortification défensive était alloué au château de Frosini situé en position stratégique sur la route reliant Sienne à Massa Marittima et aux collines métallifères [9].

Planimétrie générale de l’Abbaye de San Galgano.

LÉGENDE

  • A. Église
  • B. Cloître
  • C. Sacristie
  • D. Armarium [10]
  • E. Salle capitulaire [11]
  • F. Auditorium ou parloir
  • G. Passage entre le cloître et l’arrière du monastère
  • H. Scriptorium [12], improprement dit “Réfectoire”
  • I. Dortoir des moines
  • L. Sacristie supérieure
  • a. Porte d’accès à la seconde chapelle du transept sud
  • b. Abside
  • c. Escalier d’accès à la charpente de l’église
  • d. Porte d’accès à la sacristie
  • e. Autel des convers
  • f. Chapiteau anthropomorphe du premier pilastre nord
  • g. “Porte des morts”
  • h. Contrefort
  • i. Entrée principale
  • l. Porte reliant l’église et le cloître des moines
  • m. Porte reliant l’église et le cloître des convers
  • n. Fenêtre nord de la salle du chapitre
  • o. Fenêtre sud de la salle du chapitre
  • p. Entrée du dortoir des moines
  • q. Porte reliant l’église, la sacristie supérieure et le dortoir des moines

Sur l’exemple de Clairvaux, il est probable que le cimetière se soit trouvé dans un espace compris entre la chapelle dite “dei Pannocchieschi” et le flanc septentrional de l’église. Selon la disposition observable à Casamari, Canestrelli situe les infirmeries à l’arrière de l’église et du cimetière ; attestées dès 1228, elles ont été démolies au cours de la première moitié du XVIe s. Un rapport de visite pastorale datée de 1576 indique que “extra ecclesiam et prope Coemeterium adsunt reliquiae parietum supra terram ubi fertur fuisse hospitale et a 40 vel 50 annis citra demolitum fuit. »

On accède à l’intérieur des édifices subsistants de l’abbaye en commençant par l’ancien Scriptorium, également appelé aujourd’hui “Réfectoire” bien que, dans l’organisation canonique des monastères cisterciens, cet emplacement soit systématiquement celui d’une salle réservée aux travaux d’écriture et à tous les types de tâches ne pouvant être effectuées en extérieur, notamment pendant la saison hivernale.
On poursuit en sortant du Scriptorium pour se rendre dans la Salle capitulaire située sur le côté nord-ouest du cloître. Chemin faisant, on passe devant deux portes : l’une (p) conduit au premier étage où se trouvait le dortoir des moines, l’autre donne sur l’Auditorium (ou parloir [F]), deux lieux qui ne se visitent pas.
On accède à l’église abbatiale en empruntant la porte (l) ouverte dans le flanc sud-ouest de l’église, qui met celle-ci en communication avec le cloître, dans l’angle formé par les deux bâtiments où l’on peut voir quelques arches du cloître reconstruites avec des matériaux retrouvés sur place.

Scriptorium (dit “Réfectoire“)

Cette salle, appelée à tort « réfectoire », était le principal lieu de travail dans lequel les moines se tenaient pour réaliser leurs travaux manuscrits qui donne son nom au lieu, ou pour d’autres types de travaux lorsque le climat ne permettait pas de travailler en extérieur. Dix ouvertures de grande taille permettent de faire entrer dans cet espace toute la lumière requise pour y exécuter des travaux exigeant la minutie.

Elle est couverte, sur six travées, par une voute ogivale portée par cinq puissants piliers carrés. Le profil des arêtes est souligné par un décor végétal, motif principalement utilisé dans les bâtiments cisterciens peu enclins à développer l’ornementation, peint d’une unique couleur brun rouge.

Salle capitulaire

La Salle du chapitre [11] était, indépendamment de l’église abbatiale, la partie principale du complexe constituant la clôture : c’est ici que se déroulaient un certain nombre d’activités liturgiques, commémoratives, disciplinaires (confession publique des fautes par les moines et châtiment en rapport avec ces fautes), ainsi qu’éducatives. C’est également ici qu’étaient débattues toutes les questions internes.

On y accède par une simple entrée de brique surmontée d’une arche ogivale qui ne comporte pour ornements qu’une clé de voûte en travertin et une frise de dentelures. Deux fenêtre jumelées éclaire la salle. Leur ornementation introduit, comme souvent dans les édifices cisterciens, un jeu discret de dissymétrie du fait de leurs formes et de leur décor imperceptiblement différents pour qui ne prend pas suffisamment le temps d’observer.

Salle du chapitre. Détail de l’extérieur de la fenêtre nord et de son arcade inscrite.
Arcade bipartite vue de l’intérieur.

L’arcade bipartite située au nord est soutenue par deux colonnettes jumelées reposant sur une base discrètement ouvragée.

Deux chapiteaux soutiennent un modillon orné d’une frise de motifs en « dents-de-loup » et d’apophyses (saillies des deux extrémités) au reliefs ondulés. Vue depuis l’extérieur, cette fenêtre où domine la brique prend la forme d’une arcade géminée inscrite dans une grande arcade ogivale soulignée par le jeu bicolore des matériaux.

La fenêtre sud, en revanche, présente une typologie qui s’inspire de modèles que l’on trouve dans l’architecture islamique, assez fréquente mais qui prend généralement une forme plus atténuée dans l’école pisane, et qui est parvenue sur le territoire de Chiusdino à travers le Val d’Elsa, ainsi qu’en attestent, par exemple, la Pieve de Cellole et, à San Gimignano, l’arc surmontant la rosace de la Collegiata ainsi que les façades des églises de San Francesco et de San Bartolo.

Église abbatiale
Aspects extérieurs

La façade

Flanc sud de l’église abbatiale vu de l’ouest. On distingue l’ancienne porte des convers, aujourd’hui murée, ainsi que l’implantation du mur qui séparait la cour des convers du cloître des moines. A droite du transept sont situés les bâtiments conventuels où l’on aperçoit la fenêtre nord de la salle du chapitre et l’étage du dortoir des moines.

L’abside

Le transept

L’espace interne

Le plan de l’église présente de nombreuses analogies avec celles des églises des principales abbayes cisterciennes, en particulier celle de Fontenay qui est la plus ancienne de celles qui demeurent aujourd’hui. Elle est parfaitement orientée, selon les règles liturgiques, c’est-à-dire avec une abside tournée vers l’est un une façade vers l’ouest. Le plan possède une forme en croix latine à trois nefs de huit travées, en comprenant celle qui donne sur les collatéraux (ou parties latérales) du transept.

La partie de la construction la plus fidèle aux principes cisterciens est celle qui, à l’ouest, à la croisée du transept, correspond au bras méridional (droit) du transept et au chœur, là où le travertin est le plus largement utilisé et où les éléments architectoniques ont le caractère le plus bourguignon. Selon une procédure habituelle, les maîtres d’ouvrage, « après avoir ‘dessiné’ [en construisant les murs] à même le sol, jusqu’à une certaine hauteur, le plan des parois de l’édifice, achevaient en premier la zone de l’église accolée au monastère, qui est donc toujours la plus ancienne, afin de permettre les célébrations liturgiques même pendant la période d’ouverture du chantier. Une telle pratique […] est confirmée par de nombreux exemples qui concernent l’immenses territoires très diversifiés sur le plan culturel :de la France (Noirlac) à l’Allemagne (Eberlach), et à l’Italie septentrionale (Chiaravalle Milanese et Chiaravalle della Colomba), centrale (Santi Vincenzo et Anastasio alle tre Fontane) et méridionale (Murgo, près de Lentini, en Sicile). [13] »

Le bras droit (ou sud) du transept

Il s’agit de la partie la plus ancienne de l’édifice, celle dans laquelle la pierre de travertin plus couteuse et plus diffficle à travailler, domine. Celle, aussi, que les moines cisterciens élevaient en premier lieu, accolée au bâtiment du dortoir de manière à pouvoir résider sur place et y célébrer les offices religieux avant même le parfait achèvement des travaux de construction. L’emplacement de la porte d’accès au dortoir, qui se faisait grâce à un escalier qui n’existe plus, est comparable à ce que l’on peut voir à Fontenay (voir ci-dessous).

Dans le vaisseau ouest du bras droit du transept, sur le mur du fond, est creusée une

double niche d’une beauté qui doit tout à la qualité du traitement de son matériau et, surtout, à la perfection géométrique de ses formes : la piscina et le ministerium. La première, plus grande, et au format d’un arcosolium, était utilisée comme lavabo, tandis que la seconde, de dimensions plus réduites et surmontée d’un tympan profondément encaissé, était destinée à recevoir les ampoules, selon un schéma qui, dans les constructions cisterciennes, se répète sur toutes les parois, généralement celles de droite, utilisées pour conserver les instruments liturgiques.

L’abside et la croisée du transept

L’abside de plan rectangulaire caractéristique des abbatiales cisterciennes est percée de six ouvertures ogivales et d’une roses dont les montants sont perdus mais dont la forme circulaire ouvrant sur le vide produit un effet saisissant.

Le bras gauche (ou nord) du transept

Le bras nord du transept présente une élévation dans laquelle la brique supplante le travertin que l’on voit dans le bras sud, plus ancien. Les fenêtres de grandes dimensions dénotent également une construction postérieure qui sera encore plus visible dans la contre-façade, partie la plus occidentale de l’église dans laquelle les fenêtres jumelées sont désormais caractérisées par un style gothique abouti, tel qu’il a été introduit depuis peu à Sienne, dans les architectures civiles.

Au fur et à mesure que l’on s’avancera vers l’entrée principale de l’église, on constatera une moins grande perfection de la technique de construction qui va de pair avec une baisse qualitative dans l’exécution des chapiteaux.

La nef principale

C’est la partie de l’édifice la plus connue et la plus aimée des visiteurs, tant est grand l’effet produit par cet immense vaisseau dont la voûte disparue a fait place à des cieux changeants.

Les deux nefs latérales

Le Cloître

Le cloître se situait sur la droite de l’église, au sud des bâtiments conventuels selon la règle cistercienne.

A l’origine, il avait l’aspect de la structure classique de l’atrium romain et des portiques des premières basiliques chrétiennes, lesquels était directement reliés à l’église par une porte. Celle-ci existe toujours, ouverte dans l’axe du coté nord du cloître (photographie ci-dessus) et possède encore son élégant arc en plein cintre surmonté d’une archivolte ogivale, tous deux bicolores et séparés par une plate-bande de pierres à découpe radiale.

Aujourd’hui, subsistent seuls deux segments du portique correspondant à l’angle nord, reconstruits en recul de leur tracé primitif lors d’importants travaux de conservation et de consolidation réalisés en 1936. Les parois de l’église et du bâtiment monastique avec laquelle il fait un angle conservent les consoles de travertin sur lesquelles la poutraison de la toiture du portique venait prendre appui, selon un modèle que l’on peut encore voir, dans le pays siennois, à Lecceto.

Les parois du portique était édifié en briques de terre cuite sur laquelle s’inscrivaient une série continue de petites arcades en plein cintre, avec une lunette tripartite en pierre de taille, séparées par de larges piliers. Les colonnettes de soutient sont couplées, posées sur des bases attiques aux moulurations profondes, et ornées de chapiteaux phytomorphes (en forme de motifs végétaux).

Sur le mur d’en face, des niches de dimensions variées permettaient de de contenir des livres et des objets de culte : deux de ces niches sont encore visible à gauche de l’entrée de l’église et sur le flanc de l’Armarium.

Cet espace constituait le centre du complexe monastique : tous les édifices exigés par la vie monastique se trouvaient sur son pourtour qui permettait de relier les différents lieux en fonction de critères précis de fonctionnalité qui réglaient les différentes phases, individuelles et collectives, de la vie quotidienne. Le cloître était également le lieu réservé à la célébration des rites processionnels et où, au terme de chaque journée, les religieux pouvaient participer à la lecture spirituelle avant le chant des Complies, dernière prière du jour avant le repos de la nuit, même après minuit le cas échéant. C’est le bras nord, dit le « cloître de la collatio« , longeant le flanc de l’église et pourvu de sièges de pierre ou de bois, qui remplissait cet office. C’est aussi ici, en raison de la présence de ces bancs, qui permettaient aux moines de se tenir assis durant la cérémonie, que se déroulait le rite du mandatum (lavement des pieds), en dépit de la distance qui le séparait du puits (celui-ci était toujours du côté de la galerie opposée). Les bâtiments qui longeaient cette même galerie proche du puits ont entièrement disparu. On y trouvait pêle-mêle les cuisines, le Calefactorium (seul lieu chauffé où les moines se retrouvaient autour d’une cheminée dans les journées les plus froides de l’hiver et où l’on préparait les parchemins, les encres et les couleurs utilisées dans le Scriptorium), le Réfectoire, qui occupait une position opposée symétriquement à l’église selon l’usage cistercien, et les latrines.

Le troisième côté du cloître, conservé à l’exception de son déambulatoire en forme de portique, est longé par la Sacristie, l’Armarium (lieu où étaient conservées les archives et les livres liturgiques et ceux réservés à la lectio divina) auquel on accédait par un sobre porche surmonté d’un arc ogival en terre cuite bordé d’une frise en dentelée, la Salle capitulaire (voir plus haut). Juste après, une nouvelle porte, sommée d’un arc en plein cintre et orné d’un filet renversé peu commun en milieu cistercien, conduit au Locutorium (Parloir). Il s’agit d’une profonde galerie qui, comme l’on révélé des études stratigraphiques effectuées en 1985, permettait également de rejoindre les jardins et les infirmeries situés à l’arrière du monastère. Enfin, après l’entrée qui conduit au dortoir des moines, s’ouvre la galerie qui conduit au Scriptorium (voir plus haut) situé à l’extrémité du bâtiment.

Chapelle du cimetiere
L’ABBAYE DE FONTENAY, EN BOURGOGNE.

L’abbaye de Fontenay, aujourd’hui désaffectée, a été fondée par Bernard de Clairvaux en 1119 dans l’actuelle commune de Marmagne (département de la Côte-d’Or, Bourgogne). C’est la plus ancienne abbaye cistercienne mais aussi l’une des mieux conservées. Fontenay est souvent pris comme exemple pour illustrer le plan typique d’une abbaye cistercienne, sans doute du fait de l’état de conservation exceptionnel de l’Abbaye, mais aussi en raison de sa date précoce de construction et de son homogénéité architecturale. On peut aujourd’hui penser que Fontenay a été l’un des modèles ayant servi pour définir le plan cistercien ensuite repris par de nombreuses abbayes de l’ordre. Une comparaison entre les plans de Fontenay et de San Galgano fait apparaître la similitude de l’organisation des bâtiments au sein de l’ensemble monastique et permet de mieux percevoir quelle pouvait être l’apparence de l’Abbaye toscane à son époque de splendeur. Toutes deux reprennent les mêmes principes : une église adossée au cloitre, et les diverses salles des moines réparties autour de cet espace central. Les bâtiments consacrés au travail sont séparés des bâtiments de prière et de vie, de même que les « enfermeries » ou infirmeries.

Planimétrie de l’Abbaye de Fontenay.
Le chœur de l’église abbatiale vue depuis l’entrée.
Dortoir des moines.
Bas- côté droit de la nef vu depuis le transept.
La contre façade de l’abbaziale vue depuis le transept.
Cloître
Bâtiment des dortoirs (premier étage).

Bas-côté gauche de l’abbatiale vu depuis le transept
Fenêtre jumelée.
Salle des moines, lieu, notamment, du travail des copistes..
Escalier conduisant au dortoir des moines.
Cour du cloître.
Salle capitulaire.

[1] La légende raconte que Galgano vécu dans cet ermitage environ un an, et qu’il y mourut le 3 décembre 1181, à l’âge de 33 ans. Elle raconte aussi que Ugo dei Saladini, évêque de Volterra et Giovanni évêque de Massa Marittima s’étant rendus sur place pour visiter le saint, le trouvèrent mort et lui donnèrent une sépulture honorable, assisté de trois abbés cisterciens, ceux de Casamari, de Fossanuova (près de Terracina), et de Sant’Anastasio alle Tre Fontane à Rome. Et que ces derniers, qui s’en revenaient de France où s’était tenu le Chapitre général de leur Ordre avec d’autres moines, et avaient débarqué sur les côtes de la Maremme siennoise avant de terminer par terre leur voyage jusqu’à Rome, se perdirent en chemin et se retrouvèrent sur le Monte Siepi à cette occasion.

[2] Les Instrumenta sont des recueils d’actes administratifs relatifs à l’abbaye, conservés à l’Archivio di Stato di Siena.

[3] De l’espagnol don et du portugais dom, provenant étymologiquement du latin dominus (« maître, seigneur »).

[4] Sur la fondation de l’ermitage de Montesiepi, voir CANESTRELLI, Antonio, L’Abbazia di San Galgano : monografia storico-artistica con documenti inediti, Firenze, 1896 (rééd. anast. Pistoia, 1989), pp. 1-4.

[5] TARGIONI TOZZETTI G., Relazione di alcuni viaggi fatti in diverse parti della Toscana per osservare le produzioni naturali e gli antichi monumenti di essa, cité par Antonio CANESTRELLI, Op. cit., p. 59.

[6] CANESTRELLI, Op. cit., p. 59.

[7] À la différence des abbayes clunisiennes liées à une économie « fermée », celles de l’Ordre Cisterciens étaient ouvertes, à l’image de leur organisation territoriale en granges indépendantes du monastère.

[8] Temenos : Le terme définissait, dans la Grèce antique, les limites d’un espace sacré qui pouvaient être matérialisées par une barrière végétale de buissons ou d’arbres, d’éléments naturels tels que des ruisseaux ou des rochers, plus rarement d’un mur d’enceinte continue (peribolos).

[9] RAININI, Ivan, L’Abbazia di San Galgano. Studi di architettura monastica cistercense del territorio senese. Milano, Sinai Edizioni, 2001, p. 45.

[10] Du latin armarium, armoire qui, dans les monastères, permettait de ranger les manuscrits destinés à l’office.

[11] La salle capitulaire, ou simplement « chapitre » (capitulum), qui communique directement avec le cloître, est un lieu important de la vie monastique. D’une certaine manière, elle constitue le pendant de l’église, celle-ci exprimant par sa structure élevée le sens vertical de la relation à Dieu, alors que la salle capitulaire correspondrait au sens horizontal de cette même relation, à travers les rapports sociaux au sein de la communauté monastique. Dans cette pièce, tous les moines formant cette communauté se réunissaient chaque matin. Un chapitre de la Règle de Saint Benoît était lu et commenté (d’où le nom de la salle), avant que chacun ne s’attèle à ses activités journalières. Lors des réunions quotidiennes, les moines étaient disposés sur le pourtour de la salle. L’aménagement était identique à celui du chœur de l’église (les moines y sont assis face à face, le père abbé au milieu). Non seulement un chapitre de la règle était lu et commenté, mais on lisait également les « collationes« , ou conférences sur la vie des pères, conformément au chapitre 42 de la règle de Saint Benoît : ‘Aussitôt qu’on sera levé de souper, les frères iront tous s’asseoir dans un même endroit et l’un d’eux lira les conférences (collationes) sur la vie des pères. Tous assemblés, on dira complies' ». Cette salle servait également à partager les nouvelles des autres abbayes de l’Ordre, à élire les abbés, et à la confession publique des fautes et des manquements à la règle, selon le chapitre des coulpes (culpabilité). L’abbé organisait ainsi toutes les réprimandes et les pénitences. C’est d’ailleurs de là que vient le verbe « chapitrer » : réprimander un religieux en plein chapitre et, par extension, réprimander quelqu’un.

[12] Scriptorium :

[13] RAININI, Ivan, Op. cit., p.76.

[] Fabio Gabrielli, « La chiesa dell’Abbazia di San Galgano. I : Stereotomia degli archi e fasi di costruzione », Archeologia dell’architettura : III, Firenze, All’insegna del giglio, 1998. supplément d’Archeologia Medievale, XXIV, pp. 15-44.