Pietro di Francesco Orioli, « L’unione delle classe e l’offerta delle chiavi della città alla Vergine »

Pietro di Francesco Orioli (Sienne, 1458 – 1496)

L’unione delle classe e l’offerta delle chiavi della città alla Vergine (L’union des classes et l’offrande des clés de la cité à la Vierge), 1483.

Tempéra sur panneau, 59,1 x 40 cm. Archivio di Stato di Siena, n° 41.

Inscriptions :

  • (didascalie placée sous la scène principale) : « APPREXENTATIONE DELLE CHIAVI QUANDO TUTTI QUATRO E MONTI S’ADUSSENO AD UNO. » [1]« Présentation des clés quand les quatre Monti se réunirent en un seul. »
  • (dans la partie basse de la tablette) : «QUESTA E’ L’ENTRATA E L’USCITA DE LA GENERALE CABELLA DEL MAGNIFIC[O] COMUNO DI SIENA PER TEMPO D’UNO ANNO INCOMINCIATO A DI’ PRIMO DI GENNAIO MCCCCLXXXIII. E FINITO A DI’ ULTIMO DI DICEMBRE. MCCCCLXXXIII. AL TEMPPO DE LI SPECTABILI HOMINI PAVOLO DI LANDO ESBERGHIERI KAMARLENGO E MISER ANGNIOLO D’ORBANO DEL TESTA, GIOVANNI D’ANTONIO DI NERI MARTINI, ANTONIO DI MARIANO PACCINELLI, GIOVANNI DI FRACESCHO GHABRIELLI, EXECUTORI PER LI PRIMI SEI MESI E MISSERE SAVINO DI MATEO D’ANTONIO DI GHUIDO, ANTONIO DI BARTALOMEO SPINELI, BARTALOMEO CRISTOFANO BERTI, BARTALOMEO D’ANTONIO DI GHUELFO EXECUTORI PER LI SECONDI SEI MESI, ANGNIOLO DI MEO DI LORENZO SCRIPTORE, SER ANGNIOLO DI MEO D’ANGNIOLO DI GHANO PER LI PRIMI SEI MESI, SER GIOVANNI DI NICHOLÒ CECHINI PER LI SECONDI MESI [2]« Ceci est [le registre des] entrées et des sorties de la Gabelle Générale de la Magnifique cité de Sienne pour la durée d’une année commencée le premier janvier 1483 et terminée le trente-et-un décembre 1483, au temps des respectables Paolo di Lando Esberghieri, camerlingue [pour l’année entière], et de Messires Agnolo d’Orbano del Testa, Giovanni d’Antonio di Neri … Poursuivre »

Provenance : Office de la Gabelle, puis Accademia di Belle Arti.

Sienne, Palazzo Piccolomini, Archivio di Stato, Museo delle Biccherne.

La scène représente une cérémonie célébrée en 1483 dans la cathédrale de Sienne, à l’occasion d’un événement important pour la cohésion de la cité tout entière : la pacification réalisée entre les « Monti » citadins. L’offrande des clefs marqua alors la réconciliation des « Monti » de la ville après une période d’âpres luttes, et célébra l’union de toutes les classes de la société siennoise réunies dans le Monte del Popolo (du Peuple), à l’exclusion des Noveschi mis au ban de la cité ; elle sanctionna aussi le rapprochement de Sienne avec Florence, alors gouvernée par Laurent le Magnifique. [3]La cérémonie d’offrande des clés de la ville à la Madone s’est répétée en sept occasions exceptionnelles au cours de l’histoire de Sienne : le 4 septembre 1260, selon la tradition, à la veille de la bataille victorieuse de Montapertià l’occasion de la pacification de 1483 (c’est le sujet représenté dans la tablette)le 22 juillet 1526, trois jours avant la bataille de la … Poursuivre

Renouvelant le vœu de recommandation à la Vierge formulé par les siennois dans cette même Cathédrale à la veille de la bataille de Monteaperti, le prieur du Consistoire s’apprête à déposer les clés de la ville sur l’autel de la chapelle de Notre-Dame des Grâces [4]La chapelle de la Madonna delle Grazie ne sera appelée Madonna del voto qu’au XVIIe s., avant d’être détruite et remplacée par l’actuelle chapelle du même nom. en signe d’offrande solennelle, en présence du cardinal-archevêque Francesco Todeschini Piccolomini et des représentants des principales factions politiques impliquées dans le fonctionnement des « Monti dorénavant unifiés et pacifiés, ainsi que le souligne la didascalie située sous la scène : « APPREXENTATIONE DELLE CHIAVI QUANDO TUTTI QUATRO E MONTI S’ADUSSENO AD UNO [5]Voir note 1.. » Au-dessus des têtes de cette foule agenouillée, émergent quatre chanteurs. Serrés derrière un lutrin, ils viennent d’entonner un hymne marial apparemment chanté a cappella [6]A cappella : sans l’accompagnement d’instrumentistes.. En cet instant où réalité et légende se confondent, la Vierge, semble surgir du cadre du retable et se penche pour recevoir les clés offertes, en esquissant un geste de bénédiction vers l’assemblée. Dans la pénombre de l’arrière-chapelle que l’on aperçoit à travers une ouverture de la paroi, à gauche de l’autel, apparaissent trois petites silhouettes. Toutes trois portent des auréoles. L’une d’elles tient sur l’épaule un instrument dans lequel on reconnaît une viole. Dans une sorte d’évidence rendue possible par l’image, ce sont trois anges musiciens venus de la cour céleste qui accompagnent la Vierge, elle aussi présente dans l’église en ce moment solennel. À cet instant, ils mêlent les sonorités de leurs instruments aux voix des petits choristes qui s’élèvent dans les voûtes de la Cathédrale.

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Comme l’a écrit Enzo Carli, cette œuvre empreinte de merveilleux présente, en outre, un témoignage historique exceptionnellement important en ce qu’il permet une reconstitution de l’aspect intérieur de la Cathédrale de Santa Maria Assunta au milieu du Quattrocento, ainsi que la localisation de quelques-unes des plus célèbres œuvres d’art qu’elle contenait alors. Le point de vue donne sur le collatéral droit de la nef et l’alignement des autels le long de la paroi. Parmi ces œuvres, on distingue le Crucifix dit de Montaperti [7]Le Crucifix de Montaperti est aujourd’hui visible dans le bras gauche du transept., près de la porte du campanile, et au delà des piliers du vaisseau central, qui s’enfoncent en direction de la croisée du transept et du chœur où l’on devine, tout au fond, sous la « roue de verre » [8]La « ruota di vetro » (« roue de verre » ) : le vitrail de la rosace conçu par Duccio., au-dessus du chœur, le maître-autel surmonté de la grandiose Maestà (fig. 2), du même Duccio [9]Ici, le travail du peintre, d’une extrême précision, constitue la preuve de l’emplacement du grand panneau de Duccio, à l’époque déjà déplacé au bas du transept, et donc plus sous la coupole., avec sa « couronne » [10]Sa « couronne » : le baldaquin suspendu au dessus du maître-autel., et le « tabernacolino [11]Le « petit tabernacle ». » où les anges de bois polychromes qui participaient à la scénographie de la liturgie étaient gardés [12]Selon une scénographie typiquement médiévale, ces anges, portant des chandelles allumées, étaient abaissés vers l’autel au moyen d’une corde pendant la messe.. À droite de la Maestà, et donc à son emplacement d’origine, on aperçoit l’ambon de Nicola Pisano recouvert de draperies noires [13]L’ambon n’était découvert qu’aux jours de fête., ainsi que les statues des apôtres réalisées au XIVe siècle, adossées aux piliers [14]Ces statues ont reléguées une première fois sur la toiture, à l’extérieur de la cathédrale, pour être remplacée par douze apôtre sculptés au XVIIIe s. par Giuseppe Mazzuoli (Volterra, 1643 – Rome, 1725) ont été vendues au XIXe s. Elles se trouvent aujourd’hui à l’Oratory de Londres.. Dorénavant, elles sont conservées dans une salle du Museo dell’Opera del Duomo.

Enfin, on peut également voir l’ancien autel dédié à la Madonna delle Grazie sculpté par Urbano da Cortona, et en identifier les compartiments ornés de bas-relief, œuvres méconnues en dépit de leur beauté [15]Ces bas-reliefs, qui subsistent presque intégralement (l’autel en comportait vingt-deux à l’origine), sont aujourd’hui remployés et disséminés dans la Cathédrale, parfois à des endroits inaccessibles..

La tablette a été attribuée avec des hésitations. Récemment, un article de la Rivista dei Rozzi (n. 52, 2010) a confirmé l’attribution à Pietro di Francesco Orioli, que l’on doit d’abord à Alessandro Angelini.

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On retrouve, au bas de l’image, la présence de l’inscription rappelant les noms des familles des officiers de la Gabella en poste au cours des deux semestres de l’année 1483, ainsi que leurs onze blasons : Esberghieri, Del Testa Piccolomini, Martini, Paccinelli, Gabrielli, Angelo di Meo di Lorenzo, Savini, Spinelli, Berti, Guelfi. Deux autres écus, ceux des familles Turelli e Cecchini ont été insérés dans les marges de l’inscription.

Notes

Notes
1 « Présentation des clés quand les quatre Monti se réunirent en un seul. »
2 « Ceci est [le registre des] entrées et des sorties de la Gabelle Générale de la Magnifique cité de Sienne pour la durée d’une année commencée le premier janvier 1483 et terminée le trente-et-un décembre 1483, au temps des respectables Paolo di Lando Esberghieri, camerlingue [pour l’année entière], et de Messires Agnolo d’Orbano del Testa, Giovanni d’Antonio di Neri Martini, Antonio di Mariano Paccinelli, Giovanni di Francesco Gabrielli, esecutori [Esecutori di Gabella : officiers de la Gabelle] pour les six premiers mois, et de Messires Savino di Matteo d’Antonio di Guido, Antonio di Bartolomeo Spinelli, Bartolomeo Cristofano Berti, Bartolomeo d’Antonio du Ghelfo, esecutori pour les seconds six mois, Antonio di Meo di Lorenzo, secrétaire [pour l’année entière], le sieur Antonio di Meo d’Agnolo di Gano pour les six premiers mois, le sieur Giovanni di Niccolò Cecchini pour les six seconds mois. »
3 La cérémonie d’offrande des clés de la ville à la Madone s’est répétée en sept occasions exceptionnelles au cours de l’histoire de Sienne :

  • le 4 septembre 1260, selon la tradition, à la veille de la bataille victorieuse de Montaperti
  • à l’occasion de la pacification de 1483 (c’est le sujet représenté dans la tablette)
  • le 22 juillet 1526, trois jours avant la bataille de la Porta Camollia remportée par les Siennois contre les Florentins et les troupes du Pape
  • le 24 mars 1555, alors que Sienne était soumise au siège des troupes de l’Empereur
  • en 1630, pour conjurer la peste (qui ne se développa finalement pas à Sienne)
  • le 18 juin 1944, quelques jours avant la libération de la ville à la fin de la Seconde Guerre mondiale
  • enfin le 15 mars 2020 au début de la pandémie de Covid, lorsque le maire a offert les clés à la Madonna del voto en présence de l’archevêque de la cité

Voir : Patrizia Turrini, L’immagine di Siena nelle tavolette di Biccherna del periodo repubblicano (Parte VI), consulté le 29 août 2020.

4 La chapelle de la Madonna delle Grazie ne sera appelée Madonna del voto qu’au XVIIe s., avant d’être détruite et remplacée par l’actuelle chapelle du même nom.
5 Voir note 1.
6 A cappella : sans l’accompagnement d’instrumentistes.
7 Le Crucifix de Montaperti est aujourd’hui visible dans le bras gauche du transept.
8 La « ruota di vetro » (« roue de verre » ) : le vitrail de la rosace conçu par Duccio.
9 Ici, le travail du peintre, d’une extrême précision, constitue la preuve de l’emplacement du grand panneau de Duccio, à l’époque déjà déplacé au bas du transept, et donc plus sous la coupole.
10 Sa « couronne » : le baldaquin suspendu au dessus du maître-autel.
11 Le « petit tabernacle ».
12 Selon une scénographie typiquement médiévale, ces anges, portant des chandelles allumées, étaient abaissés vers l’autel au moyen d’une corde pendant la messe.
13 L’ambon n’était découvert qu’aux jours de fête.
14 Ces statues ont reléguées une première fois sur la toiture, à l’extérieur de la cathédrale, pour être remplacée par douze apôtre sculptés au XVIIIe s. par Giuseppe Mazzuoli (Volterra, 1643 – Rome, 1725) ont été vendues au XIXe s. Elles se trouvent aujourd’hui à l’Oratory de Londres.
15 Ces bas-reliefs, qui subsistent presque intégralement (l’autel en comportait vingt-deux à l’origine), sont aujourd’hui remployés et disséminés dans la Cathédrale, parfois à des endroits inaccessibles.
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