La chapelle et l’autel de la Madonna delle Grazie dans la Cathédrale de Sienne

1. Pietro di Francesco Orioli (Siena 1458-1496), « Offerta delle chiavi della città alla Madonna del Voto », 1483.
Détail d’une tablette de la Gabelle, Sienne, Archivio di Stato, Gabella n. 41.

La première chapelle [1]À l’intérieur d’une église, lorsqu’il ne s’agissait pas d’une structure architecturale autonome, on appelait communément « chapelle » l’ensemble composé d’un autel et de la niche peu profonde, parfois monumentale, qui lui servait d’écrin, aligné parmi d’autres le long de la nef ou des ses bas-côtés. de la Madonna delle Grazie, aujourdhui détruite, était située dans la troisième travée du collatéral droit de la Cathédrale de Sienne, telle que l’on peut la voir dans la tablette peinte par Pietro di Francesco Orioli (Offerta delle chiavi della città alla Madonna del Voto) conservée à l’Archivio di Stato (Museo delle Biccherne).

« Comme l’a rapporté le chroniqueur Tommaso Fecini [2]« On sait peu de choses de Tommaso Fecini, dont la famille appartenait au Monte dei Nove. Né à Sienne au cours de l’année 1441, de Francesco di Tuccio di Simone di Fecino, il fut, au cours du second semestre 1471 l’un des quatre provveditori de la Biccherna pour le Terzo di S. Martino ; en 1472, il est Camerlengo du sel, puis du sel et des Paschi (les pâturages de la Maremme) en … Poursuivre, le 4 novembre 1447, veille d’une importante rencontre avec Alphonse d’Aragon, la Municipalité organisa une procession dans laquelle fut portée l’image de la Madonna delle Grazie, « cioè quella a cui fu dato le chiavi della città di Siena per la sconfitta di Montaperto [3]« C’est-à-dire celle à qui furent donné les clés de la ville de Sienne en action de grâce pour la défaite de Montaperto » ». Un peu plus d’un mois plus tard, le 28 décembre 1447, lors d’une séance du Consistoire, alors la plus haute instance gouvernementale de Sienne, il fut décidé de débourser 250 florins, soit 1000 lires du trésor public, « ad ornatum et devotionem cappelle et altaris ipsius gloriosissime Matris et Virginis, cui donata fuit civitas hec Senarum’ [4]« […] pour l’ornement et la dévotion de la chapelle et de son autel dédié à la très glorieuse Mère et Vierge, à laquelle fut offerte la ville par les Siennois. » (Monica Butzek, « La cappella della Madonna delle Grazie. Una ricostruzione », dans Alessandro Angelini (sous la direction de), Pio II e le Arti. La riscoperta dell’antico da Federighi a Michelangelo. … Poursuivre ». La construction de la chapelle dédiée à la Madone des Grâces se fit dans la troisième travée du collatéral droit de la cathédrale, à l’emplacement de l’autel jusqu’alors dédié à saint Boniface [5]Cet autel remplaçait lui-même un autel plus ancien dédié à saint Jacques. C’est sur cet autel de saint Boniface que reposait le dossale du même nom, sur lequel Dietisalvi di Speme avait peint, au centre, l’image de la Vierge devenue l’une des plus vénérée des siennois.. En initiant cette construction, qui fut « l’un des premier ajouts à l’édifice médiéval achevé en 1379 [6]Monica Butzek, « La cappella della Madonna delle Grazie. Una ricostruzione », op. cit., p. 51. », la cité entendait donner davantage de lustre à la vénération de la Madonna delle Grazie peinte par Dietisalvi di Speme près de cinquante ans auparavant.

En 1455, la Municipalité autorisa cette fois-ci une demande (déjà formulée en 1448) venant de l’un des operai de la cathédrale, de scier le dossale pour n’en conserver que la partie centrale afin que celle-ci puisse être facilement portée en procession, et de la placer à demeure dans la chapelle nouvellement construite. C’est cette nouvelle structure qui est illustrée dans la tablette de gabelle ci-dessus.

2. Benedetto Giovannelli Orlandi, « Pianta del Duomo di Siena », 1658. Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana.

La commission chargée de l’ordonnancement des travaux « avait opté pour la construction d’une véritable chapelle à la place de l’ancien autel, solution déjà proposée dans la résolution initiale. Cependant, la décision comportait quelques difficultés car le mur extérieur de la nef sud de la cathédrale n’était pas libre : l’ancienne curie épiscopale s’y trouvant adossée, les travaux prévus devaient nécessairement s’y étendre. Afin de poser les fondations de la nouvelle chapelle, il fallu démonter une loge dans la prison de cet édifice et creuser de la terre. Plus tard, il fallu cette fois remblayer le terrain ‘al pari dela chapella’ [« pour le mettre au même niveau que celui de la chapelle »], reconstruire le sol et restaurer les murs du palais. La toiture devait également être rénovée avec la construction d’un nouveau système d’évacuation des eaux pluviales afin que ‘l’aqua non danifichasse la chapella’ [« que l’eau de pluie ne vienne pas endommager la chapelle »]. Il semble que l’édifice, construit en briques, ait été achevé en mars 1449. »

[7]Silvia Giorgi, “Dietisalvi di Speme. Madonna col Bambino”, dans Duccio. Siena fra tradizione bizantina e mondo gotico. Cinisello Balsamo (Milano), Silvana Editoriale, 2003, pp. 38-41.

L’aspect DE LA CHAPELLE

Plusieurs œuvres anciennes [8]Certaines d’entre elles sont encore visibles à Sienne. rendent compte avec plus ou moins d’exactitude et de précision, de l’aspect de la chapelle avant sa destruction en 1659. Parmi ces œuvres :

  • Pittore senese dell’inizio del XVII secolo, L’offerta delle chiavi della città alla Vergine in Duomo. Siena, Palazzo Pubblico, saletta del Capitano.
  • Domenico Beccafumi, The Offering of the Keys of the City of Siena to the Virgin, 1526. Chatsworth, Trustees of the Chatsworth Settlement Devonshire Collection.
3. Antonio Gregori (Sienne, 1580 – 1648), « Investitura di due cavalieri in Duomo davanti all’altare della Madonna delle Grazie », premier quart du XVIIe s. Huile sur toile, 44 x 95 cm. Sienne, Museo dell’Opera del Duomo. Détail montrant la Chapelle des Grâces au début du XVIIe s.

[9]Silvia Giorgi, « Il dossale di San Bonifazio in onore della vittoria di Montaperti », dans Le pitture del Duomo di Siena. Cinisello Balsamo (Milano), Silvana Editoriale, 2008, pp. 36-45.

Plusieurs constantes relatives à la structure du lieu apparaissent à travers ces différentes images, et sont confirmées par le plan de Benedetto Giovannelli Orlandi conservé au Vatican (fig. 2) :

  • la chapelle proprement dite consistait en un espace aveugle (non pourvu d’ouvertures vers l’extérieur) et formant une emprise sur l’extérieur (c’est-à-dire
  • une arche en plein cintre était percée dans le mur et permettait l’accès à la chapelle
  • l’autel était installé à l’aplomb de l’arche

L’arc qui surplombait l’autel de la chapelle des Grâces, à l’intérieur de la Cathédrale, était orné de vingt-deux panneaux représentant des scènes de la Vie de la Vierge sculptés par Urbano da Cortona vers 1450-1460. Cinq d’entre eux [10]L’un d’eux, représentant la Naissance de la Vierge, a été découpé en deux parties pour s’adapter à sa nouvelle localisation. se trouvent aujourd’hui à la base des deux colonnes qui encadrent le portail central et supportent le balcon d’honneur frappée aux armes de la famille des Médicis. Quatre autres sont dissimulés à l’arrière de cette même loge, bien loin des regards des visiteurs. Ce sont donc neuf panneaux provenant de la chapelle détruite qui ont été réemployés sur la contre-façade. Un dixième est conservé au Museo del Duomo.

Œuvres provenant de la Cappella delle Grazie

Notes

Notes
1 À l’intérieur d’une église, lorsqu’il ne s’agissait pas d’une structure architecturale autonome, on appelait communément « chapelle » l’ensemble composé d’un autel et de la niche peu profonde, parfois monumentale, qui lui servait d’écrin, aligné parmi d’autres le long de la nef ou des ses bas-côtés.
2 « On sait peu de choses de Tommaso Fecini, dont la famille appartenait au Monte dei Nove. Né à Sienne au cours de l’année 1441, de Francesco di Tuccio di Simone di Fecino, il fut, au cours du second semestre 1471 l’un des quatre provveditori de la Biccherna pour le Terzo di S. Martino ; en 1472, il est Camerlengo du sel, puis du sel et des Paschi (les pâturages de la Maremme) en 1473. D’après les livres des Risieduti de l’Archivio di Stato, il apparaît qu’il exerça la profession de banquier. On ne connaît pas la date de sa mort mais il devait certainement être encore en vie en 1479, et même quelques années après puisque […] la chronique s’achève mutilée précisément cette année là ». Il est l’auteur de la Cronaca senese (1431-1479), publiée dans Rerum italicorum scriptores : raccolta degli storici italiani dal cinquecento al millecinquecento ordinata da L. A. Muratori, XV, VI, Cronache senesi (a cura di Alessandro Lisini e Fabio Iacometti). Bologne, Nicola Zanecchelli, 1931-1939. Les éléments d’information ci-dessus proviennent de la préface à l’édition mentionnée.
3 « C’est-à-dire celle à qui furent donné les clés de la ville de Sienne en action de grâce pour la défaite de Montaperto »
4 « […] pour l’ornement et la dévotion de la chapelle et de son autel dédié à la très glorieuse Mère et Vierge, à laquelle fut offerte la ville par les Siennois. » (Monica Butzek, « La cappella della Madonna delle Grazie. Una ricostruzione », dans Alessandro Angelini (sous la direction de), Pio II e le Arti. La riscoperta dell’antico da Federighi a Michelangelo. Cinisello Balsamo (Milan), Silvana Editoriale, 2005, p. 51).
5 Cet autel remplaçait lui-même un autel plus ancien dédié à saint Jacques. C’est sur cet autel de saint Boniface que reposait le dossale du même nom, sur lequel Dietisalvi di Speme avait peint, au centre, l’image de la Vierge devenue l’une des plus vénérée des siennois.
6 Monica Butzek, « La cappella della Madonna delle Grazie. Una ricostruzione », op. cit., p. 51.
7 Silvia Giorgi, “Dietisalvi di Speme. Madonna col Bambino”, dans Duccio. Siena fra tradizione bizantina e mondo gotico. Cinisello Balsamo (Milano), Silvana Editoriale, 2003, pp. 38-41.
8 Certaines d’entre elles sont encore visibles à Sienne.
9 Silvia Giorgi, « Il dossale di San Bonifazio in onore della vittoria di Montaperti », dans Le pitture del Duomo di Siena. Cinisello Balsamo (Milano), Silvana Editoriale, 2008, pp. 36-45.
10 L’un d’eux, représentant la Naissance de la Vierge, a été découpé en deux parties pour s’adapter à sa nouvelle localisation.
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