Nicola Pisano, « Pulpito del Duomo di Siena »

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Nicola Pisano (env. 1210 – av. 1284)

Chaire de la Cathédrale de Sienne, 1265-1268.

Marbre, h. 460 cm.

Provenance : In situ.

Sienne, Cathédrale, Croisée du transept.

C’est sans doute en raison de la réussite exceptionnelle de la chaire du baptistère de Pise et de la renommée immédiatement acquise par cette dernière que Nicola Pisano reçoit en 1265, pour la cathédrale de Sienne, la commande d’un autre monument de ce type. Cette seconde chaire, également sculptée dans le marbre de Carrare, achevée en 1268, est plus ambitieuse encore que la précédente.

La cuve

De plan octogonal, elle possède sept panneaux sculptés de bas-reliefs (le huitième côté de la cuve n’a pas de parapet afin de permettre l’accès à la chaire). Le programme iconographique des sept panneaux est consacré à des épisodes de l’histoire du Christ dans lesquels Marie, à qui est dédiée la Cathédrale, n’est jamais bien loin, ainsi qu’au Jugement Universel … Les colonnes plus sombres qui, à Pise, encadraient les panneaux, ont ici disparu au profit de figures sculptées dans le même marbre blanc et placées aux angles. Par ce moyen nouveau, évitant les ruptures liées aux encadrements visibles à Pise, le récit paraît continu et se déroule de manière plus fluide. Deux corniches soulignent la structure de l’ensemble. Richement sculptées d’un décor uniforme, elles ajoutent à la sensation d’unité ; incitant elles-aussi à une lecture continue des récits, elles soulignent à deux reprises, par la ligne de marqueterie dont elles sont ornées en haut comme en bas, cette sensation nouvelle de continuité d’une scène à l’autre.

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Mentionner l’aigle dont l’original se trouve à New-York 

Les arcs intermédiaires

Huit arcs en plein cintre, et trilobés, prennent appui sur huit colonnes. Dans les écoinçons de ces arcs figurent des couples de personnages, tous masculins. Il s’agit

  • de Prophètes
  • des Évangélistes ; chacun de ces derniers est représenté par son symbole respectif :
    • l’ange pour Matthieu
    • le lion ailé pour Marc
    • le taureau pour Luc
    • l’aigle pour Jean

Entre les arches, au-dessus des chapiteaux de chaque colonne, se trouvent sept figures, la plupart du temps assises, toutes féminines. Elles représentés sept Vertus, parmi lesquelles :

  • les trois Vertus théologales :
    • Foi
    • Espérance
    • Charité
  • les quatre Vertus cardinales :
    • Force
    • Tempérance
    • Justice
    • Prudence
  • une huitième vertu, rendue indispensable compte tenu du nombre total de colonnes, la Logique, dont la présence rappelle la conviction ultime que certaines expressions de l’intellect humain pourraient être en mesure d’élever  le genre humain jusqu’à Dieu
Les colonnes portantes

La cuve proprement dite et son support reposent sur huit colonnes avec chapiteaux : quatre de ces colonnes sont posées directement sur la base du monument tandis les quatre autres sont en appui, alternativement, sur le dos de lions et de lionnes stylophores (les deux mâles s’apprêtent à dévorer leur proie tandis que les deux femelles nourrissent et semblent protéger leurs petits …). La base de la colonne centrale est, quant à elle, ceinte de figures des arts libéraux.

Les colonnes d’origine ont été remplacées en 1329. Lorsque la chaire a été installée définitivement sur son emplacement actuel au XVIe siècle, à proximité d’une colonne de la croisée du transept après avoir occupé initialement un espace sous la coupole, elle a été surélevé grâce à l’ajout d’une base qui n’existait pas dans le projet de Pisano, afin de garantir une plus grande visibilité de l’ensemble depuis la nef.

La chaire de la Cathédrale de Sienne montre à quel point Nicola Pisano est parvenu à s’adapter au goût siennois en matière de narration, d’ornementation et de paysage : dans ces derniers fourmille une foule de personnages et de détails qui viennent saturer l’espace de la représentation. Un facteur important doit être pris en compte pour prendre la mesure des écarts qu’il est possible de constater entres la chaire de Pise et celle de Sienne, et de la nouveauté de cette dernière : il s’agit du rôle joué par Giovanni, fils de Nicola, ainsi que de celui des assistants et de l’atelier, rendue indispensable afin de pouvoir réaliser en trois ans un monument d’une telle ampleur. Le dispositif de composition propre à chaque panneau montre à quel point les deux sculpteurs ont attentivement regardé les sarcophages romains, observation qui, à l’évidence, les a profondément inspiré et très certainement stimulés. À Sienne, la composition des panneaux narratifs est d’une grande nouveauté. Comme dans leurs sources empruntées  à l’antiquité romaine tardive, les panneaux sculptés alignent des rangées serrées de personnages placés les un contre les autres afin de suggérer la profondeur, tout en évitant de laisser le moindre vide (comme si l’idée même du vide était un sujet d’effroi). La dimension des surfaces travaillées, comme la plus grande quantité de personnages figurés, de même que la profondeur du forage effectué à l’aide d’un trépan, et la présence de « ponts » [2] sont également autant de signes de l’admiration vouée au modèles romains. Grâce à l’observation de ces modèles, cités avec une extraordinaire liberté d’expression, le sentiment de vie et de mouvement, parfois une certaine violence,  et l’émotion qui en résulte, semblent accrus.

C’est également au XVIe s., entre 1536 et 1539, que le sublime escalier sculpté par Bernardino di Giacomo a remplacé l’escalier initial aujourd’hui perdu.

[1] Selon Guido Tigler, les dix figures intermédiaires ont probablement été interverties dans le remontage qui a eu lieu au XVIe s. lors du déplacement de la chaire. Guido Tigler, « Il pulpito di Nicola Pisano », in Le sculture del Duomo di Siena, Milano, 2009, pp. 122-131. Une onzième figure provenant de la chaire de Pisano à Sienne, un Ange, se trouve aujourd’hui au Bode Museum de Berlin.

[2] « Pont » : en sculpture, petit morceau de pierre sculptée dans la masse, servant, par exemple, à relier une tête au support de pierre tout en l’en éloignant en vue de créer davantage de relief.