Duccio di Buoninsegna, « Madonna in trono col Bambino, venti angeli e santi »

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Vierge à l’Enfant en majesté, anges et saints

Tempera et or sur bois, 370 x 450 cm.

Inscriptions :

  • (sur la marge inférieure du panneau, sous les saints correspondants) : « S[ANCT]A KATERINA ; S[ANCTUS] ANSANUS ; S[ANCTUS] IOH[ANN]ES EV[ANG]E[LISTA] ; S[ANCTUS] SAVINUS ; S[AN]C[T]US CRESCENTIUS ; S[ANCTUS] IOH[ANN]ES BAPT[IST]A ; IOH[ANN]ES VICTORIUS ; S[AN]C[T]A AGNES »

Au centre du panneau, enveloppée dans un grand manteau bleu sombre qui la recouvre entièrement, la Vierge est assise sur un imposant trône orné de marbres polychromes qui ressemble à une véritable architecture. L’enfant Jésus est assis sur le bras gauche de sa Mère. Il est lui-même vêtu d’un manteau de couleur rose et d’une chemise cousue dans un tissu très transparent. Marie, le regard triste et plein de mélancolie, incline doucement la tête vers l’Enfant, dans une attitude qui exprime, comme toujours dans les représentations de la Vierge à l’Enfant de cette période, la tristesse et la crainte des épreuves à venir dont elle a la connaissance.

Au premier rang, agenouillés devant le trône, figurent les quatre patrons et protecteurs de Sienne :

  • à genoux à gauche :
    • Ansano
    • Savino
  • à genoux à droite :
    • Crescenzio
    • Vittore

Tous quatre intercèdent en faveur du peuple siennois auprès de la Vierge, protectrice officielle de la Ville depuis 1260. [1]

Si Duccio a déjà représenté les saints Ansano, Savino et Crescenzio préalablement, dans la verrière du Duomo dont toute la critique lui attribue dorénavant la paternité, il donne ici à voir Vittore pour la première fois. La tradition iconographique de Vittore commence donc avec la Maestà.  La production artistique siennoise se référera longtemps à l’iconographie des quatre saints protecteurs telle qu’elle est inaugurée par Duccio dans ce panneau : Savino est représenté sous les traits d’un évêque âgé, inspiré de l’iconographie de Nicolas de Bari, les trois autres étant vus comme de jeunes chevalier qui ne sont différenciés que par l’âge, même si Crescenzio apparaît ici davantage sous l’aspect d’un jeune adulte que sous celui du tout jeune adolescent martyrisé à l’âge de douze ans que rapporte la légende hagiographique.

Au second rang, on reconnait six des saints de prédilection de la cité :

  • debout, à gauche :
    • Catherine d’Alexandrie
    • Paul
    • Jean l’Évangéliste
  • debout, à droite :
    • Jean Baptiste
    • Pierre
    • Agnès

séparés du trône, de chaque côté, par deux archanges. On notera des effets de symétrie producteurs de sens : Catherine d’Alexandrie avec Agnès, Paul et Pierre, les deux Jean, tous se répondent deux à deux et dialoguent silencieusement de part et d’autre du trône.

Au troisième rang, un chœur de seize anges – huit de chaque côté – entoure le trône de la Vierge. En comptant les quatre archanges placés de part et d’autre du trône, ce sont donc vingt anges qui peuplent la cour céleste.

Enfin, au sommet de la compositions, sont représentés dix apôtres en demi-buste (de gauche à droite) :

  • Thadée (inscription : « S[ANCTUS] TAD / DEU[S] »
  • Simon (inscription : « S[ANCTUS] SIMON[…] »
  • Philippe (inscription : « S[ANCTUS] PHI / LIPP[…] »
  • Jacques le Majeur (inscription : « S[ANCTUS] IA / COB[…] »
  • André (inscription : « S[ANCTUS] AN / DREAS »
  • Mathieu « S[ANCTUS] / MAT / TE[…] »
  • Jacques le mineur (inscription : « S[ANCTUS] JA / CHOB »
  • Barthélémy ((inscription : « S[ANCTUS] BAR / THO(…) / M[…] »
  • Thomas ((inscription : « S[ANCTUS] THO / MAS »
  • Mathias (inscription : « S[ANCTUS] MAC / TIAS »

Les douze apôtres sont donc tous représentés dans le panneau principal : dix d’entre eux sont visibles en demi-buste au sommet ; il manque un absent qui ne reparaîtra pas (Judas Iscariote, le traître, qui est parti se pendre [Mt. 27,5], à moins qu’il ne soit tombé et se soit « rompu par le milieu du corps » [Actes des Apôtres 1, 18]) ; en revanche, il faut compter avec l’arrivée de Mathias (à l’extrême droite de la frise : il a été élu à la place de Judas) ; sans oublier Paul, qui se convertira plus tard, après la mort de Jésus, et que l’on voit aux côtés de la Vierge, et Pierre, naturellement, présent lui aussi parmi les saints représentés), nous arrivons bien au total nécessaire de douze. Ainsi, selon une organisation de la représentation qui, malgré des différences majeures, n’est pas sans évoquer celle que retiendra plus tard Simone Martini dans la Maestà du Palazzo Pubblico, la cohorte des apôtres est-elle ici aussi présente au grand complet.

[1] Date de la victoire de Sienne sur les guelfes florentins à Montaperti.