
Église de San Cristoforo
Piazza Tolomei. Sienne.
Se rendre sur place :
La façade néoclassique restaurée au début des années 1920 par l’architecte Gino Chierici rend difficilement imaginable que l’église ait pu faire partie du mouvement qui, aux Xe-XIe siècles [1]À une époque où Sienne se construisait autour des châteaux (castellari) et des villages bâtis le long des voies de pénétration, en particulier de la via Francigena., se dota de nouvelles églises représentant les centres religieux et civils au sein du nouveau tracé de la ville. En 1087, le ‘Borgo di S. Cristofano’ est mentionné pour la première fois dans un acte, évoquant ainsi indirectement l’existence de l’église. Entre les XIe et XIe siècles, celle-ci prit une importance particulière puisqu’elle accueillit les réunions de la Curia del Placito [2]Étroitement liés aux consuls de la municipalité, les consuls du Placito sont devenus, au cours du XIIe siècle, un pouvoir judiciaire distinct appelé Curia del Placito. Composée de trois citoyens siennois, dont l’un devait être juge, cette instance avait une juridiction civile et était responsable de la protection des mineurs et des femmes. Les consuls du Placito exerçaient … Poursuivre, et plus tard, au XIIIe et jusqu’en 1274 [3]Date à laquelle le pape Grégoire X abolit la tradition de tenir des assemblées civiles à l’intérieur des églises.. Mais surtout, l’église de San Cristoforo est mentionnée par les chroniqueurs siennois comme l’endroit où se tenaient le Conseil de la Campana avant à 1260 et jusqu’en 1274. Girolamo Gigli [4]Girolamo GIGLI, Diario sanese, tome II, Sienne, Stamperia dell’A. R. Sereniss. Gran Principessa Gov. presso Francesco Prinza, 1722, pp. 31, 32., sur la foi de mémoires recueillis dans les archives de l’hôpital de Santa Maria alla Scala, affirme que la colonne surmontée de la louve [5]Cette colonne, qui était autrefois en bronze, est maintenant en étain. qu’on voit sur la place Tolomei fut érigée en 1260, « vraisemblablement après la victoire de Montaperto, pour rappeler que là se tenaient les conseils publics les plus importants. »

En dépit de son style actuel, on peut se faire une idée de l’apparence initiale de la façade de l’édifice grâce à deux œuvres siennoises du XVe s. La première est un panneau de petit format attribué au cercle du Vecchietta (fig. 1), la Consigne de la Balzana (Esztergom, Musée Chrétien), qui donne un aperçu de la Piazza Tolomei où l’église de San Cristoforo est visible dans son aspect architectural roman d’origine, la section supérieure de la façade étant animée par des carrés de couleur noir et blanc. On retrouve une nouvelle fois cet arrangement très particulier dans plusieurs images de l’église peintes par Niccolò di Giovanni Ventura en 1443 dans un manuscrit, La sconfitta di Monte Aperto [6]Sienne, Biblioteca Comunale degli Intronati, ms. A.IV.5, c. 2v, consultable à l’adresse : https://bds.comune.siena.it/it/vieweriiif/?id=9917415062103300&type=sbn, confirmant ainsi le caractère historiquement exact de la première façade de l’église.
Gravement endommagé par le tremblement de terre de 1798, le bâtiment a été réduit en longueur. En 1800, grâce aux comtes Tolomei, dont le palais se dresse en face, une nouvelle façade [7]L’ancienne façade romane s’est complètement effondrée lors du tremblement de terre de 1798. est construite dans un style néoclassique, rythmée par quatre colonnes engagées surmontées d’un tympan à trabéation, œuvre de Tommaso et Francesco Paccagnini. La façade actuelle laisse apparaître la brique dont elle est faite, bien qu’elle ait initialement été recouverte de plâtre peint, selon le goût de l’époque. Les deux statues placées dans les niches représentent saint Bernard Tolomei et la Bienheureuse Nera Tolomei, œuvres de Giuseppe Silini (1802).
Intérieur de l’édifice

L’intérieur de l’église comporte une nef unique surmontée d’une coupole. Quelques œuvres y sont visibles.
Sur le maître-autel :
- Girolamo del Pacchia, Madonna col Bambino e i santi Luca e Romualdo (v. 1508)
- Martino di Bartolomeo, Pietà e i simboli della Passione, fresque
Le petit cloître construit derrière l’abside de l’église est accessible depuis la via del Moro. Il est de style roman datant du XIIe siècle et a été restauré en 1921. Selon la tradition, attestée par une plaque murée à l’extérieur de l’abside, le poète siennois Cecco Angiolieri [8]Francesco Angiolieri, dit Cecco (*) (Sienne, v. 1260 – v. 1310/1313 : poète, contemporain et ami (?) de Dante Alighieri.
(*) Cecco : diminutif de Francesco. y est enterré.
Œuvres provenant de l’église de San Cristoforo
Plusieurs œuvres importantes provenant de l’église de San Cristoforo sont aujourd’hui conservées au Musée Diocésain d’Art Sacré (Oratoire de San Bernardino) :
- Scuola dei Della Robbia, Madonna col Bambino, XVe siècle. Sienne, Museo Diocesano d’Arte Sacra.
- Sano di Pietro, San Giorgio e il drago. Sienne, Museo Diocesano d’Arte Sacra.
- Sano di Pietro, San Cristoforo. Sienne, Museo Diocesano d’Arte Sacra.
- Bartolomeo Bulgarini, Madonna in trono col Bambino e quattro angeli. Sienne, Museo Diocesano d’Arte Sacra. [9]Auparavant attribuée au pseudo-‘Maestro d’Ovile’.
- Giovanni d’Agostino, Madonna and Child with Saints Catherine and John the Baptist. Cleveland, The Cleveland Museum of Art.
Notes
| 1↑ | À une époque où Sienne se construisait autour des châteaux (castellari) et des villages bâtis le long des voies de pénétration, en particulier de la via Francigena. |
|---|---|
| 2↑ | Étroitement liés aux consuls de la municipalité, les consuls du Placito sont devenus, au cours du XIIe siècle, un pouvoir judiciaire distinct appelé Curia del Placito. Composée de trois citoyens siennois, dont l’un devait être juge, cette instance avait une juridiction civile et était responsable de la protection des mineurs et des femmes. Les consuls du Placito exerçaient directement la juridiction volontaire tandis qu’ils confiaient le contentieux à des juges délégués. La compétence de ce tribunal était initialement limitée à la ville et aux citoyens de Sienne, puis s’étendit à la campagne et aux étrangers. En 1503, avec l’établissement du juge ordinaire, la Curia del Placito perdit sa juridiction civile et ne conserva que ses pouvoirs en matière tutélaire. Avec la réforme Médicis de 1561, le juge ordinaire assuma également des pouvoirs en la matière et les exerça avec les juges du Placito, aujourd’hui appelés Savi dei pupilli, qui restèrent actifs jusqu’en 1783, date à laquelle leurs fonctions furent assumées par le Consistoire. (*)
(*) Dina BIZZARRI, « Il diritto privato nelle fonti senesi del sec. XIII », Bullettino senese di storia patria, XXXIII-XXXIV, 1926-1927, pp. 213-322, XXXV-XXXVI, 1928-1929, pp. 28-59 ; Roberto CELLI, Studi sui sistemi normativi delle democrazie comunali. Secoli XII-XV, I, Pise, Sienne, Florence, 1976, pp. 231-246. |
| 3↑ | Date à laquelle le pape Grégoire X abolit la tradition de tenir des assemblées civiles à l’intérieur des églises. |
| 4↑ | Girolamo GIGLI, Diario sanese, tome II, Sienne, Stamperia dell’A. R. Sereniss. Gran Principessa Gov. presso Francesco Prinza, 1722, pp. 31, 32. |
| 5↑ | Cette colonne, qui était autrefois en bronze, est maintenant en étain. |
| 6↑ | Sienne, Biblioteca Comunale degli Intronati, ms. A.IV.5, c. 2v, consultable à l’adresse : https://bds.comune.siena.it/it/vieweriiif/?id=9917415062103300&type=sbn |
| 7↑ | L’ancienne façade romane s’est complètement effondrée lors du tremblement de terre de 1798. |
| 8↑ | Francesco Angiolieri, dit Cecco (*) (Sienne, v. 1260 – v. 1310/1313 : poète, contemporain et ami (?) de Dante Alighieri.
(*) Cecco : diminutif de Francesco. |
| 9↑ | Auparavant attribuée au pseudo-‘Maestro d’Ovile’. |



