
Tous les scolastiques [2]Au Moyen Âge, les professeurs portaient le nom de scolastiques ou d’écolâtres, dénomination qui devait servir à caractériser les méthodes et les doctrines qu’ils professaient
. (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique : la Scolastique, Paris, J.-J. Pauvert, 1966. du Moyen Âge avaient pour principale source de connaissances relatives aux anges le traité De cœlesti hierarchia (La hiérarchie céleste) écrit vers l’an 500 par le Pseudo-Denys. [3]La Hiérarchie céleste se donne pour objet de réfléchir sur les esprits célestes, considérés dans un ordre descendant, depuis les Séraphins jusqu’aux simples anges. Le résultat est un exemple accompli d’intégration audacieuse du néoplatonisme dans la théologie et la mystique chrétiennes. Le recours au symbolisme, qui accompagne la relecture de nombreux textes scripturaires, … Poursuivre Au IXe siècle, Jean Scot Erigène produisit une traduction latine de cette œuvre grecque, qui devint l’une des principales sources où les théologiens médiévaux puisèrent leur connaissance des doctrines mystiques de cet auteur. La structure dionysienne de la hiérarchie angélique à trois niveaux dérivait de l’idée que plus un ange était éloigné de sa source en Dieu, moins intense était son amour et sa connaissance du Père. Par conséquent, le degré d’illumination n’était pas identique pour chaque triade de la hiérarchie : la triade d’anges la plus élevée recevait sa lumière directement de Dieu et la transmettait plus fragmentée au niveau intermédiaire qui à son tour la passait encore plus diffuse au niveau le plus bas de la hiérarchie. Le schéma dionysien est magnifiquement résumé par Dante (1265-1321) au chant XXVIII du Paradis où, contemplant les yeux de Béatrice, il voit la lumière de Dieu encerclée par neuf anneaux rayonnants que Béatrice identifie comme étant les neuf chœurs d’anges :
Questi ordini di sù tutti s’ammirano,
e di giù vincon sì, che verso Dio
tutti tirati sono e tutti tirano.
E Dionisio con tanto disio
a contemplar questi ordini si mise,
che li nomò e distinse com’io.
Tous ces ordres sont en haut dans l’extase ;
en bas ils sont si puissants que vers Dieu
tous sont attirés, et tous attirent.
Denys [4]Le Pseudo-Denys l’Aréopagite, auteur de la Hiérarchie céleste. se mit avec un tel désir
à contempler ces ordres qu’ils les nomma et distingua comme moi. [5]Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Par. XXVIII, 128-132.
Pour le Pseudo-Denys, par analogie avec la hiérarchie observée dans l’Église, et, d’une certaine manière, pour justifier celle-ci, la foule des créatures angéliques seraient classée selon divers niveaux liés à leur rôle. [6]« Tout vient de Dieu et retourne à Dieu, les réalités et la science que nous en avons. Une véritable unité subsiste au fond de la multiplicité, et les choses qui se voient sont comme le vêtement symbolique des choses qui ne se voient pas. C’est donc une loi du monde que ce qui est supérieur se reflète en ce qui est inférieur, et que des formes sensibles représentent les … Poursuivre Si cette systématisation de la sphère des anges, qui a été reformulée par Thomas d’Aquin, est encore enseignée dans les universités catholiques, notamment lorsqu’il s’agit d’étudier l’œuvre du Pseudo-Denys, elle a cependant connu une désaffection progressive en Occident, à partir de la fin du Moyen Âge.
Selon la logique de ce classement, la hiérarchie des anges se composerait de neuf « chœurs » répartis dans trois « degrés » en fonction de leur rôle mais également de leur proximité plus ou moins grande avec Dieu. [7]Voir Barbara BRUDEGER EICHBERG, Les neuf chœurs angéliques. Origine et évolution du thème dans l’art du Moyen Âge (Thèse de doctorat dirigée par Yves Christe et soutenue à l’Université de Genève, le 22 février 1997), Civilisation Médiévale, Année 1998, 6.
- PREMIER DEGRÉ
- La triade supérieure est formée d’anges qui ont le privilège de servir Dieu, de l’approcher et de le contempler. Les Séraphins, Chérubins et Trônes personnifient trois dimensions spirituelles immanentes et transcendantes suivant lesquelles se manifeste Dieu pour l’Homme :
- SECOND DEGRÉ
- La triade intermédiaire a pour fonction de frayer un passage vers la lumière divine. Elle comprend :
- les Puissances, qui aident l’homme dans sa progression spirituelle
- les Vertus, qui donnent à l’homme la faculté nécessaire pour pouvoir agir
- les Dominations, qui règlent la manière dont les directives données pourront être accomplies par les intéressés
- La triade intermédiaire a pour fonction de frayer un passage vers la lumière divine. Elle comprend :
- TROISIÈME DEGRÉ
- Cette triade représente Dieu dans son action au-dehors : sage gouvernement, sublimes révélations, constantes témoignages de bonté. Elle échappe à la raison humaine, seule la sainteté permet d’en percevoir les membres. Elle comprend :
- les Principautés, qui dirigent et éclairent les anges et les archanges
- les Archanges : ce sont les messagers extraordinaires de Dieu auprès des hommes
- les Anges : ils sont ainsi appelés parce qu’ils sont envoyés du ciel pour annoncer certaines nouvelles aux hommes
- Cette triade représente Dieu dans son action au-dehors : sage gouvernement, sublimes révélations, constantes témoignages de bonté. Elle échappe à la raison humaine, seule la sainteté permet d’en percevoir les membres. Elle comprend :
Dans cette organisation complexe, et pour rajouter un nouvel élément de complexité, chaque chœur est dirigé par un archange qui prend le nom de recteur d’Ordre. Certains archanges dirigent donc des ordres célestes plus élevés que le leur dans la hiérarchie …
« Au XIIIe s., la Toscane devient […] particulièrement attentive à la thématique de la hiérarchie angélique. Ainsi, la vaste mosaïque exécutée à partir de 1270 sur la coupole du baptistère San Giovanni à Florence figure dans le dernier registre les neuf chœurs d’anges – anges, archanges, principautés, puissances, vertus, dominations, trônes, chérubins et séraphins – qui convergent vers le Christ. » A Pise, « le portail central de San Michele degli Scalzi […] comprend un relief datant de 1203-1204 qui figure neuf anges en buste correspondant aux neuf chœurs, comme l’indique explicitement l’inscription [8]« ORDO ANGELORU[M] / OR[DO] POTESTATUM / OR[DO] DOMINATIONUM / OR[DO] CHERUBIN[ORUM] / OR[DO] SERAPHIN[ORUM] / OR[DO] THRONORUM / OR[DO] PRINCIPATUM / OR[DO] VIRTUTUM / OR[DO] ARCHANGELO[RUM] » Sur le portail de San Michele degli Scalzi, voir M. BACCI, « Pisa bizantina. Alle origini del culto delle icone in Toscana », dans Anna Rosa CALDEROLI MASETTI, Colette DUFOUR BOZZO, Gerhard … Poursuivre qui les accompagne. » [9]Bertrand COSNET, « La Foi de Nicola Pisano au Louvre une identification à reconsidérer », La Revue des musées de France. Revue du Louvre, n. 4, 2018, pp. 40-50.

Notes
| 1↑ | Voir : Jean Fouquet, La Trinité et tous les saints. |
|---|---|
| 2↑ | Au Moyen Âge, les professeurs portaient le nom de scolastiques ou d’écolâtres, dénomination qui devait servir à caractériser les méthodes et les doctrines qu’ils professaient. (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique : la Scolastique, Paris, J.-J. Pauvert, 1966. |
| 3↑ | La Hiérarchie céleste se donne pour objet de réfléchir sur les esprits célestes, considérés dans un ordre descendant, depuis les Séraphins jusqu’aux simples anges. Le résultat est un exemple accompli d’intégration audacieuse du néoplatonisme dans la théologie et la mystique chrétiennes. Le recours au symbolisme, qui accompagne la relecture de nombreux textes scripturaires, permet d’expliquer les différents niveaux de la hiérarchie angélique comme une échelle initiatrice qui donne à l’intelligence humaine, dans la contemplation, de s’assimiler à Dieu source de tout, et de goûter avec les anges une joie pure de toute passion. |
| 4↑ | Le Pseudo-Denys l’Aréopagite, auteur de la Hiérarchie céleste. |
| 5↑ | Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, Par. XXVIII, 128-132. |
| 6↑ | « Tout vient de Dieu et retourne à Dieu, les réalités et la science que nous en avons. Une véritable unité subsiste au fond de la multiplicité, et les choses qui se voient sont comme le vêtement symbolique des choses qui ne se voient pas. C’est donc une loi du monde que ce qui est supérieur se reflète en ce qui est inférieur, et que des formes sensibles représentent les substances purement spirituelles, et qui ne peuvent être amenées sous les sens. Ainsi la sublime nature de Dieu, et, à plus forte raison, la nature des esprits célestes, peuvent être dépeintes sous l’emblème obscur des êtres corporels : mais il y a une racine unique et un type suprême de ces reproductions multiples.
« Or, entre l’unité, principe et fin ultérieure de tout, et les créatures, qui n’ont en elles ni leur raison, ni leur terme, il y a un milieu qui est à la fois science et action, connaissance et énergie, et qui, expression mystérieuse de la bonté incréée, nous donne de la connaître, de l’aimer et de l’imiter : ce milieu, c’est la hiérarchie, institution sacrée, savante et forte, qui purifie, illumine et perfectionne, et ainsi nous ramène à Dieu, qui est pureté, lumière et perfection. « Telle est en particulier la hiérarchie des Anges, ainsi nommés parce que, élevés par la bonté divine à un plus haut degré d’être, ils peuvent recevoir une plus grande abondance des bienfaits célestes, et les transmettre aux êtres inférieurs : car Dieu ne se manifeste pas aux hommes directement et par lui-même, mais médiatement et par des ambassadeurs (ἄγγελος). Ce nom d’anges désigne proprement les derniers des esprits bienheureux ; mais il peut très-bien s’appliquer aussi aux plus sublimes, qui possèdent éminemment ce qui appartient à leurs subordonnés, tandis qu’au contraire on ne doit pas toujours étendre réciproquement aux plus humbles rangs de la milice céleste ce qui convient aux premiers rangs. » Pseudo-Denys l’Aréopagite, « Livre de la Hiérarchie Céleste », dans Œuvres intégrales (traduction par l’abbé Georges Darboy), Paris, Sagnier et Bray, 1845, pp. 177-178. |
| 7↑ | Voir Barbara BRUDEGER EICHBERG, Les neuf chœurs angéliques. Origine et évolution du thème dans l’art du Moyen Âge (Thèse de doctorat dirigée par Yves Christe et soutenue à l’Université de Genève, le 22 février 1997), Civilisation Médiévale, Année 1998, 6. |
| 8↑ | « ORDO ANGELORU[M] / OR[DO] POTESTATUM / OR[DO] DOMINATIONUM / OR[DO] CHERUBIN[ORUM] / OR[DO] SERAPHIN[ORUM] / OR[DO] THRONORUM / OR[DO] PRINCIPATUM / OR[DO] VIRTUTUM / OR[DO] ARCHANGELO[RUM] » Sur le portail de San Michele degli Scalzi, voir M. BACCI, « Pisa bizantina. Alle origini del culto delle icone in Toscana », dans Anna Rosa CALDEROLI MASETTI, Colette DUFOUR BOZZO, Gerhard WOLF (dir.), Intorno al Sacro Volto. Genova, Bisanzio e il Mediterraneo (secoli X-XV), Venise, 2007, p. 63-78. |
| 9↑ | Bertrand COSNET, « La Foi de Nicola Pisano au Louvre une identification à reconsidérer », La Revue des musées de France. Revue du Louvre, n. 4, 2018, pp. 40-50. |
