Les Trônes forment le septième chœur de la hiérarchie céleste. D’après le Pseudo-Denys l’Aéropagyte, ils ont le privilège de servir de siège à Dieu et de fondation au monde, d’où leur désignation. S’ils exercent la justice divine, celle-ci doit être comprise comme une recherche de cohérence entre la réalité terrestre et le niveau divin : il s’agit plus de justesse que de justice au sens commun du terme.
Sources textuelles
« Contrairement aux deux ordres supérieurs pour lesquels existent dans l’Ancien Testament des passages de descriptions d’apparences et de fonctions, grâce auxquels l’iconographie chrétienne et médiévale parviendra, par la suite, à créer des vocabulaires figuratifs spécifiques, on ne connaît pour le troisième ordre de la première hiérarchie, à l’exception des références pauliennes, aucun passage qui puisse donner explicitement des renseignements concrets. Cette lacune dans l’information figurative n’est pas sans importance pour mieux comprendre la portée des deux différentes évolutions du trône, suivie par celle qu’introduisit l’art byzantin. Basée sur les grandes visions des premier et dixième chapitres d’Ézéchiel et du septième chapitre de Daniel, elle crée images, soit de quatre roues en rotation, ailées et dotée d’yeux, chez le tétramorphe, soit de roues entourées de flammes autour du siège de l’Ancien des jours. [1]Ez 1, 15-22, en particulier 1, 15-16 : « cumque aspicerem animalia apparait rota una super terram lata animalia habens quattor facies et aspectas rotorum et opus earum quasi visio maris et una similinido ipsarum quattuor et aspectus carum et opera quasi sit rota in medio rotae. » [« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant … Poursuivre Par contre la ligne lancée par l’art occidental se base essentiellement sur les deux définitions proposées par Denys et saint Grégoire, dont la première associe les propriétés de cet ordre à l’image du trône divin, stable et immobile, et la deuxième, dérivée de la première, ajoute la notion de pouvoir judiciaire, délégué par décret divin à cet ordre, assesseur et garant de l’exécution divine du jugement. [2]DENYS : « que leur pureté sans mélange les écarte de toute complaisance pour les choses viles, qu’ils s’élèvent vers le haut sur un mode supra-mondain et s’écartent fermement de toute bassesse, qu’ils siègent de façon stable et bien équilibrée, dans la totalité de leurs puissances, autour de celui qui est vraiment le Très-Haut, qu’ils reçoivent … Poursuivre Généralement les maitres et les théologiens précisent la définition grégorienne, en mettant l’accent, à l’aide de l’image du siège ou du trône, soit sur la double signification règne-juridiction, soit plus étroitement sur la juridiction. [3]Déja JEAN SCOT ERIGENE (*) dans son commentaire sur la Hiérarchie céleste associe à l’image du trône le site supra-terrestre du règne divin et de sa juridiction : « […] ita Thronorum similiumque sui rodo, in quibus sedet regnans et indicans omnia divinitas, superexaltarus est et a communi omnibus humilitate remonus, id est omni materiali creatura humilique. Et hoc apertissime … Poursuivre » [4]Barbara BRUDERER EICHBERG, Les neuf choeurs angéliques. Origine et évolution du thème dans l’art du Moyen Âge, Poitiers : Centre d’études supérieures de civilisation médiévale, 1998. (Civilisation Médiévale, 6), pp. 67-68 (Note de l’auteur.).
Plusieurs passages du Nouveau Testament, en revanche, évoquent le trône de Dieu, dont ils sont l’incarnation, mais sans désigner spécialement un ordre angélique. En revanche, on les trouve explicitement cités par l’apôtre Paul dans l’épître aux Colossiens : « Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses dans les cieux comme sur la terre, les visibles, les invisibles, les Trônes et les Seigneuries, les Autorités, les Puissances. » [5]Col. 1, 16.
Dans les Actes des Apôtres, les Trônes sont assimilés aux vingt-quatre Anciens du livre de l’Apocalypse, qui sont attentifs à la volonté de Dieu et lui présentent les prières des hommes : « Tout autour de ce Trône, vingt-quatre trônes, où siègent vingt-quatre Anciens portant des vêtements blancs et, sur leurs têtes, des couronnes d’or. Et du Trône sortent des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre, et sept torches enflammées brûlent devant le Trône : ce sont les sept esprits de Dieu. […] les vingt-quatre Anciens se jettent devant Celui qui siège sur le Trône, ils se prosternent face à celui qui vit pour les siècles des siècles ; ils lancent leur couronne devant le Trône en disant : ‘Tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance. C’est toi qui créas l’univers ; tu as voulu qu’il soit : il fut créé’. » [6]Ap 4, 4-11.
Ils sont parfois aussi identifiés aux roues vivantes du char de Dieu, suivant la vision de Daniel : « son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent ». [7]Da 7, 9. Ces mêmes roues apparaissent associées aux chérubins de la vision d’Ézéchiel. [8]« Le cinquième jour du mois – c’était la cinquième année de l’exil du roi Jojakin – la parole de l’Eternel a été adressée à Ezéchiel, le fils du prêtre Buzi, dans le pays des Babyloniens, près du fleuve Kebar. C’est là que la main de l’Eternel a reposé sur lui. Alors que je regardais, un vent impétueux est arrivé du nord, ainsi … Poursuivre
Iconographie
Les Trônes n’ont pas d’attributs iconographiques bien arrêtés. Ils peuvent :
- porter
- une couronne ou un sceptre, symbole de la royauté qu’ils représentent
- un miroir
- être associés à une mandorle, ou même porter celle-ci comme symbole du lien qu’ils établissent entre l’ordre céleste et l’ordre terrestre
- posséder six ailes ocellées
- être debout sur une roue
- porter l’épée
- être accompagné de Dieu dans une auréole
Notes
| 1↑ | Ez 1, 15-22, en particulier 1, 15-16 : « cumque aspicerem animalia apparait rota una super terram lata animalia habens quattor facies et aspectas rotorum et opus earum quasi visio maris et una similinido ipsarum quattuor et aspectus carum et opera quasi sit rota in medio rotae. » [« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. A leur aspect et à leur structure, ces roues semblaient être en chrysolithe, et toutes les quatre avaient la même forme ; leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue. »] ; cf. 10, 9-13 ; Da, 7, 9-10 : « aspiciebam donec throni positi sunt et antiquas dieram sedir vestimenti cius quasi nix candidum et copielli capitis eius quasi lana munda thromus eius flammae ignis. » [« Je regardai, pendant que l’on plaçait des trônes. Et l’ancien des jours s’assit. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure ; son trône était comme des flammes de feu, et les roues comme un feu ardent. Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui. Mille milliers le servaient, et dix mille millions se tenaient en sa présence. Les juges s’assirent, et les livres furent ouverts. » (Note de l’auteur.). |
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| 2↑ | DENYS : « que leur pureté sans mélange les écarte de toute complaisance pour les choses viles, qu’ils s’élèvent vers le haut sur un mode supra-mondain et s’écartent fermement de toute bassesse, qu’ils siègent de façon stable et bien équilibrée, dans la totalité de leurs puissances, autour de celui qui est vraiment le Très-Haut, qu’ils reçoivent l’illumination théarchique en toute impassiblité et sur un mode tout immatériel, qu’ils portent Dieu et s’ouvrent avec empressement aux dons divins. », 20SD, S.C., 1. 38bis, p. 108 ; GRÉGOIRE : « Throni quoque illa agmina sunt vocata, quibus ad exercendum judicium semper Deur omnipotens praesidet. Quia enim thronos Latino eloquio sedes dicimus, throni Dei dicti sunt hi qui tanta divinitatis gratia replentur, ur in eis Dominus sedeat, et per eos sua judicia decernat. » [« Les trônes sont aussi appelés colonnes sur lesquelles Dieu tout-puissant préside toujours pour exercer son jugement. Parce que nous appelons trônes les sièges en latin, on appelle ceux-là les trônes de Dieu qui sont remplis de tant de grâce divine, afin que le Seigneur puisse s’asseoir dessus et décider de ses jugements à travers eux. »], P. L, t. 76, col. 1252A, – Ces deux propriétés sont attributes à Yahvé dans plusieurs passages de l’Ancien Testament : Ps 9,5 ; Sir 24, 7 ; Dn 3, 54 (Note de l’auteur.). |
| 3↑ | Déja JEAN SCOT ERIGENE (*) dans son commentaire sur la Hiérarchie céleste associe à l’image du trône le site supra-terrestre du règne divin et de sa juridiction : « […] ita Thronorum similiumque sui rodo, in quibus sedet regnans et indicans omnia divinitas, superexaltarus est et a communi omnibus humilitate remonus, id est omni materiali creatura humilique. Et hoc apertissime Thronorum nominatio docet. », c. VII, C.C.c.m., t. 31, p. 98. – HUGUES DE SAINT-VICTOR (**) reprend cette double association dans son commentaire sur la Hiérarchie céleste : « Thronos namque regnantium et judicantium sedes esse manifestum est. Et ad regnantem quidem sublimitas, ad judicantem vero veritas pertinent. », Lib. VII, c. VII, P. L., t. 175, col. 1047B/C. – Tout aussi intéressante est l’image d’une cour royale et de ses différents rangs/ordres de chaises et sièges disposés autour du trône du souverain dessinée par BERNARD DE CLAIRVAUX (***) dans ses commentaires sur les Cantiques : « Et enim si intres hominis regis cajuscunque palatium, nonne cum plenum sic sellis, scamnis, cathedrisque, regia sedes in eminenti posita cernitur ? Et non est necesse quaerere ubi rex sedere solirus sit: nimirum mox occurrit manifesta sedes ejus, corteris altior ornatiorgue seditibus. » [« Et en effet, si vous entrez dans le palais d’un roi des hommes, alors qu’il est si rempli de chaises, de bancs et de cathedres, ne voit-on pas que le siège royal est placé sur une éminence ? Et il n’est pas nécessaire de se demander où le roi a l’habitude de s’asseoir : bien sûr, il rencontre bientôt son siège évident, plus haut que les sièges ornés du courtisan. »], P. L, t. 183, col. 864D. – GUILLAUME D’AUVERGNE (****), pour citer un auteur de la première partie du XIIIe siècle, disait à propos de cet ordre : « Similiter de tertius ordo, qui est judicum, assimilatur de proportionatur ordini tertio prosclari illius, ac nobilissimi regni, qui throni vel sedes cognominatur: in illis tanquam in regno regalis excellentioe suoe sedes Rex ille, & Dominus saeculorum, & Inde, sive per illos judicia sua exercet. »[« De même, le troisième ordre, qui est celui des juges, est comparé au troisième ordre proportionné de cet illustre et du royaume le plus noble, qu’on appelle trônes ou sièges : en eux, comme dans un royaume royal, les sièges de son excellence sont ce roi et le Seigneur des siècles, et par conséquent, si par eux il exerce ses propres jugements. »], De Universo, septième. Paris, 1664, p. 964. – Cette définition était très répandue en Europe tout au long du XIVe siècle, comme le démontre entre autres aussi l’Allemand JOURDAIN DE QUEDLINBOURG (*****), qui dit dans son sermon sur les anges « Throni enim materiales ad litteram sunt sedes regnantium & judicantium » [« Car les trônes matériels sont littéralement les sièges des dirigeants et des juges. »], Sermones de sanctis, Strasbourg, 1481, c. CLXXX. – L’importance spécifique du pouvoir judiciaire était surtout soulignée par les sermons, comme le maintenait par exemple BONAVENTURE (*******) dans son premier sermon dédié aux anges, éd. COLLEGI, 1. 9, p. 610, – ou JACQUES DE VORAGINE (*******) dans son septième sermon, dont nous citons le passage en question : « Throni mittuntur ad iudicij informationem. Habent namque ipsi throni iudices informate ut legom intelligant. ‘Acceptitis legem in dispositionem angelorum’, ed. CHOLINI, vol. III, p. 370 (Note de l’auteur.).
(*) Voir : Jean Scot Érigène. |
| 4↑ | Barbara BRUDERER EICHBERG, Les neuf choeurs angéliques. Origine et évolution du thème dans l’art du Moyen Âge, Poitiers : Centre d’études supérieures de civilisation médiévale, 1998. (Civilisation Médiévale, 6), pp. 67-68 (Note de l’auteur.). |
| 5↑ | Col. 1, 16. |
| 6↑ | Ap 4, 4-11. |
| 7↑ | Da 7, 9. |
| 8↑ | « Le cinquième jour du mois – c’était la cinquième année de l’exil du roi Jojakin – la parole de l’Eternel a été adressée à Ezéchiel, le fils du prêtre Buzi, dans le pays des Babyloniens, près du fleuve Kebar. C’est là que la main de l’Eternel a reposé sur lui. Alors que je regardais, un vent impétueux est arrivé du nord, ainsi qu’une grande nuée et une gerbe de feu. Tout autour, une lumière rayonnait. Au centre, il y avait comme un éclat étincelant qui sortait du milieu du feu. Au centre encore, quelque chose ressemblait à quatre êtres vivants. Leur aspect était proche de celui des hommes. Chacun d’eux avait quatre visages et quatre ailes. Leurs jambes étaient droites, et leurs pieds pareils aux sabots d’un taureau. Ils étincelaient comme du bronze poli. Ils avaient des mains d’homme sous leurs ailes, sur les quatre côtés. Sur les quatre côtés, il y avait aussi leurs visages et leurs ailes, ceci pour chacun des quatre êtres vivants. Leurs ailes se touchaient l’une l’autre. Ils se déplaçaient sans dévier, chacun allait droit devant lui. Un de leurs visages ressemblait à celui des hommes, mais tous les quatre avaient aussi une face de lion à droite, une face de taureau à gauche et une face d’aigle. Voilà pour leurs visages. Leurs ailes étaient déployées vers le haut. Deux de leurs ailes touchaient celle d’un autre et deux couvraient leur corps. Chacun allait droit devant lui. Ils allaient là où l’Esprit allait. Ils se déplaçaient, et ils se déplaçaient sans dévier. Ces êtres vivants ressemblaient, par leur aspect, à des braises incandescentes. C’était pareil à l’aspect de torches enflammées. Un feu circulait entre les êtres vivants. Il jetait de la lumière et il en sortait des éclairs. Les êtres vivants couraient et revenaient comme la foudre.
Je regardais ces êtres vivants et j’ai vu que sur la terre se trouvait une roue, à côté de chacun des êtres vivants aux quatre visages. Dans leur aspect et leur structure, les roues avaient un éclat pareil à celui de la chrysolithe, et toutes les quatre étaient pareilles. Leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue. Dans leurs déplacements, elles pouvaient suivre les quatre directions prises par les êtres vivants, et elles se déplaçaient sans dévier. La hauteur de leurs jantes était effrayante, et les jantes des quatre roues étaient couvertes d’yeux tout autour. Les roues suivaient les êtres vivants dans leurs déplacements: quand les êtres vivants s’élevaient au-dessus de la terre, les roues s’élevaient aussi. Ils allaient là où l’Esprit allait, et les roues s’élevaient simultanément avec eux, car l’esprit des êtres vivants était dans les roues. Quand ils se déplaçaient, elles se déplaçaient, et quand ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient; quand ils s’élevaient au-dessus de la terre, les roues s’élevaient simultanément avec eux, car l’esprit des êtres vivants était dans les roues. » (Ez 2-21) ; « (22, 10, 12). |
