Fonte Gaia

Fontaine Gaia

Piazza del Campo.

La fontaine monumentale qui orne la piazza del Campo a été achevé en 1419, environ dix ans après que la réalisation du projet ait été confiée par la Commune à Jacopo della Quercia. Outre son importance fonctionnelle (il s’agissait de distribuer l’eau, bien précieux pour toutes grande ville, a fortiori celles construites au sommet de collines), le programme décoratif de ce monument offrait au gouvernement de Sienne l’opportunité d’affirmer une nouvelle fois un credo citoyen mêlant les vertus indispensables au bien commun et la soumission déclarée depuis presque deux siècles à la Vierge Marie.

La Fonte Gaia avant son démontage et son remplacement par une copie au centre de la place. Photographie ancienne

La fontaine a d’abord été installée au droit de la voûte marquant l’emplacement du débouché du vicolo di San Pietro, l’un des ruelles couvertes qui donnent accès à la place, à l’emplacement même d’une ancienne fontaine, inaugurée en 1346 [1]La construction de cette première fontaine avait nécessité d’énormes travaux hydrauliques parmi lesquels la construction d’un réseau de canalisations souterraines (les bottini) d’environ trente kilomètres de longueur, ainsi qu’un petit canal qui sera mis en valeur par l’architecte Francesco di Giorgio au XVe siècle. à l’occasion d’une fête avec jets d’eau sur la place publique qui est peut-être à l’origine du nom qui lui est resté : Gaia (gaie). À la suite de la décision, prise en 1859, de substituer aux bas-reliefs originaux des copies réalisées par Tito Sarrocchi, elle a été déplacée plus au centre de la place, pour être disposée dans l’axe du palais communal, essentiellement afin de satisfaire un besoin de symétrie auquel l’époque médiévale avait pourtant été parfaitement indifférente.

La faible qualité du matériau employé pour sa réalisation (un marbre blanc provenant de la Montagnola senese) et la vie quotidienne intense qui se déroulait sur la place ont contribué à l’accélération de la dégradation de l’ensemble. C’est la raison pour laquelle a été prise la décision de remplacer le monument original par une copie. Pour assurer davantage de pérennité à cette dernière, c’est un marbre blanc de Carrare, plus dense et plus résistant, qui a été choisi. La nouvelle fontaine a été inaugurée dix ans plus tard, non sans avoir fait l’objet d’une protection au moyen d’une grille mise en place par l’architecte Giuseppe Partini.

Le Campo et la Fonte Gaia vus d’une fenêtre du Palazzo Sansedoni.
Le décor SCULPTÉ de la Fonte Gaia

Le programme iconographique du nouveau décor qui prend place sur le lieu même où se déroulent depuis toujours les principales cérémonies organisées par la cité prévoyait la présence de bas-reliefs où figuraient, au centre, la Vierge, protectrice éternelle de la cité, flanquée de six vertus, indispensables inspiratrices du bon gouvernement dont Sienne se montrait en permanence inquiète. À l’extrémité des deux parapets qui embrassent la vasque, se trouvaient deux sculptures en ronde bosse, aujourd’hui remisées à l’abri dans l’ancien grenier à foin (fienile) de l’Hôpital de Santa Maria della Scala devenu musée, deux figures féminines appartenant à la légende romaine, Réa Silvia, mère de Romulus et Rémus, les deux fondateurs de Rome, et Acca Larentia, leur mère d’adoption. Leur présence à toutes deux signale fièrement la romanité revendiquée de Sienne puisque celle-ci compte dans sa propre légende les figures de Senus et Aschius, les deux fils de Rémus, en tant que fondateurs de la cité. Les six louves représentées allongées à fleur d’eau participent de la même légende. Enfin, situés à proximité des deux déesses romaines, deux bas-reliefs décrivent la naissance de l’homme, à gauche, et sa chute, à droite.

Les originaux des marbres sculptés provenant de la Fonte Gaia sont dorénavant conservés au Musée de Santa Maria della Scala, à l’exception des deux sculptures en ronde bosse qui était installées aux extrémités des deux bras de la fontaine. On peut s’interroger sur les raisons de cette absence, qui nuit à la fois à la dimension esthétique du monument et à sa portée signifiante et symbolique. Peut-être un accident de funeste mémoire, survenu au XVIIIe siècle, a-t-il laissé la trace d’un traumatisme tel que les autorités de la ville ont renoncé à remplacer les deux figures féminines afin d’éviter tout risque de récidive ? En 1743, un jour de Palio, dans le contexte de passion qui caractérise cette course, un spectateur est grimpé sur l’une des deux statues (il s’agissait de celle de Réa Silvia) afin de pouvoir profiter davantage du spectacle. Celle-ci, déjà fortement dégradée après quatre siècles d’exposition permanente aux intempéries, n’a pas résisté et s’est brisé, entraînant cet homme dans sa chute en occasionnant un accident mortel.

Les copies qui remplacent les bas-reliefs originaux ont été exécutées au cours de la décennie 1860-1870 par le sculpteur Tito Sarrocchi. En 1904, à l’occasion de l’importante Exposition de l’Art Ancien de Sienne (Mostra dell’Antica Arte Senese), les vestiges du monument qui fut pourtant l’une des raisons majeures de la fierté citoyenne trouvèrent un lieu d’exposition et furent remontés dans la Loggia dei Nove, à l’étage supérieur du Palais communal. Ils y demeurèrent jusqu’en 1989, date à laquelle commencèrent les premières phases de leur récupération, plus que de leur restauration compte tenu de leur état de délabrement. Plus d’un siècle après que les vestiges aient quitté la place du Campo, et après vingt ans d’un travail long et délicat, les bas-reliefs ont trouvé refuge dans les locaux de l’ancien Hôpital de Santa Maria della Scala.

Le bras droit
L’original du bras droit de la Fonte Gaia reconstitué dans la loggia du Palazzo Pubblico (1904-1989). À l’extrémité du bras exposé contre le mur, la figure de Réa Silvia pivotait de 45 degrés vers la droite afin d’être visible depuis la fontaine. Photographie ancienne [2]Photographie ancienne, d’après Fabio Bargagli Petrucci, « Fonte Gaia di Jacobo della Guercia », Fabio Bargagli PETRUCCI, Le fonti di Siena e i loro aquedotti, note storiche dalle origini fino al MDLV. Siena, Firenze, Roma, Leo S. Olschki, 1906. ».
La partie centrale
Le bRas gauche
Le bras gauche de la Fonte Gaia exposé dans la loggia du Palazzo Pubblico (1904-1989). À l’extrémité du bras exposé contre le mur, la figure de Acca Larentia pivotait de 45 degrés vers la gauche afin d’être visible depuis la fontaine. Photographie ancienne [3]Photographie ancienne, d’après Fabio Bargagli Petrucci, « Fonte Gaia di Jacobo della Guercia », Fabio Bargagli PETRUCCI, op. cit. ».

Notes

Notes
1 La construction de cette première fontaine avait nécessité d’énormes travaux hydrauliques parmi lesquels la construction d’un réseau de canalisations souterraines (les bottini) d’environ trente kilomètres de longueur, ainsi qu’un petit canal qui sera mis en valeur par l’architecte Francesco di Giorgio au XVe siècle.
2 Photographie ancienne, d’après Fabio Bargagli Petrucci, « Fonte Gaia di Jacobo della Guercia », Fabio Bargagli PETRUCCI, Le fonti di Siena e i loro aquedotti, note storiche dalle origini fino al MDLV. Siena, Firenze, Roma, Leo S. Olschki, 1906.
3 Photographie ancienne, d’après Fabio Bargagli Petrucci, « Fonte Gaia di Jacobo della Guercia », Fabio Bargagli PETRUCCI, op. cit.