Bien connues grâce aux auteurs antiques, en particulier Plutarque et Ovide. Dans le livre 2 des Fastes, Ovide explique que la fête des Lupercales se déroule en l’honneur du dieu Faunus (que l’on assimile à Pan). Il détaille tout le processus : les Luperques couraient nus (il s’agit d’une imitation du dieu Pan [1]« Ovide, témoin averti des rites romains et notre source principale pour les Lupercales, estimait que leur divinité était Faunus (*). Et il était loin d’être le seul ou le premier à le penser. La première mention, implicite, de la présence de Faunus au Lupercal remonte aux débuts de l’historiographie romaine : L. Cincius Alimentus, contemporain d’Hannibal, et L. … Poursuivre). Puis, il explique la nudité des Luperques, qui doit être mise en relation avec la l’histoire de Faunus et du couple formé par Hercule et Omphale. En effet, Faunus s’était épris d’Omphale ; alors qu’elle avait échangé ses vêtements avec Hercule et que le couple s’était allongé dans une grotte, Faunus arriva et, trompé par les vêtements, sauta sur Hercule qu’il avait pris pour Omphale, lequel le repoussa violemment. Depuis lors Faunus aurait eu un dégoût profond pour les vêtements, c’est la raison pour laquelle les Luperques n’en portent pas. En outre, Ovide évoque la relation entre les Lupercales et Romulus et Rémus, car le nom des Luperques trouve son origine dans la légende de la naissance des deux frères jumeaux, puisque l’endroit où se situe le figuier « Ruminal » porte le nom de « Lupercal » en l’honneur de la louve qui les allaita. Dans sa description des Lupercales, Ovide « a touché aux différents domaines couverts par l’historiographie antique : l’excursus ethnographique dans la description du mode de vie des premiers Arcadiens, l’anecdote avec la mésaventure amoureuse de Faunus, la narration pour la victoire de Rémus aux Lupercales, le merveilleux mythologique dans le récit de l’exposition des jumeaux ou encore la religion avec l’oracle de Junon. C’est avec le regard d’un antiquaire qu’Ovide a abordé le passé : en effet, il n’a pas adopté l’ordre chronologique caractéristique de l’écriture historique et il a, en apparence du moins, préféré suivre un ordre thématique – la nudité des Luperques d’abord, l’origine des noms lupercus et lupercal ensuite et la signification du rite de la flagellation enfin. »
Marie VER EECKE, « Ovide conteur d’histoire : les Lupercales (Fastes II, 267-462), dans Dialogues d’histoire ancienne. Supplément n. 4-1 (2010), Jeux et enjeux de la mise en forme de l’histoire. Recherches sur le genre historique en Grèce et à Rome. p. 27. En ligne : www.persee.fr/doc/dha_2108-1433_2010_sup_4_1_3339)), les Lupercalia (Lupercales) [2]« La fête des Lupercales (Lupercalia), qu’une tradition garantie par des monuments matériels fait remonter jusqu’aux temps où la ville de Rome était encore bornée à l’enceinte du Palatin, est aussi celle dont la popularité se défendit le mieux contre le christianisme, puisque son abolition ne date que de 494 ap. J.-C. C’est que, d’une part, son histoire … Poursuivre, très ancienne fête de purification [3]La fête des Lupercales, « à en juger par le temps où elle se célèbre, est une fête d’expiation : c’est un des jours néfastes du mois de février ; et le nom même de ce mois signifie expiatif. Ce jour s’appelait anciennement Februata. Le nom de Lupercales veut dire fête des loups : cela prouve, pense-t-on, qu’elle est très ancienne, et qu’elle date des Arcadiens, … Poursuivre, étaient célébrées dans la Rome antique du 13 au 15 février, c’est-à-dire à la fin de l’année romaine, et faisaient partie d’un groupe, avec les Quirinalia [4]Les Quirinalia étaient une très ancienne fête célébrée dans la Rome antique en l’honneur du dieu Quirinus (traditionnellement identifié avec Romulus divinisé). Instituée par le roi Numa Pompilius, la commémoration signait aussi la fin des Fornacalia et était connue comme étant stultorum feriae ((la « fête des fous » ou « des déments »)., célébréés le 17, et les Terminalia [5]Les Terminalia : ancienne fête romaine en l’honneur du dieu des frontières Terminus., le 23 du même mois [6]Ensemble, ces fêtes avaient le caractère d’une lustration qui, de la communauté entière, s’étendait par degré aux particuliers. Les Lupercalia pourvoyaient à la purification de la cité du Palatin et, par extension, de la grande ville sortie de ce noyau ; les Quirinalia étalent la fête des Curies, et les Terminalia, celle des maisons et des propriétés isolées ; les … Poursuivre.
Le déroulement de la fête comportait trois actes : un sacrifice, une course et un repas solennel. Dans un premier temps, les Luperques, prêtres de Faunus Lupercus, sacrifiaient un bouc et des chèvres à leur dieu dans la grotte du Lupercal, au pied du mont Palatin ; on y égorgeait également des chiens [7]C’est Plutarque qui ajoute cette précision : « Quant au chien immolé dans la fête, on pourrait dire, si cette fête est réellement un jour d’expiation, que c’est à titre de victime propre à purifier : en effet, les Grecs eux-mêmes se servent de ces animaux pour de semblables sacrifices ; et rien n’est fréquent chez eux comme les périscylacismes (*). Si c’est un … Poursuivre, si le renseignement donné par Plutarque ne résulte pas d’une confusion avec le culte des Lares, où l’immolation d’un chien avait sa place. Deux jeunes hommes, vêtus uniquement d’un pagne en peau de bouc, assistaient à la cérémonie. De son couteau, le prêtre sacrificateur apposait le sang du sacrifice sur leur front, qu’il essuyait ensuite à l’aide de laine imbibée de lait. Les jeunes gens devaient alors rire aux éclats [8]« Une fois essuyés, les jeunes garçons sont obligés de rire (*). Puis les Luperques taillent en lanières les peaux des chèvres ; et, courant tout nus, avec une simple ceinture de cuir, ils frappent de leurs courroies tous ceux qu’ils rencontrent. Les jeunes épouses ne fuient pas ces coups, persuadées de leur bienfaisante influence sur la fécondité des femmes et sur les … Poursuivre. Puis suivait une course à travers la ville de Rome. Les Luperques, non pas seulement ceux qui avaient été marqués à l’autel, mais tous les membres du collège, s’élançaient dans les rues [9]« […] et, en effet, nous voyons que les Luperques commencent leurs courses à l’endroit même où Romulus, dit-on, fut exposé. Au reste, il y a des pratiques qui sont loin d’éclaircir la question d’origine : on égorge des chèvres ; on fait approcher deux jeunes gens de noble maison ; des sacrificateurs leur touchent le front avec un couteau ensanglanté, et d’autres, à … Poursuivre, armés de lanières taillées dans la peau du bouc sacrifié, avec lesquelles ils fouettaient toutes les femmes rencontrées sur leur passage [10]Le point culminant de la fête survenait lorsque, en pleine rue, de jeunes matrones s’offraient spontanément aux coups de fouet (et, bien souvent, semble-t-il, aux étreintes sexuelles) de groupes de Luperques, jeunes hommes nus vêtus de peaux de bête, tous fidèles du dieu Faunus Lupercus. Même les femmes enceintes se soumettaient volontiers au rituel, convaincues qu’il … Poursuivre, qu’elles soient enceintes (pour un accouchement favorable) ou non (afin de se rendre fécondes), et qui souhaitaient avoir un enfant dans l’année [11]« Beaucoup de femmes en pleine maturité se placent à dessein sur le passage des Luperques et tendent les deux mains à leurs coups, comme dans une école, persuadées que c’est un moyen d’heureux accouchement pour celles qui sont enceintes, et, pour celles qui ne le sont pas, d’avoir des enfants. » PLUTARQUE, op. cit., p. 71.
S’agissant du parcours effectué par les Luperques à travers la ville, les sources anciennes sont quasiment muettes, l’information étant sans doute trop évidente pour les lecteurs habitués au spectacle de la cérémonie. Marie-Claire Ferries note que « les hypothèses les plus récentes retiennent l’idée de trajets multiples, peut-être individuels ou par groupe de Luperques, mais qui débutent au Lupercal et s’achèvent au forum en passant par la Via Sacra. Les différents points de passage cités par les textes soulignent encore une fois le caractère éminemment civique de ce rite, qui reprend en partie le trajet du triomphe de l’imperator et qui aboutit au cœur politique de la Ville. » [12]Marie-Claire FERRIES, « Les Lupercales, rite urbain et fête populaire. Les avatars d’une célébration séculaire », dans Le destin des rituels : faire corps dans l’espace urbain, Italie-France-Allemagne / Il destino dei rituali : « faire corps » nello spazio urbano, Italia-Francia-Germania, Rome, École Française de Rome, 2008. pp. 21-40. (Publications de … Poursuivre
Les Lupercales ont survécu tardivement et n’ont été abolies par le pape Gélase Ier qu’à la fin du Ve siècle [13]Dans le texte intitulé Adversus Andromachum contra Lupercalia (*), lettre ouverte adressée au sénateur Andromacus (**), alors princeps senatus (***), le pape Gélase utilise une rhétorique en plusieurs points afin de discréditer les partisans de la fête et justifier la suppression de cette dernière : – l’inefficacité historique : « Proponite igitur pro quibus … Poursuivre. Gélase cherchait à remplacer les traditions païennes encore vivaces par des célébrations chrétiennes, ce qui, à tort ou à raison, a parfois été associé à l’instauration de fêtes comme la Chandeleur ou la Saint-Valentin. Quoi qu’il en soit, les Lupercales de 494-495 furent les dernières célébrées à Rome, marquant l’extinction définitive de ce rite millénaire.
A Sienne, au début du XVIe siècle, Domenico Beccafumi a orné de peintures les spalliere d’un ensemble mobilier destiné à une chambre nuptiale, dont les sujets sont empruntés à l’histoire romaine et tous liés au mariage, à la maternité et à son corollaire, la fécondité, à la fidélité, ainsi qu’aux vertus d’épouse de certaines héroïnes antiques. Parmi ces différents sujets figurait la scène de la course des Luperques [14]Domenico Beccafumi, I Lupercali. Londres, National Gallery..
Notes
| 1↑ | « Ovide, témoin averti des rites romains et notre source principale pour les Lupercales, estimait que leur divinité était Faunus (*). Et il était loin d’être le seul ou le premier à le penser. La première mention, implicite, de la présence de Faunus au Lupercal remonte aux débuts de l’historiographie romaine : L. Cincius Alimentus, contemporain d’Hannibal, et L. Cassius Hemina, historien de la première moitié du Il siècle, écrivirent : Cincius et Cassius aiunt ab Euandro Faunum deum appellatum i deoque aedes sacras ‘faunas’ primo appellatas, postea fana dicta. (**) » (***)
(*) OVIDE, Fastes, II, 267-268 : « Tertia post Idus nudos Aurora Lupercos aspicit et Fauni sacra bicomis eunt. » Cf. Fastes, V, 101-102. |
|---|---|
| 2↑ | « La fête des Lupercales (Lupercalia), qu’une tradition garantie par des monuments matériels fait remonter jusqu’aux temps où la ville de Rome était encore bornée à l’enceinte du Palatin, est aussi celle dont la popularité se défendit le mieux contre le christianisme, puisque son abolition ne date que de 494 ap. J.-C. C’est que, d’une part, son histoire est inséparable des légendes sur la fondation de Rome, et que, d’autre part, méconnue peu à peu comme cérémonie religieuse, elle resta chère à l’opinion comme réjouissance profane, sans cesser pour cela de donner satisfaction aux instincts superstitieux des foules. Les Lupercales tiraient leur nom d’une grotte de rocher, Lupercal ((Virgile appelle la grotte Iliavortis antrum (*), en souvenir de Mars, l’amant de Réa Silvia, mère de Romulus et Rémus, et au dieu Mars. célébrée dans une grotte ouverte dans les flancs du Palatin et qui fut, suivant la légende, le berceau où la Louve allaita les deux Jumeaux apportés par un débordement du Tibre. L’emplacement de cette grotte était douteux déjà sous le règne d’Auguste, tant les constructions récentes avaient bouleversé l’aspect des lieux. » (« Lupercalia », Portail de l’université Toulouse-Jean Jaurès. En ligne : https://dagr.univ-tlse2.fr/consulter/2017/LUPERCALIA/texte).
(*) Iliavortis antrum, en référence à Ilia (autre nom de Réa Silvia. |
| 3↑ | La fête des Lupercales, « à en juger par le temps où elle se célèbre, est une fête d’expiation : c’est un des jours néfastes du mois de février ; et le nom même de ce mois signifie expiatif. Ce jour s’appelait anciennement Februata. Le nom de Lupercales veut dire fête des loups : cela prouve, pense-t-on, qu’elle est très ancienne, et qu’elle date des Arcadiens, compagnons d’Évandre. Ce n’est pas là une raison. Ce nom peut venir de la louve qui allaita Romulus.
PLUTARQUE, Vie des Hommes illustres, I, « Vie de Romulus », 21, 4-9 (traduction française : Alexis PIERRON, Paris, Charpentier, 1854, p, 70). |
| 4↑ | Les Quirinalia étaient une très ancienne fête célébrée dans la Rome antique en l’honneur du dieu Quirinus (traditionnellement identifié avec Romulus divinisé). Instituée par le roi Numa Pompilius, la commémoration signait aussi la fin des Fornacalia et était connue comme étant stultorum feriae ((la « fête des fous » ou « des déments »). |
| 5↑ | Les Terminalia : ancienne fête romaine en l’honneur du dieu des frontières Terminus. |
| 6↑ | Ensemble, ces fêtes avaient le caractère d’une lustration qui, de la communauté entière, s’étendait par degré aux particuliers. Les Lupercalia pourvoyaient à la purification de la cité du Palatin et, par extension, de la grande ville sortie de ce noyau ; les Quirinalia étalent la fête des Curies, et les Terminalia, celle des maisons et des propriétés isolées ; les pratiques qui les distinguaient les unes et les autres se ramènent toutes à la Februatio qui a valu son nom au mois entier ; et l’importance des Lupercales, à ce point de vue, se manifeste dans le vocable de Februarius donné ou au dieu Taunus, ou à la divinité inconnue qui y préside. |
| 7↑ | C’est Plutarque qui ajoute cette précision : « Quant au chien immolé dans la fête, on pourrait dire, si cette fête est réellement un jour d’expiation, que c’est à titre de victime propre à purifier : en effet, les Grecs eux-mêmes se servent de ces animaux pour de semblables sacrifices ; et rien n’est fréquent chez eux comme les périscylacismes (*). Si c’est un acte de reconnaissance envers la louve qui nourrit et sauva Romulus, ce n’est pas sans raison qu’on immole un chien, l’ennemi né des loups : peut-être aussi punit-on cet animal de ce qu’il trouble les Luperques dans leurs courses. »
(*) Les périscylacismes désignent, dans l’Antiquité grecque et romaine, des sacrifices rituels consistant à immoler ou à faire faire le tour d’un lieu avec des chiens pour assurer une purification (notamment mentionné par Plutarque dans ses Vies des hommes illustres, à propos des traditions romaines et grecques. |
| 8↑ | « Une fois essuyés, les jeunes garçons sont obligés de rire (*). Puis les Luperques taillent en lanières les peaux des chèvres ; et, courant tout nus, avec une simple ceinture de cuir, ils frappent de leurs courroies tous ceux qu’ils rencontrent. Les jeunes épouses ne fuient pas ces coups, persuadées de leur bienfaisante influence sur la fécondité des femmes et sur les accouchements. Enfin, une autre particularité de cette fêle, c’est que les Luperques sacrifient un chien. »
PLUTARQUE, Vie des Hommes illustres, I, « Vie de Romulus », 21, 4-9 (traduction française : Alexis PIERRON, Paris, Charpentier, 1854, pp, 70-71). |
| 9↑ | « […] et, en effet, nous voyons que les Luperques commencent leurs courses à l’endroit même où Romulus, dit-on, fut exposé. Au reste, il y a des pratiques qui sont loin d’éclaircir la question d’origine : on égorge des chèvres ; on fait approcher deux jeunes gens de noble maison ; des sacrificateurs leur touchent le front avec un couteau ensanglanté, et d’autres, à l’instant même, le leur essuient avec de la laine imbibée de lait. Caïus Acilius (*) raconte qu’avant la fondation de Rome, Romulus et son frère perdirent un jour la trace de leur troupeau ; qu’après avoir fait leur prière au dieu Faune, ils se dépouillèrent de leurs habits, pour courir à la recherche sans être incommodés par la chaleur, et que c’est pour cela que les Luperques courent tout nus. » PLUTARQUE, op. cit., pp, 70-71.
(*) Caïus Acilius Glabrio, historien, fut peut-être tribun du peuple l’an de Rome 556 (78 av. J.C. dans le calendrier Julien). Il est l’auteur d’une histoire de Rome écrite en grec, intitulée Annales. |
| 10↑ | Le point culminant de la fête survenait lorsque, en pleine rue, de jeunes matrones s’offraient spontanément aux coups de fouet (et, bien souvent, semble-t-il, aux étreintes sexuelles) de groupes de Luperques, jeunes hommes nus vêtus de peaux de bête, tous fidèles du dieu Faunus Lupercus. Même les femmes enceintes se soumettaient volontiers au rituel, convaincues qu’il profiterait à leur enfant à naître. Ainsi, le jour des Lupercales, l’ordre humain régi par la loi se trouvait suspendu, et le chaos primordial, caractérisé par des rencontres sexuelles fortuites et purement éphémères, qui régnait habituellement dans les forêts sauvages, faisait irruption au sein de la communauté. |
| 11↑ | « Beaucoup de femmes en pleine maturité se placent à dessein sur le passage des Luperques et tendent les deux mains à leurs coups, comme dans une école, persuadées que c’est un moyen d’heureux accouchement pour celles qui sont enceintes, et, pour celles qui ne le sont pas, d’avoir des enfants. » PLUTARQUE, op. cit., p. 71 |
| 12↑ | Marie-Claire FERRIES, « Les Lupercales, rite urbain et fête populaire. Les avatars d’une célébration séculaire », dans Le destin des rituels : faire corps dans l’espace urbain, Italie-France-Allemagne / Il destino dei rituali : « faire corps » nello spazio urbano, Italia-Francia-Germania, Rome, École Française de Rome, 2008. pp. 21-40. (Publications de l’École française de Rome, 404). En ligne : www.persee.fr/doc/efr_0223-5099_2008_act_404_1_9287 |
| 13↑ | Dans le texte intitulé Adversus Andromachum contra Lupercalia (*), lettre ouverte adressée au sénateur Andromacus (**), alors princeps senatus (***), le pape Gélase utilise une rhétorique en plusieurs points afin de discréditer les partisans de la fête et justifier la suppression de cette dernière : – l’inefficacité historique : « Proponite igitur pro quibus aut submovendis malis, aut promerendis bonis Lupercalia vestra fuerint instituta, et videamus quae illa bona provenerint, cum Lupercalia gererentur, et quae mala successerint cum Lupercalia viderentur ablata. » (« Présentez donc quels maux vos Lupercales devaient écarter, ou quels biens elles devaient mériter, et voyons quels biens sont survenus quand les Lupercales étaient célébrées, et quels maux ont succédé quand les Lupercales ont semblé supprimées. ») ; « Defenditis autem quod ignoratis, et caeca superstitione retinetis. » (« Vous défendez ce que vous ignorez, et vous le retenez par une aveugle superstition. ») – l’accusation d’hypocrisie chrétienne : « Non potes enim mensae Domini participare et mensae daemoniorum; nec calicem Domini bibere et calicem daemoniorum. Non potes templum Dei esse et templum diaboli: lux simul et tenebrae in te convenire non possunt. » (« Tu ne peux pas en effet participer à la table du Seigneur et à la table des démons ; ni boire le calice du Seigneur et le calice des démons. Tu ne peux pas être le temple de Dieu et le temple du diable : la lumière et les ténèbres ne peuvent s’accorder en toi.) » Le pape cite ici saint Paul : « […] Je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. Vous ne pouvez pas boire au calice du Seigneur et au calice des démons ; vous ne pouvez pas partager la table du Seigneur et la table des démons. » (1 Cor 10, 20-21) – la perversion morale (le péché revendiqué) :« Ceteri peccatores occultant peccata sua. […] Vos autem nefandum crimen publice defenditis et quasi rem debitam celebratis. » (« Les autres pécheurs cachent leurs péchés. […] Vous, au contraire, vous défendez publiquement un crime abominable et vous le célébrez comme une chose légitime.) – le défi de la nudité : « Si salutare hoc esse dicitis, vos celebrate more antiquo: ipsi nudi currite, ut vos totius pudoris theatrum in vos recipiatis. » (« Si vous dites que cela apporte le salut, célébrez-le vous-mêmes selon la coutume antique : courez vous-mêmes nus, afin de recevoir sur vous-mêmes tout le spectacle de la honte. » – enfin, il dénonce une fête qui n’a plus rien de sacré et agite la menace : « Quicumque igitur ad haec sacrilegia redire voluerit, a sacra communione separetur, quia ipse se a domo Dei iudicavit alienum. » (« Quiconque voudra donc revenir à ces sacrilèges, qu’il soit séparé de la sainte communion, car il s’est jugé lui-même étranger à la maison de Dieu. ») (*) GÉLASE Ier, Lettre contre les Lupercales et Dix-huit messes du Sacramentaire léonien, Paris, Cerf (Collection : Sources chrétiennes), 1976. |
| 14↑ | Domenico Beccafumi, I Lupercali. Londres, National Gallery. |
