
Domenico Beccafumi (Valdibiena [Montaperti (Sovicille)], entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551)
I Lupercali (Les Lupercales), v. 1519.
Huile sur panneau, 67 x 125 cm.
Inscriptions :
- (sopra l’architrave del portale sulla sinistra) : « DE STERILI FIERI CVPIENS FECVNDA LVPERCIS / HIS DET COEDENDAS NUVPTA PVELLA MANVS » [1]« De sterili fieri cuiens fecunda Lupercis / His det coedendas nupta puella manus » : « Que la jeune femme mariée qui désire passer de la stérilité à la fécondité grâce aux Luperques leur tende les mains pour en être frappée ». D’après le texte d’Ovide : « Jeune épouse, qu’attends-tu ? Ni la vertu des simples, ni les prières, ni les chants magiques … Poursuivre
Provenance : Palazzo del Magnifico [2]Mobilier de la chambre nuptiale de Francesco di Camillo Petrucci., Sienne.
Florence, Collezione Martelli.
Plus d’une vingtaine d’auteurs anciens, et non des moindres [3]Parmi ces auteurs : Cicéron, Varron, Tite-Live, Plutarque, Ovide, Dion Cassius, Augustin., ont évoqué les Lupercales, parfois à plusieurs reprises mais une grande partie du cérémonial nous échappe. Selon Ovide, les origines de la fête des Lupercales remontent à l’époque de Romulus, le fondateur de la ville [4]À Rome, cette fête avait lieu du 13 au 15 février, c’est-à-dire à la fin de l’année romaine.. La légende raconte qu’au cours de son règne, une période prolongée d’infertilité aurait frappé les femmes romaines, les incitant à se rendre en pèlerinage dans le bois sacré de Junon, déesse du foyer. Celle-ci leur aurait enjoint de se laisser « pénétrer par le bouc sacré » — une référence au dieu Faunus Lupercus. La légende de la fondation de Rome évoque une louve nommée Luperca qui allaita les jumeaux durant leur petite enfance, faisant ainsi de l’animal un symbole de la cité. Selon une interprétation allégorique, la louve représente une prostituée — les femmes exerçant ce métier étant qualifiées péjorativement de « louves » —, symbolisant ainsi les origines modestes de Rome.
Au-delà de la légende, cette version romaine se rapproche probablement davantage de la réalité de cette fête que celles d’origine grecque, car il est avéré que les peuples voisins — notamment les Sabins, premiers alliés de Rome — pratiquaient des rites similaires. Il est possible qu’après la conquête de la Grèce à la fin de l’époque républicaine, certaines caractéristiques du rite arcadien aient été adoptées, la fête des Lupercales mêlant des éléments issus des deux versions [5]Voir : Marie-Claire FERRIES, « Les Lupercales, rite urbain et fête populaire. Les avatars d’une célébration séculaire », dans Le destin des rituels : faire corps dans l’espace urbain, Italie-France-Allemagne / Il destino dei rituali : « faire corps » nello spazio urbano, Italia-Francia-Germania, Rome, École Française de Rome, 2008. pp. 21-40. (Publications de … Poursuivre. Dans l’interprétation romaine, la louve n’était pas perçue comme un danger à éloigner, mais plutôt comme une incarnation de Faunus Lupercus, qui avait pris cette forme pour protéger Romulus et Rémus. À l’inverse, une autre interprétation allégorique associe la louve à une prostituée [6]À Rome, les prostituées étaient qualifiées de « louves », et l’on notera avec intérêt que la mère naturelle de Romulus et Rémus, la vestale Réa Silvia, était parfois présentée comme telle.. En assemblant les pièces de ce puzzle mythologique, les Romains se sont probablement livrés à un exercice d’interprétation visant à fusionner en une figure unique la prostituée-louve, symbole de la fertilité humaine, et le dieu-bouc, symbole de la fertilité de la nature. Entièrement nus [7]« La troisième aurore qui se lève après les Ides voit les Luperques courant tout nus, et célébrant la fête du dieu qui porte deux cornes. Muses, dites-nous l’origine de ces solennités et de quelles contrées elles furent transportées dans notre Latium. » OVIDE, Fastes, 2, 267-270 ; « Mais pourquoi cet usage de courir, et pourquoi ne courent-ils qu’après … Poursuivre ou ne portant qu’une « ceinture de peau [8]Plutarque, voir note 8 ci-dessous.. », affublés de masques de loup ou, selon d’autres versions, le visage barbouillé de boue, les Luperques couraient autour du Palatin, frappant les femmes croisées en chemin avec les peaux issues du sacrifice. Le spectacle devait manquer de bienséance, car Auguste, soucieux de la moralité publique, confia le rôle des Luperques aux fils de l’ordre équestre, excluant les patriciens de cette pratique qu’il jugeait indigne de leur rang.
Selon le récit détaillé de Plutarque [9]« Nous avons déjà parlé de la fête Palilia (*) ; celle des Lupercales, à en juger par l’époque de sa célébration, doit être une fête d’expiation : c’est le jour le plus malheureux du mois de février ; et le nom même de ce mois signifie expiatif. Ce jour s’appelait anciennement Februata. Le nom de la fête veut dire en grec la fête des loups ; cela prouve qu’elle est … Poursuivre, les festivités débutaient par le sacrifice de boucs et/ou de chèvres, ainsi que d’un chien, dans la grotte du Lupercal [10]L’essentiel du cérémonial dans la grotte est exposé par Plutarque, Romulus, 21, 4-9. La majorité des sources se concentre sur la course., sur le mont Palatin — l’endroit même où, selon la légende, Romulus et Rémus avaient été allaités par la louve. La cérémonie était officiée par les Luperques, jeunes prêtres spécifiquement voués à ce culte. Avec des lanières découpées dans la peau des victimes animales sacrifiées, ils couraient en frappant toutes les femmes qui leur présentaient les mains et le dos : la croyance voulait que ces coups de fouet les rendent mères [11]« Jeune mariée, dit Ovide, qu’attends-tu ? ce n’est pas par des herbes au pouvoir surnaturel, ni par la prière et les formules magiques que tu enfanteras. Reçois tranquillement les coups de la main qui féconde et bientôt ton beau-père sera grand-père. ». À l’issue de cette course, deux nouveaux membres, choisis parmi les fils de familles patriciennes, étaient initiés à cette charge sacerdotale.
Notes
Notes 1↑ « De sterili fieri cuiens fecunda Lupercis / His det coedendas nupta puella manus » : « Que la jeune femme mariée qui désire passer de la stérilité à la fécondité grâce aux Luperques leur tende les mains pour en être frappée ». D’après le texte d’Ovide : « Jeune épouse, qu’attends-tu ? Ni la vertu des simples, ni les prières, ni les chants magiques ne te feront concevoir. Offre patiemment ton sein aux coups d’une main qui te rendra mère, et bientôt le nom d’aïeul charmera l’oreille du père de ton époux. Il fut un temps où nos Romaines, comme poursuivies par une influence funeste, obtenaient rarement de l’hymen les doux fruits qu’on en espère. » (OVIDE, Fastes, 2, 425-430).
2↑ Mobilier de la chambre nuptiale de Francesco di Camillo Petrucci. 3↑ Parmi ces auteurs : Cicéron, Varron, Tite-Live, Plutarque, Ovide, Dion Cassius, Augustin. 4↑ À Rome, cette fête avait lieu du 13 au 15 février, c’est-à-dire à la fin de l’année romaine. 5↑ Voir : Marie-Claire FERRIES, « Les Lupercales, rite urbain et fête populaire. Les avatars d’une célébration séculaire », dans Le destin des rituels : faire corps dans l’espace urbain, Italie-France-Allemagne / Il destino dei rituali : « faire corps » nello spazio urbano, Italia-Francia-Germania, Rome, École Française de Rome, 2008. pp. 21-40. (Publications de l’École française de Rome, 404). En ligne : www.persee.fr/doc/efr_0223-5099_2008_act_404_1_9287, p. 23. 6↑ À Rome, les prostituées étaient qualifiées de « louves », et l’on notera avec intérêt que la mère naturelle de Romulus et Rémus, la vestale Réa Silvia, était parfois présentée comme telle. 7↑ « La troisième aurore qui se lève après les Ides voit les Luperques courant tout nus, et célébrant la fête du dieu qui porte deux cornes. Muses, dites-nous l’origine de ces solennités et de quelles contrées elles furent transportées dans notre Latium. » OVIDE, Fastes, 2, 267-270 ; « Mais pourquoi cet usage de courir, et pourquoi ne courent-ils qu’après avoir dépouillé tout vêtement ? C’est que le dieu [Pan] se plaît à errer d’un pas rapide au sommet des montagnes escarpées, et à jeter l’alarme parmi les bêtes sauvages. Nu lui-même, il veut que ses ministres le soient : les vêtements embarrassent celui qui veut courir. » Ibid., 2, 283-288. 8↑ Plutarque, voir note 8 ci-dessous.. 9↑ « Nous avons déjà parlé de la fête Palilia (*) ; celle des Lupercales, à en juger par l’époque de sa célébration, doit être une fête d’expiation : c’est le jour le plus malheureux du mois de février ; et le nom même de ce mois signifie expiatif. Ce jour s’appelait anciennement Februata. Le nom de la fête veut dire en grec la fête des loups ; cela prouve qu’elle est très ancienne, et qu’elle date du temps des Arcadiens qui suivirent Évandre en Italie ; c’est du moins l’opinion commune. Mais elle peut aussi avoir pris son nom de la louve [lupa] qui allaita Romulus ; et ce qui porte à le croire, c’est que les Luperques commencent leurs courses à l’endroit même où Romulus fut exposé. Il serait difficile d’assigner les causes des usages qui s’y pratiquent : on y égorge des chèvres ; on fait approcher deux jeunes gens des premières familles de Rome ; on leur touche le front avec un couteau ensanglanté, et aussitôt on le leur essuie avec de la laine imbibée de lait. Après cette dernière cerémonie, ils sont obligés de rire ; ensuite les Luperques font des lanières des peaux de ces chèvres, et courant tout nus avec une simple ceinture de cuir, ils frappent tous ceux qu’ils rencontrent. Une autre particularité de cette fête, c’est que les Luperques y sacrifient un chien. Un poète nommé Butas, qui, dans ses vers élégiaques, rapporte les origines fabuleuses des coutumes romaines, dit que Romulus, après avoir vaincu Amulius, courut, transporté de joie, jusqu’au lieu où son frère et lui avaient été allaités par la louve ; que cette fête est une imitation de sa course, et que les jeunes gens des meilleures familles courent ainsi. » PLUTARQUE, Les Vies des hommes illustres, t 1, « Vie de Romulus », 27, 4-9. (traduction française : D. RICHARD, Paris, Bureau des Éditeurs, 1830). En ligne : https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/romulus.htm#30 (*) « On convient généralement que Rome fut fondée le onze avant les calendes de mai ; jour que les Romains fêtent encore à présent, et qu’ils appellent le jour natal de leur patrie. Anciennement, dit-on, ils n’y sacrifiaient aucun être qui eût vie ; ils croyaient qu’une fête consacrée à la naissance de leur ville devait être entièrement pure, et qu’il ne fallait pas la souiller de sang. Avant la fondation de Rome, ils célébraient, ce même jour, une fête champêtre qu’ils appelaient Palilia. » PLUTARQUE, op. cit., 14, 1.
10↑ L’essentiel du cérémonial dans la grotte est exposé par Plutarque, Romulus, 21, 4-9. La majorité des sources se concentre sur la course. 11↑ « Jeune mariée, dit Ovide, qu’attends-tu ? ce n’est pas par des herbes au pouvoir surnaturel, ni par la prière et les formules magiques que tu enfanteras. Reçois tranquillement les coups de la main qui féconde et bientôt ton beau-père sera grand-père. »

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