Le limbe (selon Dante)

Le limbe (limbo [1]Dante parle du limbe, au singulier, et semble mêler le limbe des patriarches et celui des enfants.) tel que le décrit Dante s’écarte peu de la théologie chrétienne de l’époque. Dante le situe sur le « rebord » supérieur de l’Enfer, dans le premier cercle, séparé de l’antichambre de l’enfer par la rivière Aquéron. Au Chant IV de l’Enfer, Virgile lui explique que le limbe abrite les ombres de ceux qui ont vécu avant la naissance du Christ et n’ont donc pu connaître la Révélation, ainsi que ceux, morts sans baptême, qui n’ont pu recevoir ce sacrement « qui est le seuil de la foi. » [2]« […] ch’è porta de la fede […] », Enfer, IV, v. 36, La Divine Comédie (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset), op. cit, p. 30. ». Leur peine se limite au désir éternel de voir Dieu, sans inclure de supplices corporels, mais sans espoir que ce désir de le voir soit jamais comblé : « Ils n’adorèrent pas Dieu comme il convient : je suis moi-même un de ceux-là. » [3]« […] non adorar debitamente a Dio : / e di questi cotai son io medesmo. » Enfer, IV, v. 38-39, op. cit., p. 31. Comme de nombreuses autres ombres peuplant le limbe dantesque, le poète, ayant vécu avant l’Incarnation, n’a pas reçu le Baptême. 

Dante lui ayant demandé si un esprit avait jamais été délivré du limbe, Virgile lui répond que cela a été le cas peu de temps après sa propre arrivée : le Christ – un « puissant, avec un signe de victoire, et couronné [4]« […] un possente, / con segno di vittoria, e coronato », ibid., p. 30. » lui dit Virgile – en libéra alors un grand nombre parmi lesquels Adam, Abel, Noé, Moïse, Abraham, David, Jacob et ses douze enfants, ainsi que Rachel.

En plus des enfants morts sans baptême, le poète place dans le limbe les âmes de ceux qui n’étaient pas chrétiens, mais vivaient comme des hommes justes et ne méritaient donc pas l’enfer. [5]Dans le limbe de Dante, résident plusieurs catégories d’ombres :  celles des enfants nés avant Abraham : ils se trouvent dans l’Empyrée, zone inférieure de la Rose des Bienheureux (dans le ciel de l’Empyrée ou Béatrice a rejoint la Rose des Bienheureux Bernard de Clairvaux, vieillard vêtu de blanc, devient le dernier guide de Dante. Bernard l’invite à regarder les … Poursuivre Parmi ceux-ci, une place particulière est réservée aux grands personnages de l’histoire, notamment des Grecs et Romains anciens (parmi les plus importants Aristote, Homère et César), mais aussi Adam et Eve ainsi que des musulmans comme Saladin, Avicenne et Averroès : ceux-ci vivent dans un château éclairé d’une lumière surnaturelle (c’est le seul endroit lumineux d’un enfer entièrement plongé dans les ténèbres), dans un état mélancolique mais serein, qui doit beaucoup à la suggestion des Champs Élysées décrite dans le sixième livre de l’Énéide. Virgile fait aussi partie de ces grands personnages ; il a momentanément laissé sa place parmi eux pour guider Dante dans son périple. Dans le limbe de Dante, certaines âmes ne sont pas présentes car elles ont été transférées au Paradis au moment de la Résurrection du Christ [6]Paradis, chant XXXII.

Notes

Notes
1 Dante parle du limbe, au singulier, et semble mêler le limbe des patriarches et celui des enfants.
2 « […] ch’è porta de la fede […] », Enfer, IV, v. 36, La Divine Comédie (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset), op. cit, p. 30. ».
3 « […] non adorar debitamente a Dio : / e di questi cotai son io medesmo. » Enfer, IV, v. 38-39, op. cit., p. 31. Comme de nombreuses autres ombres peuplant le limbe dantesque, le poète, ayant vécu avant l’Incarnation, n’a pas reçu le Baptême.
4 « […] un possente, / con segno di vittoria, e coronato », ibid., p. 30.
5 Dans le limbe de Dante, résident plusieurs catégories d’ombres : 

  • celles des enfants nés avant Abraham : ils se trouvent dans l’Empyrée, zone inférieure de la Rose des Bienheureux (dans le ciel de l’Empyrée ou Béatrice a rejoint la Rose des Bienheureux Bernard de Clairvaux, vieillard vêtu de blanc, devient le dernier guide de Dante. Bernard l’invite à regarder les bienheureux de l’Ancien et du Nouveau Testament, disposés en cercle sur les pétales d’une rose blanche (chants XXXI et XXXII). Il exhorte Dante à contempler le visage glorieux de Marie et de l’archange Gabriel qui chante Ave Maria, gratia plena (chant XXXII, v. 85-114). Dans l’ultime chant du Paradis, Bernard prie la Vierge avec ardeur pour que Dante lève les yeux vers la lumière divine. Le poète croit voir trois cercles de la même taille et de couleurs différentes, la Trinité (chant XXXIII, v. 109-138). Il observe le second cercle de l’Incarnation et mesure son incapacité à comprendre ces mystères, jusqu’au moment où l’amour divin apaise sa volonté de savoir)
  • celles des enfants circoncis après Abraham (d’abord instruit dans cette pratique par Dieu) et avant la venue du Christ car la circoncision peut être configurée comme une sorte de Baptême (Thomas d’Aquin, Summa, III ; Quaestio, LXX.) : ils résident eux aussi dans l’Empyrée (les non circoncis sont en enfer)
  • celles des adultes (Patriarches ou non) morts sans avoir commis de fautes et tâchés par le seul péché originel, d’Abraham à Jean Baptiste (tous résident dans la moitié supérieure de l’Empyrée, à gauche de la Rose, sous la Vierge Marie).
6 Paradis, chant XXXII.
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