Claus Sluter (Haarlem, v. 1355 – Dijon, 1406) et Claus de Werve (Haarlem, 1380 – Dijon, 1439), avec la collaboration de Jean Malouel (Nimègue [duché de Gueldre, dans les actuels Pays-Bas], entre 1370 et 1375 – Dijon, 1415) pour la polychromie. [1]En 2003, la restauration du Puits de Moïse a permis de mettre en évidence des traces de couleur. Cette polychromie est due à Jean Malouel, peintre en titre de Philippe le Hardi et probable auteur de la Grande Pietà ronde conservée au musée du Louvre. Originaire des Pays-Bas, comme Claus Sluter, il collabore étroitement avec ce dernier à la réalisation du Puits de … Poursuivre
Le puits de Moïse, 1396-1405.
Calcaire avec traces de polychromie, 2,6 x 7 m [2]Le monument dans sa configuration d’origine (fig. 2) mesurait près de 13 mètres de hauteur..
Inscriptions [3]Sources des inscriptions : voir Les livres de la Bible. :
- (sous la statue de Moïse) : « MOYSES PROPHE »
- (sur le phylactère tombant de l’épaule gauche du prophète) : « Immolabit agnum multitudo filiorum Israhel ad vesperam » [4]« […] et servabitis eum usque ad quartamdecimam diem mensis huius immolabitque eum universa multitudo filiorum Israhel ad vesperam. « (« Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour de ce mois ; et toute l’assemblée d’Israël l’immolera au soir. ») Ex 12, 6.
- (sous la statue de David) : « DAVID PROPHE »
- (sur le rouleau qu’il tient de la main gauche) : « Foderunt manus meas et pedes meos, numerarunt ossa » [5]« […] circumdederunt me venatores concilium pessimorum vallavit me vinxerunt manus meas et pedes meos. numeravi omnia ossa mea. » (« Car des chiens m’environnent, une bande de scélérats rôdent autour de moi, ils ont percé mes mains et mes pieds. Je pourrais compter tous mes os. ») Ps 22, 16-17.
- (sous la statue de Jérémie) : « JEREMIAS PROPHE »
- (sur le phylactère tombant du livre tenu par le prophète) : « O vos omnes qui transitis per viam, attendite et videte si est dolor sicut dolor meus » [6]« Ô vous tous qui passez sur le chemin, regardez-moi et voyez s’il est une douleur semblable à la mienne. ») Lm 1, 12.
- (sous la statue de Zacharie) : « ZACHARIAS PROPHE »
- (sur le phylactère sur lequel il semble avoir lui-même écrit) : « Appenderunt mercedem meam triginta argenteos » [7]« […] et dixi ad eos si bonum est in oculis vestris adferte mercedem meam et si non quiescite et adpenderunt mercedem meam triginta argenteos. » (« Je leur dis : Si vous le trouvez bon, donnez-moi mon salaire ; sinon, ne le donnez pas. Et ils pesèrent pour mon salaire trente sicles d’argent. ») Za 11, 12. Le sicle est ancienne unité de poids (ainsi qu’une … Poursuivre
- (sous la statue de Daniel) : « DANIEL PROPHE »
- (sur le phylactère qu’il désigne du doigt) : « Post hebdomadas sexaginta duas occidetur Christus » [8]« […] et post ebdomades sexaginta duas occidetur christus et non erit eius et civitatem et sanctuarium dissipabit populus cum duce venturo et finis eius vastitas et post finem belli statuta desolatio. » (« Après soixante-deux semaines, un messie sera retranché, et il n’aura pas de successeur. Le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa … Poursuivre
- (sous la statue d’Isaïe) : « PROPAS (?) PROPHE »
- (sur le phylactère d’Isaïe) : « Sicut ovis ad occisionem ducetur, et quasi agnus coram tondente se obmutescet et non aperiet os suum » [9]« […] oblatus est quia ipse voluit et non aperuit os suum sicut ovis ad occisionem ducetur et quasi agnus coram tondente obmutescet et non aperiet os suum. » (« Il a été maltraité et opprimé, et il n’a point ouvert la bouche, semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, et comme une brebis muette devant ceux qui la tondent, il n’a point ouvert la … Poursuivre
Provenance : In situ.
Dijon, Ancienne chartreuse de Champmol, aujourd’hui Centre hospitalier spécialisé La Chartreuse.


Le Puits de Moïse [10]Le Puits de Moïse a d’abord été connu sous le simple nom de « croix » ou « grand calvaire », enfin, « Puits des Prophètes » à la suite de la disparition de la partie supérieure du monument. L’appellation actuelle (« Puits de Moïse ») est apparue pour la première fois dans des notes (*) de l’érudit dijonnais Louis-Bénigne Baudot … Poursuivre constituait le piédestal d’un calvaire monumental érigé dès l’origine dans le cloître principal de la Chartreuse de Champmol (Dijon), à l’endroit où se situait alors le cimetière des moines. Il est formé d’une pile hexagonale d’environ sept mètres de haut, baignant dans un bassin alimenté par la nappe phréatique, conception symbolique illustrant le thème de la fontaine de vie. Cette pile, nettement délimitée à sa base par un larmier et à son sommet par une large corniche qui déborde largement en surplomb, présente une série de niches à remplage trilobé. Chacune de ces niches est encadrée de très fines colonnettes à chapiteaux feuillagés et surmontée d’un ange exprimant par ses gestes et son expression une indicible douleur. Chacune, enfin, accueille la figure d’un prophète. La partie supérieure du calvaire a disparu à la fin du XVIIIe siècle [11]En 1791, Baudot évoquant l’état où se trouve la Chartreuse de Champmol, noté que « la croix a été enlevée ou cassée » (Kathleen Morand, op. cit., p.342, note 4.. Privé depuis lors du crucifix qui le surmontait, le monument actuel, sculpté entre 1395 [12] et 1406 par Claus Sluter et son atelier (dans lequel œuvrait son talentueux neveu et successeur, Claus de Werve), ne traduit plus à lui seul l’idée directrice du programme iconographique qui consistait à mettre en relation la Passion du Christ et les prophètes de l’Ancien Testament qui l’ont annoncée. En partant d’un examen minutieux de la base hexagonale et de ses six prophètes (Moïse, David, Jérémie, Zacharie, Daniel et Isaïe), des divers fragments sculptés qui subsistent de l’ancien monument [12]Parmi ces fragments retrouvés lors des fouilles entreprises à l’occasion du curage du Puits de Moïse en 1842, figurent, en particulier, le buste et les jambes de pierre d’un Christ en croix, ainsi que les bras croisés de la Madeleine ou de la Vierge (Dijon, Musée archéologique)., et de l’analyse des documents conservés, Suzie Nash [13]Suzie Nash : Professor of Renaissance Art au Courtauld Institute de Londres, spécialiste de l’art de la Renaissance en Europe du Nord, plus particulièrement des manuscrits enluminés et de la sculpture du XVe siècle. a proposé une relecture complète de l’œuvre, tout en précisant l’apparence des parties qui pouvaient se dresser au-dessus du piédestal. [14]Les trois articles consacrés à cette étude ont eux-même été discutés (voir : Sherry C. M. Lindquist, « Visual Meaning and Audience at the Chartreuse de Champmol: A Reply to Susie Nash’s Reconsideration of Claus Sluter’s Well of Moses », Different Visions: New Perspectives on Medieval Art 3 (2011), https://doi.org/10.61302/LTLV3661. D’après l’historienne de l’art anglaise, le calvaire comportait soit une composition de groupe, soit un Christ en croix avec, au pied de celle-ci, la figure de Marie Madeleine agrippée au montant vertical [15]Susie NASH, « Claus Sluter’s ‘Well of Moses’ for the Chartreuse de Champmol Reconsidered », The Burlington Magazine, Part I : Vol. 147, no 1233, déc. 2005, pp. 798-809 ; Part II : Vol. 148, no 1240, juil. 2006, pp. 456-467 ; Part III : Vol. 150, no 1258, nov. 2008, pp. 724-74. Voir fig. 2.. La question du rapport relatif de la croix avec son piédestal a été débattue à cette occasion. Ainsi, dans le schéma de reconstruction du monument d’origine proposé antérieurement par Eileen Greene (fig. 1), le Crucifix était orienté parallèlement à la statue de David, le calvaire incluant les trois figures de la Vierge, de Jean et de Marie Madeleine. Susie Nash corrige cette proposition en alignant l’orientation du Crucifix par rapport à l’ange situé entre ce même David et la figure de Jérémie, tout en augmentant sensiblement la hauteur de la croix au pied de laquelle, cette fois, Marie Madeleine, éplorée, figure seule. Il est vraisemblable que l’apparence du calvaire ait été inspirée par le grand Simone Martini. En effet, Pierre Quarré a établi [16]Pierre Quarré, « L’implantation du calvaire du ‘Puits de Moïse’ à la chartreuse de Champmol », Mémoires de la Commission des Antiquités du département de la Côte-d’Or, t. XXIX (1974-1975), p. 161-166. Dans ce même article, l’auteur a résolu le problème de l’orientation du Puits de Moise et donc de la place prééminente donnée à l’un des … Poursuivre que le panneau du Portement de Croix du Musée du Louvre, peint par le grand Siennois, se trouvait à la Chartreuse de Champmol avant la Révolution, avec l’ensemble du Polyptyque de la Passion qui comprend également la Mise au Tombeau de la Gemäldegalerie (Berlin), la Crucifixion et la Descente de Croix du Musée d’Anvers, acquises à Dijon, en 1826, par le chevalier Van Ertborn, chambellan du roi des Pays-Bas et bourgmestre d’Anvers, en même temps que le triptyque des Sept Sacrements de Rogier van der Weyden, qui était en la possession de Jean Pérard, ancien président au Parlement de Bourgogne [17]Pierre QUARRÉ, « L’influence de Simone Martini sur la sculpture bourguignonne », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1960, pp. 53-55. Deux bas-reliefs du retable de la Rédemption de Bessey-les-Citeaux, dernière œuvre connue de Claus de Werve, le Baiser de Judas et Jésus devant Caïphe, apparaissent comme la transposition en sculpture de … Poursuivre autrefois situé au milieu d’un puits, au centre du grand cloître de la chartreuse de Champmol. La colonne de la croix était arrimée sur son piédestal à l’aide d’une grande tige de fer traversant le puits jusqu’à la base du monument et scellée au plomb [18]Susie NASH, « Claus Sluter. Le Puits de Moïse, le tombeau de Philippe le Hardi », Dossiers de l’art, 2013, p. 24.. À la fin du XVIIIe siècle, l’édicule qui protégeait le monument des intempéries s’écroule et entraîne avec lui la croix plantée à son sommet, ainsi que ses statues qui disparaissent à cette occasion. À la Révolution, la Chartreuse est vendue comme bien national.

Le puits de Moïse
Commandé par Philippe II de Bourgogne, le précieux vestige est l’œuvre du sculpteur Claus Sluter et de son neveu Claus de Werve [19]« La collaboration des différents artistes au projet d’ensemble, Claus Sluter, puis, à partir de la fin de l’année 1396, Mas de Rot (Roc), Claus de Werve, neveu de Sluter, et, à compter de mars 1401, Rogier de Westerhen, autorise à poser la question de la transmission des formes et des types sur le chantier et celle des modèles suivis. On peut, en effet, remarquer que les … Poursuivre, avec la participation du peintre Jean Malouel pour la polychromie.
Les six prophètes
Les trois prophètes Moïse, David et Jérémie sont achevés dès 1402 et installés sur le calvaire avant le mois de juillet de cette année-là. Jean Malouel commence la peinture du calvaire en novembre 1402. Une structure en bois est construite autour de la sculpture pour la protéger des intempéries. Les comptes mentionnent la fourniture de couleurs et de feuilles d’or cette même année. Toujours en 1402, l’orfèvre Hennequin de Hacht (Jan de Hacht) fournit un dyadème (c’est-à-dire une auréole) en cuivre pour orner la statue de Marie-Madeleine, qui figurait au pied de la croix fixée au sommet du calvaire, et des buricles ou lunettes pour la statue du prophète Jérémie [20]Cyprien MONGET, La Chartreuse de Dijon : d’après les documents des archives de Bourgogne, t. I, Montreuil-sur-Mer, Impr. Notre-Dame des Prés, 1898, pp. 324-325, 337-338, 344, 346-347..
Trois autres blocs de pierre sont livrés dans l’atelier de Sluter en pour les prophètes Zacharie, Isaïe et Daniel. Le sculpteur est malade depuis la fin des années 1390 et quitte sa maison en 1404 pour rejoindre un couvent. Ces statues sont achevées et scellées sur place, au début de l’année 1405, d’après ce qu’indique l’inventaire de son atelier, après sa mort en 1406 [21]Cyprien MONGET, op. cit., pp. 352-353..
Sur la base hexagonale du puits, chacun des six prophètes tient à la main un rouleau sur lequel figure l’extrait d’un texte, dont il est l’auteur. Selon un principe qui connut un succès considérable aux XIVe et XVe siècles grâce à l’extraordinaire diffusion du Speculum humanae salvationis et de la Biblia Pauperum, chacun de ces textes vise à mettre en relation l’Ancien et le Nouveau Testament en établissement un système de correspondances de l’un à l’autre. « Il s’agit là de l’une des clefs de l’art chrétien. D’abord purement théologique – les Pères de l’Église s’attachèrent à la question dès les premiers siècles de la chrétienté – elle se traduisit dans l’iconographie à partir de la fin du XIe siècle, notamment dans le vitrail et l’émail. […] Dans toutes ces représentations, une scène du Nouveau Testament, et principalement de la vie du Christ, est mise en relation avec une ou plusieurs scènes de l’Ancien Testament, unifiant les deux groupes de textes en une entité cohérente, tout ce qui s’est passé dans le Nouveau Testament ayant de la sorte été auguré dans l’Ancien. » [22]Sophie JUGIE, Judith KAGAN, Michel HUYNH, La chartreuse de Champmol, Paris, Éditions du Patrimoine, 2004, p. 25. D’une certaine manière, cette préoccupation majeure est explicitement formulée dès la rédaction des Évangiles, dans lesquels leurs auteurs s’efforcent de présenter le récit des événements de la vie du Christ comme la réalisation effective des Écritures [23]Jean l’Evangéliste conclut la narration de la Crucifixion dans ces termes : « Ces choses sont arrivées, afin que l’Ecriture fût accomplie […]. » (Jn 19, 36)..
- Moïse (fig. 1) est représenté avec deux cornes sur le front et une longue barbe descendant jusqu’à la poitrine. Il tient de la main droite les Tables de la Loi.
- David (fig. 3) est coiffé d’une couronne fleurdelisée, tient dans la main droite une harpe, recouverte en grande partie par son manteau. La figure est vêtue d’un manteau de drap d’or doublé d’hermine et d’une tunique bleue coupée de longues bandes. Le bleu du manteau est constellé de soleils rayonnants : c’est à la fois le symbole du roi Charles VI et celui de Philippe le Hardi. Ce qui permet de rappeler la proximité entre le duc et les rois de France dont il a été le fils, le frère et l’oncle (il a aussi été régent de France).
- Jérémie (fig. 5) : cette figure portait autrefois des lunettes, un manteau d’or doublé de vert et une tunique pourpre. C’est le seul prophète à porter ces couleurs et non du bleu comme les autres. Le pourpre est la couleur de la charité et de la pénitence. Il s’agit par ailleurs d’une couleur très proche des velours cramoisis fréquemment portés par le duc Philippe le Hardi sur ses vêtements. [24]Selon l’historienne de l’art anglaise Susie Nash, ce prophète pourrait reprendre les traits du duc Philippe II de Bourgogne lui-même, le commanditaire de l’œuvre. Elle note une ressemblance entre le visage de Jérémie et celui de la statue du duc présente dans le portail de la chapelle de la chartreuse sculptée également par Claus Sluter, mais aussi avec … Poursuivre.
- Zacharie (fig. 7) ouvrant les bras, porte d’une main une plume et de l’autre un encrier et un phylactère sur lequel il semble avoir écrit lui-même la prophétie (voir note 6).
- Daniel (fig. 9) est tourné vers Isaïe à qui il parle, comme l’indique sa bouche entrouverte. Il porte un chaperon bleu, un manteau d’or brodé et doublé d’azur. Ses souliers sont bruns recouverts d’une sandale aux lanières et semelle dorées.
- Isaïe (fig. 11), la tête nue, un livre sous le bras, est légèrement penché du côté de Daniel qu’il écoute probablement. Son surcot en étoffe d’or était tissé de rouge et bleu. Sous son livre, il porte à la ceinture une escarcelle décorée de six glands, d’où sort un morceau de parchemin auquel est attachée une écritoire.
Le Calvaire
Notes
| 1↑ | En 2003, la restauration du Puits de Moïse a permis de mettre en évidence des traces de couleur. Cette polychromie est due à Jean Malouel, peintre en titre de Philippe le Hardi et probable auteur de la Grande Pietà ronde conservée au musée du Louvre. Originaire des Pays-Bas, comme Claus Sluter, il collabore étroitement avec ce dernier à la réalisation du Puits de Moïse et du tombeau du duc. |
|---|---|
| 2↑ | Le monument dans sa configuration d’origine (fig. 2) mesurait près de 13 mètres de hauteur. |
| 3↑ | Sources des inscriptions : voir Les livres de la Bible. |
| 4↑ | « […] et servabitis eum usque ad quartamdecimam diem mensis huius immolabitque eum universa multitudo filiorum Israhel ad vesperam. « (« Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour de ce mois ; et toute l’assemblée d’Israël l’immolera au soir. ») Ex 12, 6. |
| 5↑ | « […] circumdederunt me venatores concilium pessimorum vallavit me vinxerunt manus meas et pedes meos. numeravi omnia ossa mea. » (« Car des chiens m’environnent, une bande de scélérats rôdent autour de moi, ils ont percé mes mains et mes pieds. Je pourrais compter tous mes os. ») Ps 22, 16-17. |
| 6↑ | « Ô vous tous qui passez sur le chemin, regardez-moi et voyez s’il est une douleur semblable à la mienne. ») Lm 1, 12. |
| 7↑ | « […] et dixi ad eos si bonum est in oculis vestris adferte mercedem meam et si non quiescite et adpenderunt mercedem meam triginta argenteos. » (« Je leur dis : Si vous le trouvez bon, donnez-moi mon salaire ; sinon, ne le donnez pas. Et ils pesèrent pour mon salaire trente sicles d’argent. ») Za 11, 12. Le sicle est ancienne unité de poids (ainsi qu’une devise monétaire) en usage parmi plusieurs peuples du Moyen-Orient (parmi lesquels les Hébreux), du nord de l’Inde et du Levant. A l’origine, il semble avoir fait référence à une unité de mesure équivalente à une certaine quantité d’orge qui a varié avec les lieux et les époques. |
| 8↑ | « […] et post ebdomades sexaginta duas occidetur christus et non erit eius et civitatem et sanctuarium dissipabit populus cum duce venturo et finis eius vastitas et post finem belli statuta desolatio. » (« Après soixante-deux semaines, un messie sera retranché, et il n’aura pas de successeur. Le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation ; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu’au terme de la guerre. ») Dn 9, 26. |
| 9↑ | « […] oblatus est quia ipse voluit et non aperuit os suum sicut ovis ad occisionem ducetur et quasi agnus coram tondente obmutescet et non aperiet os suum. » (« Il a été maltraité et opprimé, et il n’a point ouvert la bouche, semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, et comme une brebis muette devant ceux qui la tondent, il n’a point ouvert la bouche. ») Es 53, 7. |
| 10↑ | Le Puits de Moïse a d’abord été connu sous le simple nom de « croix » ou « grand calvaire », enfin, « Puits des Prophètes » à la suite de la disparition de la partie supérieure du monument. L’appellation actuelle (« Puits de Moïse ») est apparue pour la première fois dans des notes (*) de l’érudit dijonnais Louis-Bénigne Baudot (**).
(*) Dijon, Bibliothèque Municipal, MS 2082, p.5 ; voir également Kathleen Morand, Claus Sluter: Artist at the Court of Burgundy, Londres, Harvey Miller, 1991, p. 342. |
| 11↑ | En 1791, Baudot évoquant l’état où se trouve la Chartreuse de Champmol, noté que « la croix a été enlevée ou cassée » (Kathleen Morand, op. cit., p.342, note 4. |
| 12↑ | Parmi ces fragments retrouvés lors des fouilles entreprises à l’occasion du curage du Puits de Moïse en 1842, figurent, en particulier, le buste et les jambes de pierre d’un Christ en croix, ainsi que les bras croisés de la Madeleine ou de la Vierge (Dijon, Musée archéologique). |
| 13↑ | Suzie Nash : Professor of Renaissance Art au Courtauld Institute de Londres, spécialiste de l’art de la Renaissance en Europe du Nord, plus particulièrement des manuscrits enluminés et de la sculpture du XVe siècle. |
| 14↑ | Les trois articles consacrés à cette étude ont eux-même été discutés (voir : Sherry C. M. Lindquist, « Visual Meaning and Audience at the Chartreuse de Champmol: A Reply to Susie Nash’s Reconsideration of Claus Sluter’s Well of Moses », Different Visions: New Perspectives on Medieval Art 3 (2011), https://doi.org/10.61302/LTLV3661. |
| 15↑ | Susie NASH, « Claus Sluter’s ‘Well of Moses’ for the Chartreuse de Champmol Reconsidered », The Burlington Magazine, Part I : Vol. 147, no 1233, déc. 2005, pp. 798-809 ; Part II : Vol. 148, no 1240, juil. 2006, pp. 456-467 ; Part III : Vol. 150, no 1258, nov. 2008, pp. 724-74. Voir fig. 2. |
| 16↑ | Pierre Quarré, « L’implantation du calvaire du ‘Puits de Moïse’ à la chartreuse de Champmol », Mémoires de la Commission des Antiquités du département de la Côte-d’Or, t. XXIX (1974-1975), p. 161-166. Dans ce même article, l’auteur a résolu le problème de l’orientation du Puits de Moise et donc de la place prééminente donnée à l’un des prophètes. On sait que des restitutions graphiques antérieures du monument plaçaient Moïse sur le même plan que la croix. En fait, en entrant dans le cloître par la galerie orientale, on trouvait en face de soi non pas la statue de Moïse, mais celle de David. Le calvaire devait donc avoir la même orientation. |
| 17↑ | Pierre QUARRÉ, « L’influence de Simone Martini sur la sculpture bourguignonne », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1960, pp. 53-55. Deux bas-reliefs du retable de la Rédemption de Bessey-les-Citeaux, dernière œuvre connue de Claus de Werve, le Baiser de Judas et Jésus devant Caïphe, apparaissent comme la transposition en sculpture de compositions peintes à nombreux personnages. On y remarque les mêmes soldats que ceux du Portement de Croix de Simone Martini, dans des attitudes semblables, avec des coiffures et des armes identiques. Quant à la sainte Madeleine échevelée qui se précipite à terre en avant du sépulcre dans la scène de la Mise au Tombeau, elle semble bien avoir été inspirée par la Madeleine qui, sur trois des panneaux de Simone Martini, attire le regard par des gestes de douleur dont l’expressionnisme dut frapper Claus de Werve. Cette figure, dont l’effet dramatique s’oppose au pathétique slutérien toujours contenu, détonne au milieu des autres personnages, très calmes et assez inexpressifs, qui ont échappé à l’influence siennoise et appartiennent à un art bourguignon déjà sclérosé. |
| 18↑ | Susie NASH, « Claus Sluter. Le Puits de Moïse, le tombeau de Philippe le Hardi », Dossiers de l’art, 2013, p. 24. |
| 19↑ | « La collaboration des différents artistes au projet d’ensemble, Claus Sluter, puis, à partir de la fin de l’année 1396, Mas de Rot (Roc), Claus de Werve, neveu de Sluter, et, à compter de mars 1401, Rogier de Westerhen, autorise à poser la question de la transmission des formes et des types sur le chantier et celle des modèles suivis. On peut, en effet, remarquer que les « anges de douleur et de compassion », sur le Calvaire, attribués dans les documents anciens, avec beaucoup de vraisemblance, à Claus de Werve, se caractérisent par une gestuelle que l’on retrouve, par exemple, sur certains des pleurants du tombeau de Philippe le Hardi, mais que le style de leur drapé aux arêtes vives est également bien visible sur deux statuettes conservées, aujourd’hui, au musée de Cleveland. Il est difficile de dire si Sluter a transmis à son neveu des projets dessinés, donc une « typologie » et, de même, pour les autres images sculptées. » (Sophie JUGIE et Daniel RUSSO, « Autour du Puits de Moïse. Pour une nouvelle approche », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA, 13 | 2009, pp. 237-242. |
| 20↑ | Cyprien MONGET, La Chartreuse de Dijon : d’après les documents des archives de Bourgogne, t. I, Montreuil-sur-Mer, Impr. Notre-Dame des Prés, 1898, pp. 324-325, 337-338, 344, 346-347. |
| 21↑ | Cyprien MONGET, op. cit., pp. 352-353. |
| 22↑ | Sophie JUGIE, Judith KAGAN, Michel HUYNH, La chartreuse de Champmol, Paris, Éditions du Patrimoine, 2004, p. 25. |
| 23↑ | Jean l’Evangéliste conclut la narration de la Crucifixion dans ces termes : « Ces choses sont arrivées, afin que l’Ecriture fût accomplie […]. » (Jn 19, 36). |
| 24↑ | Selon l’historienne de l’art anglaise Susie Nash, ce prophète pourrait reprendre les traits du duc Philippe II de Bourgogne lui-même, le commanditaire de l’œuvre. Elle note une ressemblance entre le visage de Jérémie et celui de la statue du duc présente dans le portail de la chapelle de la chartreuse sculptée également par Claus Sluter, mais aussi avec d’autres portraits connus de Philippe. Tout comme le duc, la statue de Jérémie est représentée glabre, chose inhabituelle dans les représentations médiévales d’un prophète de l’Ancien Testament. Enfin, le duc portait aussi des lunettes, tout comme la statue à l’origine. Par ailleurs, cette représentation pourrait s’expliquer par le fait que Jérémie était considéré comme le prophète le plus important pour les Chartreux, auquel ils s’identifiaient fréquemment. Philippe le Hardi réalisait ainsi en pierre ce qu’il n’avait pas pu faire dans sa vie : se retirer comme Chartreux dans le couvent qu’il avait fondé (voir Susie NASH, « Claus Sluter’s ‘Well of Moses’ for the Chartreuse de Champmol Reconsidered », The Burlington Magazine, Part III, vol. 150, n. 1258 (nov. 2008), pp. 724-74). |














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