
Taddeo di Bartolo (Sienne, 1362 ou 1363 – 1422)
Vierge à l’enfant entre les saints Gérard, Paul, André et Nicolas, 1395.
Tempéra et or sur panneau, 170 x 225 cm (panneau central : 170 x 75 cm ; volets latéraux : 152 x 75 cm).
Inscriptions :
- (au bas de l’encadrement du volet gauche) :
(au bas de l’encadrement du volet central) : « Thadeus Bartoli d’Senis pinxit hoc op’MCCCLXXXX(V) » [1] - (au bas de l’encadrement du volet droit) : «
Provenance : maître-autel de l’église de San Paolo all’Orto, Pise [1]Conçu pour le maître-autel de l’église San Paolo all’Orto de Pise à la demande de Gherardo Casassi degli Assi ; saisie napoléonienne en 1811 ; arrivée à Paris en 1813 ; dépôt du Louvre, 1876 ; don de l’Etat au Musée de Grenoble en 2025..
Musée de Grenoble.
Très marqué par l’âge d’or de sa ville et les innovations de ses aînés, Taddeo di Bartolo fait rayonner l’art de Simone Martini en Italie tout en s’inscrivant dans le sillage de Giotto. Sensible à l’œuvre de Barnaba da Modena découvert à Gênes, il adopte un style bien spécifique, ouvert aux innovations du mouvement du « gothique international », dont témoigne le polyptyque du musée de Grenoble. Destinée à orner le maître-autel de l’église de San Paolo all’Orto, à Pise, la Vierge à l’Enfant entre saint Gérard, saint Paul, saint André et saint Nicolas est une commande de Gherardo Casassi degli Assi, haut dignitaire pisan dont on peut identifier les armoiries en bas du panneau central. Le retable compartimenté adopte la structure d’une église gothique avec sa nef et ses collatéraux. Majestueuse, la Vierge apparaît entourée à sa droite de saint Paul, le saint patron de l’église, et de Gérard de Villamagna, le saint protecteur du commanditaire et, à sa gauche, de saint André et de saint Nicolas. Dans les rosaces du couronnement apparaissent saint Grégoire et le roi saint Louis à l’habit fleurdelisé. Le manteau strié d’or de la Vierge est un souvenir de la tradition byzantine mais une apparition de modelé est bien visible grâce aux drapés des vêtements des saints. Chacun d’eux présente ses attributs traditionnels : Paul et son épée, Gérard de Villamagna en habit de franciscain avec le bâton et le chapelet, André avec le livre et la croix, Nicolas et les boules d’or de la légende. Le décor a pastiglia des auréoles et des écoinçons témoigne du remarquable savoir-faire de l’atelier du maître siennois.
Taddeo di Bartolo s’ingénie ici, comme de nombreux peintres siennois du XIVe siècle, à renouveler l’iconographie de la Vierge à l’Enfant. Il s’inspire notamment des vierges de tendresse apparues au Xe siècle, elles-mêmes issues des icônes mariales byzantines dites Glycophiloussa. La figure de l’Enfant debout sur les genoux de sa Mère remonte à la Maestà de Simone Martini. Quant à la Vierge dans une gloire de séraphins, symboles de spiritualité, et remplaçant l’habituel trône ou coussin, ce pourrait être une concession faite au gothique français. Pour suggérer les plis serrés du manteau de la Vierge, l’artiste a recours à des filaments dorés hérités de Duccio et Guido da Siena. Taddeo di Bartolo conserve toutefois son attachement aux conventions byzantines par le choix du fond d’or, traduction de l’espace divin, les dimensions de la Vierge en gloire, et certains détails comme les traits marqués des saints, révélateurs d’un style encore archaïsant. Outre ce polyptyque daté de 1395, Taddeo di Bartolo réalise par ailleurs à Pise deux polyptyques pour les communautés franciscaines entre 1390 et 1400.
Notes
| 1↑ | Conçu pour le maître-autel de l’église San Paolo all’Orto de Pise à la demande de Gherardo Casassi degli Assi ; saisie napoléonienne en 1811 ; arrivée à Paris en 1813 ; dépôt du Louvre, 1876 ; don de l’Etat au Musée de Grenoble en 2025. |
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