Cristoforo di Bindoccio e Meo di Pero, « Ruota di Barlaam »

Cristoforo di Bindoccio (Sienne, documenté de 1361 à 1407) et Meo di Pero (Sienne, documenté de 1370 à 1407)

Ruota di Barlaam (Roue de Barlaam), v. 1370.

Fresque, diam. : 150 cm.

Inscriptions :

  • (au bas de la roue, sur la bordure horizontale) : « NE … NTITUI. BONEDICA (?) … GBA ».
  • voir également chaque médaillon.

Provenance : In situ.

Asciano, Museo Civico di Palazzo Corboli.

Le message contenu dans les trois tondi de la paroi longue, adjacente à celle face à laquelle nous sommes, trouve ici-même des prolongements narratifs qu’il importe d’aborder en tant que tels. Quelle est donc la fonction de cette Roue de Barlaam, et quels sont les différents sujets que traduisent visuellement les neuf médaillons qui la constituent ? Pour bien comprendre la signification de grand format circulaire (la Roue proprement dite), véritable machinerie destinée à produire du sens, il importe de considérer en premier lieu le médaillon central qui, au centre, occupe en quelque sorte l’emplacement du moyeu à partir duquel rayonnent les huit tondi, de même que, sur le mur d’angle, la figure d’Aristote régit les huit figures qui cernent le carré des vertus.

Autour du médaillon central (Apologo dell’Unicorno), huit médaillons de plus petites dimensions comportent huit scènes relatives à la mort de huit personnages ; tous sont des souverains ou des hommes politiques d’une importance historique particulière. Parmi eux figurent : Absalon, Agamemnon, Falaride, Néron, Pompée, Priam, Scipion Émilien et Cyrus. Ces hommes sont tous dépeints à l’instant le plus déshonorant de leur vie, c’est-à-dire au moment de leur mort violente, et infamante de surcroît :

  • Absalon agonise pitoyablement accroché par les cheveux aux branches d’un arbre
  • Le roi Agamemnon est assassiné par Égisthe et Clytemnestre
  • Le tyran Phalaris est lapidé par son propre peuple en colère
  • L’empereur Néron se suicide lâchement en se transperçant avec son glaive
  • Le général Pompée et l’empereur Cyrus sont décapités comme de vulgaires criminels
  • Le roi de Troie Priam est tué par le cruel Néoptolème
  • Le général Scipion Émilien est poignardé par une troupe de soudards engagés pour le tuer
  • L’Empereur Cyrus le Grand, fondateur de l’Empire perse, est décapité

Si les capacités évocatrices de ces fresques prises individuellement sont parfois un peu faibles (Néron), il n’en va pas de même pour toutes, et moins encore pour l’ensemble pris comme un tout, ce qui doit être le cas lorsque l’on veut en saisir la poésie et la portée symbolique. Leurs sources iconiques demeurent incertaines et l’on ignore la nature exacte de la dépendance qu’elles entretenaient avec un cycle de l’importance du Bon et du Mauvais Gouvernement, d’autant plus que les témoignages manquent ou sont incomplets au sujet des personnages néfastes qui étaient représentés dans les médaillons du Mauvais Gouvernement. La fin d’Absalon était fréquente dans les livres illustrés, l’évocation par écrit d’un fait non représenté dans la scène de Phalaris démontre qu’un fondement textuel semble l’avoir emporté sur une connaissance approfondie des cycles qui existaient alors.

L’inscription qui courrait à la base de l’œuvre est trop lacunaire pour pouvoir être déchiffrée.

Cette série de morts infamantes remplit ici un objectif moral double. D’une part, elle dénonce le vice d’Orgueil qui, aux yeux des républiques, est à l’origine de l’injustice des régimes autocratiques. Elle donne ainsi, d’autre part, une perspective historique à la Légende de Barlaam, laquelle vise à montrer comment l’Orgueil conduit irrémédiablement l’homme à sa perte. Cette légende, due à saint Barlaam, imagine un homme fuyant une licorne, qui se réfugie dans un arbre et qui, trop distrait par le miel qui coule de ses branches, ne s’aperçoit pas que deux rats en rongent la base et qu’un dragon se prépare à le dévorer. D’autre part, elle met en lumière les valeurs morales de la république défendues par les Hommes illustres, entre autres par Trajan, Lucius Manius Torquatus et Gaius Fabricius Luscinus, qui sont figurés dans le médaillon des vertus cardinales avec Aristote. La présence de tels personnages issus de l’histoire romaine inscrit la complainte des vertus dans une perspective humaniste et prouve, s’il en était besoin, que la propagande politique communale investit l’imagerie morale d’une problématique supplémentaire : celle de la moralisation de l’Antiquité.