La façade de la Cathédrale de Sienne

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À l’instar de celle d’Orvieto sa contemporaine, la façade de la Cathédrale de Sienne joue, cette fois-ci un peu lourdement, de la profusion et de la magnificence de ses matériaux. Destinée, à l’origine, à préparer le chrétien qui pénétrait dans ce lieu à la rencontre avec la Mère de Dieu [1], cette luxuriance peut aujourd’hui sembler excessive, d’autant que la sobriété du style d’origine s’en trouve quelque peu altérée.

En effet, comme cela se produisait fréquemment, généralement pour des raisons de coûts, le décor de la façade a été élaboré et construit sur une période de plusieurs siècles, de la fin du XIIIe s. à celle du XIXe s. Réalisée par Giovanni Pisano entre 1284 et 1297, la partie inférieure comporte trois portails profondément ébrasés, surmontés de gables, lesquels contiennent en leur centre les bustes des bienheureux Ambrogio Sansedoni, Giovanni Colombini et Andrea Gallerani ajoutés au XVIIe siècle. Ces embrasures sont constituées de plusieurs colonnes torses cannelées auxquelles s’ajoutent de chaque côté du portail central, deux belles colonnes ornées de feuilles d’acanthe qui s’enroulent autour des fûts, et, aux deux extrémités latérales, deux colonnes torsadées.

Les statues de la façade de la cathédrale de Sienne sont les premières œuvres exécutées par Giovanni Pisano, indépendamment de son père Nicolas. Elles constituent l’un des cycles les plus significatifs de la sculpture gothique européenne. Contrairement aux statues ornant les cathédrales de l’Europe du Nord (même si leur style est inspiré par celui des cathédrales gothiques françaises), elles sont libérées de toute fonction architecturale et se situent de ce fait librement dans l’espace. Les poses dramatiques et les raccourcis de la représentation contribuent à définir la psychologie individuelle des personnages. La statuaire représente l’élément majeur de la façade. Elle est constituée par un incroyable ensemble de personnages et d’animaux dont la présence est la marque d’une nouveauté absolue dans l’histoire de l’art italien. Jusque là, la sculpture avait bien évidemment sa place dans le décor de l’architecture, mais elle était exploitée dans une économie générale radicalement différente : ornementation des chapiteaux, statues disséminées ici et là, brefs cycles narratifs ailleurs. Ici, les personnages sculptés par Giovanni Pisano constituent un cycle véritablement monumental, élaboré selon un concept unitaire et un programme iconographique précis, entièrement voué à l’exaltation et la glorification de la Vierge. Les personnages représentés sont des Prophètes, des Patriarches, des Sibylles et des Philosophes qui, dans l’Ancien Testament, ont tous annoncé la venue au monde de la Vierge ; chacun d’entre eux, comme dans les peintures, arbore un cartouche sur lequel est inscrite une prophétie dont il est l’auteur. L’immense dialogue qui s’instaure d’un bout à l’autre de la façade est sidérant. Placées devant des niches-tabernacle ou sur des tablettes, les statues dialoguent dans l’espace et semblent parfois hurler pour se faire entendre, l’architecture n’étant somme toute que la toile de fond de cet immense et divin vacarme.

Dans le registre situé au plus bas de la façade se trouvent six animaux allégoriques en demi-buste : les chevaux symbolisent l’Église, les lions la Résurrection et la Majesté du Christ, le griffon sa Vigilance et le taureau son Sacrifice.

Au cours des XIXe et XXème siècles, les statues originales ont été remplacées par des copies et transportées au Musée de l’Œuvre de la Cathédrale en vue de mettre un terme à la lente dégradation que leur faisaient subir les variations et autres intempéries climatiques. Seul un bas-relief à caractère narratif est resté en place : il s’agit de l’architrave du portail central, œuvre de Tino di Camaino datant d’environ 1297-1300, où sont figurés des Épisodes de l’Enfance de la ViergeLe père de Tino, Camaino di Crescentino, achève la partie supérieure de la façade en 1317, lui conférant ainsi son actuel aspect à trois cuspides qui souligne la présence de la nef et celle des bas-côtés à l’intérieur de l’édifice. Les trois cuspides sont décorées de mosaïques, à vrai dire d’assez peu d’intérêt, réalisées en 1878 à partir de modèles conçus par le peintre Alessandro Franchi [2] ; elles représentent, à gauche, La Présentation de Marie au Temple, au centre Le Couronnement de la Vierge, et à droite, La Nativité.

Au centre de la façade s’ouvre une rosace occupée par un vitrail du XVIe siècle que l’on retrouvera après avoir pénétré dans l’édifice ; elle est entourée de niches contenant des bustes d’Apôtres et de Prophètes. Le portail central en bronze, exécuté en 1958 par le sculpteur Enrico Manfrini, représente la Glorification de Marie.

[1] C’est en l’honneur de la Vierge de l’Assomption (Santa Maria Assunta) que Sienne a édifié ce temple.

[2] Les maquettes de ces trois œuvres, qui portent abondamment la marque du siècle qui les a vu naître, sont conservées au Museo dell’Opera Metropolitana del Duomo.