La façade de la Cathédrale de Sienne

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À l’instar de celle d’Orvieto sa contemporaine, un peu lourdement cette fois-ci, la façade de la Cathédrale de Sienne joue de la profusion de ses œuvres sculptées et de la magnificence de ses matériaux. Destinée, à l’origine, à préparer le chrétien qui pénétrait dans ce lieu à la rencontre avec la Mère de Dieu [1]C’est en l’honneur de la Vierge de l’Assomption (Santa Maria Assunta) que Sienne a édifié ce temple., cette luxuriance peut aujourd’hui sembler excessive, d’autant que la sobriété du style d’origine, que l’on perçoit encore dans le registre bas, s’en trouve quelque peu altérée.

Comme cela se produisait fréquemment, généralement pour des raisons de coûts et de disponibilité de l’indispensable main d’œuvre qualifiée, le décor de la façade a été élaboré et construit sur une période de plusieurs siècles, de la fin du XIIIe s. à celle du XIXe s.

Le dÉcor sculpté de la façade

Les statues de la façade de la cathédrale de Sienne sont les premières œuvres exécutées par Giovanni Pisano, indépendamment de son père Nicolas. Elles constituent l’un des cycles les plus significatifs de la sculpture gothique européenne. Contrairement aux statues ornant les cathédrales de l’Europe du Nord (même si leur style est inspiré par celui des cathédrales gothiques françaises), elles sont libérées de toute fonction architecturale et se situent de ce fait librement dans l’espace. Les poses dramatiques et les raccourcis de la représentation contribuent à définir la psychologie individuelle des personnages. La statuaire représente l’élément majeur de la façade. Elle est constituée par un incroyable ensemble de personnages et d’animaux dont la présence est la marque d’une nouveauté absolue dans l’histoire de l’art italien. Jusque là, la sculpture avait bien évidemment sa place dans le décor de l’architecture, mais elle était exploitée dans une économie générale radicalement différente : ornementation des chapiteaux, statues disséminées ici et là, brefs cycles narratifs ailleurs. Ici, les personnages sculptés par Giovanni Pisano constituent un cycle véritablement monumental, élaboré selon un concept unitaire et un programme iconographique précis, entièrement voué à l’exaltation et la glorification de la Vierge. Les personnages représentés sont des Prophètes, des Patriarches, des Sibylles et des Philosophes qui, dans l’Ancien Testament, ont tous annoncé, volontairement ou non, la venue au monde de la Vierge ; chacun d’entre eux, comme dans les peintures, arbore un rouleau de parchemin sur lequel est inscrite une prophétie dont il est l’auteur. L’immense dialogue qui s’instaure d’un bout à l’autre de la façade est sidérant. Placées devant des niches-tabernacle ou sur des tablettes, les statues dialoguent dans l’espace et semblent parfois hurler pour se faire entendre, l’architecture n’étant somme toute que la toile de fond de cet immense et divin vacarme.

Le programme iconographique initial prévoyait que l’ornementation sculptée de la partie inférieure de la façade illustre l’annonce de l’avènement de la Vierge Marie, tandis que la partie haute serait consacrée à sa présence sur la Terre depuis sa jeunesse jusqu’à son Assomption. Les modifications successives survenues dans l’ordre des statues rend cette thématique moins lisible aujourd’hui.

REGISTRE INFÉRIEUR

Réalisée par Giovanni Pisano entre 1284 et 1297, la partie inférieure de la façade comporte trois portails profondément ébrasés. Les embrasures sont constituées de plusieurs colonnes torses cannelées auxquelles s’ajoutent de chaque côté du portail central, deux belles colonnes ornées de feuilles d’acanthe qui s’enroulent autour des fûts, et, aux deux extrémités latérales, deux colonnes torsadées.

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Reprenant à une échelle plus modeste le programme iconographique initial, le portail central en bronze, exécuté en 1958 par le sculpteur Enrico Manfrini [2]Enrico Manfrini (Lugo, 1917 – Milan, 2004) : sculpteur, graveur et professeur. représente la Glorification de Marie à travers plusieurs scènes de sa vie terrestre (Annonciation, Visitation, Nativité de Jésus, Fuite en Égypte, …) culminant avec son Couronnement.

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Les trois portails sont surmontés de gâbles contenant, en leur centre, les bustes des bienheureux siennois Giovanni Colombini (fig. 2), Ambrogio Sansedoni (fig. 3) et Andrea Gallerani (fig. 4), œuvres de Tommaso Redi [3]Tommaso Redi est également l’auteur de la statue de l’Ange (1630) placée au sommet du gâble central, du bas-relief en bronze et cuivre de l’Assunta (1631) qui figura un temps au centre du même gâble, et fournit probablement les modèles de la S. Caterina et du S. Bernardino, toujours pour la façade de la Cathédrale (1633), toutes retirées au XIXe s., … Poursuivre ajoutés au XVIIe siècle (v. 1630).

Le centre de la façade est percé d’un oculus fermé par un vitrail du XVIe siècle que l’on retrouvera après avoir pénétré dans l’édifice ; celui-ci est entouré de niches où apparaissent des bustes d’Apôtres et de Prophètes. Tous les originaux sont désormais conservés au Museo del Duomo exceptés ceux des quatre figures initialement placés dans les angles du carré central enfermant l’oculus, qui sont aujourd’hui relégués parmi les souvenirs mis en vente dans la boutique de la cathédrale.

Six figures d’animaux allégoriques ponctuent la corniche située à la hauteur des gables : les deux chevaux situés aux deux extrémités symbolisent l’Église, les deux lions qui encadrent le portail central, la Résurrection et la Majesté du Christ, le griffon sa Vigilance et le taureau son Sacrifice.

REGISTRE SUPÉRIEUR

Camaino di Crescentino, père de Tino, achève la partie supérieure de la façade en 1317, lui conférant ainsi son actuel aspect à trois gâbles qui souligne la présence du vaisseau central et celle des bas-côtés à l’intérieur de l’édifice. Ces gâbles sont ornés de mosaïques, à vrai dire d’assez peu d’intérêt, réalisées en 1878 à partir de modèles conçus par les peintres Luigi Mussini et Alessandro Franchi [4]Les maquettes de ces trois œuvres, qui portent abondamment la marque puriste du siècle qui les a vu naître, sont conservées au Museo dell’Opera Metropolitana del Duomo. ; ces mosaïques représentent, à gauche, La Présentation de Marie au Temple, au centre Le Couronnement de la Vierge, et à droite, La Nativité.

Les Sculptures de la façade et des tours

Au cours des XIXe et XXème siècles, les statues originales ont été remplacées par des copies et déposées au Musée de l’Œuvre de la Cathédrale en vue de mettre un terme à la lente dégradation que leur faisaient subir les variations et autres intempéries climatiques. Seul un bas-relief à caractère narratif est resté en place : il s’agit de l’architrave du portail central, œuvre de Tino di Camaino datant d’environ 1297-1300, où sont figurés des Épisodes de l’Enfance de la Vierge

TOUR GAUCHE

FAÇADE

David

Salomone

TOUR DROITE

Mosé

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De gauche à droite, Platon, le prophète Habacuc, une Sybille, le roi David, le roi SalomonMoïse, Jésus de Sirach et une figure non identifiable. Sur le flanc latéral de la tour gauche, une figure peu identifiable, le prophète Isaïe, et le prophète Balaam. Sur le flanc latéral de la tour droite, enfin, Simeone, la prophétesse Marie de Moïse et Aristote.

Material mapping of the main facade of the Siena Cathedral from Droghini et al. (2007). A Marble, B travertine, C alabaster, D red ammonitic limestone, E serpentinite, F black limestone, G ‘verde Alpi’ limestone, Hintarsia of stone elements, I intarsia of vitreous elements, L metallic elements, Mmosaics, N fibreglass elements (https://link.springer.com/article/10.1007/s12520-009-0009-0).

Notes

Notes
1 C’est en l’honneur de la Vierge de l’Assomption (Santa Maria Assunta) que Sienne a édifié ce temple.
2 Enrico Manfrini (Lugo, 1917 – Milan, 2004) : sculpteur, graveur et professeur.
3 Tommaso Redi est également l’auteur de la statue de l’Ange (1630) placée au sommet du gâble central, du bas-relief en bronze et cuivre de l’Assunta (1631) qui figura un temps au centre du même gâble, et fournit probablement les modèles de la S. Caterina et du S. Bernardino, toujours pour la façade de la Cathédrale (1633), toutes retirées au XIXe s., excepté l’Angelo remplacé par une copie (voir Monika Butzek, « Chronologie », dans P. A. Riedl – M. Seidel [sous la direction de], Die Kirchen von Siena, III, 1.1.1, München, 2006, pp. 209-211).
4 Les maquettes de ces trois œuvres, qui portent abondamment la marque puriste du siècle qui les a vu naître, sont conservées au Museo dell’Opera Metropolitana del Duomo.