
Guido di Pietro, puis Fra Giovanni da Fiesole, dit Fra Angelico (Vicchio di Mugello [?], entre 1387 et 1395 – Rome, 1455)
Visione di Ezechiele [Rota in medio rotae] (Vision d’Ézéchiel [Rota in medio rotae]), 1451-1453.
Compartiment de l’Armadio degli Argenti (Armoire aux argents), tempéra sur panneau, env. 38,5 x 37 cm.
Inscriptions [1]La composition comprend, à la base et au sommet, les deux rouleaux de parchemin dont la présence se retrouve dans chacune des images des portes de l’armoire-reliquaire, exceptée la dernière (*). Cependant, on observe plusieurs parchemins couverts d’inscriptions se déroulant depuis le sommet, tandis que celui du bas est parfaitement muet.
(*) Voir : Lex Amoris. :
- (sur le parchemin déroulé dans l’angle supérieur gauche) : « ET VIDI 7 ECCE VENTVS TVRBINIS VENIEBAT AB AQVILONE MANGNA 7 IGNIS INVOLVENS » [2]« […] et vidi et ecce ventus turbinis veniebat ab aquilone et nubes magna et ignis involvens [et splendor in circuitu eius et de medio eius quasi species electri id est de medio ignis]. » (« Je regardai, et voici, il vint du septentrion un vent impétueux, une grosse nuée, et une gerbe de feu, qui répandait de tous côtés une lumière éclatante, au centre de laquelle … Poursuivre ; « CU(M)QUE ASPICERENT ANIMALIA APPARVIT ROTA UNA SVPER TERRA(M) IVSTA ANIMALIA HABENS QVATVOR FACIES » [3]« […] cumque aspicerem animalia apparuit rota una super terram iuxta animalia habens quattuor facies. » (« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. » Ez 1, 15). ; « ET ASPECT(US) EORV(M) (ET) OPERA QVASI SISIT (sic) IN ROTA MEDIO ROT(A)E » [4]« [et aspectus rotarum et opus earum quasi visio maris et una similitudo ipsarum quattuor]et aspectus earum et opera quasi sit rota in medio rotae. » (« A leur aspect et à leur structure, ces roues semblaient être en chrysolithe, et toutes les quatre avaient la même forme; leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre … Poursuivre [5]Les deux bandes de parchemin (volumen) qui se déroulent depuis le sommet de l’image dévoilent, selon Gerardo de Simone, « à gauche, le passage d’Ézéchiel évoquant la ‘rota in medio rotae’ (la ‘roue au milieu d’une autre roue’) et, à droite, l’homélie de Grégoire le Grand relative à cette même vision » (*). Du fait qu’elles apparaissent … Poursuivre
- (sur le rouleau (volumen) parallèle au bord supérieur, plusieurs inscriptions parmi lesquelles) :
- des formules indéchiffrables [6]Sur les passages indéchiffrables du rouleau, voir les remarques de Cyrille GERBRON, « Le Verbe, voilé/dévoilé. La Vision d’Ézéchiel et l’Annonciation de l’Armadio degli argenti », Revue de l’Art, 167 (2010-1), pp. 12-14.
- « VEDENS VIDIT ET LOCVTVS EST » [7]« Vedens vidit et locutus est » (« le voyant [qui] a vu et a parlé. »). « La partie centrale du rouleau est partiellement illisible, comme pour signifier que la parole de Dieu demeure en enfer ; on y lit [cette] phrase, sans équivalent dans la Bible, qui se réfère au prophète lui-même, ‘le voyant [qui] a vu et a parlé’. » Tandis que les auteurs … Poursuivre
- (dans l’angle supérieur droit) : « PAVLO POST ADIVNGIT QVASI SIT ROTA IN MEDIO ROT(A)E NISI Q(UOD) IN TESTAME(N)TV(M) VETERIS LICTE(RA) NOV(U)M TESTAMENTV(M) LATVIT PER ALLEGORIA(M) » [8]« [Quid est hoc, quod cum una rota diceretur], paulo post adiungitur, Quasi si sit rota in medio rotae, nisi quod in Testamenti Veteris littera Testamentum Novum latuit per allegoriam? [Unde et rota eadem quae iuxta animalia apparuit quatuor facies habere describitur, quia Scriptura sacra per utraque Testamenta in quatuor partibus est distincta. Vetus etenim Testamentum in lege et … Poursuivre
- (dans le ciel, sous la banderole de droite) : « GREGORIVS. SVP(ER) EÇE(CHIELIS). O. V. (I.) » [9]« Gregorius super Ezechielis, O. V. I. (I effacé) » (« Grégoire [le Grand], Sur Ézéchiel. » Voir : GRÉGOIRE LE GRAND, Homélies sur Ezéchiel, I, op. cit., pp. 212-213.
- (sur la circonférence de la roue la plus grande) « CREAVIT DEVS C(A)ELUM ET TERRAM INNANIS ET TENEBRE ERANT SVPER FACIEM ABISSI ET SPIRITVS D(OMI)NI FEREBATVR SVPE(R) AQVAS DIXITQ(UE) FIAT LVX (ET) FACTA LVX EST ET VIDIT DEVS LVCEM Q(UOD) ESSET BONA ET DIVISIT LVCEM AC TENEBRAS APPELLAVITQ(UE) LUCE(M) DIE(M) (ET TENEBRAS NOCTEM) » [10]« In principio creavit Deus caelum et terram / terra autem erat inanis et vacua et tenebrae super faciem abyssi et spiritus Dei ferebatur super aquas / dixitque Deus fiat lux et facta est lux / et vidit Deus lucem quod esset bona et divisit lucem ac tenebras / appellavitque lucem diem et tenebras noctem [factumque est vespere et mane dies unus]. » (« Au commencement, Dieu créa … Poursuivre
- (sur la circonférence de la roue la plus petite) : « IN PRINCIPIO ERAT VERBVM ET VERBVM ERAT APVD DEVM ET DEVS ERAT VERBVM HOC ERAT IN PRINCIPIO APVD DEVM OMNIA PER IPSVM FACTA SVNT ET SINE IPSVM FACTV(M) E(ST) NICHIL » [11]« In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum / hoc erat in principio apud Deum / omnia per ipsum facta sunt et sine ipso factum est nihil quod factum est. » (« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a … Poursuivre
- (à l’intérieur de la roue la plus grande, où figurent les prophètes [12]« Tandis que les auteurs du Nouveau Testament tiennent des livres (les évangélistes, caractérisés comme Tétramorphes conformément aux « quatuor animalia » de la vision d’Ézéchiel) ou des rouleaux portant une écriture lisible, indiquant la pleine révélation du Verbe avec la venue du Christ, les phylactères exhibés par les auteurs de l’Ancien Testament sont … Poursuivre) :
- (sur les barres de la roue la plus petite, où figurent les auteurs du Nouveau Testament) :
- « IOHANNES (Jean)
- « PETRVS » (Pierre)
- « MARCVS » (Marc)
- « IVDAS » (Judas Thaddée)
- « LUCAS » (Luc)
- « IACOBVS » (Jacques le Majeur)
- « MACTEVS » (Matthieu)
- « PAVLVS » (Paul)
- (sur le livre ouvert de Jean) : « IN PRINCIPIO » [13]« In principio erat verbum. » (« Au commencement était la Parole. »). Jn 1, 1.
- (sur la banderole tenue par Pierre) : « PETRO [sic] APOSTOLVS IHS XPI » [14]« Petrus appostolus Ibesu Christi. » (« Pierre, apôtre de Jésus-Christ. » 1 Pe 1, 1. Voir aussi : IHS XPS.
- (sur le livre ouvert de Marc) : « INITIVM EVANGELII » [15]« Initium Evangelii [Iesu Christi Filii Dei]. » (« Voici le commencement de l’Evangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. » Mc 1, 1.
- (sur la banderole tenue par Jude Thadée) : « IVDAS IHI XPI SERVVS » [16]« Iudas Ihesu Christi servus. » (« Jude, serviteur de Jésus-Christ. » Je 1, 1.
- (sur le livre ouvert de Luc) : « FVIT IN DIEBVS HERODIS » [17]« fuit in diebus Herodis. » (« Du temps d’Hérode […] »). Lc 1, 5.
- (sur la banderole tenue par Jacques) : « IACOBVS DEI … » [18]« Iacobus dei et [Domini lesu Christi servus]. » (« Jacques, Serviteur de Dieu et de Jésus-Christ. » Jc 1, 1.
- (sur le livre ouvert de Matthieu) : « LIBER (GÉNÉRA)TIONIS » (« Liber [genera]tionis [lesu Christi filii David filii Abraham]. » (« Généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham. ») Mt 1, 1.))
- (sur la banderole tenue par Paul) : « PAVLVS… » [19]« Paulus servus Ihesu Christi. » (« Paul, serviteur de Jésus-Christ. ») Rm 1, 1.
- (en bas de l’image, sous la figure du prophète Ezéchiel) : « EÇECHIEL » [20]Le prophète Ézéchiel, auteur de la vision qui donne son sens à cette image. Voir notes 2-4.
- (en bas de l’image, au centre) : « FLVMEN ÇOBAR » [21]Le « fleuve Kebar » (*) , que l’on voit au centre de l’image, était situé au « pays des Chaldéens » (**) près duquel les Juifs de la communauté de Tel-Abib étaient exilés, selon les trois premiers versets du Livre d’Ézéchiel : « La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, je faisais partie des exilés, près du fleuve Kebar. Le ciel … Poursuivre
- (en bas de l’image, sous la figure du pape Grégoire le Grand) : « GREGORIVS » [22]Le pape Grégoire le Grand, auteur du Commentaire de la vision d’Ézéchiel. Voir note 7.
- (sur le livre tenu ouvert par Grégoire le Grand) : « QVID E(ST) HOC (QUOD) CVM VNA ROTA E RICENT PAVLO POST A ROTA » [23]« quid est hoc, quod cum una rota diceretur, paulo post adiungitur » (« De quoi s’agit-il, quand il était question d’une seule roue, et que peu après… » (GRÉGOIRE LE GRAND, Homélies sur Ezéchiel, I, op. cit., pp. 212-213). Il s’agit du passage où le pape « remarque qu’il est d’abord question d’une seule roue et que, peu après, vient … Poursuivre
Provenance : Église de la Santissima Annunziata, Florence.
Florence, Museo Nazionale di San Marco.
Ce premier panneau d’une série qui en comporte vingt-quatre représente la vision d’Ézéchiel, ou Vision du char de Yahvé [24]« Il y a trois grandes visions du trône de Dieu dans la Bible : chez les prophètes vétérotestamentaires Isaïe (Is 6) et Ézéchiel (Éz 1 et 10), et au dernier livre néotestamentaire, dans l’Apocalypse (Ap 4). Le plus représenté de ces visionnaires est celui de l’Apocalypse qui dit se nommer Jean, auquel revient clairement une triple fonction : à la fois témoin, participant … Poursuivre, qui introduit le Livre [25]« Et factum est in trigesimo anno, in quarto, in quinta mensis, cum essem in medio captivorum juxta fluvium Chobar, aperti sunt caeli, et vidi visiones Dei. » (« La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, comme j’étais parmi les captifs du fleuve du Kebar, les cieux s’ouvrirent, et j’eus des visions divines. » (Ez 1, 1). dont le prophète est l’auteur présumé, en même temps qu’elle fait ici office d’introduction au cycle de l’histoire du Christ peint par Fra Angelico sur l’Armadio degli Argenti.
Sur la gauche, au pied de la double roue, visiblement ébloui par l’apparition prodigieuse de la double roue, le prophète chavire en arrière sur le sol en se protégeant les yeux [26]« À cette vue, je tombai sur ma face, et j’entendis la voix de quelqu’un qui parlait. ». Devant lui, le fleuve Kébar, identifié par une inscription [27]Voir note 21., apparaît telle une faille venue balafrer une terre désertique. Des extraits du Livre 1 d’Ézéchiel sont rapportés sur le volumen qui se déroule dans la partie supérieure de l’image, à la verticale de la tête du prophète. [28]Dans ces inscriptions, on passe directement du verset 4 au verset 15, de telle sorte qu’est signalé le contexte cosmique (l’aquilon, la nue et le feu, dont les flammes qui encerclent la jante donnent une représentation), tandis que le passage relatif aux « quattuor animalia » (les « quatre vivants ») est tronqué au profit de la vision de la seule roue. Voir … Poursuivre
En face, le pape Grégoire le Grand, également assis par terre fait pendant au prophète. Coiffé de la tiare pontificale et revêtu d’une chasuble ornée du pallium, il porte un stylet à la main droite et tient ouvert le livre des Homélies sur Ézéchiel sur lequel est inscrit le début de son interprétation de la roue, que le contenu du rouleau placé au-dessus de sa tête déploie plus longuement (la première ligne y est partiellement effacée) : « De quoi s’agit-il, quand il était question d’une seule roue, et que peu après… » [29]GRÉGOIRE LE GRAND, Homélies sur Ezéchiel, I, op. cit., Homélie VI, 12, p. 212-213. Sur le livre, on peut lire : « Quid est hoc, quod cum una rota ricetur, paulo post iio… (pour Homelia ?) » Il s’agit précisément du passage où le pape remarque qu’il est d’abord question d’une seule roue et que, peu après, vient s’ajouter « quasi sit rota in medio rotae » — bizarrerie qu’il résout en invoquant l’allégorie par laquelle la lettre du premier Testament se réalise dans le second. « On peut admettre que, dans le motif peint par Fra Angelico, la seule littéralité provenant du texte d’Éz 1 est cette grande roue double. La vision du prophète n’est pas la sienne, ou du moins pas seulement la sienne, mais elle est en même temps la vision de son commentateur. On parlera donc ici des Visions combinées d’Ézéchiel et de Grégoire, qui convergent autour du seul objet central qu’est la roue prodigieuse [30]Cyril Gerbron (*) voit aussi deux visions dans ce tableau, mais en les rapportant toutes deux à Ézéchiel, celle d’Éz 1 et celle d’Éz 2, v. 9, qui correspond à la Vision du livre (suivie de la Manducation en Éz 3). (*) Cyril GERBRON, « Le Verbe, voilé/dévoilé. La Vision d’Ézéchiel et l’Annonciation de l’Armadio degli … Poursuivre. L’observateur des panneaux des portes [31]On considère actuellement que l’armoire-reliquaire n’était fermé que par une porte unique. est invité à tenir ensemble ces deux manières de voir, l’une qui s’en tient à la narration du récit biblique, l’autre qui l’inscrit dans une perspective englobante de concordance entre les âges et les acteurs de la foi. Ce dernier exemple doté d’une forte consistance […] relève de riches combinatoires fondées sur un jeu d’imbrication de textes et d’images. » [32]Véronique ROUCHON MOUILLERON, « Vision spirituelle et images combinées », dans Images Re-vues, Hors-série 9 (2020). Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/imagesrevues.8647.
La vision de la roue (« Je regardais […] et voici, il y avait une roue sur la terre », voir note 17) est ici construite sur le schéma d’une double roue concentrique, typique des traités mnémoniques. Les quatre évangélistes y sont représentés dans le plus petit cercle, aux quatre points cardinaux, coiffés des quatre têtes du tétramorphe, en alternance avec les quatre apôtres auteurs d’un texte figurant dans le Nouveau Testament (Pierre, Jude Thadée, Jacques le Majeur et Paul). Dans la partie externe de la roue, douze prophètes et patriarches viennent mettre en évidence le thème canonique de la concordance de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui informe tout le cycle narratif ; dans les deux angles inférieurs du panneau, apparaissent les figures d’Ezéchiel et de Grégoire le Grand, dont les extraits de textes respectifs sont inscrits dans les banderoles déroulées aux deux angles supérieurs. Dans ce contexte, le rouleau du prophète Ezéchiel constitue la source de la « roue au milieu de la roue » (rota in medio rotae) décrite dans l’Ancien Testament [33][…] cumque aspicerem animalia apparuit rota una super terram iuxta animalia habens quattuor facies / et aspectus rotarum et opus earum quasi visio maris et una similitudo ipsarum quattuor et aspectus earum et opera quasi sit rota in medio rotae (« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. A leur aspect et à leur … Poursuivre, celui de saint Grégoire en est le commentaire.
L’image comporte un nombre particulièrement important d’inscriptions qui toutes viennent en expliciter et en préciser le sens :
Notes
| 1↑ | La composition comprend, à la base et au sommet, les deux rouleaux de parchemin dont la présence se retrouve dans chacune des images des portes de l’armoire-reliquaire, exceptée la dernière (*). Cependant, on observe plusieurs parchemins couverts d’inscriptions se déroulant depuis le sommet, tandis que celui du bas est parfaitement muet.
(*) Voir : Lex Amoris. |
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| 2↑ | « […] et vidi et ecce ventus turbinis veniebat ab aquilone et nubes magna et ignis involvens [et splendor in circuitu eius et de medio eius quasi species electri id est de medio ignis]. » (« Je regardai, et voici, il vint du septentrion un vent impétueux, une grosse nuée, et une gerbe de feu, qui répandait de tous côtés une lumière éclatante, au centre de laquelle brillait comme de l’airain poli, sortant du milieu du feu. » Ez 1, 4). |
| 3↑ | « […] cumque aspicerem animalia apparuit rota una super terram iuxta animalia habens quattuor facies. » (« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. » Ez 1, 15). |
| 4↑ | « [et aspectus rotarum et opus earum quasi visio maris et una similitudo ipsarum quattuor]et aspectus earum et opera quasi sit rota in medio rotae. » (« A leur aspect et à leur structure, ces roues semblaient être en chrysolithe, et toutes les quatre avaient la même forme; leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue. » Ez 1, 16). |
| 5↑ | Les deux bandes de parchemin (volumen) qui se déroulent depuis le sommet de l’image dévoilent, selon Gerardo de Simone, « à gauche, le passage d’Ézéchiel évoquant la ‘rota in medio rotae’ (la ‘roue au milieu d’une autre roue’) et, à droite, l’homélie de Grégoire le Grand relative à cette même vision » (*). Du fait qu’elles apparaissent « des deux côtés de l’image, ces inscriptions visualisent se faisant un autre passage dans lequel Ézéchiel fait référence à son propre livre » (*) : « Je regardai, et voici, une main était étendue vers moi, et elle tenait un livre en rouleau. Il le déploya devant moi, et il était écrit en dedans et en dehors ; des lamentations, des plaintes et des gémissements y étaient écrits. » Ez 2, 9-10. (*) Gerardo DE SIMONE, « Un’iconostasi di ‘figure piccole’ del Beato Angelico. L’Armadio degli Argenti per la Santissima Annunziata » , dans Nadia RIGHI, Angelo TARTUFERI, Gerardo de SIMONE (dir.), Beato Angelico. Storie dell’Infanzia di Cristo. Anta dell’Armadio degli Argenti dal Museo di San Marco di Firenze (cat. d’exp. Milan, Museo Diocesano Carlo Maria Martini, 27 Octobre 2023-28 janvier 2024), Milan, Dario Cimorelli Editore, 2023, pp. 35-64. |
| 6↑ | Sur les passages indéchiffrables du rouleau, voir les remarques de Cyrille GERBRON, « Le Verbe, voilé/dévoilé. La Vision d’Ézéchiel et l’Annonciation de l’Armadio degli argenti », Revue de l’Art, 167 (2010-1), pp. 12-14. |
| 7↑ | « Vedens vidit et locutus est » (« le voyant [qui] a vu et a parlé. »). « La partie centrale du rouleau est partiellement illisible, comme pour signifier que la parole de Dieu demeure en enfer ; on y lit [cette] phrase, sans équivalent dans la Bible, qui se réfère au prophète lui-même, ‘le voyant [qui] a vu et a parlé’. » Tandis que les auteurs du Nouveau Testament tiennent des livres (les évangélistes, caractérisés comme Tétramorphes conformément aux « quatuor animalia » de la vision d’Ézéchiel) ou des rouleaux portant une écriture lisible, indiquant la pleine révélation du Verbe avec la venue du Christ, les phylactères exhibés par les auteurs de l’Ancien Testament sont blancs, exprimant l’incomplétude de la Loi ante gratiam. » Gerardo DE SIMONE, « Un’iconostasi di ‘figure piccole’ del Beato Angelico. L’Armadio degli Argenti per la Santissima Annunziata » , dans Nadia RIGHI, Angelo TARTUFERI, Gerardo de SIMONE (dir.), Beato Angelico. Storie dell’Infanzia di Cristo. Anta dell’Armadio degli Argenti dal Museo di San Marco di Firenze (cat. d’exp. Milan, Museo Diocesano Carlo Maria Martini, 27 Octobre 2023-28 janvier 2024), Milan, Dario Cimorelli Editore, 2023, pp. 35-64. |
| 8↑ | « [Quid est hoc, quod cum una rota diceretur], paulo post adiungitur, Quasi si sit rota in medio rotae, nisi quod in Testamenti Veteris littera Testamentum Novum latuit per allegoriam? [Unde et rota eadem quae iuxta animalia apparuit quatuor facies habere describitur, quia Scriptura sacra per utraque Testamenta in quatuor partibus est distincta. Vetus etenim Testamentum in lege et prophetis, Novum vero in Evangeliis atque apostolorum Actibus et dictis. Scimus autem quia ubi faciem intendimus, ibi quod necesse est videmus. Rota ergo quatuor habet facies, quia prius resecanda mala in populis vidit per legem, postmodum vidit per prophetas, subtilius vero per Evangelium, ad extremum autem per apostolos ea quae in culpis hominum resecarentur aspexit. Potest quoque intelligi quod quatuor facies rota habeat, propter hoc quod Scriptura sacra per gratiam praedicationis extensa in quatuor mundi partes innotuit. Unde et bene rota eadem una prius iuxta animalia apparuisse et postmodum quatuor facies habuisse describitur, quia nisi lex Evangelio concordaret, in quatuor mundi partibus non innotesceret.] » (« Qu’est-ce que c’est qui est appelé roue, que l’on évoque ensuite en ajoutant qu’il y avait une roue au milieu d’une roue, et comment la lettre de l’Ancien Testament est-elle cachée par l’allégorie dans le Nouveau Testament ? C’est ainsi que la même roue, apparue à côté des animaux, est décrite comme ayant quatre faces, parce que la Sainte Écriture est divisée en quatre parties par les deux Testaments. Pour l’Ancien Testament, dans la Loi et les Prophètes, et pour le Nouveau, dans les Evangiles et les Actes et les Apôtres. Mais nous savons que là où nous regardons en face, là nous voyons ce qui est nécessaire. La roue a donc quatre faces, parce qu’elle a d’abord vu les maux être réduits parmi le peuple par la loi, ensuite elle a été vue par les prophètes, et plus subtilement par l’Évangile, et enfin par les apôtres, elle a regardé ces choses qui ont été amputés par les fautes des hommes. On peut aussi comprendre que la roue a quatre faces, parce que l’Ecriture Sainte, étendue par la grâce de la prédication, est devenue connue des quatre parties du monde. Et c’est donc bien qu’une roue soit d’abord apparue à côté des animaux et ait ensuite été décrite comme ayant quatre faces, car si la loi n’était pas en harmonie avec l’Evangile, elle n’aurait pas été connue dans les quatre parties du monde. »). GRÉGOIRE LE GRAND, Homélies sur Ezéchiel, I, Texte latin, intr., trad. et notes par Charles MOREL, s. j., Paris, Éd. du Cerf (Sources Chrétiennes, 327), 1986, Homélie VI, 12, pp. 212-213. Selon Pascal Ide, Grégoire le Grand énonce « un principe herméneutique passionnant […] et qui a récemment connu un juste regain d’intérêt : ‘Plus un saint progresse dans l’Écriture sacrée, plus l’Écriture même progresse avec lui’ ; autrement dit : ‘les révélations divines croissent avec celui qui les lit’. Le pape théologien formule cette loi en commentant un passage du livre du prophète Ézéchiel : ‘Et quand s’avançaient les Vivants, les roues également s’avançaient, à côté d’eux ; et quand les Vivants s’élevaient de terre, les roues en même temps s’élevaient.’ (Éz 1,19). Et il en propose une lecture métaphorique, voire tropologique (morale) : les roues sont aux Vivants ce que les Saintes Écritures sont à ses lecteurs. Or, l’élévation physique est l’analogue de l’élévation spirituelle, c’est-à-dire de la contemplation qui n’est jamais coupé de la transformation morale. Dès lors, le progrès des Vivants, c’est-à-dire des lecteurs, s’accompagne de celui de ce qu’ils lisent. » (Pascal IDE, « ‘L’Écriture grandit avec celui qui la lit’. Une relecture à la lumière de la réception en retour », http://pascalide.fr/lecriture-grandit-avec-celui-qui-la-lit-une-relecture-a-la-lumiere-de-la-reception-en-retour/#_ftnref2). |
| 9↑ | « Gregorius super Ezechielis, O. V. I. (I effacé) » (« Grégoire [le Grand], Sur Ézéchiel. » Voir : GRÉGOIRE LE GRAND, Homélies sur Ezéchiel, I, op. cit., pp. 212-213. |
| 10↑ | « In principio creavit Deus caelum et terram / terra autem erat inanis et vacua et tenebrae super faciem abyssi et spiritus Dei ferebatur super aquas / dixitque Deus fiat lux et facta est lux / et vidit Deus lucem quod esset bona et divisit lucem ac tenebras / appellavitque lucem diem et tenebras noctem [factumque est vespere et mane dies unus]. » (« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour. »). Exode (Ex 1, 1-5). |
| 11↑ | « In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum / hoc erat in principio apud Deum / omnia per ipsum facta sunt et sine ipso factum est nihil quod factum est. » (« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. »). Évangile selon Jean (Jn 1, 1-4). |
| 12↑ | « Tandis que les auteurs du Nouveau Testament tiennent des livres (les évangélistes, caractérisés comme Tétramorphes conformément aux « quatuor animalia » de la vision d’Ézéchiel) ou des rouleaux portant une écriture lisible, indiquant la pleine révélation du Verbe avec la venue du Christ, les phylactères exhibés par les auteurs de l’Ancien Testament sont blancs, exprimant l’incomplétude de la Loi ante gratiam. » Gerardo DE SIMONE, « Un’iconostasi di ‘figure piccole’ del Beato Angelico. L’Armadio degli Argenti per la Santissima Annunziata » , op. cit., pp. 35-64. |
| 13↑ | « In principio erat verbum. » (« Au commencement était la Parole. »). Jn 1, 1. |
| 14↑ | « Petrus appostolus Ibesu Christi. » (« Pierre, apôtre de Jésus-Christ. » 1 Pe 1, 1. Voir aussi : IHS XPS. |
| 15↑ | « Initium Evangelii [Iesu Christi Filii Dei]. » (« Voici le commencement de l’Evangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. » Mc 1, 1. |
| 16↑ | « Iudas Ihesu Christi servus. » (« Jude, serviteur de Jésus-Christ. » Je 1, 1. |
| 17↑ | « fuit in diebus Herodis. » (« Du temps d’Hérode […] »). Lc 1, 5. |
| 18↑ | « Iacobus dei et [Domini lesu Christi servus]. » (« Jacques, Serviteur de Dieu et de Jésus-Christ. » Jc 1, 1. |
| 19↑ | « Paulus servus Ihesu Christi. » (« Paul, serviteur de Jésus-Christ. ») Rm 1, 1. |
| 20↑ | Le prophète Ézéchiel, auteur de la vision qui donne son sens à cette image. Voir notes 2-4. |
| 21↑ | Le « fleuve Kebar » (*) , que l’on voit au centre de l’image, était situé au « pays des Chaldéens » (**) près duquel les Juifs de la communauté de Tel-Abib étaient exilés, selon les trois premiers versets du Livre d’Ézéchiel : « La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, je faisais partie des exilés, près du fleuve Kebar. Le ciel s’est ouvert et j’ai eu des visions divines. Le cinquième jour du mois – c’était la cinquième année de l’exil du roi Jojakin – la parole de l’Eternel a été adressée à Ezéchiel, le fils du prêtre Buzi, dans le pays des Babyloniens, près du fleuve Kebar. C’est là que la main de l’Eternel a reposé sur lui. » (Ez 1, 1-3). C’est au bord de ce fleuve que le prophète aurait eu la première de ses visions, en 613 avant notre ère. (*) « La plupart des exégètes s’accordent à penser que, lorsque Ézéchiel parlait du ‘fleuve Kebar’, il employait sans doute le terme hébreu nahar (généralement rendu par rivière, fleuve) dans son acception la plus large, et qu’il l’appliquait aux nombreux canaux babyloniens qui traversaient à l’époque la région fertile délimitée par les cours inférieurs du Tigre et de l’Euphrate. » En ligne : https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/1200010917#h=1, consulté le 05.06.2022. (**) Le « pays des Chaldéens » correspond, selon les textes, à une partie ou à la totalité de la Babylonie, dans le sud de la Mésopotamie (Irak actuel). |
| 22↑ | Le pape Grégoire le Grand, auteur du Commentaire de la vision d’Ézéchiel. Voir note 7. |
| 23↑ | « quid est hoc, quod cum una rota diceretur, paulo post adiungitur » (« De quoi s’agit-il, quand il était question d’une seule roue, et que peu après… » (GRÉGOIRE LE GRAND, Homélies sur Ezéchiel, I, op. cit., pp. 212-213). Il s’agit du passage où le pape « remarque qu’il est d’abord question d’une seule roue et que, peu après, vient s’ajouter ‘quasi sit rota in medio rotae’ — bizarrerie qu’il résout en invoquant l’allégorie, par laquelle sous la lettre du premier Testament se cache le second. Et pour les quatre faces également signalées, elles signifient, toujours selon lui, que la sainte Écriture, à travers les deux Testaments, est divisée en quatre parties : l’Ancien avec la loi et les prophètes, le Nouveau dans l’évangile et les actes et les paroles des apôtres. Pour cette dernière division de l’Écriture, correspondant aux ‘apostolorum actibus et dictis’, on notera d’ailleurs que le passage est tronqué dans le rouleau exposé, mais non dans sa transposition figurée peinte sur la roue centrale. » Véronique ROUCHON MOUILLERON, « Vision spirituelle et images combinées », dans Images Re-vues, Hors-série 9 (2020). Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/imagesrevues.8647. |
| 24↑ | « Il y a trois grandes visions du trône de Dieu dans la Bible : chez les prophètes vétérotestamentaires Isaïe (Is 6) et Ézéchiel (Éz 1 et 10), et au dernier livre néotestamentaire, dans l’Apocalypse (Ap 4). Le plus représenté de ces visionnaires est celui de l’Apocalypse qui dit se nommer Jean, auquel revient clairement une triple fonction : à la fois témoin, participant de la vision, et intermédiaire de la vision 4. Toutefois, la vision que reçoit Ézéchiel au début de son livre, connue sous le nom de Vision du char de Yahvé, a pu être considérée comme ‘un archétype du mode visionnaire’ 5, […]. Le récit, jugé insondable, a produit un impact très fort sur ses lecteurs. Il a d’abord nourri en profondeur les visions du livre de l’Apocalypse, tout autant que l’a fait celle d’Is 6 : sans ces deux prophètes, on ne comprend pas les grandes révélations que décrit Jean. Ensuite, il s’agit d’une vision unique et fondatrice, qui a suscité une bibliographie exégétique importante dans les commentaires juifs et chrétiens 6. Enfin, elle décrit une scène fantastique dont la fascination a traversé toutes les périodes. » Véronique ROUCHON MOUILLERON, « Vision spirituelle et images combinées », Images Re-vues, Hors-série 9 (2020), Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/imagesrevues.8647Top of page. |
| 25↑ | « Et factum est in trigesimo anno, in quarto, in quinta mensis, cum essem in medio captivorum juxta fluvium Chobar, aperti sunt caeli, et vidi visiones Dei. » (« La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, comme j’étais parmi les captifs du fleuve du Kebar, les cieux s’ouvrirent, et j’eus des visions divines. » (Ez 1, 1). |
| 26↑ | « À cette vue, je tombai sur ma face, et j’entendis la voix de quelqu’un qui parlait. » |
| 27↑ | Voir note 21. |
| 28↑ | Dans ces inscriptions, on passe directement du verset 4 au verset 15, de telle sorte qu’est signalé le contexte cosmique (l’aquilon, la nue et le feu, dont les flammes qui encerclent la jante donnent une représentation), tandis que le passage relatif aux « quattuor animalia » (les « quatre vivants ») est tronqué au profit de la vision de la seule roue. Voir Concetto DEL POPOLO, « La Visione di Ezechiele del Beato Angelico », Letteratura e Arte, 5 (2007), pp. 9-109. |
| 29↑ | GRÉGOIRE LE GRAND, Homélies sur Ezéchiel, I, op. cit., Homélie VI, 12, p. 212-213. Sur le livre, on peut lire : « Quid est hoc, quod cum una rota ricetur, paulo post iio… (pour Homelia ?) » |
| 30↑ | Cyril Gerbron (*) voit aussi deux visions dans ce tableau, mais en les rapportant toutes deux à Ézéchiel, celle d’Éz 1 et celle d’Éz 2, v. 9, qui correspond à la Vision du livre (suivie de la Manducation en Éz 3).
(*) Cyril GERBRON, « Le Verbe, voilé/dévoilé. La Vision d’Ézéchiel et l’Annonciation de l’Armadio degli argenti », Revue de l’art, 167 (2010), p. 12. |
| 31↑ | On considère actuellement que l’armoire-reliquaire n’était fermé que par une porte unique. |
| 32↑ | Véronique ROUCHON MOUILLERON, « Vision spirituelle et images combinées », dans Images Re-vues, Hors-série 9 (2020). Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/imagesrevues.8647. |
| 33↑ | […] cumque aspicerem animalia apparuit rota una super terram iuxta animalia habens quattuor facies / et aspectus rotarum et opus earum quasi visio maris et una similitudo ipsarum quattuor et aspectus earum et opera quasi sit rota in medio rotae (« Je regardais ces animaux ; et voici, il y avait une roue sur la terre, près des animaux, devant leurs quatre faces. A leur aspect et à leur structure, ces roues semblaient être en chrysolithe, et toutes les quatre avaient la même forme ; leur aspect et leur structure étaient tels que chaque roue paraissait être au milieu d’une autre roue. »). Livre d’Ézéchiel (Ez 1, 15-16). |

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