Le dictionnaire de Littré, dont la célébrité doit quelque chose à son approche attentive de la langue et à l’abondance de ses références littéraires indique, dans son édition abrégée, qu’« un saint, [ou] une sainte, [est une] personne qui vit ou qui est morte en état de sainteté » ; il apporte confirmation par ailleurs, à la rubrique « sainteté », de ce que celle-ci réfère à la « qualité de qui est saint ».

Au prétexte d’aller un peu plus loin dans la connaissance de ce qui fait un saint, le présent article n’est, avant tout, une bonne occasion de regarder une extraordinaire prédelle peinte par Giovanni di Paolo. Sans doute séparée depuis la fin du XVIIIe s., de la Grande Maestà encore visible à Sienne (Pinacoteca Nazionale), à laquelle elle appartenait, cette prédelle est aujourd’hui conservée à Parme (Galleria Nazionale).
Son « iconographie est plutôt insolite [2]Dòra SALLAY, « Giovanni di Paolo : Cristo e santi portacroce », dans Angelo TARTUFERI et Gianluca TORMEN (dir.), La fortuna dei primitivi. Tesori d’arte dalle collezioni italiane fra sette e ottocento (cat. d’exp. Florence, Galleria dell’Accademia), Milano, Giunti, 2014, pp. 222–224, cat. 23. ».
Le Christ apparaît au centre, debout sur un rocher, tenant dans son bras gauche une croix plus haute que lui. De la main droite, il donne à voir une inscription qui combine deux versets : l’un de Luc [3]« Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suis pas, ne peut être mon disciple. » (Lc 14, 27)., l’autre de Matthieu [4]« […] Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ? […] » (Mc 10, 38). : « […] QVI NO[N] BAIVLAT C[RU]CE[M] SUA[M] ET SEQV[I]TVR ME NO[N] EST ME DIGNVS » [5]« Celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. ». De chaque côté, une foule de saints chemine vers le Christ, chacun d’eux « portant appuyée sur l’épaule une pesante croix ; sur leur visage, une expression sereine et transfigurée. [6]Ibid. » « Tous marchent à pas lents et mesurés, et le rythme grave, humble et doux de leur démarche est marqué et accentué par les montants inclinés des croix qui forment, en plus des acteurs de la scène, un ensemble singulièrement décoratif de lignes et d’angles entrecroisés. [7]PERKINS 1931, cité par Dòra SALLAY, ibid. »

De part et d’autre du Christ, on peut voir :
- sur sa droite
- la Vierge Marie
- et derrière elle,
- les saints :
- Marie Madeleine
- Jean Baptiste
- Pierre
- Barthélémy
- Etienne
- Laurent
- Benoît ou Bernard (?)
- Jérôme
- quatre Pères de l’Église
- un saint pape
- les saints :
- et derrière elle,
- la Vierge Marie
- sur sa gauche
- Paul
- et derrière lui,
- les saints
- et derrière lui,
- Paul
Certains auteurs ont cru reconnaître ailleurs les saints :
Mais il s’agit d’identifications incertaines (beaucoup de ces figures ne présentent aucun attribut iconographique visible). Il semble, d’ailleurs que, dans cette œuvre, une importance moindre soit accordée à « leur identité individuelle qu’à la communion spirituelle de tous les saints réunis dans l’Imitatio Christi. [8]Ibid. »
Notes
| 1↑ | Giovanni di Paolo, Le Christ et les saints porteurs de croix, vers 1454-55. Tempéra et or sur panneau, 28 x 200 cm. Galerie Nationale de Parme. |
|---|---|
| 2↑ | Dòra SALLAY, « Giovanni di Paolo : Cristo e santi portacroce », dans Angelo TARTUFERI et Gianluca TORMEN (dir.), La fortuna dei primitivi. Tesori d’arte dalle collezioni italiane fra sette e ottocento (cat. d’exp. Florence, Galleria dell’Accademia), Milano, Giunti, 2014, pp. 222–224, cat. 23. |
| 3↑ | « Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suis pas, ne peut être mon disciple. » (Lc 14, 27). |
| 4↑ | « […] Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ? […] » (Mc 10, 38). |
| 5↑ | « Celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. » |
| 6↑ | Ibid. |
| 7↑ | PERKINS 1931, cité par Dòra SALLAY, ibid. |
| 8↑ | Ibid. |
