Giovanni di Paolo, « Grande Maestà »

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Giovanni di Paolo (actif à Sienne vers 1400 – 1482)

Maestà (Vierge en Majesté), vers 1472-1482.

Tempéra et or sur panneaux, 279 x 242 cm. (avec la lunette et les pilastres).

Inscriptions (sur le livre de Moïse) :

  • « Non habebis deos alienos coram me. Non assumes nomen Domini Dei tui in vanum. Memento ut diem sabbati sanctifices. Honora patrem tuum et matrem tuam. Non occides. Non mechab[er]is. Non furtum facies. Non loqueris contra proximum tuum falsum testimonium. Non concup … » [1]

Provenance : ?

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Le panneau central

Il représente la Vierge en majesté tenant l’Enfant Jésus sur les genoux (fig. 1) entourée de douze anges

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1

et, au second et au premier plans,

  • à gauche (fig. 2), les saints [2]
    • Etienne (une pierre sur la tête pour évoquer sa mort par lapidation)
    • Pierre (une clé à la main)
    • Jean Baptiste (indiquant de l’index la scène principale où figure le Christ)
    • Thomas (jeune homme tenant un coutelas)
    • Moïse le prophète (présentant les Dix Commandements rapportés du Sinaï)

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2                                               3

  • à droite (fig. 3), les saints
    • Laurent (en jeune clerc qu’il fut)
    • Paul (avec sa barbe sombre et son épée, instrument de son martyre)
    • Barthélémy (portant lui aussi l’instrument de son martyre)
    • Ambroise (?)
    • David (en tant que roi, portant une couronne, et musicien, tenant en main un psaltérion dont il pince les cordes)

Les pilastres latéraux 

La foule des saints se prolonge sur les pilastres latéraux où l’on peut reconnaître :

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4               5             6             7             8

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La lunette

Selon toute vraisemblance, cette lunette ne faisait pas partie du retable à l’origine. L’oblique des architectures de l’arrière plan indique que le panneau, pour pouvoir être scié et mis à la forme, a dû être légèrement pivoté sur son axe afin de permettre que soient conservés suffisamment de détails de la scène initiale. Une seconde étrangeté vient du fait que le panneau central du retable comporte déjà une Annonciation : redondante, celle-ci vient inutilement s’ajouter à la première. Nous sommes face à l’un de ces arrangements effectués au XIXe s., visant à reconstituer à toutes forces l’apparence d’achèvement de l’œuvre, quitte à le faire au détriment de toute logique iconographique, quitte, également, à occasionner une perte de sens.

Ce qui précède ne diminue en rien la beauté intrinsèque de cette Annonciation dans laquelle la présence de chaque détail est fondée sur une intention de faire sens. Cette remarque vaut en particulier pour l’organisation d’une architecture irréelle et compliquée à dessein, parfaitement adaptée à l’idée même du miracle en cours, et mise entièrement au service du sens véhiculé par l’image.

Hypothèses de reconstitution du retable

La prédelle

Giovanni di Paolo, « Le Christ et les saints porteurs de croix ». Parme, Galleria Nazionale.

Il convient de signaler l’hypothèse de Pope-Hennessy, confirmée par Brandi, selon laquelle la prédelle du polyptyque pourrait être identifiée avec le panneau au format de prédelle intitulé Le Christ et les saints porteurs de croix de la Galerie Nationale de Parme. [5]

Giovanni di Paolo, « Le Christ et les saints porteurs de croix ». (détail avec le Christ et Marie sur sa droite). Parme, Galleria Nazionale.

Le couronnement du retable

Actuellement, au-dessus du panneau principal, le retable est couronné d’une lunette. Dans cette lunette, figure une Annonciation que John Pope-Hennessy [3] ne considérait pas comme appartenant à l’œuvre. Les doutes semblent d’autant plus fondés que cette Annonciation fait double emploi avec celle, plus discrète mais pourtant bien visible, qui figure dans les écoinçons de part et d’autre de l’encadrement à demi circulaire qui somme l’image principale (à gauche, Gabriel, à droite, Marie). De ces deux Annonciations empilées l’une sur l’autre, l’une est de trop. Pietro Torriti [4] confirme l’existence d’un doute sérieux et ajoute que la lunette est positionnée en retrait par rapport au panneau central et que son encadrement, différent de celui du même panneau, est complètement disproportionné. Il également probable que cette seconde Annonciation malencontreusement intégrée dans le présent retable, ait également été découpée à cet effet. Cela, du moins, expliquerait que les verticales de la composition architecturale sur laquelle se détache la scène, qui devraient être verticales, soient ici étrangement obliques, comme s’il avait fallu faire pivoter le panneau pour en intégrer le contenu figuratif dans le nouveau format obtenu.

Giovanni di Paolo, « Grande Maestà ». Reconstitution de Dorà Sallay, 2015.

En 2015, Dora Sallay [6] a proposé de recomposer le couronnement du polyptyque d’une manière plus conforme à l’aspect original de l’œuvre, en y réintégrant les figures des quatre Évangélistes accompagnés de leurs attributs animaliers provenant de la Galerie De Boer à Amsterdam. Au centre, pourrait avoir figuré un Rédempteur bénissant qui est aujourd’hui perdu. L’ensemble, très convaincant, présente une apparence gothique beaucoup plus conforme au gothique siennois le plus fréquent dans l’œuvre de Giovanni di Paolo.

[1] Le texte complet, issu de la Vulgate, est le suivant : « Non habebis deos alienos coram me. [Non facies tibi sculptile, neque omnem similitudinem quæ est in cælo desuper, et quæ in terra deorsum, nec eorum quæ sunt in aquis sub terra. Non adorabis ea, neque coles: ego sum Dominus Deus tuus fortis, zelotes, visitans iniquitatem patrum in filios, in tertiam et quartam generationem eorum qui oderunt me : et faciens misericordiam in millia his qui diligunt me, et custodiunt præcepta mea.] Non assumes nomen Domini Dei tui in vanum] : nec enim habebit insontem Dominus eum qui assumpserit nomen Domini Dei sui frustra.] Memento ut diem sabbati sanctifices. [Sex diebus operaberis, et facies omnia opera tua. Septimo autem die sabbatum Domini Dei tui est: non facies omne opus in eo, tu, et filius tuus et filia tua, servus tuus et ancilla tua, jumentum tuum, et advena qui est intra portas tuas. Sex enim diebus fecit Dominus cælum et terram, et mare, et omnia quæ in eis sunt, et requievit in die septimo: idcirco benedixit Dominus diei sabbati, et sanctificavit eum.] Honora patrem tuum et matrem tuam[, ut sis longævus super terram, quam Dominus Deus tuus dabit tibi.] Non occides. Non mœchaberis. Non furtum facies. Non loqueris contra proximum tuum falsum testimonium. Non concup[isces domum proximi tui, nec desiderabis uxorem ejus, non servum, non ancillam, non bovem, non asinum, nec omnia quæ illius sunt.] » : Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. [Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération.] Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu[, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son nom.] Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.] Honore ton père et ta mère[, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. Tu ne commettras pas de meurtre.] Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. Tu ne convoit[eras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient.] » (Exode 20, 1-17).

Les Dix Commandements ci-dessus figurent également dans le Deutéronome (Deut 5, 6-21).

[2] Pour chacun de ces saints, voir annexes « Iconographie des saints » et « Iconographie chrétiennes ».

[3] POPE HENNESSY 1937.

[4] TORRITI 1977, p.

[5] Giovanni di Paolo, Le Christ et les saints porteurs de croix, vers 1454-55. Tempéra et or sur panneau, 28 x 200 cm. Galerie Nationale de Parme.