WARNING: unbalanced footnote start tag short code found.
If this warning is irrelevant, please disable the syntax validation feature in the dashboard under General settings > Footnote start and end short codes > Check for balanced shortcodes.
Unbalanced start tag short code found before:
“« Je ne peux les nommer tous pleinement car mon long poème me pousse tant que mon dire souvent doit sauter les faits »”
EN COURS …

L’Enfer est l’un des cinq lieux de l’au-delà dans sa version médiévale. Il constitue aussi le thème du premier des trois cantiques qui, avec le Purgatoire et le Paradis, composent la Divine Comédie de Dante. Chacun des trois cantiques correspondant à l’un des trois règnes de l’au-delà décrits par Dante est formé de trente-trois chants, à l’exception de l’Enfer qui comporte un chant préliminaire. Chaque chant est à son tour subdivisé en tercets d’hendécasyllabes ((L’hendécasyllabe (du gr. éndeka : onze) est généralement un vers composé de onze syllabes. C’est le vers le plus important et le plus utilisé de toute la poésie lyrique italienne, depuis ses origines, avec Dante Alighieri et Francesco Petrarca, jusqu’au seuil de la versification libre du XXe siècle. Les deux premiers vers du chant d’ouverture de la Comédie (voir note 6) sont précisément, la première, une hendécasyllabe majeure (accent tonique sur la sixième syllabe) et la seconde, une mineure (accent tonique sur la quatrième syllabe) :
Nel | mez|zo | del | cam|mìn | di | nos|tra | vi|ta
mi | ri|tro|vái | per | u|na | sel|va os|cú|ra
Dans la langue italienne, le dernier accent tonique de l’hendécasyllabe tombe nécessairement sur la dixième syllabe.)) dont les rimes sont enchaînées (ABA BCB CDC…).
Quand, au début des temps, l’ange Lucifer se rebella contre Dieu, ce dernier le précipita sur la Terre depuis le Paradis qui se trouve quelque part au-delà du système de rotation géocentrique propre à la représentation de l’univers héritée de Ptolémée. À l’endroit de sa chute, la terre se serait rétractée de terreur à l’idée d’un contact avec lui, créant ainsi l’énorme cavité en entonnoir qui forme l’Enfer. La matière rétractée aurait alors réémergé dans l’hémisphère opposé couvert par les eaux, formant la montagne du Purgatoire qui se dresse au milieu d’une immense mer.
Lucifer est ainsi confiné au centre de la Terre, au point, par conséquent, le plus éloigné de Dieu, immergé jusqu’au buste dans le Cocyte ((Le Cocyte est un lac souterrain constamment gelé à cause du vent froid produit par le mouvement continuel des six ailes de Lucifer.)). À partir du centre de la Terre, sous les pieds de Lucifer, s’ouvre un long boyau conduisant vers la montagne du Purgatoire, dans l’autre hémisphère (la Terre, selon Dante, est divisée en deux hémisphères : dans l’un, s’enfonce le gouffre de l’enfer, l’autre est entièrement recouvert d’eau ((C’est au beau milieu des eaux du second hémisphère que s’élève l’îlot du purgatoire.))).

La structure de l’Enfer, en forme d’entonnoir, est composée de neuf cercles qui s’enfoncent en spirale jusqu’au plus profond de la Terre. Les cercles les plus élevés sont nécessairement plus larges car les péchés qui y sont punis sont plus fréquents et donc les damnés plus nombreux.
La rencontre Dante et Virgile a eu lieu à proximité de la porte de l’Enfer ((Exprimée par Virgile en cet instant, la prophétie de l’avènement imminent d’un « veltro » libérateur est rapportée ainsi par Dante :
«À te convien tenere altro viaggio»,
rispuose poi che lagrimar mi vide,
«se vuo’ campar d’esto loco selvaggio:
ché questa bestia, per la qual tu gride,
non lascia altrui passar per la sua via,
ma tanto lo ‘mpedisce che l’uccide;
e ha natura sì malvagia e ria,
che mai non empie la bramosa voglia,
e dopo ‘l pasto ha più fame che pria.
Molti son li animali a cui s’ammoglia,
e più saranno ancora, infin che ‘l veltro
verrà, che la farà morir con doglia.
Questi non ciberà terra né peltro,
ma sapienza, amore e virtute,
e sua nazion sarà tra feltro e feltro.
Di quella umile Italia fia salute
per cui morì la vergine Cammilla,
Eurialo e Turno e Niso di ferute.
Questi la caccerà per ogne villa,
fin che l’avrà rimessa ne lo ‘nferno,
là onde ‘nvidia prima dipartilla».
« Il te convient d’aller par un autre chemin »,
répondit-il, quand il me vit en larmes,
« si tu veux échapper à cet endroit sauvage ;
car cette bête, pour qui tu cries,
ne laisse nul homme passer par son chemin, mais elle l’assaille, et à la fin le tue ;
elle a nature si mauvaise et perverse
que jamais son envie ne s’apaise,
et quand elle est repue elle a plus faim qu’avant.
Nombreux les animaux avec qui elle s’accouple
et seront plus encore, jusqu’au jour où viendra
le lévrier, qui la fera mourir dans la douleur.
Lui, ni terre ni métal ne le nourrira,
mais sagesse, amour et vertu, et sa nation sera entre feltre et feltre.
Il sera le salut de cette humble Italie
pour qui mourut la vierge Camille,
Euryale et Turnus et Nisus, de leurs blessures.
Il la chassera par toutes les villes,
puis il viendra la remettre en enfer,
d’où l’avait tirée l’envie première. »
Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard [Bibliothèque de la Pléiade], 2021), Enf. I, 94-111, p. 9.
Angelo Eugenio MECCA, « Il veltro di Dante e la Chanson de Roland », Nuova Rivista di Letteratura Italiana 5, 2002, pp. 213-226).)). Au fur et à mesure que les deux poètes cheminent dans l’Enfer, les cercles se rétrécissent et le nombre d’âmes vouées à la damnation y est moindre que dans ceux qui affleuraient à la surface terrestre. Plus on s’approche du centre de la Terre, plus on s’éloigne de Dieu car plus grand est le poids du péché commis par les âmes damnées.
Au-delà des murs de la cité de Dis ((Dis : Abréviation latine de Dīs Pater, fréquemment écrit Dispater et abrégé Dis : nom romain d’un dieu des Enfers qui, au fil du temps, est devenu Pluton (gr. : pluto : le riche (lat. : dis : riche, opulent, abondant) séparent le cinquième cercle du sixième.)), se trouvent les pêcheurs ayant commis les fautes les plus lourdes : au cours de leur vie terrestre, loin d’être privés de raison, ils en ont au contraire usé pour commettre sciemment le mal.
La caractéristique constante des peines subies par les damnés qui peuplent l’Enfer est fondée sur la loi du contrappasso.

Plan de l’enfer et itineraire de Dante

Structure de l’enfer selon Dante ((Les citations de Dante ainsi que leurs traductions sont toutes extraites de La Divine Comédie (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021.))
| Chant | Lieu | Catégorie(s) de damnés | Peine endurée ((Chacune des peines infligées aux damnés est déterminée sur le principe du contrappasso.)) | Personnages présents (ou évoqués) | |
| I | L’incipit ((« Nel mezzo del cammin di nostra vita mi ritrovai per una selva oscura, ché la diritta via era smarrita. » (« Au milieu du chemin de notre vie je me retrouvai par une forêt obscure car la voie droite était perdue. »), vv. 1-3.)) fait traverser au lecteur une « forêt obscure » ((« […] esta selva selvaggia e aspra e forte […]. Tant’è amara che poco è più morta » (« […] cette forêt féroce et âpre et forte […] est si amère que mort l’est à peine plus »), vv. 5-7. La « forêt obscure » est la figure allégorique de la vie terrestre « obscurcie » par le péché.)), puis apercevoir une colline. Jérusalem est le centre de ce monde dont le Gange et les colonnes d’Hercule ((Les Colonnes d’Hercule représentent symboliquement les deux monts qui marquent l’entrée du détroit de Gibraltar, séparant l’Europe et l’Afrique : Calpé (le rocher de Gibraltar) au nord, sur la rive européenne, et Abyla (« le Mont aux Singes », aujourd’hui Djebel Musa) au sud, sur la rive marocaine. Le géographe romain Pomponius Mela (Ier siècle ap. J.-C.) les décrit ainsi : « Une très haute montagne fait face à celle qui s’élève sur la côte opposée de l’Hispanie : l’une se nomme Abyla, l’autre Calpé, et toutes deux ensemble les colonnes d’Hercule (« hunc Abylam, illum Calpen, vocant, Columnas Herculis utrumque. »). La fable ajoute qu’autrefois ces deux montagnes n’en faisaient qu’une, qui fut divisée par Hercule ; et qu’ainsi l’Océan, jusqu’alors arrêté par cette barrière, trouva un passage pour se répandre dans les lieux qu’il inonde aujourd’hui. » Pomponius Mela, Description de la terre, livre I, 5.)) marquent les deux extrémités. | La lonce ((La lonce (lonza) : félin semblable au lynx, symbole de la luxure.)), le lion ((Le lion (leone) représente lo allégoriquement l’orgueil : « Questi parea che contra me venisse con la test’alta e con rabbiosa fame, sì che parea che l’aere ne tremesse. » (« II me semblait qu’il venait contre moi la tête haute, plein de faim enragée ; on aurait cru autour de lui voir l’air trembler. »), vv. 46-49.)), la louve ((La louve (lupa) représente le plus grave des vices des vivants : l’avidité, la soif irrésistible de posséder. « Ed una lupa, che di tutte brame sembiava carca ne la sua magrezza, e molte genti fé già viver grame, questa mi porse tanto di gravezza con la paura ch’uscia di sua vista, ch’io perdei la speranza de l’altezza. È con la paura ch’uscia di sua vista, ch’io perdei la speranza de l’altezza. E qual è quei che volontieri acquista, e giugne ‘I tempo che perder lo face, che ‘n tutti suoi pensier piange e s’attrista ; tal mi fece la bestia sanza pace, che vedendomi ‘n contro, poco a poco mi ripingneva là dove ‘l sol tace. ». (« Et une louve, qui paraissait dans sa maigreur chargée de toutes les envies, et qui fit vivre maintes gens dans la misère ; elle me fit sentir un tel accablement par la terreur qui sortait de sa vue, que je perdis l’espoir de la hauteur. Et pareil à celui qui se plaît à gagner, mais vient le temps qui le fait perdre, alors il pleure et se désole en chaque pensée ; pareil me fit la bête qui n’a pas de paix, quand venant contre moi peu à peu elle me repoussait où le soleil se tait. », vv. 49-60.)) qui « venant contre moi, peu à peu […] me repoussait où le soleil se tait », le vaultre (veltro) ((Le vaultre, ou lévrier, nouvelle figure allégorique, est évoqué comme le monarque universel (l’empereur [*]) qui viendra bloquer l’action destructrice de la louve-avidité dans le monde : « infin che l’veltro verrà, che la farà morir con doglia » (« jusqu’au jour où viendra le lévrier, qui la fera mourir dans la douleur »), v. 101-102. [*] « Plus que l’identité du lévrier – même en supposant que Dante pensait le connaître – ce qui compte c’est surtout, sa fonction : c’est-à-dire purifier le monde de ce poison d’avarice dont Dante croyait qu’il était infecté. » Antonietta BUFANO, Charles T. DAVIS, « Veltro », dans Enciclopedia dantesca (1970).)), enfin, le poète Virgile ((Virgile, l’un des plus grands poètes qu’ait connu l’humanité (v. 82), apparaît à Dante, une figure « qu’un long silence avait tout affaiblie » (« chi per lungo silenzio parea fioco », v. 63).)), que Dante identifie aussitôt comme son maître ((Sont également évoqués au Chant I sans être physiquement présents : les empereurs César et Auguste, Enée, le héros troyen et son père Anchise, Camilla (personnage de l’Enéide de Virgile, Camilla est la jeune reine des Volsques, peuple italique de l’antiquité), Euryale et Nisus (compagnons d’Énée dans l’Enéide de Virgile : V, 294 ; IX, 176 et 444), Turnus (roi des Rutules, tué par Énée en combat singulier dans l’Énéide, XII, 945-953), les Muses, Silvius (l’un des rois légendaires d’Albe la Longue), saint Paul, Béatrice, la « Madone », sainte Lucie, Rachel.)). | |||
| II | Porte de l’Enfer | Dante a peur ((« Io cominciai : ‘Poeta che mi guidi, / guarda la mia virtù s’ell’è possente, / prima ch’a l’altro passo tu mi fidi.’ » (« Je commençai : « Poète qui me guides, / vois bien si la vertu est assez forte, / avant de me confier à ce voyage ardu. »), v. 10-12.)). Virgile le rassure et évoque Béatrice ((« Si ho ben la parola tua intesa », rispuose del magnanimo quell’ombra, « l’anima tua è da viltade offesa ; la qual molte fiate l’omo ingombra : sì che d’onrata impresa lo rivolve, come falso veder bestia quand’ombra. Da questa tema acciò che tu ti solve, dirotti perch’io venni e quel ch’io ‘ntesi nel primo punto che di te mi dolve. Io era tra color che son sospesi, e donna mi chiamò beata e bella, tal che di comandare io la richiesi. Lucevan li occhi suoi più che la stella ; e cominciommi a dir soave e piana, con angelica voce, in sua favella : ‘O anima cortese mantoana, di cui la fama ancor nel mondo dura, e durerà quanto ‘l mondo lontana, l’amico mio, e non de la ventura, ne la diserta piaggia è impedito sì nel cammin, che vòlt’è per paura ; e temo che non sia già sì smarrito, ch’io mi sia tardi al soccorso levata, per quel ch’i ho di lui nel cielo udito. Or movi, e con la tua parola ornata e con ciò c’ha mestieri al suo campare, l’aiuta sì ch’i’ ne sia consolata. I’ son Beatrice che ti faccio andare’ […]. » (« Si j’ai bien compris ta parole », répondit l’ombre du magnanime, « ton âme est accablée de lâcheté ; laquelle encombre l’homme bien souvent et le détourne d’une noble entreprise, comme fausse vision à bête qui s’ombrage. Je te dirai, pour t’ôter cette crainte, pourquoi je vins et ce que j’entendis dans le premier moment où je souffris pour toi. J’étais parmi ceux qui sont en suspens quand une dame heureuse et belle m’appela, telle que je la priai de me commander. Ses yeux brillaient plus que l’étoile, et elle me parla, douce et calme, d’une voix d’ange, en son langage : ‘Ô âme courtoise de Mantoue, dont la gloire dure encore dans le monde, et durera autant que le monde, mon ami vrai, et non ami de la fortune, est empêché si fort, sur la plage déserte, que la peur le fait s’en retourner, et je crains qu’il ne soit déjà si égaré que je me sois levée trop tard à son secours, pour ce que j’entendis de lui au ciel. Va donc, et aide-le si bien par ta parole ornée, et ce qui peut servir à son salut, que j’en sois consolée. Je suis Béatrice, qui te prie d’aller ; […]’) », v. 43-70.)). | |||
| III | Vestibule de l’Enfer (antinferno) ; au-dessus de la porte de l’Enfer, on peut lire de sombres paroles. ((« Per me si va ne la città dolente, per me si va ne l’etterno dolore, per me si va tra la perduta gente. Giustizia mosse il mio alto fattore ; fecemi la divina podestate, la somma sapïenza e ‘l primo amore. Dinanzi a me non fuor cose create se non etterne, e io etterno duro. Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate » (« Par moi on va dans la cité dolente, par moi on va dans l’éternelle douleur, par moi on va parmi la gent perdue. Justice a mû mon sublime artisan, puissance divine m’a faite, et la haute sagesse et le premier amour. Avant moi rien n’a jamais été créé qui ne soit éternel, et moi je dure éternellement. Vous qui entrez, laissez toute espérance »), v. 1-10.)) | Indolents ((Les indolents sont neutres par lâcheté.)). | Après avoir évité tout effort et ne s’être battus pour aucun idéal de leur vivant, ils courent perpétuellement derrière une bannière sans emblème, nus, piqués et griffés par des guêpes et des mouches ; leur sang mélangé à leurs larmes est recueilli au sol par la vermine qu’ils piétinent. | « […] celui qui fit par lâcheté le grand refus » ((« […] colui / che fece per viltade il gran rifiuto. » (celui qui fit par lâcheté le grand refus), Enfer, III, 59-60) est le plus souvent considéré comme étant le pape Célestin V.)) | |
| III | Achéron ((Dans la mythologie grecque, l’Achéron est une branche de la rivière souterraine du Styx, sur laquelle Charon transporte en barque les âmes des défunts vers les Enfers. Il reçoit deux affluents en sens contraire : le Cocyte et le Phlégéthon.)) | Âmes qui attendent le passage en bateau vers l’Enfer | Charon ((Charon, le passeur, a pour fonction de faire traverser l’Achéron (ou le Styx) aux âmes de tous ceux qui doivent entrer dans le royaume des morts : « Charon, le diable aux yeux de braise, / les recueillent toutes et leur fait signe, battant avec sa rame celles qui s’attardent. » (« Caron dimonio, con occhi di bragia / loro accennando, tutte le raccoglie ; / batte col remo qualunque s’adagia. »), v. 109-111.)) | ||
| IV | Premier cercle de l’enfer : le Limbe (Limbo) des patriarches, puis le « noble château sept fois entouré de haut murs et défendu par une belle rivière » ((« […] un nobile castello / sette volte cerchiato d’alte mura, / difeso intorno d’un bel fiumicello », v. 106-108. « Le château est ‘noble’ probablement dans le sens indiqué dans le Banquet (livre IV), où la noblesse est interprétée […] comme racine de toute vertu et tendance naturelle à effectuer des actions vertueuses, c’est-à-dire, dans le sens aristotélicien, excellentes. Les sept murs et les ‘sept portes’ (v. 110) du château font probablement allusion aux vertus éthiques (prudence, tempérance, courage et justice) et dianoétiques (intellect, science et sagesse). C’est justement parce qu’il ne s’agit pas de vertus infuses, mais d’habitus acquis, que ces vertus restent insuffisantes pour le salut. » Voir Dante Alighieri, op. cit., p. 875, note 28.)). | Esprits vertueux non baptisés, Justes de l’Ancien Testament ((Parmi les Justes, se trouvent les patriarches, les prophètes, ainsi qu’Adam et Ève.)). | Ayant vécu avant le baptême, ils n’ont pu acquérir ce « passeport obligatoire pour le Paradis » ((Jacques Le Goff, « L’attente dans le Christianisme : le Purgatoire », Communications, Année 2000, 79, p. 300.)), et gisent sans autre peine que le désir éternellement insatisfaits de voir Dieu. | Homère, le « poète souverain », Horace « satiriste », Ovide et Lucain, Électre, Hector, Énée, César « armé au regard de griffon », « Camille et la Penthésilée », Latinus, Lavinia ((Lavinia ou Lavinie : fille de Latinus.)), « ce Brutus ((Premier consul romain.)) qui chassa Tarquin [le Superbe] ((« Bruto che cacciò Tarquino », v. 127.)) », Lucrèce, Julia ((Julia Caesaris filia ou Julia Augusti filia (39 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.) : unique fille biologique du premier empereur romain, Auguste, née de sa seconde épouse Scribonia.)), Martia ((Épouse de Caton d’Utique, Martia sera évoquée une nouvelle fois dans le Purgatoire, I, 79-80.)), Cornélia ((Il peut s’agir soit de Cornélia (v. – v. ) : fille de Scipion l’Africain et mère des Gracques dont les actes politiques ont eu un grand retentissement sur l’histoire de Rome ; soit de Cornélia, seconde femme de Pompée, mentionnée par Lucain dans Pharsale (II, 344-349).)), Saladin, Aristote ((Aristote : « le maître de ceux qui savent » (« […] ‘l maestro di color che sanno »), v. 131.)), Socrate, Platon, Démocrite, Diogène, Anaxagore, Thalès, Empédocle, Héraclite, Zénon, Dioscoride ((Dioscoride : « e vidi il buon accoglitor del quale, Dïascoride dico (« et je vis celui qui décrit les qualités des plantes, je veux dire Dioscoride », v. 139-140.)), Orphée, Tullius, Linus, Sénèque, Euclide « géomètre », Ptolémée, Hippocrate, Avicenne, Galien, Averroès « celui qui fit le grand commentaire » ((« […] colui chel gran comento feo », v. 144. Le « grand commentaire » : le philosophe Averroès, que Dante semble considérer comme un médecin, est « le commentateur d’Aristote par excellence » (Dante Alighieri, op.cit., p. 876, n. 59).)). Sont également évoqués au chant IV : Adam ((Virgile informe Dante que Jésus lui-même, « un puissant, avec un signe de victoire, et couronné » (« un possente, / con segno di vittoria, coronato », v. 53-54) est venu chercher Adam, « le premier aïeul » (« primo parente », v. 55.)) ainsi qu’Abel, Noé, Moïse, « légiste obéissant », Abraham « patriarche », David « roi », « Israël [Isaac], avec son père [Jacob] et ses enfants, et avec Rachel pour laquelle il fit tant », « et beaucoup d’autres qu’il fit bienheureux [qu’il emmena au ciel »] (« e altri molti, e feceli beati », v. 61). En dépit du nombre important des personnages rencontrés ou seulement évoqués au chant IV, Dante précise qu’il ne peut tous les nommer. ((« Je ne peux les nommer tous pleinement car mon long poème me pousse tant que mon dire souvent doit sauter les faits » ((« Io non posso ritrar di tutti a pieno / però che si mi caccia il lungo tema, / che molte volte al fatto il dir vien meno. » v. 145-147.)). | |
| V | Deuxième cercle ((Le deuxième cercle de l’Enfer « enclôt moins d’espace, mais douleur plus poignante, et plus de cris. » (« […] che men loco cinghia / e tanto più dolor, che punge a guaio », v. 2-3).« Dante entre en contact avec les premières âmes punies pour leurs actions » (Divine Comédie, op.cit., p. 876, notule).)) | Luxurieux emportés par l’ouragan infernal ((Les luxurieux sont les premières âmes que rencontre Dante à être punies pour leurs actions, les esprits neutres décrits dans les chants précédents n’ayant jamais exercé leur libre arbitre pour choisir entre le bien et le mal. Leur péché d’incontinence est le moins grave des péchés capitaux car le désir charnel est celui que la raison a le plus de mal à dominer : « Intesi ch’a così fatto tormento / enno dannati i peccator carnali, / che la ragion sommettono al talento » (« Et je compris qu’un tel tourment / était le sort des pêcheurs charnels, / qui soumettent la raison aux appétits »), v. 38-39.)) | Ils sont sans cesse emportés par une tempête de la même manière que pendant leur vie, ils l’ont été par la passion. | Minos, Sémiramis ((Ninus, son époux auquel elle succéda, est évoqué à la vue de Sémiramis.)), Didon ((Didon, princesse phénicienne, fondatrice légendaire et première reine de Carthage, n’est pas nommée mais désignée comme « celle-ci qui se tua par amour en trahissant les cendres de Sichée » (« […] colei che s’ancise amorosa, / e ruppe al cener di Sicheo »).)), « la luxurieuse Cléopâtre », Hélène, Achille, Pâris, Tristan, Paolo et Francesca ((Gianciotto Malatesta, frère de Paolo, est mentionné. De même que Lancelot, héros du roman lut par les amants, et le noble Galehaut qui, dans ce même roman (Lancelot du lac), demande à Guenièvre d’accorder un baiser à Lancelot.)). | |
| VI | Troisième cercle | Gourmand . ((Les gourmands sont coupables du « nocif péché de bouche » (« la dannosa colpa de la gola », v. 53.)). | Après s’être laissés gouverner par la gourmandise et l’excès des mets raffinés, les âmes gisent dans la boue sous des pluies incessantes, noires et glaciales ; elles sont tourmentées par Cerbère ((Cerbère, « tel un chien aboyant et vorace » (« qual e cane ch’abbaiando agogna », v. 28. La voracité de Cerbère fait écho à l’avidité des gourmands.)), dont Dante fait le gardien du troisième cercle, assourdit les damnés de ses aboiements et les réduit en lambeaux de « ses mains onglées » ((«[…] unghiate le mani »), v. 17.)). | Cerbère ((Voir note précédente.)), Ciacco ((Dante engage une longue conversation avec l’esprit du banquier florentin Ciacco (diminutif de Iacopo – Jacques – ou surnom infâmant). Celle-ci ne porte pas sur le péché qui lui vaut sa damnation, mais sur Florence, dont il prédit les désordres après sa déchéance morale, ainsi que sur sa propre « vie sereine » perdue à jamais. Plusieurs personnages sont évoqués dans le monologue de Ciacco : Farinata degli Uberti, Tegghiaio Aldobrandi (« Tegghiaio » Aldobrandi degli Adimari, guelfe, mort en 1266 ; nous le retrouverons au chant XVI de l’Enfer), Iacopo Rusticucci (guelfe, également, mort en 1269, réapparaîtra également au chant XVI), Arrigo, Mosca dei Lamberti.)), Plutus ((Fils de Jason et Déméter, Plutus est, dans la mythologie grecque, le dieu de la richesse. Il a souvent été identifié Pluton. Il apparaît à la fin du chant VI et fait le lien avec le chant VII qui le suit.)). | |
| VII | Quatrième cercle (le récit se déplace dans le cinquième cercle au cours de la dernière partie du chant). | Avares et prodigues du 4e cercle roulent des rochers en s’injuriant mutuellement. Coléreux du 5e cercle : ils sont immergés dans les eaux boueuses du Styx. | Ayant œuvré de leur vivant pour l’amour de l’argent, ils « sont soumis à un supplice qui rappelle celui de Sisyphe : contraints de pousser inutilement ‘des fardeaux à coup de poitrine’ (v. 27), ils se meuvent dans des directions contraires les uns des autres, exécutant une sorte de danse grotesque et violente. » ((La divine comédie (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset), op. cit., notule, p. 888.)). | Plutus ((Dante fait de Plutus le gardien du quatrième cercle de l’Enfer. « ‘Pape Satàn, pape Satàn aleppe !’ / commença Plutus à la voix enrouée » (« cominciò Pluto con la voce chiocca »), v. 1-2).)). À l’exception de Plutus, Dante et Virgile sont les seuls à prendre la parole ((Sont cependant évoqués : Charybde et Scylla, monstres marins qui résident dans le détroit de Messine (ou dans les abysses, selon les auteurs), en un lieu où les vagues, en se brisant, créent un gouffre.)). | |
| VIII | Cinquième cercle | Coléreux. Avares et prodigues du chant VII ; coléreux et pécheurs par acédie. | Les coléreux, de leur vivant, frappaient les autres ; les mélancoliques n’ont pas su profiter de la beauté du monde ; les uns se frappent et, le cas échéant ((C’est le cas de Filippo Argenti degli Adimari.)), s’auto-mutilent « avec les dents » (« in sé stesso co’ denti » [vv. 58-63]) ; les autres sont dorénavant embourbés dans les eaux marécageuses du Styx. | Phlégyas ((Phlégyas ou Phlégias : personnage de la mythologie grecque, père d’Ixion et de Coronis. Cette dernière, violée par Apollon, donnera naissance à Esculape, le dieu gréco-romain de la médecine. Rendu furieux par le viol de sa fille, Phlégias incendie le temple d’Apollon à Delphes. Pour ce sacrilège, les dieux le punissent et le condamnent à une peine éternelle au Tartare. Dante fait du personnage le gardien du Cinquième cercle.)), Filippo Argenti degli Adimari ((Filippo Argenti degli Adimari, dit Argenti parce qu’il auraient ferré son cheval avec des fers d’argent (« equum ferris argenti ferrari fecit » [Chiose Cassinesi cité par Fiorenzo Forti, Enciclopedia Dantesca, 1970 (en ligne).]). L’Argenti est l’ennemi personnel de Dante pour des raisons qui demeurent obscures.)), démons ((Au vers 124, Virgile rappelle que les diables tentèrent aussi d’empêcher le Christ d’entrer dans les Limbes (selon l’Évangile de Nicodème, 24,1).)) protecteurs de la cité de Dité. | |
| IX | Remparts de la cité de Dité ((La cité de Dis, ou Dité, possède des murailles, une tour et une porte à la manière d’une cité médiévale. Le bas enfer se trouve dans l’enceinte de la cité de Dité. Cette enceinte est franchie au Chant IX grâce à l’intervention d’un « envoyé du ciel ».)). | Les Érinyes ((Les Erinyes sont les trois déesses de la vengeance et du châtiment. Elles seront appelées Furies dans la mythologie romaine.)) Mégère, Alecto et Tisiphone exhortent Méduse à apparaître ; Thésée, un « envoyé du ciel » ((« Ben m’accorsi ch’elli era dal ciel messo » (« Je compris que c’était un envoyé du ciel »), v. 85.)) (probablement un ange). | |||
| X | Sixième cercle, parmi les tombeaux enflammés. ((Étrangement, la description des lieux ne met rien d’horrible en évidence. Tout semble paisible dans cette partie de l’Enfer. Dante marche le long d’un chemin avec Virgile. A la vue des tombeaux dont « tous les couvercles sont [sou]levés », il s’émerveille de l’absence de démons pour garder les damnés. Virgile répond qu’il s’agit d’une sorte de cimetière dans lequel les tombes doivent demeurer ouvertes jusqu’au jour du Jugement Dernier, lorsque les esprits « reviendront de Josaphat » : alors seulement, elles seront refermées sur les âmes réunies avec « les corps qu’ils ont laissé sur terre », de sorte que leur douleur augmentera en intensité.)) | Hérétiques ((« […] con Epicurio tutti suoi seguaci / che l’anima col corpo morta fanno ». (« Avec Épicure, tous ses disciples […], eux qui font mourrir les âmes avec les corps » (vv. 7-13), tous ceux, en d’autres termes, qui ne croyaient pas à une vie après la mort.)). | Après avoir vécu enfermés dans l’erreur, éclairés par une fausse lumière, ils gisent dans des tombes, ouvertes et éternellement brûlantes. ((Dante interroge son guide : « La gente che per li sepolcri giace / potrebbesi veder ? già son levati tutti coperchi, e nessun guardia face. » (« Ces gens qui sont sous les tombeaux / pourrait-on les voir ? Déjà tous les couvercles / sont levés, et nul ne fait la garde. ») Virgile lui répond : « Tutti saran serrati quando di Iosafàt qui torneranno coi corpi che là sù hanno lasciati » (« Tous seront refermés / lorsqu’ils reviendront de Josaphat avec les corps qu’ils ont laissés sur terre. » Vv. 10-15. La vallée de Josaphat est le lieu traditionnellement considéré comme celui où doit avoir lieu le Jugement dernier.)) | Épicure, Farinata degli Uberti, Cavalcante Cavalcanti, (Guido Cavalcanti), (Frédéric II), Ottoviano degli Ubaldini. | |
| XI | Sixième cercle ((Ici, « le récit s’interrompt au profit d’un important approfondissement doctrinal : le chant XI de l’Enfer est « comme un entracte ou, pour ainsi dire, une didascalie, où sont annoncés les thèmes principaux qui président à la construction architectonique et morale du « royaume des âmes mortes ». La leçon solennelle de Virgile – la deuxième du poème, après celle consacrée à la fortune dans le chant VII (v. 70-96) – concerne les normes permettant d’évaluer la gravité des différents comportements vicieux. À la différence des premiers cercles, où sont réunis les pécheurs par “incontinence” (v. 79-90), les cercles internes à la cité de Dité – les septième, huitième et neuvième (v. 17-18) – ont pour fonction de punir ceux qui ont péché par “malice” (v. 22), c’es-à-dire qui ont sciemment œuvré pour nuire à leur prochain. L’incontinence est l’acte, lui aussi délibéré, qui incite à abandonner le juste milieu, dans l’exercice d’une pulsion naturelle ; tandis que, dans le cas de la malice, l’action a pour fin I’”injustice” (v. 23), la recherche du malheur d’autrui, ce qui, évidemment, détermine une responsabilité plus grave. La malice peut s’exprimer par le biais de la violence (septième cercle) ou de la fraude (v. 22-24) ; et la fraude peut s’exercer aux dépens aussi bien d’un tiers avec lequel le pécheur n’entretient aucun rapport de confiance (huitième cercle) que de quelqu’un qui lui fait confiance, auquel cas on parle de trahison, le pire des péchés possibles (neuvième cercle). Explicitement citée (v. 80), la source fondamentale du raisonnement « taxonomique » virgilien est l’Éthique à Nicomaque d’Aristote. Dans l’optique dantesque, la doctrine morale chrétienne coincide en effet avec l’éthique rationnelle « « naturelle », et celle-ci a trouvé son plus grand interprète en Aristote – le philosophe qui, selon Dante, a porté la science morale à la perfection. » Luca Fiorentini, dans La Divine Comédie, op. cit., p. 907.)). | Hérétiques ((Dans le chant XI, on apprend la subdivision du septième cercle en 3 gironi (« son tre cerchietti« , v. 17) où sont regroupés : ceux qui ont été violents envers leur prochain, ceux qui furent violents envers eux-mêmes et finalement ceux qui l’ont été envers Dieu, les blasphémateurs, ainsi que ceux qui ont été violents contre la nature (les sodomites). Ces trois girons font l’objet des trois chants suivants.)). | Tombe du pape Anastase II ((« ci raccostammo, in dietro, ad un coperchio / d’un grand’avello, ov’io vidi una scritta / che dicea : “Anastasio papa guardo, lo qual trasse Fotin de la via dritta.” » (« nous nous mîmes à l’abri derrière le couvercle / d’un grand tombeau où je vis un écrit / qui disait : « je garde le pape Anastase que Photin fit dévier de la voie droite. » »), vv. 6-9.)). | ||
| XII | Septième cercle Premier giron : un lieu escarpé avec des éboulis ((« Era lo loco ov’a scender la riva / venimmo, alpestre e, per quel che v’er’anco / tal, ch’ogne vista ne sarebbe schiva » (« Le lieu où nous parvînmes, pour descendre la berge, était abrupt, et un tel monstre (« celui qui s’y tenait ») s’y tenait / que tout regard s’en serait détourné. » (Le texte n’est pas explicite quant au monstre dont l’identité sera dévoilée au chant XVI).)). | Violents contre leur prochain : meurtriers, tireurs et pilleurs. | S’étant entachés de sang de leur vivant, ils sont plongés dans un fleuve de sang bouillant et subissent la violence des centaures. | Minotaure ((« […] e ‘n su la punta de la rotta lacca / l’infamïa di Creti era distesa / che fu concetta ne la falsa vacca ; / e quando vide noi, sé stesso morse, / si come quei cui l’ira dentro fiacca. » (« et sur le bord de la roche effondrée / l’infamie de Crète était vautrée, / celle [l’infamie] qui fut conçue dans la fausse vache » vv. 11-13.)), (Thésée, Ariane), Centaures ((Les damnés sont tourmentés par les flèches de trois centaures : Chiron (né des amours de Philyra et de Cronos, le plus sage et le plus savant des Centaures), Nessus (Nessos ou Nessus, issu comme la plupart de ses congénères de l’union d’Ixion et Néphélé) et Pholos (fils de Silène et d’une Méliade). Chiron et Pholos n’ont pas le caractère sauvage des autres centaures ; ils sont hospitaliers, bienfaisants, aiment les hommes, et ne recourent pas à la violence.)) (Déjanire ((Déjanire, fille d’Œnée (roi de Calydon) et d’Althée, dernière épouse mortelle d’Héraclès (Hercule à Rome). Hercule fit l’erreur de confier Déjanire au centaure Nessus qui s’était offert de lui faire passer la rivière Evene. Le centaure tenta d’abuser de la princesse une fois parvenu sur l’autre rive. Entendant les appels au secours de Déjanire, Hercule atteignit le centaure d’une flèche empoisonnée du sang de l’Hydre.)), Achille ((Héros grec légendaire, fils de la néréide Thétis et du roi des Myrmidons Pélée, réunissant en lui, beauté, haute naissance, formation exceptionnelle et caractère fougueux, Achille est le personnage principal de l’Iliade, épopée homérique qui conte la campagne contre Ilion (Troie), conduite par les Achéens. La « colère d’Achille », à l’origine de la mort de nombreux héros grecs catalyse à elle seule tous les éléments du mythe.))), Alexandre de Phérès ((Alexandre de Phérès (IVe siècle av. J.-C.) : tyran de la cité de Phères en Thessalie de 369 à 358 av. J.-C. Cicéron le cite dans De Officiis comme l’exemple même de l’homme qui veut maintenir sa puissance par la terreur et la crainte, et qui périt victime de la haine qu’il suscite. Valère Maxime et Plutarque ont évoqué son caractère.)), Denys de Syracuse ((Dionysios ou Denys de Syracuse, dit l’Ancien ou le Grand (430 av. J.-C. – 367 av. J.-C.) : tyran de Syracuse. Prenant le pouvoir en 405 av. J.-C., il réussit à abattre la démocratie instaurée à Syracuse depuis 465 av. J.-C., année de la mort de Thrasybule, dernier tyran de la dynastie des Deinoménides.)), Ezzelino III da Romano ((Ezzelino (o Ecelino) III da Romano, dit le Terrible (…, 1194 – Soncino, 1259) : condottiere, seigneur de la Marche de Trévise.)), Obizzo II d’Este ((Obizzo II d’Este (Naples (?), entre 1247 et 1252 – 1293) : seigneur de Ferrare de la Marche d’Ancone et d’Este.)), Azzo VIII d’Este ((Azzo VIII d’Este (Ferrare, après 1263 – Este, 1308) : fils d’Obizzo II dont il fût probablement aussi l’un des assassins, seigneur de Ferrare, Modena et Reggio de 1293 à sa mort en 1308.)), Guy de Montfort ((Guy de Montfort (…, 1243 – Messine, 1288/1291) : comte de Nola, condottière anglais, fils de Simon V de Montfort, cinquième seigneur de Leicester, et d’Eléonore d’Angleterre.)), Attila ((Attila le Hun : souverain des Huns de 434 jusqu’à sa mort en mars 453. Il est aussi le chef d’un empire tribal composé de Huns, d’Ostrogoths, et d’Alains (peuple iranien « scythique », mentionné à partir du Ier siècle dans la steppe eurasienne au nord du Caucase.), entre autres, sur le territoire de l’Europe centrale et orientale.)), Pyrrhus Néoptolème ((Néoptolème, également appelé Pyrrhus : personnage de la mythologie grecque, fils d’Achille et de la princesse Déidamie (fille du roi Lycomède).)), Sesto Pompeo ((Sesto Pompeo Magno Pio ou Sextus Pompeius Magnus Pius (v. 67 av. J.-C. – Milet (Asie mineure), 35 av. J.-C) : militaire et homme politique de la fin de la République romaine.)), Rinieri da Corneto ((Rinieri da Corneto (Tarquinia, … – av. 1300) : maraudeur célèbre pour sa brutalité. Il sévissait principalement le long des routes de la Maremme et de la zone rurale située autour de Rome, appelée l’Agro Romano.)), Rinieri de’ Pazzi ((Rinieri de’ Pazzi (… – … ; fin du XIIIe s.) : maraudeur de la famille florentine des Pazzi du Valdarno (ne pas confondre avec les plus célèbre Pazzi florentins). Il vivait de brigandage, attaquant les passants sur certaines routes, notamment celle entre Florence et Arezzo. Pendant un temps, Farinata degli Uberti le rejoignit, à l’occasion d’un bref exil. Il fut excommunié par le pape Clément IV en 1268, après avoir attaqué un groupe d’ecclésiastiques se rendant à Rome, Dante l’a placé parmi les maraudeurs du VIIe cercle de l’Enfer, à côté de son compère et homonyme Rinieri da Corneto (Enfer, XII, 137-138). Dante a également cité parmi les traîtres Camicione de’ Pazzi, issu de la même famille.)), Attila. | |
| XIII | Septième cercle Deuxième giron : la forêt des suicidés, lieu sauvage et inhospitalier ((« Non era ancor di là Nesso arrivato, quando noi ci mettemmo per un bosco che da neun sentiero era segnato. Non fronda verde, ma di color fosco ; non rami schietti, ma nodosi e ‘nvolti ; non pomi v’eran, ma stecchi con tôsco. Non han si aspri sterpi né si folti quelle fiere selvagge che in odio hanno tra Cecina e Corneto i luoghi cólti. » (« Nessus n’était pas encore sur l’autre rive / quand nous entrâmes dans un bois / où nul sentier n’était tracé. / Ses feuilles n’étaient pas vertes, elles étaient sombres ; / ses branches n’étaient pas droites, mais nouées et tordues ; / il n’avait pas de fruits, mais des épines empoisonnées. / Les bêtes sauvages qui fuient tous les lieux cultivés / entre Cecina et Corneto / n’ont pas de fourrés si touffus ni si âpres » (vv. 1-10). Cecina et Corneto (aujourd’hui Tarquinia), sont deux villes de la Maremme toscane.)). C’est le centaure Nessus (voir note 65) qui permet aux voyageurs de traverser le fleuve de sang où sont punis les violents envers leur prochain. | Violents contre eux-mêmes : – Suicidés, métamorphosés en arbustes, ils parlent et se lamentent – Dissipateurs, déchirés par des chiennes. | Les suicidés, qui ont méprisé leur propre corps, sont métamorphosés dans un autre corps de nature inférieure ; parce qu’ils se sont eux-mêmes ravagés, ils sont ravagés par les harpies. Les dissipateurs, qui ont gaspillé leur fortune, sont déchirés par des chiennes voraces. | Les Harpies ((« […] che cacciar de le Strafade i Troiani / con tristo annunzio di futuro danno » (« qui chassèrent les Troyens des Strophades / avec les présages de leurs malheurs futurs », vv. 11-12.)), Pierre de la Vigne ((Pierre de la Vigne ou Pierre des Vignes, Petrus de Vinea ou Petrus de Vineis (Capoue, v. 1190 – ) : poète, chancelier très influent de la Magna Curia de Frédéric II, celui qui tenait « ambo le chiavi del cor di Federigo » (« les deux clés / du cœur de Frédéric » (vv. 58-59), jusqu’à l’année 1249, quand il fut accusé d’avoir comploté contre son seigneur et tomba en disgrâce. « cred’io ch’ei credette ch’io credesse » (« je crois qu’il crut que je croyais », v. 25.)), (Minos), Jacopo di Sant’Andrea ((Jacopo da Sant’Andrea ou Giacomo da Sant’Andrea (… – …, 1239) : noble italien. Selon Rolandino da Padova, il faisait partie de la suite du marquis Azzo VII d’Este. Il mourut en 1239, suicidé selon certains, tué, pour d’autres sur ordre d’Ezzelino III da Romano, pour d’autres encore, mort réduit à la misère à l’hôpital de Ferrare.)), Lano da Siena ((« Lano » désigne peut-être le siennois Arcolano di Squarcia Marconi, qui appartint à la « Brigata spendereccia » (voir Enfer XXIX, 130), composée de jeunes oisifs issus de la noblesse de Sienne ou de familles riches et qui dépensaient leur fortune.)), Rucco dei Mozzi ((Rucco dei Mozzi : banquier florentin exerçant en France, où il se serait donné la mort en raison de ses dettes.)). | |
| XIV | Septième cercle Troisième giron : « Une terre qui refuse toute plante en son lit » (« Una landa / che dal suo letto orne planta rimove », vv. 8-9), et que traverse « une mince rivière » (« un picciol fiumicello », v. 77) couleur rouge sang. | Violents contre Dieu : blasphémateurs. | Après avoir lancé des blasphème de leur vivant, les âmes, qui sont contraintes dans des conditions différentes selon leur péché commis ((Les âmes des blasphémateurs « gisent étendus sur le sol » (v. 31-42), celle des usuriers sont « assises, toute blotties » (v. 23), celles des sodomites « marchaient continuellement » (v. 24).)), sont exposées dans le sable sous une pluie de « grands flocons de feu / comme neige sur l’alpe un jour sans vent » (((« […] di foco dilatate falde, / come di neve in alpe Santa vento », vv. 29-30)). | Capanée ((Capanée : dans la mythologie grecque, célèbre blasphémateur, l’un des chefs argiens de la guerre des sept chefs, qui vinrent avec Polynice mettre le siège devant Thèbes. Il fut foudroyé devant la ville par Zeus, irrité de son mépris pour les dieux. Virgile, répondant à Dante, le présente comme « Quel fu l’un d’i sette regi / ch’assiser Tebe ; ed ebbe e par ch’elli abbia / Dio in disdegno, e poco par che ‘l pregi » (« l’un des sept rois qui assiégèrent Thèbes ; il eut et semble encore avoir Dieu en mépris, et en petite estime » (vv. 68-70). Capanée est paralysé dans son péché, dans une immobilité spirituelle qui caractérise également toutes les âmes de l’Enfer : « Qual io fui vivo, tal son morto » (« tel je fus vivant, tel je suis mort ») v. 51.)), un « grand vieillard » (v. 102), (Rhéa). | |
| XV | Septième cercle Troisième giron (troisième et dernière enceinte du septième cercle) : le long de la « mince rivière » de sang décrite dans le chant XIV ; « les berges sont de pierre, la vapeur produite par le ruisseau crée un écran qui protège aussi bien les berges que ceux qui s’y trouvent » ((Dante ALIGHIERI, op. cit., p. 927, note 1.)) | Violents contre la Nature : sodomites ((« […] incontrammo d’anime una schiera / che venian lungo l’argine, e ciascuna / ci riguardava come suol da sera / guardare uno altro sotto nuova luna ; / e sì ver’ noi aguzzavan le ciglia / come ’l vecchio sartor fa ne la cruna. » (« […] nous rencontrâmes une troupe d’âmes / venant le long de la digue, et chacune / nous regardait comme au seuil de la nuit / l’un l’autre se regardent sous la nouvelle lune ; / et vers nous elles plissaient les yeux comme fait le vieux tailleur sur le chas de l’aiguille. »), vv. 16-21. On peut s’interroger sur la présence des sodomites (que les grecs les nommaient pédérastes) parmi les damnés de l’Enfer, mêlés aux blasphémateurs et aux usuriers. « Surprenant à première vue, ce rapprochement s’explique ainsi : le blasphémateur est coupable de violence contre la divinité, et cela s’entend ; l’usurier qui manque à la loi du travail offense Nature, fille de Dieu et Art, fille de Nature ; le sodomite, dont la luxure ne fait pas cas des sexes, offense également Nature, fille de Dieu. » André PÉZARD, Dante sous la pluie de feu. Enfer, chant XV, Paris, Vrin (Études de philosophie médiévale. no. 40), 1950, pp. 16-17. Dans la même étude, Pézard développe une thèse hardie mais qui rejoint une démonstration d’ensemble pour expliquer pour quelles raisons, Brunetto Latini, Priscien et deux autres personnages, le juriste Francesco d’Accorso et l’évêque Andrea de’ Mozzi se trouvent tous quatre « d’un même péché souillés » : ce « péché » serait, pour Brunetto Latini et Francesco d’Accorso, celui de blasphème, envers la langue familière, envers la philosophie et la théologie, c’est-à-dire la parole divine, pour Andrea de’ Mozzi, sa recherche d’une fausse gloire et pour Priscien d’avoir trahi la langue latine.)) (sodomiti) | Dans la vie, ils étaient agités de passions sans « fai[re] cas des sexes » : ils courent dorénavant sous une pluie de feu. | Brunetto Latini ((« Siete voi qui, ser brunetto ? », v. 30. (« Est-ce vous ici, ser Brunetto ? »), s’émeut Dante lorsque l’âme nue et « brûlée » de Brunetto (qui fut son maître) l’interpelle soudainement.)), (Béatrice) ((Béatrice est brièvement évoquée : « )), (Priscien), (Francesco d’Accorso). (Andrea de’ Mozzi), d’une manière générale, « tous clercs et grands lettrés, de grand renom », vv. 106-107. ((« […]tutti fur cherci e letterati grandi e di gran fama. » Cette remarque apparemment anodine renvoie à la fois à la réputation de professeurs et autres juristes … et pourrait venir en soutient de la très défendue par André Pézard ; voir note 85.)) | |
| XVI | Septième cercle Troisième giron | Violents contre la Nature, sans plus de précisions ((Dante donne peut-être un indice par la bouche de Tegghiaio Aldobrandi : « plus que tout m’a perdu ma cruelle épouse » (v. 45). Selon certains commentateurs, « c’est probablement parce que celle-ci l’incita à des pratiques monstrueuses et bestiales (Thomas d’Aquin Somme théologique, IIa IIac, 154, II). On peut légitimement en déduire que la « foule » dont font partie les trois esprits florentins ne se compose pas d’homosexuels, à l’instar de Brunetto, mais d’hétérosexuels coupables d’actes contre la Nature. » La Divine Comédie, op. cit., p. 934, note 8.)). | Comme les esprits du chant XV, ils sont contraints de courir sans cesse sous une pluie de feu. | Guido Guerra, Thegghiajo Aldobrandi et Jacopo Rusticucci ((« Farinata e ’l Tegghiaio, che fuor sí degni, / Jacopo Rusticucci, Arrigo e ’l Mosca / e li altri ch’a ben far puoser li ’ngegni. » (« Farinata et Tegghiaio, qui furent si valeureux, / Jacopo Rusticucci, Arrigo et Mosca / et les autres qui mirent leurs efforts à bien faire. » vv. 79-81.)), Guglielmo Borsiere, le Géryon ((Un monstre que l’on verra bientôt apparaître (chant XVII).)). | |
| XVII | Septième cercle Troisième giron puis descente (et arrivée) au 8e cercle sur la croupe (l’« affreuse échine » (« quelle spallaccie »), v. 92 de Géryon. | Violents contre l’Art, usuriers. | Demeurés assis à leur banc à faire des gains mal acquis de leur vivant, il sont dorénavant assis sous la pluie de feu avec leurs armoiries pendues à leur cou « dont il semblait que leur œil se reput » (« e quindi par che ‘l loro occhio si pasca. »), v. 57) | Le démon Géryon ((La description du monstre annoncé au chant XVI sert ici d’introduction : « Ecco la fiera con la coda aguzza, che passa i monti e rompe i muri e l’armi ! Ecco colei che tutto I mondo appuzza ! » Sì cominciò lo mio duca a parlarmi ; e accennolle che venisse a proda, vicino al fin di passeggiati marmi. E quella sozza imagine di froda. sen venne, e arrivò la testa e ‘l busto, ma ‘n su la riva non trasse la coda. La faccia sua era faccia d’uom giusto, tanto benigna avea di fuor la pelle, e d’un serpente tutto l’altro fusto ; due branche avea pilose insin l’ascelle ; lo dosso e ‘l petto e ambedue le coste dipinti avea di nodi e di rotelle. Соп più color sommesse e sovrapposte, né fuor tai tele per Aragne imposte. Come tal volta stanno a riva i burchi, che parte sono in acqua e parte in terra, e come là tra li Tedeschi lurchi lo bivero s’assetta a far sua guerra, cosi la fiera pessima si stava. su l’orlo ch’e di pietra e ‘l sabbion serra. Nel vano tutta sua coda guizzava, torcendo in sù la venenosa forca. ch’a guisa di scorpion la punta armava. » (« Voici venir la bête à la queue aiguë, qui passe les monts, qui brise armes et murs, voici celle qui infecte le monde ! » Ainsi se mit mon guide à me parler ; puis il lui fit signe de venir vers la berge, près du bord des rochers où nous marchions. Et cette hideuse image de fraude. s’en vint et hissa la tête avec le buste, mais sans traîner sa queue jusqu’à la berge. Sa face était celle d’un homme juste, tant elle avait l’apparence bénigne, et le reste du corps était d’un serpent ; elle avait deux pattes velues jusqu’aux aisselles ; le dos et la poitrine et les deux flancs étaient peints de nœuds et de roues. Jamais Turcs ni Tartares ne firent d’étoffes ou tissées ou brodées de plus vives couleurs, et jamais Arachné n’en tissa de semblables. Comme parfois sont amarrées les barques qui sont moitié dans l’eau et moitié à terre, et comme là-bas chez les Germains gloutons le castor s’installe pour faire sa guerre, ainsi se tenait la détestable bête sur le bord de pierre qui entoure le sable. Toute sa queue s’agitait dans le vide, en tordant vers le haut la fourche vénéneuse qui en armait la pointe comme d’un scorpion. » Enfer, XVII, 1-27, La Divine Comédie (traduction Jacqueline Risset), op. cit. p. 129.)), un padouan. | |
| XVIII | Huitième cercle : Maleborge ((« Luogo è in inferno detto Malebolge, / tutto di pietra di color ferrigno, / come la cerchia che dintorno il volge » (« Il est en enfer un lieu dit Maleborge, / tout fait de pierre, couleur du fer, / comme le cercle de riche qui l’entoure. ») vv. 1-3. (« In questo luogo, de la schiena scossi / di Gerïon, trovammoci » (« C’est en ce lieu, descendus de l’échine / de Géryon, que nous nous retrouvâmes »), vv. 18-19. Le monstre ailé (Géryon) vient de déposer les deux voyageurs qu’il a porté sur son dos jusqu’au fond du « haut ravin » (l’alto buttato) qui sépare le huitième cercle du précédent. Dante décrit la structure de cette partie de l’enfer (le Maleborge), un endroit tout en pierre couleur de fer, avec un puits profond au centre menant au cercle suivant où sont emprisonnés les géants. La partie restante, qui va de la berge jusqu’au puits lui-même, est divisée en dix bolge concentriques, semblables aux douves qui entourent les châteaux pour leur défense, surmontées de ponts rocheux qui permettent de les traverser et de les regarder d’en haut (excepté ceux qui mènent du V au VI, tous se sont effondrés à la suite du tremblement de terre survenu le jour de la mort du Christ). Dans certaines fosses se trouvent des démons qui gardent les pécheurs et contribuent à les tourmenter de diverses manières.)) Première bolge ((Dante nommé bolgia chacune des dix fosses concentriques encerclées de remparts et surplombées de ponts rocheux semblables aux fortifications externes d’un château, et qui constituent le Malebolge, nom donné au huitième cercle de l’Enfer. Voir note ci-après.)) (it. : bolgia ((Bolgia signifie proprement bissac (sac ouvert en long par le milieu et fermé par les deux bouts, de sorte qu’il forme comme un double sac). Dante appelle ainsi les divisions du huitième cercle, à cause de leur forme étroite et profonde.))) Deuxième bolge | Première bolge : séducteurs et ruffians ((Les ruffians sont des entremetteurs (on les qualifierait aujourd’hui de proxénètes).)). Deuxième bolge : adulateurs. | Rangés sur deux files, les séducteurs et les ruffians courent sans cesse en sens inverse l’une de l’autre ((Dante se trouve pris entre les deux groupes : « Dans le fond les pécheurs étaient nus : du milieu jusqu’à nous ils arrivaient de face ; au-delà ils allaient avec nous, mais plus vite » et, pour se faire comprendre, tente cette comparaison : « de même les Romains, l’année du Jubilé, ont trouvé ce moyen, pour la grande foule, fin que les gens puissent passer le pont, que d’un côté tous tournent leur visage vers le château, pour aller à Saint-Pierre, et que de l’autre ils aillent vers la colline. »)), fouettées par les diables. Les adulateurs, après s’être souillés moralement de leur vivant, sont maintenant plongés dans le fleuve de « fiente » qui, précise Dante, semblait tirée des latrines humaines ». ((« […] uno sterco che da li uman privadi parea posso », vv. 113-114.)) | Venedico Caccianemico, Jason, le séducteur, Alessio Interminei ((Alessio Interminelli ou Interminei (c’est ainsi que l’appelle Dante) : noble de Lucques qui vécut au XIIIe siècle, il appartenait à une famille de guelfes blancs. ll existe peu d’informations historiques au sujet de ce contemporain de Dante. Dante Alighieri le mentionne parmi les flatteurs, errant submergé de « merde » jusque par-dessus la tête. Le poète s’arrête pour le regarder croyant reconnaître quelqu’un et, lorsque le damné proteste parce qu’on le dévisage, le poète prononce en s’exclamant son nom complet, en utilisant à cet effet un vers entier. Sur l’activité de flatteur d’Alessio Interminelli, les commentateurs anciens paraphrasent plus ou moins abondamment le texte de Dante, qui ne consacre au récit que deux vers : « Qua giù m’hanno sommerso le lusinghe / ond’io non ebbi mai la lingua stucca » (vv. 125-126). L’épisode atteint l’un des sommets du style « comique » de Dante, avec des rimes dures et salopes, jouées principalement sur des bisyllabes plates avec des groupes de consonnes consonantici doublées ou rhotacisées au centre (brutti / asciutti / tutti, Lucca / zucca / stucca, sterco / cerco / cherco, lordo / Bordo / ricordo), jusqu’à la notation du geste violent, grotesque et inconsolable d’Alessio qui « se [bat] la citrouille » (parlant, selon Ottimo, comme les Lucquois « qui qualifient moqueusement la tête de citrouille »), avec une certaine cruauté de la part de Dante, et dont [Alessio] devra plus tard subir le contrappasso. » Aldo ROSSI. « Interminelli (Interminei), Alessio », Enciclopedia dantesca, 1970.)), Thaïs, l’adulatrice ((« Taide è, la puttana che rispuose / al drudo suo quando disse “Ho io grazie / grandi apo te ?” : “Anzi maravigliose !” » (« C’est Thaïs, la putain qui répondit / à son amant quand il lui demanda : / “Ai-je des grâces pour toi ?” : “De merveilleuses !” »), vv. 133-135.)). | |
| XIX | Huitième cercle Troisième bolge | Simoniaques. | Les coupables de simonie sont plongés la tête en bas, dans des trous circulaires ((A Florence, les tueurs étaient « soumis à la peine dite de « Propagginazzione » : la tête enfouie dans la terre, ils mourraient par suffocation. » Dante ALIGHIERI, La divine comédie, op. cit., p. 948, note 7.)), la plante des pieds brûlés par des flammes ((« Io vidi per le coste e per lo fondo / piena la pietra livida di fori, / d’un largo tutti e ciascun era tondo. / Non mi parean men ampi né maggiori / che que che son nel mio bel San Giovanni, / fatti per loco d’i battezzatori […] » (« Je vis sur les parois et sur le fond / la pierre livide criblée de trous, / de largeur égale, et tous de forme ronde. / Ils ne me semblaient ni moins grands ni plus / que ceux qu’on a creusés dans mon beau Saint-Jean / pour y recevoir les baptiseurs »), vv. 14-16. « Mio bel San Giovanni » (« Mon beau Saint-Jean ») désigne, chez Dante, le Baptistère de San Giovanni, à Florence. Les « trous » au sol mentionnés par le poète étaient vraisemblablement destinés à abriter des vasques d’argile de grandes dimensions contenant l’eau baptismale.)). | [Simon le Mage ((« O Simon mago, o miseri seguaci / che le cose di Dio, che di bontà te / deon essere spose, e voi rapaci / per oro e per argento avolterate, or convien che per voi suoni la tromba / però che ne la terza bolgia state. » (« Ô Simon mage, ô malheureux, disciples, / et vous rapace, qui rendez adultères, / j’ai compris pour or, et pour argent, les choses de Dieu, / qui, au seuls bons devraient servir d’épouses, / il faut qu’à présent pour vous sonne la trompette, / puisque vous êtes dans la troisième bolge. »), vv. 1-6.))], Nicolas III ((Le damné dit : « je fus vraiment le fils de l’ourse » (v. 70) comme pour dire : « je fus un ours dans le nom et dans les faits », en référence à son nom de famille, Giovanni Gaetano Orsini, ou « de filis Ursi », comme le reportent les documents de l’époque.)), pape, [Boniface VIII ((Nicolas III, qui ne peut voir Dante, le prend pour son nouveau compagnon de peine : Benedetto Caitani, élu pape sour le nom de Boniface III : « Ed el gridò : se’ tu già costi ritto, se’ tu già costi ritto Bonifazio ? » (« Il me cria : est-ce toi déjà, là debout, est-ce toi déjà, là debout, Boniface ? »))] et [Clément V ((Le nom du pape Clément V, objet de la prophétie (« che dopo lui verrà di più laida opra, di ver’ ponente, un pastor sanza legge » (« car après lui [après Boniface], chargé d’actions plus laides, viendra de l’ouest un pasteur sans loi […] ») vv. 82-83), n’est pas prononcé, mais son identité peut être déduite avec certitude des nombreuses allusions contenues dans les paroles de Nicolas III.))], tous deux évoqués par Nicolas, qui annonce ainsi la condamnation éternelle de deux de ses successeurs. | |
| XX | Huitième cercle Quatrième bolge | Mages, devins et jeteurs de sorts, « ils ont eu la prétention – en tentant de prévoir le futur – d’obliger la volonté divine à se manifester » ((Dante ALIGHIERI, op. cit., notule, p. 951.)). | Ils sont condamnés à toujours « regarde[r] en arrière et marche[r] à reculons » ((« Come ‘l viso mi scese in Ior più basso, / mirabilmente apparve esser travolto / ciascun tra ‘l mento e ‘l principio del casso, / ché da le reni era tornato ‘I volto, / e in dietro venir li convenia, / perché ‘l veder dinanzi era lor tolto. » (« Quand mon regard glissa plus bas sur eux, / chacun m’apparut étrangement tordus / entre le menton et le haut du buste, / car vers les reins leur face était tournée, / et ils devaient marcher à reculons / puisqu’ils étaient privés de la vue vers l’avant. »). vv. 10-15.)). Eux qui « voulu[rent] voir trop loin en avant » de leur vivant, la plus humaine des manifestations de leur douleur (« les larmes ») a lieu dans la partie la moins noble de leurs corps (« baignaient les fesses »), éveillant ainsi la pitié angoissée du voyageur. | Amphiaros ((« Drizza la testa, drizza, é vedi a cui / s’aperse a li occhi d’i Teban la terra ; / per ch’ei gridavan tutti : « Dove rui, / Anfiarao ? perché lasci la guerra ? » / E non resto di ruinare a valle fino a Minòs che ciascheduno afferra. / Mira c’ha fatto petto de le spalle ; / perche volse veder troppo davante, / di retro guarda e fa retroso calle. » (« Lève la tête, lève-la, et regarde celui / pour qui s’ouvrit la terre des Thébains ; / ils lui criaient tous : « Où tombes-tu, / Amphiaros ? pourquoi laisses-tu la guerre ? » / Il ne cessa pourtant de rouler dans l’abîme / jusqu’à Minos, qui s’empare de tous. / Vois comme il a fait de son dos sa poitrine ; / et parce qu’il voulut voir trop loin en avant, / il regarde en arrière et marche à reculons »), vv. 31-39.)), (Minos) ((Minos est mentionné au v. 36 ; voir note précédente.)), Tirésias ((« Vedi Tiresia, che mutò sembiante / quando di marchio femmina divenne. » (« Vois Tirésias qui changea d’apparence, / lorsque de mâle il devint femme. », vv. 40-41.)), Aruns ((« Aronta è quel ch’al ventre li s’atterga, / che ne’ monti di Luni, dove ronca / lo Carrarese che di sotto alberga, / ebbe tra ’ bianchi marmi la spelonca / per sua dimora ; onde a guardar le stelle / e ’l mar non li era la veduta tronca. » (« ), vv. 46-51.)), Mantô ((« « E quella che ricuopre le mammelle, / che tu non vedi, con le trecce sciolte, / e ha di là ogne pilosa pelle, / Manto fu, che cerco per terre molte ; / poscia si puose là dove nacqu’io ; / onde un poco mi piace che m’ascolte. / Poiscia che ‘l padre suo di vita uscio / e venne serva la città di Baco, / questa gran tempo per lo mondo gio. » (« Et celle-ci, qui couvre ses mamelles, / que tu ne vois pas, de ses cheveux flottants, / et tient du même côté toute sa peau poilue, / c’est Mantô, qui erra par les terres, / puis s’arrêta au lieu où je naquis ; / je veux te parler un peu d’elle. / Lorsque son père quitta la vie / et que la ville de Bacchus devint esclave, / elle erra longtemps par le monde. »), vv. 52-60.)), fille de Tirésias, (Calchas), Eurypyle, Michael Scott, Guido Bonatti (vv. 115-118.)), Asdente ((Asdente (« l’édenté »), nommé ainsi par antiphrase : il avait en réalité de grandes dents mal alignées ; humble cordonnier parmesan, il eut la prétention de prédire l’échec de l’assaut de Parme par Frédéric II (« […] vedi Asdente, / ch’avere inteso al cuoio e a lo spago / ora vorrebbe, ma tardi si pente. » [« […] vois Asdente, / qui voudrait à présent n’avoir connu / que le cuir et le fil, mais se repent trop tard. »], vv. 118-120).)), Caïn ((« Ma vienne omai, ché già tiene ‘l confine / li emisperi e tocca l’onda sotto Sobilia Caino e le spine ; » (« Mais viens donc à présent, car Caïn chargé d’épines / se tient déjà sur le bord des deux hémisphères / et touche la mer au-dessous de Séville […]. »), vv. 124-126). « Caïn chargé d’épines » désigne la lune. « Celle-ci se tient tient déjà sur le bord des deux hémisphères (v. 125), celui dont le centre est Jérusalem et celui aux antipodes de Jérusalem, où s’élève le mont du purgatoire. Si elle se couche dans l’océan à la hauteur de Séville (v. 126), le soleil s’est déjà levé à Jérusalem. » Dante ALIGHIERI, op. cit., p. 955, note 26.)). | |
| XXI | Huitième cercle Cinquième bolge | Trafiquants et concussionnaires. | Ils sont trempés dans la poix brûlante ((« Quale ne l’arzanà de’ Viniziani / bolle l’inverno la tenace pece / a rimpalmare i legni lor non sani, / ché navicar non ponno — in quella vece / chi fa suo legno novo e chi ristoppa / le coste a quel che più viaggi fece ; / chi ribatte da proda e chi da poppa ; / altri fa remi e altri volge sarte ; / chi terzeruolo e artimon rintoppa — : / tal, non per foco ma per divin’arte, / bollia là giuso una pegola spessa, / che ‘nviscava la ripa d’ogne parte. / I’ vedea lei, ma non vedea in essa / mai che le bolle che ‘l bollor levava, / e gonfiar tutta, e riseder compressa. » (« Comme chez les Vénitiens, dans l’arsenal, / bout en hiver la poix tenace / pour calfater les bateaux avariés / qui ne peuvent plus naviguer — et cependant / l’un remet son bateau à neuf, et l’autre étoupe / les flancs de ceux qui ont beaucoup vogué ; / qui cloue la proue, qui radoube la poupe ; / un autre fait des rames, un autre tord des cordes ; / qui rapièce les voiles, et de misaine, et d’artimon — : / de même, non par le feu, mais par un art divin, / bouillait là-dessous une poix épaisse / qui engluait la rive de tous côtés. / Je la voyais, mais ne voyais en elle / rien d’autre que les bulles bouillant à grands bouillons ; / elle se gonflait toute, puis retombait à plat. »), vv. 7-21.)) et harponnés par les démons (les « Malebranches » ((Voir notes 122 et 123 ci-après.))) | Les Malebranches ((Malebranches : nom collectif des diables qui punissent les damnés dans la cinquième bolge ; inspiré de celui du huitième cercle, Maleborge, ce nom signifie littéralement « griffes maléfiques ». Leur chef, Malacorda, somme l’un d’eux de lui obéir : « Posa, posa Scarmiglione ! » (« Paix, paix, Scarmiglione ! »), v. 105, et interpelle nommément les autres qu’il envoie patrouiller : « « Tra’ ti avante, Alichino, e Calcabrina », cominciò elli a dire, « e tu, Cagnazzo ; e Barbariccia guidi la decina. Libicocco vegn’oltre e Draghignazzo, Cirïatto sannuto e Graffiacane e Farfarello e Rubicante pazzo. Cercate ‘ntorno le boglienti pane » » (« « Va devant, Alichino, et Calcabrina », commença-t-il, » et toi, Cagnazzo ; et que Barbariccia conduise les dix. Que vienne aussi Libicocco, et Draghignazzo, Ciriato griffu et Rubicante le fou. Fouillez en faisant le tour de la poix bouillante ; que ces deux-ci soient saufs jusqu’à l’autre rocher. » »), vv. 118-124.)) : Malacoda ((Malacoda (littéralement : « queue maléfique ») : « chef » de la brigade des Malebranches (v. 138.).)) Scarmiglione ((« Scarmiglione » (littéralement : « ébouriffé »), vv. 118-125)), Alichino ((« Alichino » (v. 118) : son nom dérive probablement d’Hellequin, démon de la mythologie nord-européenne.)), Calcabrina ((« Calcabrina » (littéralement : « qui foule la neige », c’est-à-dire qui est habitué aux vices par sa longue expérience de délinquant.)), Cagnazzo (v. 119) ((« Cagnazzo » (littéralement : « au visage livide et déformé »).)), Barbariccia ((« Barbariccia » (v. 120) : « la barbe hirsute les cheveux crépus sont un signe. de malice » (Benvenuto da Imola).)), Libicocco ((« Libicocco » (v. 121 : semble dériver de la fusion entre les noms de deux vents : le Libeccio et le Sirocco.)), Draghignazzo ((« Draghignazzo » (v. 121) : le nom naît vraisemblablement de la combinaison des termes « drago » (créature satanique), et « ghigno » (ricanement).)), Ciriatto ((« Ciriatto griffu » (v. 122) : « porc avec défenses » (sanglier).)), Graffiacane ((« Graffiacane » (v. 122) : allusion à un félin, ennemi naturel des chiens (Bellomo).)), Farfarello ((« Farfarello » (v. 123) : du français farfadet ; ou peut-être de l’arabe farfàr, inconsistant.)), Rubicante ((« Rubicante le fou » : autrement dit « rouge de sa colère incontrôlable ».)), « un ancien de Santa Zita » ((L’« ancien de Santa Zita » désigne un membre de la magistrature de la commune de Lucques dont Dante a manifestement voulu laisser l’identité dans le flou.)), (Santa Zita), le Lucquois Bonturo Dati ((« […] quella terra, che n’è ben fornita, ogn’uom v’è barratier, fuor che Bonturo […] » (« […] cette ville [Lucques], qui en est bien fournie : tout le monde y trafique, excepté Bonturo. »), v. 41. La formule « excepté Bonturo » est ironique ; elle sert à identifier le riche marchand Bonturo Dati comme le pire des concussionnaires de Lucques.)). | |
| XXII | Huitième cercle Cinquième bolge | Trafiquants dans la poix. | La troupe des diables (les Malebranches ((Voir note 122 sq. ci-dessus.))), Ciampolo da Navarra ((On ne sait rien du personnage, sauf ce que nous en dit Dante lui-même dans les vers qu’il lui consacre : il était au service du roi Thibaud II de Navarre (1239-1270), sous lequel il commet des malversations. Le nom Ciampolo (Gian Paolo, ou Jean Paul) lui-même n’apparaît cependant pas dans le texte, mais a été attribué au personnage par d’anciens commentateurs. Pour cette raison, il a également été identifié avec le bouffon poète Rutebeuf, également actif à la cour du roi Thibaud, dont il commémora la participation à la croisade de saint Louis : « I’ fui del regno di Navarra nato. Mia madre a servo d’un segnor mi puose, che m’avea generato d’un ribaldo, distruggitor di sé e di sue cose. Poi fui famiglia del buon re Tebaldo; quivi mi misi a far baratteria, di ch’io rendo ragione in questo caldo. » (« Je naquis au royaume de Navarre. Ma mère, qui m’avait engendré d’un ribaud, destructeur de soi-même, et de ses biens, me mit au service d’un seigneur. Puis je fus valet du bon roi Thibaud ; c’est là que je me mis aux malversations dont je rends compte en cette fournaise. », vv. 48-54.)), (Thibaud II de Navarre) ((Thibaud II de Navarre (v. 1238/1239 – Trapani [Sicile], 1270) : roi de Navarre et comte de Champagne de 1253 à 1270. Il devient gendre de Louis IX de France (saint Louis) en épousant Elisabeth de France, fille de celui-ci et de Marguerite de Provence, en 1255. Thibaud de Navarre n’est pas physiquement présent mais seulement évoqué par Ciampolo, qui fut à son service et commit nombre de malversations dans cette situation. Voir ci-dessus, note 138.)), (Frate Gomita) ((« Frate Gomita (…, XIIIe s. – Sassari, XIIIe s.) : homme politique, principalement connu en tant que personnage de la Divine Comédie, où il est mentionné par l’un de ses codétenus, Ciampolo da Navarra, qui le définit comme le « vaisseau de toute fraude » (v. 82) : vicaire de Nino Visconti qui dirigeait le Giudicato de Gallura en Sardaigne, il commit de nombreux détournements de fonds et alla jusqu’à laisser des prisonniers s’évader moyennant finance, un crime pour lequel il a été pendu. « […] Fu frate Gomita, quel di Gallura, vasel d’ogne froda, ch’ebbe i nemici di suo donno in mano, e fe sì lor, che ciascun se ne loda. Danar si tolse e lasciolli di piano, sì com’e’ dice ; e ne li altri offici anche barattier fu non picciol, ma sovrano. » (« […] C’est frère Gomita, de Gallura, vaisseau de toute fraude, qui eut en mains les ennemis de son seigneur, et les traita si bien que tous en sont contents. Il leur prit de l’argent, les laissant de plano (*), comme il disait, et dans ses autres charges il ne fut pas petit fripon, mais grand escroc. »), vv. 81-87. (*) L’expression juridique de plano signifie « sommairement », « sans procès ». Elle est employée avec ironie par Gomita lui-même, évidemment conscient des conséquences de ses actes sans pour autant en être repenti.)), Michele Zanche ((« Usa con esso donno Michel Zanche di Logodoro ; e a dir di Sardigna le lingue lor non si sentono stanche. » (« Avec lui converse don Michel Zanche de Logodoro ; à parler de Sardaigne leurs langues ne sont jamais lasses. »), vv. 89-91.)). | ||
| XXIII | Huitième cercle Sixième bolge ((« Taciti, soli, sanza compagnia n’andavam l’un dinanzi e l’altro dopo, come frati minor vanno per via. » (« Silencieux, seuls, sans compagnie, nous allions l’un devant, l’autre derrière, comme les frères mineurs s’en vont par les chemins. ») vv. 1-3.)) | Hypocrites, vêtus de chapes dorées doublées de plomb ((« Là giù trovammo una gente dipinta che giva intorno assai con lenti passi, piangendo e nel sembiante stanca e vinta. Elli avean cappe con cappucci bassi dinanzi a li occhi, fatte de la taglia che in Clugni per li monaci fassi. Di fuor dorate son, sì ch’elli abbaglia ; ma dentro tutte piombo, e gravi tanto, che Federigo le mettea di paglia. Oh in etterno faticoso manto ! » (« Là nous rencontrâmes une troupe peinte qui faisait le tour à pas très lents, en pleurant, l’air las et abattu. Ils portaient des capes aux capuchons baissés devant les yeux, taillées sur le modèle de celles qu’on fait à Cluny (*) pour les moines. Dehors elles sont dorées, éblouissantes, mais dedans tout en plomb, si lourdes qu’auprès d’elles celles de Frédéric (**) auraient semblé de paille. Ô manteau écrasant pour l’éternité ! »), vv. 59-67. (*) Les damnés sont revêtus de longues tuniques semblables à celles portées par les moines de Cluny. Dante ne choisit pas par hasard l’exemple de cette abbaye, emblématique de la dérive propre aux. institutions monastiques victimes de leur trop grande richesse, et dont la rigueur morale s’était relâchée au fil du temps. Bernard de Clairvaux, dans une lettre à un neveu, lui-même entré à Cluny, stigmatise l’hypocrisie des moines de l’abbaye et leurs vêtements trop confortables. (**) Selon une croyance commune à une époque où les châtiments des criminels pouvaient être d’une effroyable cruauté, Frédéric de Hohenstafen aurait eu recours au supplice de la cappa plumbea pour punir les accusés du crime de lèse-majesté. Couverts de feuilles de plomb, ces derniers étaient installés dans un chaudron, placé sur un feu. Le plomb fondant sur la chair des condamnés en causait leur lente mise à mort. Il s’agit « peut-être l’une des nombreuses légendes de la propagande guelfe contre Frédéric, même si tous les commentateurs anciens rapportent les faits comme vrais. » (La Divina Commedia. Inferno [commentée par Anna Maria Chiavacci Leonardi], Mondadori, 2014.)). | La troupe des diables (les Malebranches) ((Dante et Virgile se retrouvent enfin seuls après s’être éloignés des Malebranches qu’ils ont laissés occupés à repêcher Alichino et Calcabrina dans l’étang de poix (voir chant XXII). Mais le calme est vite troublé par une préoccupation : Dante craint que que les diables ne préparent une attaque en risposte à l’affront subi : « E come l’un pensier de l’altro scoppia, così nacque di quello un altro poi, che la prima paura mi fé doppia. Io pensava così : « Questi per noi sono scherniti con danno e con beffa sì fatta, ch’assai credo che lor nòi. Se l’ira sovra ‘i mal voler s’aggueffa, ei ne verranno dietro più crudeli che ‘l cane a quella lievre ch’elli acceffa. » Già mi sentia tutti arricciar li peli de la paura e stava in dietro intento, quand’io dissi : « Maestro, se non celi te e me tostamente, l’ ho pavento d’i Malebranche. Noi li avem già dietro ; io li ‘magino sì, che già li sento. » » (« Et comme d’une idée une autre idée surgit, ainsi de la première naquit une seconde, qui redoubla la peur que je sentais déjà. Car je pensais : « Ces diables, à cause de nous, ont été bernes et joués à tel point que je suis sûr qu’il leur en cuit. Si la colère s’ajoute à leur mauvais vouloir, ils vont se mettre à nous poursuivre, plus cruels que n’est un chien au lièvre qu’il attrape. » Déjà je sentais se hérisser mes poils de peur, et je restais en arrière, attentif : « Si tu ne nous caches pas, maître, lui dis-je, bien vite, et toi et moi, j’ai peur des Malebranches. Nous les avons déjà aux trousses ; déjà je les entends, tant je les imagine. » »), vv. 11-20. La menace de l’agression des démons perçue par Dante ne tarde pas à se concrétiser ; brusquement, les Malebranches furibonds surgissent dans le dos des voyageurs : « io li vidi venir con l’ali tese non molto lungi, per volerne prendere » (« je les vis venir, les ailes déployées non loin de nous, pour nous saisir »), vv. 35-36.)), (Esope), (Frédéric II), Catalano dei Malavolti, Loderingo degli Andalò, Caïphe, Anne, Pharisiens. | ||
| XXIV | Huitième cercle Sixième bolge | Voleurs. | Les voleurs des choses de Dieu sont mordus par des serpents, tombent en cendres, puis reprennent forme humaine. | Vanni Fucci Vanni Fucci | |
| XXV | Huitième cercle Septième bolge | Voleurs métamorphosés en serpents | Les morsures des serpents ont pour effet de brûler les damnés mais aussi de les transformer en d’horribles êtres hybrides. | Vanni Fucci, (Mars), (Capanée), Cacus, à qui D’ante donne l’apparence d’un centaure, (Hercule), « Agnel » ((« Agnel » est identifié par Jacopo Alighieri (fils de Dante et de sa femme, Gemma di Manetto Donati, exilé de Florence avec son père et ses frères Giovanni et Pietro en 1315) comme étant un certain Agnonello, de la famille gibeline des Brunelleschi et qui, « enfant déjà, […] vidait les poches de son père et de sa mère ».)) (Lucain), (Sabello), (Nasidio), (Ovide), (Cadmos), (Aréthuse), « Cianfa » Donati ((« Cianfa » Donati, guelfe, mort avant 1289, fut un « grand voleur de bétail ; il pillait aussi les boutiques et vidait les caisses contenant de l’argent » (Chiose Selmiane : annotations à la première cantique publiées pour la première fois par F. Selmi, en 1865, sur deux codex florentins (Laurenziano 40, 46 et Magliabechiano VII 1028).)) est l’un des trois esprits qui viennent d’arriver (vv. 35-27), Buoso Donati, Puccio Sciancato, Francesco de’ Cavalcanti | |
| XXVI | Huitième cercle Huitième bolge | Conseillers perfides, entourés de flammes. | |||
| XXVII | Huitième cercle Huitième bolge | Conseillers perfides. | |||
| XXVIII | Huitième cercle Neuvième bolge | Fauteurs de schismes et de discordes, dépecés par l’épée d’un diable. | (Tite-Live), (Robert Guiscard), (Alardo di Valéry), Maometto, ʿAlī ibn Abī Ṭālib, (Fra’ Dolcino), Pier da Medicina, (Guido del Cassero), (Angiolello da Carignano), (Nettuno), Gaio Scribonio Curione, (Gaio Giulio Cesare), Mosca dei Lamberti, Bertran de Born ((« Io feci il padre e ‘l figlio in sé ribelli ; Achitofèl non fé più d’Absalone e di David coi malvagi punzelli. Perch’io parti’ così giunte persone, partito porto il mio cerebro, lasso !, dal suo principio ch’è in questo troncone. Così s’osserva in me lo contrapasso. » (« Et pour que de moi tu portes des nouvelles, sache que je suis Bertran de Born, celui qui donna les mauvais conseils au jeune roi. Je fis se haïr entre eux père et fils : Achitofel, par ses pointes perfides, ne fit pas plus contre David et Absalon. Pour avoir divisé deux personnes si proches je porte, hélas, mon cerveau séparé de son principe, qui est dans ce tronc. Ainsi s’observe en moi la loi du talion. »), vv. 133-141.)), (Henri II d’Angleterre), (Henri III d’Angleterre), (Achitofel), (Absalon), (le Roi David), Geri del Bello ((Geri del Bello (… – ap. 1280) : parent éloigné de Dante.)) | ||
| XXIX | Huitième cercle Dixième bolge | Faussaires. | |||
| XXX | Huitième cercle Dixième bolge | Faussaires Falsificateurs de personnes : fous furieux, ils mordent et déchirent leurs compagnons de peine Falsificateurs de monnaie : hydropiques dévorés par la soif Falsificateurs de paroles : ils sont dévorés de fièvres ardentes | |||
| XXXI | Du huitième au neuvième cercle | Puits des géants. | |||
| XXXII | Neuvième cercle Les secteurs qui divisent le Cocyte sont appelés respectivement : Caïne, Anténore, Ptolomée et Giudecca. ((La Caïne est réservée aux traîtres envers leurs proches, en premier lieu Caïn a trahi et tué son frère Abel. L’Anténore contient les traîtres de la patrie, comme Anténor, le héros troyen coupable d’avoir trahi la patrie en remettant le Palladium aux Grecs et en leur ouvrant les portes de sa ville. La Ptolémée contient les traîtres des invités, car le souverain égyptien Ptolémée a trahi Pompée qui lui avait demandé l’hospitalité alors qu’il fuyait César. Enfin, la Giudecca contient les traîtres à leurs bienfaiteurs, comme Judas Iscariote, qui vendit Jésus-Christ pour trente deniers.)) | Traîtres, tous pris dans la glace – 1ère zone (la Caïne ((Le nom de cette première zone dérive de celui de Caïn ; le premier homme à tuer un de ses proches pour trahison (voir aussi Pg XIV 133). Les pécheurs inclus dans ce domaine (If XXXII 16-69) sont non seulement des traîtres mais aussi des meurtriers, de fait ou en intention, de certains de leurs proches : depuis les deux frères Napoléon et Alessandro di Mangona, décrits directement par le poète, jusqu’aux personnages qui lui sont ensuite présentés par Camicione de’ Pazzi : Mordret, Focaccia dei Cancellieri, Sassolo Mascheroni et Camicione lui-même. Et l’on pourra aussi remarquer que tous ces personnages, sauf Mordret, appartiennent à l’époque immédiatement précédente ou contemporaine de celle de Dante ; et qui, au moins dans une large mesure (certainement les deux comtes de Mangona, Mordret, Camicione de’ Pazzi), étaient poussés à l’assassinat traître de leurs proches pour des raisons politiques. C’est peut-être aussi pour cette raison que Dante ne prend pas la peine de distinguer nettement la punition infligée à ces pécheurs de celle réservée aux véritables traîtres politiques inclus dans la zone suivante du cercle, l’Anténore.))) : traîtres à leurs parents – 2ème zone (l’Anténore ((La deuxième zone du neuvième cercle est nommée d’après Anténor, prince de la ville de Troie. Selon la tradition médiévale, il trahit sa propre ville : ce fut lui qui permit l’entrée des Grecs à Troie, ce fut lui qui ouvrit la porte du cheval où ils étaient cachés et leur permit ainsi de détruire la ville de l’intérieur. En remerciement de sa trahison, les Grecs lui concédèrent la liberté. Anténor se réfugia alors en Italie, où il fonda la ville de Padoue.))) : traîtres à leur patrie et à leur parti ((Dante accuse ouvertement Bocca dans l’un des épisodes les plus grossiers de l’Enfer, dans le chant XXXII : en traversant l’Anténore, la deuxième zone du neuvième cercle où sont punis les traîtres à la patrie, Dante cogne du pied une tête dépassant de la glace (il écrit lui-même qu’il ne peut expliquer si c’est par sa propre volonté, par le destin ou par la volonté divine), qui maudit et fait une brève référence à la vengeance de Montaperti. Ce qui rend Dante suspicieux : le poète demande à Virgile de l’attendre un moment, revient vers le damné, l’invite à prononcer son nom, mais devant son refus catégorique (tous les deux ont une véritable dispute), Dante devient violent et s’empare du damné par la peau du cou, menaçant de lui arracher les cheveux et sur un énième refus, il en ôte plus d’une mèche. C’est alors qu’un autre damné trahit Bocca et révèle son nom à Dante.)) | Tous les damnés sont plongés dans la glace et font preuve d’une férocité indescriptible, se trahissant mutuellement, prisonniers de leur haine et de leur soif de vengeance. L’idée de représenter le Cocyte comme un lac gelé est impressionnante : la glace représente l’absence d’amour et de toute impulsion vitale et contraint les traîtres à une paralysie mortelle, la paralysie de la haine. | Bocca degli Abati ((Avant que le poète ne s’éloigne satisfait d’avoir résolu l’énigme du traître de Montaperti, Bocca lui-même l’invite à annoncer au monde la nouvelle de son destin surnaturel, à condition qu’il révèle les noms des autres traîtres présents. Parmi ces traîtres, il nomme Buoso da Duera : c’est lui qui che révèle le nom de Bocca et qui, de son vivant, fit passer les français vers le champ de bataille de Bénévent en échange d’argent. La bataille se conclut avec la mort de Manfred de Hohenstaufen. Tesauro dei Beccheria : la faute qui fut la sienne de son vivant fut de conclure une alliance avec les amis d’Ottaviano degli Ubaldini contre le cardinal. Sur la base d’accusations infondées de trahison, il fut décapité par les Florentins [2].)), Gianni de’ Soldanieri ((Gianni de’ Soldanieri : membre de la partie gibeline, il passa à la partie guelfe après la déroute de Manfred à la bataille de Bénévent.)), Gano di Maganza ((Gano di Maganza, : personnage de la Chanson de Roland (La Chanson de Roland est un poème écrit dans la seconde moitié du XIe siècle, appartient au cycle carolingien et raconte le sacrifice de Roland à la Bataille de Roncevaux. Elle est considérée comme plus ancienne et la plus belle des chansons de Geste de la littérature médiévale française. Comme tout texte à caractère épique, elle s’inspire d’un événement historique, l’expédition militaire de Charlemagne contre les Arabes d’Espagne qui se termina par la bataille de Roncevaux, qui eut lieu le 15 août 778, lorsque l’arrière-garde de Charlemagne, commandée par le paladin Roland, préfet de la Marche de Bretagne, et par les autres paladins, fut attaquée et détruite par les Basques (alliés des Arabes), transformés en Sarrasinsdans la réécriture épique.), Ganelon était un paladin de Charlemagne qui trahit sa patrie en révélant aux Sarrasins comment prendre par surprise l’armée des Francs de retour d’Espagne. Cette trahison lui valut d’être écartelé et ses restes brûlés et jetés au vent. « Gianni da Soldanier credo che sia Più là con Ganellone e Tebaldello. »)), Tebaldello Zambrasi ((Tebaldello Zambrasi : gibelin de Faenza : pour se venger d’une offense qu’ils lui avaient faite, il trahit les Lambertazzi gibelins qui s’étaient réfugiés à Faenza en ouvrant les portes de la ville aux bolonais de la famille des Geremei. C’est lui qui révèle le nom de Bocca et qui, au cours de sa vie terrestre, fit passer les Français vers le champ de bataille de Bénévent en échange d’argent, battaglia di Benevento. La bataille se conclut avec la mort de Manfred de Souabe.)) | |
| XXXIII | Neuvième cercle | – 2ème zone (l’Anténore) : traîtres envers leur patrie -3ème zone (la Tolomée) : traîtres envers leurs hôtes | |||
| XXXIV | Neuvième cercle | – 4ème zone (Giudecca). La glace du Cocyte recouvre entièrement les damnés, traîtres envers leurs bienfaiteurs, envers l’autorité humaine ou divine. | Trois des damnés sont broyés éternellement dans les trois gueules de Lucifer. | Brutus et Cassius, les assassins ingrats de César, et Judas, le déicide. |
